samedi 25 février - par Desmaretz Gérard

L’action de lobbying ou d’influence

« Jamais dans l'histoire de la République, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n'a été ainsi sous l'influence des puissances d'argent. (...) De très grandes sociétés multinationales se paient des hommes politiques [...] pour qu'ils les aident à ouvrir des portes, à se servir de leurs relations pour leurs intérêts  », propos tenus par François Bayrou suite aux nouvelles révélations sur François Fillon qui aurait reçu 200.000 euros via sa société « 2F Conseil » (un seul salarié, l'ancien Premier ministre), d'un groupe d'assurance entre 2012 et 2014, faits de nature à constituer : « Un conflit d'intérêts caractérisé [...], une pratique impossible à défendre ». François Fillon avait déposé les statuts de 2F Conseil dix jours avant son élection (2e circonscription de Paris) alors que la loi interdit à un parlementaire de travailler en tant que consultant, sauf s'il exerçait l'activité avant le début de son mandat... Le groupe des députés écologistes a remis une lettre au déontologue de l'Assemblée nationale : « au sujet du potentiel conflit d'intérêts de François Fillon ». Pour le candidat d'EELV à la présidentielle : « Quand on travaille pour la société Axa et qu'on commence sa campagne en disant qu'on va dérembourser une partie des soins, je suis désolé, là aussi je considère qu'il y a des conflits d'intérêts ».

Si on veut connaître les orientations des projets de loi afin d'en tirer profit, il est préférable d'avoir une « oreille » bienveillante au plus proches des groupes ministériels, parlementaires, ou mieux, auprès de la présidence... L'« intox », la désinformation, voire la rumeur, sont des outils que l'on rencontre souvent au travers d'organismes ou d'instituts écrans créés destinés à favoriser la dissémination de publi-information (publicité déguisée) justifiant l'approche des marionnettistes. L'activité de lobbying représente les intérêts d'un groupe et/ou d'un secteur d'activité afin de lui permettre d'étendre son influence en s'appuyant sur un réseau capable de démultiplier leurs actions et maximaliser leurs interventions auprès des décideurs ou d'une partie de l'opinion qui, à son tour, fera pression sur les décideurs par effet de feed back (boucle de rétroaction). Pour les pro-lobbies, l'influence exercée vise à légitimer la démocratie en contribuant à l'équilibre des pouvoirs et servir de contre pouvoir. Ne soyons pas dupes, aucune action de lobbying n'a de caractère philanthropique.

Le mot lobbying reste attaché à Ulysse Grant et apparaît en 1870 aux Etats-Unis, mais ce qu'il est de coutume d'appeler le trafic d'influence a existé de tout temps. Le lobbying apparaît en France à la libération mais il ne va véritablement prendre son essor qu'avec la construction européenne. La technocratie va devenir rapidement une véritable aubaine pour les lobbymen. Les groupes d'influence ont pesé et continuent de peser sur la construction européenne. Les 23 commissions au parlement européen, le conseil des ministres européens, la cour de justice de la communauté, auxquels on peut ajouter : la confédération européenne des syndicats, Unice (patronat européen), les associations de multinationales et d'élus ont de quoi attirer les cabinets de lobbying, on en recenserait quelques milliers !

«  l'objet du lobbying consiste à créer une situation ou à intervenir sur elle dans le but d'obtenir son évolution ou sa disparition et ce qu'il s'agisse d'une loi, d'un règlement déjà en application ou seulement projeté, d'une attitude collective, d'un dossier économique, financier ou industriel. Pour parvenir à ses fins, le lobbying organise des groupes de pression qui existent ou qu'il a crée et qu'il utilise comme leviers auprès des décideurs. Ses activités peuvent bien entendu s'exercer à l'intérieur d'un pays ou internationalement. Les actions qu'il lance répondent à ce que j'appelle la règle des "cinq fois vingt pour-cent" : 20% de droit, 20% politique, 20% économique, 20% diplomatique, 20% de communication  » (B. Degrelle).

Si l'opération consiste bien souvent à sensibiliser et de mobiliser les indécis, cela n'est pas toujours le cas. Il y a toujours eu des hommes et des femmes capables de s'infiltrer dans les rouages politiques, administratifs, médiatiques, afin de faire valoir leurs opinions personnelles ou celles d'autrui dans le but d'orienter et infléchir les décisions des décideurs. Chaque individu opportuniste ou en mal de représentativité veut faire entendre sa voix et percevoir des subventions ou autres subsides. Chacun d'entre-nous fait ou fera du lobbying : syndicat, fédération, association de quartier, anciens élèves de grandes écoles, PDG influents, organisations professionnelles, patronales, ordres professionnels , etc., et qui faussent les jeux des contre-pouvoirs.

