vendredi 10 mars - par christophecroshouplon

La France Asterix ou l’impossible Banquet

Je me demande comment le génial Goscinny aurait traité la France version 2017. Quelque chose me dit qu’à la fin, après des pages et des pages de combat avec les centurions romains et des tonnes et des tonnes de poissons assénés par nos amis villageois sur la tête du voisin, le banquet final de la page 44 aurait été tout différent. J’imagine bien que, lassé par un tel vacarme, un bon quart de nos gaulois s’en serait allé cultiver ses fraises loin des autres. Que le barde serait libre de couiner debout sur la table, la chaussure dans la sauce du sanglier. Que la moitié du village restant aurait accroche à l’arbre un tiers des autres. Et qu’une Bonnemine tirant pour le coup vraiment la tronche, aurait rameuté son étal de poissons pour le dessert.
 
Les français ont un art consomme du pugilat, de la polémique, de l’affrontement avant toute négociation comme probablement aucun peuple sur terre. Philippe d’Hiribarne (pour les connaisseurs), l’avait fort justement démontré dans un ouvrage de sociologie des années 80, La Logique de l’Honneur, en comparant notre culture à d’autres au travers d’un cas d’école : la production d’une automobile. En France, le bloc contre bloc prévaut, notre système politique bipartisan, celui-là que l’on feint actuellement de détruire pour en reconstruire un à l’identique en est une preuve éclatante. Il convient donc, dans cette culture qui est notre prise dans son ensemble, non d’échanger, de dialoguer, de nous enrichir de nos différences et de laisser la pensée lentement infuser, mais bel et bien d’imposer par la forcé un point de vue, de vociférer, de caricaturer ce qu’on n’a point écouté, de parler plus fort, bref : de faire taire toute différence, toute dissonance et de marquer à la culotte par principe.
 
Dans pareil système aliénant, la philosophie telle que nous l’enseigne Socrate, celle-là qui se détourne des réponses pour mieux nous apprendre à incessamment questionner le réel, est évidemment impossible. Et de facto, le vivre-ensemble tout autant, puisque par nature excluant. Seule une autorité à poigne permet dans certains contextes bien précis un semblant d’union nationale : de leur vivant nos plus grands dirigeants ont toujours été contestés, et combien de français du XIXème siècle se sont satisfaits de l’exil de Victor Hugo.
 
L’idéologie de tartuffes de nos élites a ces trente dernières années dangereusement accéléré ce processus. Maquillant leurs démissions et leur inculture sous des programmes mensongers écrits sous powerpoint, mettant au pinacle des charlatans qualifiés de philosophes d’état, définissant tels des urologues des lignes jaunes pour le bas-peuple en réécrivant les définitions de certains concepts clefs de la nation (quid de cette laïcité et de ce féminisme tels que défendus par Madame Badinter sinon une version radicalisée, excluante voire raciste de ces mêmes concepts), ils ont créé au sein même du village de nouvelles lignes de fracture ayant trait non seulement a la liberté d’agir et de vivre mais de penser. Et ont ainsi excité en les insultant le germe dit extrémiste chez le futur exclu, le qualifiant de sot, de benêt, de sous développé du bulbe, de raciste et de xénophobe, jusqu’à vraiment le faire basculer de ce coté-là.
 

Caricaturer et radicaliser conduit à cela : ancrer dans la tête de celui qu’on manipule ce qu’hier il pensait à demi-mots. Que les excommunicateurs lèvent le doigt, l’échec est avant tout le leur. Nous n’avons pas élu des pantins pour nous dire quoi penser mais pour agir pour un collectif dans lequel nous pouvons faire mieux que survivre. Qu’ils fassent leur job, et s’ils ont échoué qu’ils s’en aillent définitivement. Le banquet de la page 44 est devenu actuellement impossible pour quelqu’un aimant le calme et la juste confrontation des idées. Les trolls ayant envahi le salon il n’y a d’autre porte de sortie pour quiconque aime la vie et son pays que de quitter la table. Et d’aller retrouver dans les champs celles et ceux qui comme lui goutent a ce plaisir singulier que d’être vraiment ensemble.



