mardi 16 mai - par Bruno Hubacher

La cupidité, le talon d’Achille du néolibéralisme

Les indices ne manquent pas que dans le monde des affaires, une main lave l’autre. Entre le président des Etats-Unis qui ne s’intéresse qu’à l’argent et le président russe qui ne s’intéresse qu’au pouvoir politique les échanges de bons procédés semblent monnaie courante.

C’est une curieuse histoire que rapporte le quotidien américain « Washington Post » dans ses colonnes. Le 11 janvier dernier, juste 9 jours avant l’investiture du nouveau président, une réunion « informelle » se serait tenue sur l’archipel des Seychelles.

A l’initiative de l’émir d’Abou Dhabi, Khalifa ben Zayed, une délégation américaine sous la houlette du sulfureux homme d’affaires Erik Prince, ancien membre des forces spéciales de la US Navy, fondateur de la tristement célèbre armée privée « Blackwater » et généreux donateur au Parti Républicain, y aurait rencontré une délégation, proche du président russe dans le but d’établir un « canal de communication discret » entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Celui-ci nie l’existence d’une telle réunion.

Dans ce contexte, on se rappelle des rencontres entre Michael Flynn et Jared Kushner, le gendre idéal, avec l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergey Kislyak, à New York pendant la période de transition, rencontre qui a coûté à Flynn son poste de conseiller à la sécurité nationale. Il est d’ailleurs suivi ces jours par Steve Bannon qui reste néanmoins à la Maison Blanche.

L’organisateur de l’obscur meeting, l’émir Ben Zayed, aurait voulu saisir l’occasion pour inciter le gouvernement russe de cesser son soutien aux mollahs iraniens, avec lesquels l’UAE (United Arab Emirates) est en contentieux sur de nombreux sujets. Il n’est pas sûr qu’il ait rencontré un quelconque succès. Erik Prince, en revanche, en tant qu’interlocuteur privilégié des monarchies du golfe, comptait bien tirer son épingle du jeu. Consultant en matière de défense, il assure la tranquillité des potentats et l’ordre public dans la région. A ce titre il est évidemment avide de « mandats de sécurité ».

Cenk Uygur, journaliste et fondateur de la chaîne d’information indépendante « Young Turks » ose faire le lien avec une autre affaire, rapportée par CNN le 10 mars dernier, au sujet d’une curieuse trouvaille d’un groupe de « cyber geeks » sur un des serveurs de l’équipe de campagne du candidat Trump, serveur situé dans un bled perdu de l’état de la Pennsylvanie du nom de Lititz, aussi discret que les Seychelles.

En 2016 ils, les « geeks », sont tombés, par hasard, sur un protocole d’échange de données sur internet du serveur en question. Celui-ci, programmé pour recevoir des messages sans pouvoir en émettre, a reçu entre le 4 mai et le 22 septembre 2016 pas moins de 2820 tentatives de connexion d’une banque russe du nom d’Alfa Bank, 80 % du trafic, et 714 tentatives (19%) d’une NGO, domiciliée à Grand Rapids dans le Michigan, du nom de « Spectrum Health ».

Il se trouve, qu’un des « trustees » de cette organisation est l’homme d’affaires et milliardaire Dick De Vos, mari de l’actuelle ministre de l’éducation Betsy De Vos, héritière, avec son frère Erik Prince, l’émissaire des Seychelles, de l’empire du milliardaire Edgar Prince. C’est sans doute une coïncidence.

Pour la petite histoire, l’héritage de 500 mio USD avait permis à Erik Prince de fonder son armées privée « Blackwater », qui s'appelle maintenant « Academi », et dont un des directeurs est par ailleurs l'ancien Procureur Général des Etats Unis du gouvernement de George W. Bush, John Ashcroft (Wikipedia).

Dans le contexte de l’enquête en cours du FBI sur les connections, supposées ou avérées, entre le nouveau président et le pouvoir politique et économique russe, cette histoire rajoute une nouvelle pierre à l’édifice de la vérité ultime sur les motivations de Donald Trump.

Les soupçons se précisent que dans cette affaire une main lave l’autre, dans le sens que Trump ne s’intéresse absolument pas à la politique, mais uniquement à l’argent et Vladimir Poutine ne s’intéresse pas à l’argent mais uniquement au pouvoir politique. C’est un peu la réponse du berger à la bergère après le démantèlement humiliant de l’Union Soviétique par le capitalisme sauvage.

