mardi 28 février - par ddacoudre

L’on ne peut pas gagner avec ceux qui ont perdu

Il y a pas si longtemps j'écrivais un article « 20 ans après et c'est pire ». Pour l'instant cela se poursuit, telle la déclaration de Fillon, pour enfumer et faire le buzz afin que l'on oublie son affaire, « la France en état d'insurrection », à se demander s'il ne s'inspire pas de Fox NEWS qui, il y a quelques semaines, ciblait tous les quartiers de Paris où régnait l'insurrection. Jamais élection n'a revêtu autant d'importance. J'ai déjà écrit que ce que l'on définit comme l'antsystème et un mouvement qui dépasse la seule sphère française, dans bien des pays se développent des antisystèmes, qui devant le vide idéologique se précipitent vers des partis fascisants. Cela s'inscrit dans processus d'intolérance qui se poursuit et auquel contribuent pas mal d'hommes politiques en surévaluant des situations que répercutent aussitôt les médias avides de sensations bien ou mal intentionnées. Chacun se souvient de l'intolérance zéro, du risque zéro, du principe de précaution tous ces concepts excluent l'aptitude à l'analyse et forcément se vouent inexorablement à l'échec.

Quand une population fait l'adepte de ces concepts, elle ne peut que se diriger vers le fascisme ou la dictature. Ce qui est particulièrement observable c'est que ceux qui ont développé ces concepts pour faire preuve d'autorité et de « sécuritarisme » les voient se retourner contre eux. En France ils se sont fait expulser au cours des primaires et il ne reste plus que trois candidats à éliminer au premier tour, Fillon, Macron et Hamon, ce sont les hommes de la continuité, malgré un Hamon qui habilement a laissé croire un possible accord avec Mélenchon.

Il y a quelques temps Macron déclarait que les jeunes devaient tout faire pour devenir millionnaire. Cela nous change de ceux qui gagnent 100 000 € mois et qui expliquent à ceux qui ne gagnent que 2000€ que leurs difficultés proviennent de ceux qui gagnent 500 € mois. Mais au bout du compte qui peut croire Macron ; eh bien force est de constater qu'il y a beaucoup de citoyens. Il semble que Macron soit le numéro gagnant de la loterie nationale. 83% des Français depuis environ 2006 sont opposés aux partis, (cevipof), il a trouvé sa place ni là, de droite ni de gauche, mais monarque. Il fait signer à tous ceux qui veulent briguer la députation un engagement à n'appliquer que son programme présidentiel. Et cela plait aux citoyens qui si souvent reprochent aux hommes politiques de ne pas tenir leurs promesses électorales. Sauf que c'est anticonstitutionnel :

 

ARTICLE 27.

Tout mandat impératif est nul.

Le droit de vote des membres du Parlement est personnel.


La loi organique peut autoriser exceptionnellement la délégation de vote. Dans ce cas, nul ne peut recevoir délégation de plus d'un mandat.

Il est temps que l'on sorte de cette monarchie républicaine quinquennale, là c'est clair l'on est face à un diktat qui en dit long pour qui aura le malheur de s'opposer et pourtant il semble si gentil. Si nous en sommes arrivés à ce stade où il y a un déni de démocratie, car la démocratie ce n'est pas seulement voter tous les cinq ans pour son tyran, c'est dû à un lent processus d'intolérance dont déjà en 2001 j'en avais décrit le déroulement.

 

 « La grandeur de l’homme débute quand il commence à se voir tel qu’il est. »

Citation sans exclusive, dont l’universalité embrasse l’ensemble des constituants de la société, du délinquant à la victime, qui ne sont que ses produits.

Il apparaît très clairement la dichotomie vers laquelle nous basculons et vers laquelle nous sommes entraînés. Des citoyens qui se désolidarisent de leurs semblables au non de leur intérêt catégoriel, incapables de disposer d’une vision globale, suggestionnés en permanence dans la recherche d’un égoïsme par des illusions mercantilistes, telle celle d’autonomie ou d’indépendance ; se choisissant des politiques économiques générant de l’exclusions, telle la loi du marché ; et reconduisant à tour de rôle les mêmes hommes politiques qui ont démontré leur incapacité à apporter des solutions efficaces. Les citoyens génèrent par leurs choix les maux dont ils se plaignent, en croyant qu’ils ont à faire à un phénomène exceptionnel, parce qu’ils nourrissent par leur voyeurisme les lignes des journaux et actualités télévisées qui repassent en boucle les mêmes informations et recherchent celles de même nature à partir du moment qu’il y a de l’audimat et de la vente. Devant une telle boucle suicidaire, on ne peut que s’interroger sur l’aptitude citoyenne des français à disposer d’une capacité transgressive de jugement.