Le rôle de ces groupes d'influences est d'attirer l'attention des citoyens sur un problème particulier à une corporation : finances, clubs patronaux, BTP, nucléaire, la pêche, l'agriculture, l'environnement, l'éducation, la santé, l'industrie, le commerce, etc. Même si certains groupes d'influences ne sont qu'éphémères, leur rôle est bien plus efficace qu'une campagne publicitaire. Souvenez-vous de l'irruption sur les plateaux télé des intermittents du spectacle auxquels les présentateurs cédaient volontiers le micro ? Aucun domaine d'action, d'influence n'est étranger aux lobbymen et le lobbiyng doit souvent être décodée au deuxième, voire au troisième degré ; un exemple récent, Alston Belfort...

La constitution de 1958 et le règlement de l'Assemblée interdisent aux élus d'accepter un quelconque mandat pour défendre un intérêt particulier. Qu'à cela ne tienne, on contourne la loi en empruntant le chemin du relationnel, celui des éminences grises, de la création de groupes d'études. Pour faire pression sur les politiques ou percer le secret des délibérations, le lobbyiste dispose de procédés d'interventions pluridisciplinaires directs et indirects : communiqué de presse - collecte de signatures - pétitions - livre blanc - sondage d'opinion - conférences et campagnes de presse - lettre ouverte - colloque - parrainage - sponsoring - cadeaux sous forme de voyage d'étude - mise à disposition d'un véhicule - complément de salaire (jetons de présence dans une société). Il s'agit parfois de véritables techniques de déstabilisation dont le outing n'en est qu'un exemple, voire le chantage à l'emploi présenté sous un angle fallacieux en omettant certains détails. Un événement local, national ou international est parfois mis en scène pour servir de point de départ à une manipulation destinée à attirer l'attention de journalistes " naïfs " qui vont s'empresser de relayer une information qui pourra se révéler fausse par la suite vraie.

Dans le triangle Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, l'acquisition de l'information (loi, norme, etc.) est reine. Informations que l'on s'échange au gré des contacts et des rencontres pour se tenir réciproquement informé et qui offrent un formidable relais d'information. La veille législative, le monitoring ou gathering d'intentions ont encore de beaux jours devant eux. Qu'il s'agisse d'orienter la jurisprudence pour obtenir un précèdent qui sera ensuite exploité (affaire virgin), d'obtenir une dérogation (TVA à 5.5 % pour les fleuristes, un label), ou s'opposer à un projet de loi (les avocats voyaient d'un " mauvais œil " le divorce en mairie), etc. les circuits de décisions sont devenus de plus en plus longs et de plus en plus complexes. Le lobbyman doit identifier la chaîne directe et indirecte de tous les acteurs (décideurs, complémenteurs, prescripteurs) impliqués à un titre quelconque dans l'élaboration d'une décision. Plus l'action de lobbying est précoce, plus grandes sont ses chances d'aboutir.

Le lobbying désireux d'accroître son influence se doit de se rapprocher de l'exécutif. Il tisse sa toile, lance ses tentacules et s'appuie sur un relationnel et des réseaux d'influence dans les coulisses du pouvoir afin d'être en mesure d'influencer (manipuler) les hommes capables de peser sur les décisions qui seront prises. Il faut donc s'attendre à les rencontrer dans les cercles parlementaires, nationaux, européens et auprès de tout élu pouvant jouir d'une certaine influence. Étant donné les origines socioprofessionnelles des parlementaires, si celui-ci est choisi parmi la bonne corporation, il va se faire le porte-parole de cette corporation et chercher à influencer son groupe pour ensuite le rallier à sa ligne directrice personnelle. Il suffit parfois au lobbyman de s'appuyer sur l'incompétence et/ou la paresse de l'élu, dont certains se sont retrouvés propulsés dans la vie politique par leurs administrés ou parti, sans grandes compétences. Le lobbyman va décortiquer le projet et rédiger un dossier, un amendement qu'il remettra à l'élu qui n'a pas la compétence, pardon, le temps de le rédiger...

