Dans une entrevue au Figaro, je crois, l'ami et Immaculé Eric voulait nous faire croire que depuis qu'il n'était plus ministre la justice ne s'occupait plus de lui. Il est vrai que le sieur Eric était habitué au procureur Courroye qui se refusait à l'interroger à nouveau, à perquisitionner chez lui, enfin qui avait une grande prévenance pour le ministre et une très grande timidité quant à ses actions envers l'ancien trésorier de l'UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy. Cependant depuis que cette justice s'est transférée à Bordeaux, il n'en est plus de même, elle s'active et a déjà perquisitionné l'UMP (sans l'avertir 48 heures à l'avance) et chez la famille hippique Woerth, alors que l'avait oublié Courroye. Mais pour un ministre c'est la Cour de Justice de la République qui s'en charge et elle a décidé d'aller voir hier mercredi de plus près ce qui se passe sous et sur les gazons du golf et de l'hippodrome de Compiègne. Parallèlement à cela, une autre justice s'intéresse à la possible fraude fiscale d'un ami de Nicolas Sarkozy, grand donateur et fondateur de l'UMP, tout comme membre de ce fameux Premier Cercle, un certain Wildenstein, dont les frasques fiscales avaient laissé Woerth muet, malgré plusieurs courriers circonstanciés de l'avocate de la veuve du sieur riche, tout comme son successeur Baroin, le contradicteur éphémère de Nicolas Sarkozy, lui dont l'épouse s'était évadée fiscalement au Texas.
Mediapart nous apprend donc que la Cour de Justice de la République a décidé de s'occuper sérieusement de l'affaire de l'hippodrome : Pour la première fois de son existence, la Cour de justice de la République a quitté Paris, mercredi 30 mars, pour aller enquêter sur place sur la vente de l'hippodrome de Compiègne. Une affaire dans laquelle Eric Woerth risque des poursuites pour « prise illégale d'intérêts ».
Dans cette affaire de l'hippodrome dont vous avez ici un résumé éclairant, la Cour de Justice de la République s'active et ce ne sont pas moins de trois juges de la commission d'instruction de celle-ci, d'un avocat général de la Cour de cassation, d'un greffier, de policiers de la police et de l'identité judiciaires, de trois experts agréés, qui sont venus faire des constatations et entendre par exemple le directeur, le trésorier et le secrétaire général de la SCC. Policiers et experts sont donc de la partie et devraient presque camper sur place afin d'en tirer toutes les conclusions qui s'imposent. Eric Woerth pourrait être entendu dans les semaines qui viennent par la commission d'instruction de la CJR, soit en tant que témoin assisté, soit en tant que mis en examen. Selon Médiapart, des connaisseurs du dossier déclareraient que le prix de vente a été visiblement sous-estimé.
Voilà une affaire. Passons à l'autre qui n'implique pas que Woerth mais qui y a eu sa part. C'est Le Point qui se demande si le pouvoir ne voudrait pas étouffer une des affaires Wildenstein (dont une belle ici avec rappel de l'affaire fiscale), la fraude au fisc : Les juges qui instruisent l'affaire Wildenstein ont interpellé Bercy. Dans une lettre de deux pages datée du 23 novembre, ils évoquent des soupçons de fraude fiscale pesant sur la succession du milliardaire Daniel Wildenstein. Les magistrats dressent la liste des biens non déclarés : une incroyable collection de tableaux, une propriété au Kenya, une autre aux îles Vierges, la galerie d'art qu'ils possèdent à New York... et aussi un mystérieux compte bancaire au Japon.
On apprend, grâce au Point, que les deux juges, Daïeff et Tournaire, n'ayant pas eu de réponse du fisc les ont relancés sachant que le temps joue pour Wildesntein et contre les intérêts de la justice, de la vérité et du fisc lui-même (donc de nous Français) car le 31 décembre passé, la prescription sauvera par un gong bien heureux les amis du pouvoir. Comme ces juges ont décidé de ne pas laisser ce qui se passe au fisc dans une ombre protectrice, ils ont aussi agi auprès du parquet par une ordonnance de soit-communiqué, parquet qui ne peut agir sans plainte du fisc. Il y a là un point de droit que j'ignore car il semble pourtant que selon les affaires il puisse s'auto-saisir. Le Point s'étonne aussi de l'inertie de Bercy : un agent du fisc détaché au pôle financier a rédigé une note technique de cinq pages dans laquelle il liste "les éléments susceptibles de caractériser une fraude fiscale".
Alors où se trouve l'Immaculé Eric dans cette belle histoire des amis du pouvoir ? Tout simplement dans le fait qu'il a été averti, lui en premier, par de beaux et bons courriers de l'avocate de la veuve du milliardaire Wildenstein, elle aussi décédée aujourd'hui, et qu'il s'est empressé de ne rien faire. Si vous souvenez d'un détail très intéressant de la pseudo enquête du président de l'IGF qui nous disait ceci : un ami de Maistre avait eu droit à ne pas être redressé, mais surtout que beaucoup de dossiers ne pouvaient être considérés car la prescription était passée par là. Il ressortait avec une évidence criarde qu'une bonne manière d'aider les petits copains était - car quand les dossiers sont considérés comme sensibles, les petites mains se doivent d'en référer à la hiérarchie et ne bougent pas un orteil sans qu'elles aient une réponse - et est de laisser couler de l'eau sous les ponts jusqu'à ce que le dossier coule au fin fond des abysses des Açores. C'est donc une très subtile intervention qui a le gros avantage de ne laisser aucune trace car l'inaction par définition de laisse pas de traces, pas d'ordre écrit, juste une bonne vieille inertie, le temps que le temps fasse sont effet comme le sable dans le désert qui sous le vent enterre les pyramides. Averti de la possible énorme fraude fiscale de l'ami de Nicolas Sarkozy, co-fondateur de l'UMP, responsable de l'UMP sur la côte Est étatsunienne, grand donateur de l'UMP, grand donateur de la campagne présidentielle de 2007, membre du Premier Cercle, l'Immaculé Eric, lorsqu'il était ministre du budget en même temps que trésorier de l'UMP, là où ne voyait aucun problème de conflit d'intérêt - ben voyons - a jugé bon de ne pas bouger une oreille qui est restée sourde aux révélations fiscales de l'avocate de la veuve, pourtant enrichies (ah, ah) de preuves abondantes.
Et si la justice passait ? Pour une fois.
A titre informatif et à toutes fins utiles, voici un livre de 180 pages, mis à jour aujourd'hui-même (12è version), plus de 160 références, pas loin de 150 dates, de nombreuses copies de documents incontestables, une quarantaine de personnes liées directement ou indirectement à Woerth. Il est gratuit bien évidemment.
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