De plus, les sociétés modernes sont de plus en plus orientées vers la recherche du risque Zéro comme je l’ai écris. Ceci est le résultat d’une désaccoutumance aux risques divers, due aux progrès techniques et sociaux, ainsi qu’à la prise en charge du règlement des conflits par l’État ; les seuils d’intolérance au risque et à l’anomalie sont grands, et l’application du principe de précaution devient le mode de gestion des problèmes. Celui-ci permettant aussi aux décideurs de s’exonérer des responsabilités, face à la judiciarisation de nos sociétés.

Cette intolérance grandissante se manifeste encore plus pour les problèmes de délinquance. Et l’on se trouve en présence d’une société qui réclame un plus grand contrôle externe, tout en stigmatisant l’interventionnisme de l’État, cherchant à enrayer un phénomène qu’elle produit.

La caution scientifique est un prétexte facile pour pratiquer de la répression camouflée et donner bonne conscience à l’ensemble de la société.

Prévention scientifique des délinquants, identification de la population criminogène (mathématiciens qui parlent de modéliser les comportements humains).

Alors que l’enfant désocialisé est en grande partie la conséquence de boucles de rétroactions sociales, on cherche à prévoir sa venue comme s’il était en fait la cause initiale, au motif qu’il présente une cause potentielle future.

Il pourrait y avoir en germe, l’émergence d’une espèce d’eugénisme moderne, incompatible avec les fondements de la démocratie. On ne recherche pas à traiter un problème, mais on voudrait éliminer les conséquences en les désignant comme causes.

Il y a une inversion du social et du répressif, en ce sens que la « répression » ferait prévention, et le social ne ferait qu’accompagner la sanction pour les crimes et délits ayant échappé aux méthodes de prévention.

On se trouve ainsi dans une société dichotomique, dans laquelle les intérêts particuliers contradictoires, poussent vers une plus grande liberté pour des groupes économiques (les dominants systémiques), dont les conséquences économiques et sociales génèrent une société de plus en plus contrôlée, à la demande même de ses membres.

Cette « autonomie doublement contrainte », et la dichotomie sociétale, provoquent chez les individus une dissonance cognitive qui induit des perceptions faussées. Ces perceptions modifient les repères, provoquent des représentations manipulables et manipulées au gré des intérêts particuliers. Cela permet aux plus habiles d’élaborer des stratégies d’acteurs qui sont présentées comme des courants de pensée libérale, où la « liberté » s’obtient sous une surveillance de plus en plus contrainte sur la manière de penser et d’être de chacun.

Lorsque nous lisons notre histoire, nous pourrions croire que nous choisissons de vivre dans une dictature où sous un régime fascisant. Le drame c’est que l’on y glisse sans s’en apercevoir, et cela, en trouvant normale et démocratique les mesures totalitaristes ou fascisantes qui s’installent. Ceci parce que comme je l’ai souvent écrit chaque citoyen abandonne son pouvoir de citoyen. Et que par dogmatisme nous refusons d’admettre l’échec social visible d’une économie de la loi du marché dont les adeptes nous proposent, pour s’en dédouaner, la cause des maux comme sa source.

 

Il y a bien sûr le débat politique qui met en avant des citoyens présidentiables, mais croire que c'est le choix d'un homme qui renversera la situation n'entraînera que désillusion, si nous ne comprenons pas que la violence de cette société est de notre fait et non de ces hommes, même s’ils mettent de l’huile sur le feu. Mais de ce qu'ils représentent et de l'apathie et de l'ignorance d'une majorité de la population qui joue au loto pour être millionnaire quand elle ne peut pas placer ses revenus pour en retirer des intérêts.



9 réactions


  • julius 1ER 28 février 16:12

    Il y a bien sûr le débat politique qui met en avant des citoyens présidentiables, mais croire que c’est le choix d’un homme qui renversera la situation n’entraînera que désillusion, si nous ne comprenons pas que la violence de cette société est de notre fait et non de ces hommes, même s’ils mettent de l’huile sur le feu.