L'idéal étant pour le groupe de parvenir à s'imposer comme l'unique interlocuteur auprès des pouvoirs publics et à faire valider des règlements qui auront pour effet bloquer la concurrence tout en favorisant les intérêts du groupe d'influence. Si une telle approche est impossible, le groupe va établir des synergies avec des groupes consultatifs et des lobbies passerelles avec l'espoir de déboucher sur des solutions d'arbitrage, arbitrage qu'il pourra accepter ou refuser. Le lobbyiste pourra encore décider de la nécessité d'une contre-expertise et faire appel devant la cour européenne. Si la procédure lui est défavorable, rien n'est encore perdu, le groupe pourra mobiliser l'opinion publique pour faire surseoir à l'application de la décision (stratégie des zadistes de Notre-Dame-des-Landes). Le parlementaire futé pourra poser sa question à l'assemblée le mercredi, jour de la retransmission des débats parlementaires à la télévision. Dès lors, il est assuré de voir son intervention relayée dans la presse et auprès des auditeurs, qui à leur tour se feront partisans, (ou détracteurs) de cette position. Aussi a-t-il été prévu des mesures afin de limiter l'influence des lobbies : la collégialité de décision, l'opposition du cumul des mandats, la primauté de l'exécutif sur le législatif, mais il n'est pas prêt de disparaitre totalement.

Une opération d'influence ne saurait s'improviser. La stratégie et l'action doivent être soigneusement préparées : qui aborder - facteurs d'influence - où, quand et comment agir - méthodes - coûts, etc. Comme tout cela nécessite beaucoup d'argent, on fait appel à toutes sortes d'astuces : fausse étude de marché - recherche de marchés - filiale à l'étranger - étude fictive pour laquelle on se contente de recopier quelques lignes et d'y faire des ajouts visant à en accroître la valeur ajoutée, prestation rémunérée par une société relais, etc. La libre concurrence n'est que très rarement loyale. Septembre 2016, le magazine Internal Medicine a rapporté que la Fondation pour la recherche sur le sucre avait décidé en 1964 de commander à trois scientifiques de Harvard, une étude visant à impliquer le cholestérol dans les maladies cardiovasculaires et non le sucre ! Chaque chercheur aurait perçu 50.000 dollars (45 000 euros actuels) pour modifier leurs conclusions. Pendant des décennies, l'implication du sucre sera minimisée dans l'obésité de masse et finir par représenter un problème de santé publique.



25 réactions


  •  
     
    LA RUCHE N’A PLUS DE REINE (d’où le vote FN pour une reine blonde) :
      
     
    C’est la sélection parentèle, (théorème du coréen). 1970 Hamilton et Price
     
    « Le degré d’altruisme entre des animaux d’une même espèce est déterminé par la proportion de gènes communs (des colonies d’amibes en lutte antibiotique aux mammifères). Les insectes qui partagent la même reine forment la même société. La sélection naturelle et la société agissent donc réciproquement... pas bobo ça ... »
     
    Les islandais, tous cousins, sont très solidaires donc, et leurs banksters ont fini en taule. Une génération de coréens du sud s’est sacrifiée au boulot par holisme. Alors que le prédateur frelon lobbyiste est peinard dans le pillage de la ruche multiethniquée, aucun insectes benêt ne se bougera pour des gènes différents ...
     
    Multiethnique et impera !
     
    https://m.youtube.com/watch?v=6lNz5vmKEFA&nbsp ; (merci à @Durand)


    • On va me répondre les US
       
      D’abord les US étaient uniformes grâce aux ’mèmes’ (la culture, le Credo Amércain ultra poussé) et avec une dominance wasp blanche
       
      Mais bientôt 5 états du Sud devenant hispaniques (l’oligrachie clintonienne encourage le multilinguisme) feront sécession ... race et culture se séparent (la sélection r après la sélection K)
       
      Trump est le syndrome du délitement


    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 25 février 19:46

      @La Baudruche négrière patronale verdie

      Face à cette grossière tentative de privatisation de l’Etat, il y a même d’autres lobistes pour nous dire que c’est la faute du multiculturalisme.

      Puis ils viennent conclure : si on est capable de se montrer dur contre le multiculturalisme, on doit sûrement être capable de se montrer dur contre l’influence de l’argent dans l’Etat CQFD !

      Orwell est arrivé en Chine à force de se retourner dans sa tombe...

      Trump a capitalisé sur la colère du peuple ignorant : il n’a pas supprimé la corruption au sein de l’Etat ! Il a juste supprimé les intermédiaires, le lobbyiste et le politicien, pour placer les vrais intéressés directement au pouvoir.

      - Goldman Sachs, par Steven Mnuchin au ministère des finances, et Gary Cohn président au conseil national de l’économie.
      - Exxon, Rex Tillerson ministre des affaires étrangères
      Je contimue ?