C'est peut-être également une coïncidence que le parti politique français « Front National » dont la présidente se présente actuellement à l’élection présidentielle est également financé par des banques russes. (Mediapart). Marine Le Pen n’a pas de convictions politiques non plus, le pouvoir lui suffit, au prix, calculé, d’être à la botte du régime russe. Le cheval de Troie des démocraties européennes ?

Donald Trump de son côté veut faire des « deals ». Dans ce cas il ne s’agit pas de financement de parti, mais bel et bien d’affaires, car l’autre élément dans l’édifice de la vérité se trouve dans la nomination de Rex Tillerson, l’ancien PDG d’Exxon Mobil, à la tête du Département d’Etat.

Ces maudites sanctions économiques bloquent une transaction d’exploitation des réserves pétrolières russes dans l’Arctique et la Mer Noire entre Exxon Mobil et le conglomérat russe Rosneft d’une valeur de 500 milliards USD. Trump comme Poutine oeuvrent pour une renaissance du charbon et du pétrole, ainsi ils attendent, avec impatience, le dégel des voies maritimes du grand nord, ce qui favorisera à la fois l’extraction et le transport. Pour la petite histoire, Rosneft vient de vendre 19% de son capital, dont on ne connaît que 75% des repreneurs. Pour le reste, le Kremlin ne fait aucun commentaire.

Les autres pierres dans le jardin de Vladimir Poutine sont l’affaiblissement de l’Alliance de l’Atlantique Nord l’OTAN et la non ingérence en Syrie.

Certes, cette dernière promesse est, pour l’instant, rompue, non pas parce que Donald Trump aurait été submergé soudainement par des sentiments compassionnels, mais à cause d’une pression de plus en plus forte de la part des généraux, raison pour laquelle il a également dû se séparer de Michal Flynn et sortir Steve Bannon du Conseil de Sécurité Nationale.

Le récent bombardement de l’armée syrienne ne représente donc pas un changement de politique des Etats Unis. De toute manière il n’y a plus de politique aux Etats Unis, mais un tir à la corde entre les forces dans un gouvernement aux abois. Le fait que les médias et tout le gratin néolibéral européen tombent une fois de plus dans ce piège du « bon et du méchant » est sidérant. Sans aucun mandat de l’ONU, avant même qu’une commission d’enquête ait pu établir les responsabilités dans l’attaque au gaz Sarin en Syrie, les généraux américains peuvent à eux seuls déclencher la troisième guerre mondiale et tout le monde applaudit.

La désintégration des partis politiques est l’avant dernière étape de la révolution néolibérale du début des années 1980 juste avant la désintégration de l’état. A moins que les mouvements populaires se saisissent à nouveau de leurs droits démocratiques et changent les règles du jeu, il est fort à parier que le capital et les forces réactionnaires fassent à nouveau cause commune comme le 30 janvier 1933.



9 réactions


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 16 mai 16:42

    Dire que « la cupidité est le talon d’Achille du libéralisme » est une formulation politiquement correcte qui équivaut à « la recherche du profit est le point faible du capitalisme ». 

    Or, la recherche du profit est le moteur de ce système. 

    C’est comme si vous écriviez : la fragilité de la vie sexuelle, c’est la force de la libido !


    • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 16 mai 16:47

      @Jeussey de Sourcesûre
      Non, car la recherche du profit, inhérent au capitalisme, n’est pas forcément synonyme de cupidité, sauf quand il y a dérégulation totale, ce qui est le cas actuellemnt, raison pour laquelle le système court à sa perte..


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 16 mai 17:48

      @Bruno Hubacher

      En une trentaine d’années, le capitalisme est parvenu à affaiblir le mouvement ouvrier et le syndicalisme, à un tel point qu’il ne rencontre plus aucune résistance et il reste le seul à fixer les règles du jeu : toujours plus de profit, en s’appuyant sur les écarts de coûts de main d’œuvre entre les pays. Pour enjoliver la réalité, de nouveaux mots ont été mis en avant : « libéralisme » qui a une connotation plus positive que « capitalisme » ou encore « mondialisation » c’est-à-dire la mise en concurrence déloyale des salariés pour casser 150 ans d’acquis sociaux.