    @DD

    article très intéressant qui dépeint fidèlement sans grossir le trait la situation présente à caractère hautement schizophrénique et dont on va difficilement sortir tant les moyens font défaut ....

    en tous cas la conclusion de l’article est on ne peut plus juste mais sur ce que j’ai vu du salon de l’agriculture et des sondages qui y sont liés avec une grande partie des agriculteurs prêts à voter Le Pen pour résoudre leurs problèmes ????? 

    je me dis qu’il y a maldonne car au lieu de pendre les dirigeants de la FNSEA ils s’en prennent à l’Europe et la Marine d’en remettre une couche en dénonçant la PAC ..... 

    si l’on ne fait pas les bons diagnostics .... impossible de mettre en place les bonnes solutions !!!

    • ddacoudre ddacoudre 28 février 20:21

      @julius 1ER

      bonjour effectivement il faut faire le bon diagnostic, mais c’est difficile car chacun nous le faisons avec notre filtre et sans tricherie s’ils divergent c’est forcément que des éléments préhensibles les justifient, c’est ainsi que trouver le juste à propos d’une situation implique de les prendre en considération et de trouver leur « accression » pour que se dégage le bon diagnostic.
      merci pour ce commentaire.
      cordialement. ddacoudre.over-blog.com.


    • Le421 Le421 1er mars 09:27

      @julius 1ER
      si l’on ne fait pas les bons diagnostics .... impossible de mettre en place les bonnes solutions !!!

      Exactement.
      Et c’est en cela que je m’oppose au FN.
      Leur grand tort est de proposer des solutions fausses à des problèmes posés inexacts.
      Vous voyez un commercial proposer une climatisation dans une cabane en bambou sous les tropiques ? Sans courant et sans isolation ??
      Heureusement, de temps en temps, ils pompent des idées de La France Insoumise, mais comme de notre côté, c’est une vision globale où tout se tient et non pas un amoncellement de mesurettes saupoudrées...


  • Claudec Claudec 28 février 16:46

    Les causes de notre situation et des polémiques sans nombre et sans fin qu’elles suscitent ne datent pas d’aujourd’hui et ne se limitent pas à la France, qui ne fait, dans une large mesure, que subir une évolution contre laquelle sont désarmés nos représentants les mieux intentionnés, les plus compétents et les plus expérimentés (car il y en a quelques uns, dont le meilleur, parce que le plus réaliste, est probablement aujourd’hui François Fillon).

    Il s’agit des effets d’une mondialisation inexorable, allant bien au-delà des aspects économiques et sociaux auxquels se limitent tous ceux qui regardent ces phénomènes en tenant leur longue vue par le mauvais bout. La France est tout simplement confrontée, dans leurs prémices et leur accélération progressive, aux conséquences de la surpopulation planétaire, sujet tabou mais qui ne nous en impose pas moins en partage, son cortège d’extrémismes, nés de désordres, de misères, de violences, de stupidités, etc. ne faisant que traduire le début de panique des plus vulnérables (autant matériellement qu’intellectuellement), en attendant qu’elle s’empare d’une élite de plus en plus impuissante, faute d’une prise de conscience qu’interdisent en premier lieu nos croyances les plus ancrées et les plus obscures.


    Pour approfondir la question, invitation à visiter :

    http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com Chacun y trouvera les raisons pour lesquelles « La grandeur de l’homme débute quand il commence à se voir tel qu’il est », citation dont il dommage que que son auteur ne soit pas nommé. (mais peut-être ai-je lu trop rapidement un article un peu long).