      Ouf ! On s’est enfin débarrassés des lobbyistes ! Sans blague !

      Et vous arrivez comme une fleur nous expliquer que c’est tout la faute du multiculturalisme ou de la génétique, et qu’il nous faut quelqu’un de fort, de dur, avec une grande gueule, avec tous les pouvoirs... pour sauver l’idéal républicain français ??

      Soit vous vous foutez de nous, soit vous avez confondu l’éducation avec la cour de récré.


  • devphil devphil 25 février 08:59

    Allez expliquer cela aux décérébrés qui votent comme ils ont toujours voter et comme leur parents ont voté.

    Les gens votent par habitude , par non choix ou par opposition.

    Qui votent aujourd’hui par conviction ?

    Seuls les partis se trouvant hors des Lr et Ps disposent de votant qui exprimer leur conviction et leur envie de faire changer les choses.

    Si on reprend la période 2007-2012 qui a vu la différence entre Sarkozy et Hollande en terme social  ?

    Le fait que Fillon soit un délinquant financier avec des charges de détournement de fonds publics , de conflits d’intérêt etc n’empêchera pas les intégristes de la droite libérale de voter pour lui.

    Philippe


  • Tall Tall 25 février 09:10

    A l’UE, le lobbying est poussé très loin.

     
    Les lobbyistes vont jusqu’à faire eux-mêmes l’essentiel du travail parlementaire en concoctant dans leurs moindres détails des projets de loi qu’ils soumettent alors à des députés qui n’ont plus qu’à les superviser et les signer.
     
    Et bien sûr, il y a toujours des récompenses bien palpables sous diverses formes, mais bien difficiles à démontrer dans la pratique pour qui voudrait enquêter là-dessus.
    Quoique si on le voulait vraiment ...
     
    En fait, le terme « corruption » est obsolète à l’UE, il provoque au mieux un haussement d’épaule.
    C’est comme si on parlait de la prohibition de l’alcool. C’est une autre époque.

    Le décloisonnement entre business et politique y est total et normal.
     
    Cette administration amorale et dictatoriale qu’est l’UE doit être dégagée !

  • rogal 25 février 09:16

    Lobby → Groupe d’influence
    Lobbying → Travail (ou opération) d’influence
    Lobbyiste → Influenceur
    Ça vient lentement, mais ça vient.


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 25 février 10:35

    Coup de gueule d’un Sénateur qui constate qu’UBS fait partie de la Commission des finances !
    Pas la peine de s’étendre sur les lobbies en France ou a Bruxelles, aucune loi ne les interdit. Tout ce qui n’est pas interdit est donc autorisé, pas la peine de pleurnicher. La Commission européenne passe 90% de son temps avec les lobbies industriels. Tant que nous serons dans l’ UE, nous aurons donc des lois propulsées par les lobbies, puisque 80% de nos lois viennent de Bruxelles...


    L’UPR prévoit dans son programme, et après la sortie de l’ UE :
    - l’interdiction des lobbies en France.
    - le contrôle régulier des conflits d’intérêts.
    - et le contrôle des financements des Think tanks

    • cassandre4 cassandre4 25 février 11:48

      @Fifi Brind_acier

       Je respecte, (et j’admire) vos convictions et votre engagement à l’UPR, et je partage vos idées, mais malheureusement votre combat est inutile et vain, voir contreproductif, car faisant le jeu du système actuellement en place, en divisant l’opposition !
       Que représente actuellement l’UPR, 2, 3% maximum des suffrages, c’est autant qui vont manquer à un Melanchon, où à Marine, qui ; qu’on le veuille où non, sont la seule alternative ; d’accord je ne suis sure de rien, mais j’ai envie d’essayer, au point où on en est, on à rien à perdre, et ce ne peut pas être pire que les deux dernières législatures.
       Votre action n’est qu’un baroude d’honneur, c’est très beau mais, inutile !.. dommage ! smiley


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 25 février 19:13

      @cassandre4
      Asselineau va certainement obtenir les 500 signatures, nous en reparlerons !


  • alain_àààé 25 février 14:07

    mais les lobbys ont toujours éxisté méme au temps de la guerre 39/45 car comme me disait un ami les chars francais gardaient les usines sidérurgiques en LORRAINE POUR éviter toute bavure que se soit par la resistance ou le bombardement des alliées sur celleci


  • Armand Beaurepère 25 février 19:31

    Sujet pertinent


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