Un crime horrible, tellement horrible que le procureur n'en a pas transmis les détails, vient d'être commis au Chambon sur Lignon dans un établissement scolaire accueillant des élèves de milieu matériellement favorisé, et un petit village tranquille, respectable à tous les points de vue aussi bien social qu'historique.
Comme après l'assassinat odieux d'Anne-Lorraine Schmitt, les uns et les autres sombrent dans l'impudeur et se rejettent mutuellement la faute, sortant le parapluie au passage, alors que l'on sait que tout le monde était au courant. Pour les responsables du collège privé, pour le personnel de justice et les psychologues s'étant occupé de l'assassin qui n'a pas été suivi de manière tangible.
Les politiques réagissent comme à leur habitude, l'UMP et le ministre de l'intérieur suggèrent une nouvelle loi, comme à chaque fait divers violent, au PS on fait dans le lénifiant en croyant bon de préciser que les cas de récidive seraient très rares selon les statistiques alors que l'on en voit de plus en plus et ces cas sont de plus en plus graves (les experts eux-mêmes seraient dépassés, voir ce lien).
Dans le cas d'Anne-Lorraine, comme dans le cas d'Agnès, ce sont d'ailleurs deux récidivistes largement connus des services de police et de justice.
C'est à peine si à gauche on ne joue pas le refrain habituel de refus de la « stigmatisation » des déviants sexuels et/ou criminels au risque sinon de voir revenir les heures les plus sombres de notre histoire ™ alors que l'on sait qu'un pédophile, un délinquant sexuel n'est jamais guéri vraiment, qu'il doit subir des soins à vie, et des soins qui sont encore loin d'être d'ailleurs totalement fiables.
Au Front National, on revient aux basiques et on en profite pour lancer l'idée d'un référendum sur la Peine de Mort. Rappelons que les criminels sexuels qui sont emprisonnés préfèreraient certainement la peine capitale pour eux car en prison, leur sort est loin d'être doux, les autres prisonniers les traitant extrêmement durement.
Il conviendrait peut-être, au moins quant aux responsables éducatifs et judiciaires en cause, de se taire et de respecter le chagrin des parents et des grands parents, au lieu de jouer à celui qui montre le plus sa bobine pour parler de la question aux informations, se pliant aux règles habituelles de la société spectaculaire.
Les intervenants les plus remarquables sur ce crime sont les grands parents d'Agnès, Armel et Solange Martin, hier sur France 5 dans « C a vous », dignes, sobres, clairs, et courageux.
Ils ont clairement replacé le meurtre dans le contexte qu'il convient et noté que l'on parlait très peu de la douleur de la famille d'Agnès.
C'est une question de société, perdue entre la permissivité des mœurs et la peur panique des personnes atteintes de troubles psychiques ou mentaux bien concrets, que l'on ne veut pas voir, que l'on ne veut pas aider, que l'on préfère enfermer ou alors les percevoir sous un point de vue angélique à travers des lunettes roses et sous prétexte de réhabilitation humaniste, mais selon un humanisme très abstrait, sans lien avec le réel, réel qu'ils dénient de toutes façons.
Ce qui part d'une bonne intention à la base, ne pas faire subir la « double peine » aux délinquants, mais les bonnes intentions ne suffisent pas et parfois il faudrait plutôt prendre des décisions carrées, décisions que les responsables ne sont pas prêts à prendre car cela les pousserait à assumer leurs responsabilités pleinement.
Il y a aussi la question cruciale de la permissivité absolue des mœurs concernant la morale, tout ou presque étant permis, ou accessible mêmes aux enfants en deux ou trois clics sur Internet qui est le premier réservoir de scopophiles :
la zoophilie, la coprophagie, l'ondinisme, l'inceste, la pédophilie et j'en passe et des meilleurs. On pourrait également s'inquiéter que c'est la pornographie largement accessible aux mineurs plus que le système éducatif qui fait l'éducation sexuelle des adolescents, ce qui est largement aussi dommageable que l'ignorance sur ces questions qui sévissait auparavant.
Il ne faut surtout pas en parler comme de perversions sous peine de passer pour un « peine à jouir », un curé voire pire, un partisan du retour aux heures les plus sombres... (etc... voir plus haut).
Ce qui est curieux puisque dans le même temps, après avoir assené pendant des décennies que tout est permis du point de vue sexuel et moral, qu'il ne faut surtout pas se réfréner, les mêmes s'horrifient des méfaits des pédophiles, restreints à l'Église (en dehors, dans les autres confessions, dans la société laïque, on a l'impression que ça n'existe pas).
Ce n'est pas très logique.
Enfin, toujours du fait de cet humanisme béat et abstrait, les délinquants, en particulier mineurs, non seulement sexuels, mais aussi de droit commun sont traités avec une mansuétude aveugle, qui engendre un sentiment de toute puissance et d'impunité chez les justiciables, sans parler de la parole des victimes traitée par dessus la jambe.
Bien sûr, il ne s'agit pas de sanctuariser cette parole, de la croire inattaquable mais parfois d'en tenir un peu plus compte.
Plusieurs pères et mères de famille ont ainsi témoigné de l'incapacité de la justice à traiter ce genre d'affaires, quand on ne préfère pas laisser le délinquant sexuel en liberté plutôt que d'assumer ses responsabilités, ainsi cette mère ce matin au répondeur de RTL racontant que sa famille a été obligée de déménager du fait du harcèlement continu du violeur de sa fille jamais inquiété pour de bon même après son procès.