      Mais un cercle vicieux s’enclenche. Le développement du chômage, de la précarité et la paupérisation des salariés conduisent mécaniquement à un déséquilibre entre les revenus disponibles au sein des ménages et ce que les entreprises souhaitent produire et vendre pour garantir aux actionnaires les bénéfices attendus. 

      Le manque de revenus des ménages (et des états) est alors compensé par leur endettement. Mais, outre les intérêts à payer aux banques, ces dettes devront être remboursées, réduisant d’autant les revenus disponibles dans le futur. D’où une nécessité de s’endetter toujours plus afin de garantir le niveau de consommation requis pour faire tourner la machine à accumuler le capital en dégageant des profits. 

      Mais l’endettement a une limite que la crise des « subprimes » a rappelée.

      Un tel système ne peut en effet que s’effondrer, d’abord financièrement à cause des dettes « pourries », mais aussi économiquement, car les ménages et les états insolvables ne pourront plus consommer suffisamment, tarissant ainsi le carburant même même de l’économie.

      Le capitalisme scie la branche sur laquelle il est assis ; et il est le seul responsable des crises cycliques qu’il génère et de l’accroissement de la misère. 


    • microf 17 mai 13:46

      @Jeussey de Sourcesûre

      Très bonne et pertinente analyse votre commentaire.
      Bref, « le capitaliste vendra la corde qui va le pendre », on ne peut que dire, bien fait pour lui.


    • julius 1ER 17 mai 14:52
      Non, car la recherche du profit, inhérent au capitalisme, n’est pas forcément synonyme de cupidité, 

      @Bruno Hubacher

      là je ne partage pas ... pas d’angélisme ou de naÏveté .. la cupidité est le moteur du Capitalisme Privé dérégulé ...

       d’ailleurs dans le verbiage économique, le mot « profit » a totalement remplacé le mot bénéfice qui finalement représentait un certain montant de profits pas assez et insuffisant pour les maîtres du monde qui ne veulent plus se contenter de 5% de bénéfices après impôts comme au temps du Capitalisme d’Etat ... 

      maintenant ils veulent des rendements de 15 / 20%, en dessous de çà pour eux c’est du bénévolat 
      c’est pour cela que l’on envoie des Usines flambant neuves à la casse parceque le taux de profit est insuffisant ..... 
      une fois que nos concitoyens et européens auront tous bien intégré cette échelle de chiffres, ils sauront dans quel camp ils se trouvent .... mais on en est encore loin... la plupart des gens n’ont pas encore compris ce qu’est le turbo-capitalisme ou ultra -libéralisme !!!

       ils se croient encore à l’époque des 30 glorieuses c’est dire s’il y a un long chemin à faire au niveau de la compréhension de ce qu’est l’économie réelle !!!

    • Didier 67 Didier 67 21 mai 21:52

      @Jeussey de Sourcesre

      Bonjour. Pour que le systme continue sans s’effondrer, il suffit de « crer de l’argent ». Assouplissement quantitatif, quantitative easing, comment dit-on en japonais ?


  • QAmonBra QAmonBra 16 mai 18:26

    Merci @ l’auteur pour le partage.


    Article intéressant et dénonçant ce que K. Marx, que d’aucuns ont oublié trop vite, fustigeait en son temps avec l’histoire de la corde pour pendre le capitaliste. 

    Avec son pote F. Engels, ils affirmaient également que le capitalisme porte en lui la guerre comme l’orage est porteur de grêle : 

    (. . .) «  il est fort à parier que le capital et les forces réactionnaires fassent à nouveau cause commune comme le 30 janvier 1933. »

    Pari gagné d’avance car ils le font déjà ! 

    • BOBW BOBW 16 mai 21:27

      @QAmonBra
       : Comme feront quelques années plus tard le Reich et Vichy et .74 ans après Macron et Merkel !...


  • julius 1ER 17 mai 14:35

    La désintégration des partis politiques est l’avant dernière étape de la révolution néolibérale du début des années 1980 juste avant la désintégration de l’état. A moins que les mouvements populaires se saisissent à nouveau de leurs droits démocratiques et changent les règles du jeu, il est fort à parier que le capital et les forces réactionnaires fassent à nouveau cause commune comme le 30 janvier 1933.


    @l’auteur, 
    il est bon de le dire et de le répéter c’est « le postulat » de base que chacun doit garder en mémoire au risque de se répéter .... 
    le reste n’est que littérature et verbiage intempestif !!!

Réagir