samedi 22 avril - par christophecroshouplon

L’oiseau bleu ou la légèreté

Les écueils et les échecs constituent de magnifiques occasions que la vie malicieuse nous tend de trouver par nous-mêmes et en nous-mêmes, au-delà de la clef permettant de sortir de la nasse, ces secrets enfouis au plus profond qui expliquent et conditionnent ce plafond au-dessus de nos têtes qui empêchent l’envol. Il est du ressort de l’expérience que d’un jour accepter que non, ce n’était pas la faute des autres ou d’un autre, cette explication pratique, plausible un temps, cela a l’épreuve du temps ne suffit plus à combler les vides, on l’a fait une fois puis deux puis trois, puis la vie nous a resservi le plat. A un moment vient le temps de porter le regard vers soi, a l’intérieur, c’est-à-dire au seul endroit au monde on l’on puisse opérer un véritable bouleversement.
 
Et c’est là, c’est à ce moment-là, c’est alors qu’on entame ce chemin en dedans et que, courageusement dans la nuit on quête la lueur au loin, celle-là des origines, celle-là au plus profond, cette chose, ce fait, cette réalité enfouie, cette blessure occultée, ce manque qui a fait qu’au lieu de crier par exemple l’on n’eut alors d’autre choix, mais était-on seulement en âge de comprendre, que de s’enfouir et de s’enfermer dans une bulle en apparence protectrice, parce que ça criait trop, que c’était plus qu’insupportable : bouleversant ! Pensez, un tout petit enfant désarmé assistant impuissant au déchainement du volcan, ces parents qui se déchirent, cette mère qui pleure et ce père ivre qui gueule et porte sur elle la main, ces deux astres soudain assombris et ce monde qui a peine éclos s’écroule sur lui-même, tandis que l’enfant est là, à quatre pattes, médusé, dans la cuisine, ne pouvant faire un pas, prononcer un son, se faire remarquer même …
 
Plus tard – des années, des décennies plus tard – quand adviendra la répétition du trauma originel alors se remettra en place le même mécanisme de survie. De peur de rompre le cœur se bloquera, fermant alors la plus belle porte, sans vouloir mal faire, sans même l’avoir ni voulu ni souhaité, sans même s’en être rendu compte, parce que placé à nouveau au cœur du gouffre des origines, il n’y a tout bonnement pas d’autre sortie que de faire ça. Ca ressemble à une fuite et d’ailleurs c’en est une, mais aussi noble que pardonnable. La violence, la répétition de la violence originelle, cette violence qui est pourtant une donnée impossible à éliminer de la vie adulte – cette violence, intolérable, insupportable, ressentie tout du moins comme telle, créée comme son envers, qui sur l’instant permet d’avancer et donne l’illusion d’avoir ensuite progressé.
 
Sauf que – malicieuse -, la vie ressert ensuite une troisième, puis une quatrième, puis une cinquième fois. Jusqu’à épuisement de toutes les fuites, et jusqu’à ce que soudain saisi, l’enfant à quatre pattes devenu enfin adulte se décide de se relever du sol et d’affronter l’obscurité.
 
Le voilà donc face à lui-même, se regardant agir comme à distance, apprenant à s’observer et à chercher au-dedans, refaisant le chemin à rebours pour trouver la porte de sortie. Le revoilà qui, revisitant les évènements séparés de quelques années, ces histoires aussi identiques que dissemblables il parviendra tisser ce fil les reliant au point d’orgue. Et, loin de s’accuser d’une faute non commise, il entamera alors une des plus belles quêtes qui soient, celle-là qu’on peut faire sans bouger d’un iota : celle qui conduit au cœur de soi.
 
De cette quête il éprouvera alors, à compter de la réouverture de ce petit muscle recouvert d’une bulle protectrice, une libération et un souffle nouveau. Quelque chose d’inconnu et de magique, ouvrant des portes telles ces substances chimiques qu’on absorbe sur certains dancefloors, sauf que la substance sera générée directement au-dedans et se régénérera d’elle-même de plus en plus au fil du temps.
 

C’est à compter de là que, prenant son envol, l’oiseau bleu aura trouvé sans l’aide de quiconque que de lui-même, cette recette miraculeuse, condition d’un vrai bonheur durable : celle de la légèreté accouplée de profondeur.



3 réactions


  • Jeekes Jeekes 22 avril 16:35

    "C’est à compter de là que, prenant son envol, l’oiseau bleu aura trouvé sans l’aide de quiconque que de lui-même, cette recette miraculeuse, condition d’un vrai bonheur durable : celle de la légèreté accouplée de profondeur."
     
    Houla ! ça c’est beau comme...

    Comme du club Dorothée ?


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 22 avril 18:07

    Manquait plus que la féerie sur le Web !


    Et puis des « Opérations oiseau bleu », on en a vu dans les événements terroristes... 
    Le monde est tellement pourri !

  • Joseph Joseph 22 avril 18:14

    @christophe f

    Je ne sais pas si c’est voulu, mais vous reprenez dans votre article le principe de culpabilisation des nouvelles « religions ». C’est à dire le fait que tout ce qui nous arrive vienne de nous, et pas d’ailleurs. On le retrouve dans les « philosophies » new-age, notamment via les idées liées à la « force de l’intention », ou autres « lois de l’attraction ».
     
    Ce principe est aussi lié à la morale bourgeoise qui veut que tout ce qui arrive à quelqu’un est de sa faute. Il est très mal vu dans ces milieux de reporter la faute sur l’autre, pour tout un tas de raisons sociologiques d’ailleurs (je ne m’y attarderai pas ici). Bien sûr on comprend aisément qu’il est plus facile de s’en sortir lorsque l’on vient du XVIe arrondissement de Paris, que lorsque l’on vient des bidonvilles de Bombay. Mais peu importe, il faut bien justifier son rang et « l’ordre des choses » sans culpabiliser soi-même, mieux vaut que ce soit l’autre qui se remette en question que nous-même (certains en sont conscients tandis que d’autres le croient réellement à force de s’en être convaincus). Lorsque des fois les torts ne sont pas partagés ... ou non.
     
    Cette culpabilité liée au fait que tout ne vient que de soi-même est encore pire dans certaines circonstances, lorsque quoi que l’on fasse nous sommes condamné à perdre de toute manière. Une torture des plus subtiles diront certains.
     
    Au moins avec les religions traditionnelles on pouvait se dire que seul Dieu est parfait, nous ne pouvons donc pas l’être et il serait des plus grands péchés de vouloir être l’égal de Dieu, d’être parfait. Inutile donc de culpabiliser dans de telles conditions. Dans le cas présent la notion de culpabilité est plus subtile, et forte, que juste commettre un « péché ». Tout ce qui nous arrive vient de nous et il ne peut en être autrement ... bien sûr.
     
    Rien de nouveau sous le soleil au fond, on tente toujours de culpabiliser l’autre pour mieux l’asservir, notamment en cassant sa confiance en lui-même donc, ou encore en restant constamment dans le flou pour mieux aider à le culpabiliser en le laissant dans l’obscurité tout en lui disant que tout ne peut venir que de lui, circulez il n’y a rien à voir (d’ailleurs même le flou vient de sa faute). Et dire que certains croient encore qu’en supprimant les religions nous avons supprimé les défauts qui allaient avec ...


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