mardi 3 mars 2015 - par Thomas Roussot

La petite profanation médiatique

La petite profanation médiatique.

Le précipitement vers l’évocation barbare des faits divers qui s’étalent dans une banalité assignée à une angoisse collectivisée ne provient pas de nulle part. Il est le résultat d’un capitalisme qui absolutise chaque accident, chaque folie privée, en leur conférant une valeur marchande rentabilisée par sa médiatisation dépossédée de toute déontologie responsable. La structuration de ces nouvelles s’organise autour du principe de l’exposition. Tout s’expose, et chacun est sommé de devenir spectateur de l’insigne. Une starlette peint son chat en rose qui en meurt, un cousin viole sa soeur avec le chien du grand-père, une actrice se pend après avoir consommé de la vodka, on retrouve une tête dans un frigo, un enfant dans une poubelle, dix voitures brûlées, affrontements autour de stades, dégradations de sépultures, clips de surenchère vulgaire, qu’importe, le tout est de retenir l’attention, acheter du temps de cerveau pour des gens que l’on enterre avant même leur mort effective.

Le défilé obscène de ces prétendues informations qui n’informent rien sinon l’état d’abrutissement organisé d’une société farcie d’ennui renseigne sur la volonté des instances économiques de maintenir dans cet état d’hallucination passive des masses ainsi contrôlées, anesthésiées, fondamentalement terrorisées. 

L’invocation profane de ces agences d’information vise l’intérêt des sens, et pour ce faire, se vautre dans une parodie de film d’horreur, parée d’une objectivité faussement éthique.


Ils rendent compte de ce qui advient, dans une cour, une rue, un immeuble, comme si cela concernait le destin d’un peuple. L’être au temps présent, stationnant débile, dans le reflet d’une pseudo actualité décidée par des financiers s’enfonce dans la profanation de la raison.
Le vagabondage cérébral induit par l’afflux permanent des médias vomissant leurs infos-fragmentations continues visant primitivement à se faire remarquer, en une monstration monstrueuse, débouche sur une observation stupide de faits qui ne concernent de fait personne hormis les victimes et leurs entourages immédiats. En s’emparant de ce qui devrait demeurer dans des sphères privées, en prétendant que cela concerne une attention collective, l’on légitime une excitation à reproduire de tels agissements, histoire de gagner le droit d’entrer à son tour dans le cyclone de cette actualité factice. 

Aucune manifestation révélante, un simple vomi de contingences se voulant explicites, dont l'implicite invite à la condamnation, l’indignation, l’identification pavlovienne, le dégoût, le jugement, tout un monde de réaction, d’interaction subjective alimentant forums, agoras désincarnées, assurant la perpétuation parasitaire dudit flux. La défécation du factuel, en un bruissement informe de faux signes visant à brouiller la raison, lui interdire l’accès à sa propre souveraineté, s'appuyant sur ses bases subjectives, affectives, irrationnelles. L’expérience des faits est rendue impossible par ce visionnage du monde, et de fait, les citoyens se comportent en spectateurs de l’ignoble, filmant ces faits assez peu divers, n'intervenant que rarement, apeurés par leurs propres ombres. L’autel de la religion capitaliste est un écran interactif, formant ce vortex médiatique qui avale toute authenticité dans son irradiation colorée, sa formulation chatoyante et tournoyante de ce chaos qu’il met en scène à la vitesse de la lumière faisant mouche. L’insignifiance constitue sa ressource première. L’inaptitude pratique du consommateur à pouvoir intervenir autrement qu’en un déluge de réactions émotionnelles permet à ce cirque virtuel d’étendre sa toute-puissance sans la moindre opposition. 

L’appareil logique est littéralement déphasé par ce règne là, incapable de glisser un dés-aveuglement qui serait pourtant de salubrité publique. La richesse de pourvoyance en « infos » est infinie, comme un concierge qui noterait chaque passage de chaque voisin sur un calepin, en notant les tenues, leurs couleurs, le timbre de la voix, qui est avec qui ce soir, la vie de l’immeuble réduite à des notes factuelles retransmises sur grand écran. Seule une action distanciante, voire dissolvante, de ces médias délétères, qui se dédoublent en parodies d’eux-mêmes via des sites de désinformation ludique aussi vains que leurs grands-frères, formant un mixte de vrai-faux schizoïde et crédible, ouvre un horizon à la conscience aspirant aux visions non fécales. Il faut poser un voile sur cette découvrabilité délirante, révélation pré-éclose de toute insignifiance, un voile de pudeur et d’intelligence, sur ce hochet pré-consommé de crétinerie facilement assimilable, un voile de connaissance et de spiritualité, un voile censurant ce déluge de pourriture infra-humaine de consécration informe. L’information mainstream est équivalente à ces jeunes gens qui fracassent des centaines de tombes sans vraiment savoir pourquoi, histoire de « visiter des lieux abandonnés ».

L’information occidentale visite elle aussi la vie de ces cités comme ces jeunes de Sarre-Union, dans la stupidité et l’ignorance futile.



1 réactions


  • ddacoudre ddacoudre 3 mars 2015 18:59

    bonjour Thomas

    état âgé j’ai le souvenir ou les journaliste de presse refusaient de faire la rubrique des chiens écrasés, ils laissaient cela aux nouveaux venus ou aux stagiaires les journaliste qui n’étaient pas des marronniers ,choisissaient de parler des espérances que les citoyens attendaient de la vie et leurs engagement politiques. aujourd’hui les choses se sont inversés ; surtout depuis 1990 où l’information a été réorganisé pour vider les cerveaux.Télévision : de l’info sans infos
    il n’y avait qu’un seul journal qui traitait des affaires juridiques « détective » que tous gaussaient. aujourd’hui c’est la rubrique des chiens écrasés qui fait la une, e ce n’est pas le fruit du hasard, sauf qu’ensuite l’on hérité de névrosé du cerveau,souvent pour le démontrer je prend l’exemple de la météo qui donne scientifiquement la température, puis celle ressenti, et j’ai toujours un mal fou a faire comprendre que cela n’existe pas que le ressenti c’est seulement suivant les circonstances les vêtements que l’on porte qui ne protègent pas suffisamment...
    j’ai aimé ton article,faute de pouvoir intervenir sur l’économie les homme politique on fait de la sécurité leur marché électoral, c’est ainsi que je nomme cette voie le« sécuritaisme » avec ses deux points d’orgue de la stupidité, le principe de précaution qui devrait conduire au suicide, ou à l’infanticide pour ne pas courir le risque que nos enfants nous en fassent courir un, et la tolérance zéro, ce sont là deux indicateurs d’une schizophrénie sociale.
    ddacoudre.over-blog.com .
    cordialement.


Réagir