    • ddacoudre ddacoudre 28 février 20:50

      @Claudec
      bonjour. il s’agit de Sartre.ce que tu avances n’est pas faux, mais beaucoup plus complexe que ta présentation tu t’en doutes. la mondialisation dans son aspect anthropologique a toujours existé, mais à des rythme bien moins soutenus car les hommes se sont déplacés ont commercé en fonction des moyens de survivre, des invasions, de la sédentarisation et des techniques, des outils et des moyens de circulation. aujourd’hui cela se fait comme jamais vu par le net ^pour ce qui est des transfert financiers, de données et tout ce qui peut se faire par ce moyen. à côté de cela les marchandises circulent à peut prés librement, les hommes c’est plus difficile car le nationalisme est trés présent dans les population d’autant plus que l’on se sent en difficulté. Or ce n’est pas la mondialisation qui pose difficulté, mais l’organisation de la production capitalistique dont la finalité n’est pas sociale ni redistributive. et comme le capitalisme à fourvoyé le libéralisme, il fourvoie la mondialisation car les citoyens voient autant dans le libéralisme que la mondialisation que les méfaits du capitalisme qu’ils attribuent au libéralisme et à la mondialisation. en fin l’"approche malthusienne de la population est toujours tentante, tout le monde ne peut pas s’assoir à la table du banqué. il est bien évident que cela dépend de ce que l’on y mange et des moyens dont l’on dispose pour se faire. sinon de manière naturelle, l’on peut observer que les pays riches ne renouvellement pas leur population, car leur environnement n’y est pas propice, comme dans les pays miséreux ou la natalité ne compense pas la mortalité infantile. d’autre part nous vivons sur un espace clos qui est la terre et de manière naturelle, (et les civilisations culturelles appartiennent à la normalité pour notre espèce) la population se régulera entre ce qui est disponible comme production de consommation lié à notre savoir faire et le nombre d’habitants qui peuvent venir au banqué mondial. actuellement compte tenu de ce qui existe une estimation est faite autour de 12 milliards d’individus, mais cela va imposer de changer de mode de croissance et de nourriture sinon la nature se chargera de l’autorégulation. mais nous pouvons aller plus loin , Robert May avait démontré sur une population de poissons dans un étang le principe naturel d’une autorégulation de sa population varié en fonction de la nourriture disponible et de l’espace, c’est ce même principe qui s’applique à la terre avec ce la de particulier c’est que nous sommes en mesure de pouvoir agrandir notre espace en allant habiter d’autre planète. merci pour ton commentaire.
      cordialement.ddacoudre.over-blog.com .


  • Le421 Le421 1er mars 09:39

    Bonjour DD !!
    Je trouve votre article intéressant et bien construit.
    La meilleure preuve est le manque de réactions.
    Surtout des trolls habituels de l’extrême droite.
    Vous auriez glissé le nom « Le Pen » dans le titre, vous avez 350 réactions...  smiley


  • L'enfoiré L’enfoiré 1er mars 11:38

    Bonjour DD,

    J’ai beaucoup aimé la conclusion "Il y a bien sûr le débat politique qui met en avant des citoyens présidentiables, mais croire que c’est le choix d’un homme qui renversera la situation n’entraînera que désillusion, si nous ne comprenons pas que la violence de cette société est de notre fait et non de ces hommes, même s’ils mettent de l’huile sur le feu. Mais de ce qu’ils représentent et de l’apathie et de l’ignorance d’une majorité de la population qui joue au loto pour être millionnaire quand elle ne peut pas placer ses revenus pour en retirer des intérêts.« 

    Le pognon pourrit toutes les relations humaines.
    Aujourd’hui pour être présidentiables, il faut être plus blanc que blanc (blanc dans le sens que c’est cette couleur qui résulte de l’addition de toutes les autres en photographie).
    Il faut toujours un pouvoir et un contre-pouvoir pour que la balance reste équilibrée.
    Faire de la politique, c’est toujours influencer les autres pour prendre la place de celui qui y est déjà.
    Aujourd’hui, ce n’est plus la bipolarité, la droite contre la gauche mais une foule de gauches et une foule de droites.
    Ce matin, sort un film chez nous qui a tout de suite généré une polémique entre les pour et les contre.
     »Chez nous« .Un »chez nous" qui se passe dans le nord de la France.
    Ce n’est pas une promo, mais une manière de faire comprendre comment cela se passe.
    Dans 20 minutes Fillon va prendre la parole.
    Suspense intense....
    Nous vivons une époque à rebondissements merveilleuses. smiley
    Ce qui était vrai devient faux le lendemain.


    • ddacoudre ddacoudre 1er mars 13:16

      @L’enfoiré

      bonjour merci de ton passage. effectivement il n’y a pas d’absolue et la seule terre à conquérir est l’incertitude et c’est bien difficile car l’on n’arrive jamais au bout et c’est cela qui rend la vie passionnante.
      j’ai écouté le discours de Fillon, bien amené par un suspens et bien construit je vais faire un article dessus.
      cordialement.


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