5 réactions


  • Arcane Humphrey Binchié 10 mars 18:31

    Il est sur Agoravox comme de cet impossible banquet.
    Nous appartenons tous au même village mais certains dressent des murs ou des fossés pour reprendre le thème d’un album d’Asterix.
    Souhaitons que ce fossé se remplisse d’une eau claire qui deviendra notre rivière à tous.


  • Shawford Shawford 10 mars 18:48

    C’est une juste allégorie et dans le même temps je suis sûr que Goscini aurait fait sien l’aphorisme suivant : le meilleur est dans le pire et le pire est dans le meilleur.

    Partant c’est bien en France que l’on cultive aussi le plus les idées (pour mieux les confronter et s’affronter en paroles), ce qui malgré toutes les vicissitudes du matérialisme de plus en plus galopant et triomphant, n’est (plus que jamais) pas la pire des vertus !

    N’est ce pas même le propre de l’homme, bien devant l’accumulation de richesses ?

    Devant l’obstacle de l’Empire qui fait désormais -(enfin ?) le tour de la planète, c’est donc bien encore ici que d’aucun regardent, et qu’à l’intérieur du village lui même, les baffes et les poissons se doivent de voler à tire larigot !


  • Christian Labrune Christian Labrune 11 mars 01:24

    ils ont créé au sein même du village de nouvelles lignes de fracture ayant trait non seulement a la liberté d’agir et de vivre mais de penser. Et ont ainsi excité en les insultant le germe dit extrémiste chez le futur exclu, le qualifiant de sot, de benêt, de sous développé du bulbe, de raciste et de xénophobe, jusqu’à vraiment le faire basculer de ce coté-là.

    à l’auteur,
    Votre article est très instructif. Je viens d’y apprendre que les massacres de Montauban, de Toulouse, de Charlie Hebdo, de la porte de Vincennes, du Bataclan et de Toulouse et encore de Nice, - on ne peut plus les citer tous !- c’était moi.
    Je suis totalement responsable de ces horreurs, et je suis pourtant encore en liberté ! C’est un scandale ! je demande, en tant que salaud de céfran anciennement colonialiste et responsable des pires crimes contre l’humanité, à être traduit le plus rapidement possible devant le TPI.
    L’espèce d’immonde face de craie raciste que je suis plaidera coupable.


  • petit gibus 11 mars 08:30
    « il n’y a d’autre porte de sortie pour quiconque aime la vie et son pays que de quitter la table. Et d’aller retrouver dans les champs celles et ceux qui comme lui goutent a ce plaisir singulier que d’être vraiment ensemble. »

    Déserteur

  • astus astus 11 mars 10:12

    Il existe bien un syndrome Astérix dans notre pays qui consiste à penser que tout ce qui vient de chez nous est meilleur que tout ce qui vient d’ailleurs. La raison en est que sommes les plus forts en presque tout ce qui nous autorise à n’écouter personne, à nous quereller constamment, et à penser que nous devons continuer à tout faire comme avant en cultivant l’ignorance de notre pré carré. Toutes les idéologies réactionnaires, à l’extrême gauche à l’extrême droite, trouvent là leur fonds de commerce rebelle à l’Histoire.

    Mais paradoxalement une étude de 2015 (lien ci-dessous) montrait au contraire que la France était 64ème sur 65 en terme d’optimisme alors que des pays comme le Nigeria, l’Afghanistan ou le Pakistan avaient un indice d’optimisme très largement supérieur au nôtre en dépit d’une vie notoirement beaucoup plus difficile : misère du plus grand nombre, guerre omniprésente, rapts criminels, corruption endémique, condition lamentable des femmes, attentats fréquents, routes impraticables, hôpitaux archaïques, retard dans l’éducation, eau non potable … etc. 

    Le syndrome d’Astérix pourrait alors être en réalité le déni d’une dépression collective d’un peuple qui est le roi du french bashing et un grand consommateur de psychotropes. Finalement il vaut peut-être mieux aller vivre au Bhoutan car c’est le pays où l’on est le plus heureux au monde puisque les habitants s’appellent des « boutentrains » (!) 


    http://www.bva.fr/data/sondage/sondage_fiche/1641/fichier_presentation_des_ resultats_-_etude_win_eoy_-_decembre_20143b17c.pdf 



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