lundi 15 mai - par Desmaretz Gérard

La protection du chef de l’État

Les dispositions relatives à la sécurité rapprochée des présidents de la République restent un secret bien gardé. Le premier service contemporain dédié, le Service de protection des hautes personnalités, a été créé en 1935 sous l'appellation : « Service des voyages officiels » au lendemain de l'attentat de Marseille qui coûta la vie au roi Alexandre 1° de Yougoslavie et au ministre des Affaires étrangères Louis Barthou, assassinés le 9 octobre 1934 par des terroristes Croates.

Près de cinq décennies plus tard, le 7 septembre 1982, le Chef d'escadron Christian Prouteau, conseiller technique auprès du Cabinet du Président François Mitterrand, jetait les bases d'une nouvelle structure d'un service spécial de protection présidentielle : « Une mission d'évaluation des risques encourus par une personnalité de l'entourage immédiat du Chef de l'État a fait apparaitre certaines lacunes dans l'organisation de la sécurité du Président. (...) Attendre, pour neutraliser un terroriste, qu'il fasse feu sur son objectif, étant un risque inacceptable... le Service de la protection du Président doit - non seulement être capable de réagir immédiatement et brutalement face à toute agression - mais posséder la volonté et la capacité d'anticiper, c'est à dire de remonter avant l'attentat au point d'origine de la ligne de mire du terroriste, c'est à dire jusqu'au cerveau du réseau qui lui sert de support. Le Service de la protection du président doit donc être une véritable unité opérationnelle à deux composantes : l'une apparente, servant de bouclier conventionnel, l'autre invisible procédant à l'investigation clandestine. (...) Dans le contexte de la "guerre civile mondiale", le Chef de l'État constitue, par sa fonction même un objectif. Le risque est permanent, omniprésent, protéiforme. (...) Ces actions peuvent avoir des origines très diverses de l'individu déséquilibré ou illuminé aux "stratèges de la peur" du terrorisme international en passant par la multitude des groupes activistes. Les principaux facteurs de dangers potentiels résultent actuellement des questions extérieures, Proche et Moyen-orient, et du ton nouveau des relations avec l'Est, mais sans exclure l'exacerbation partisane des tensions socio-politiques intérieures.(...) La dissuasion, elle est un des aspects fondamentaux de la Protection présidentielle ; décourager les instigateurs comme les exécutants d'une tentative d'attentat, suppose une composante clandestine, démarquée de l'organisme officiel, et assurant une protection invisible. »

Le 10 mai 2007, les gendarmes qui assuraient la protection de Jacques Chirac et celle de Nicolas Sarkozy ignoraient qu'ils accomplissaient leur dernière mission. La veille, l’officier commandant le GSPR avait été convoqué à l'Élysée vers 16 heures pour s'entendre signifier par un conseiller du Président, la dissolution de la composante gendarmerie ! Une demi douzaine d’entre eux venait à peine d’achever leur formation d'une durée de neuf mois, et vingt-trois policiers faisaient partie de la charrette. Le Président Nicolas Sarkozy leur ayant préféré une centaine de fonctionnaires du Service de protection des hautes personnalités (SPHP) et du RAID. Cinq années plus tard, le 31 mai 2012, la commissaire divisionnaire appartenant au groupe de sécurité du Premier ministre était nommée à la tête du Groupe de sécurité de la présidence, le président François Hollande ayant décidé la réintégration du GSPR (40 policiers et 20 gendarmes issus de la Force sécurité protection du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) au sein du groupe de sécurité de l'Élysée.

La sécurité du président de la République et la surveillance de toutes les résidences présidentielles sont prises en charge par le ministère de la Défense. La compagnie de sécurité de la présidence de la République est mise à la disposition du commandant militaire de l'Élysée et les gardes assurent les honneurs et la sécurité lors de visites officielles ou des déplacements du chef de l'État. Ils peuvent intervenir à tous moments pour protéger le président ou ses hôtes. La plupart des impétrants proviennent des compagnies d'honneur et de sécurité après un stage probatoire de deux mois, à l'issue duquel ils sont affectés au : service des équipes de sécurité à l'intérieur du Palais où ils participent à la sécurité générale et aux services d'honneurs, soit au service du contrôle des entrées du Palais.

Les divers services techniques enregistrent les demandes de déplacements, planifient les différentes liaisons, assurent le transport des personnalités du Palais et de leurs collaborateurs, tandis que les Huissiers accueillent les visiteurs selon les usages du protocole et s'assurent de la bonne organisation des différentes réceptions organisées au Palais. Les Estafettes garantissent l'acheminement des courriers officiels entre la présidence de la République et les ministères. La prévention Incendie est assurée par un détachement de sapeurs pompiers de Paris qui assure également le secours aux personnes sur le site de la présidence de la république. Le service des Télécommunications et de l'Informatique assure assure le standard téléphonique permanent de l'Élysée, la mise en œuvre et la maintenance des appareils de radiocommunication, informatiques, télématiques, téléphoniques, la vidéo-surveillance. Il déploie par ailleurs les liaisons et dispositifs temporaires lors des événements ponctuels, ou voyages officiels en France et à l'étranger.

Le Service d'information du gouvernement géré par Matignon est chargé d'assurer la veille des réseaux sur l'Internet pour y déceler toute émergence d'un élément d'information capable de compromettre la sécurité. Ce service discret recourt à des logiciels lui permettant d'identifier les messages circulant sur les réseaux sociaux ! Le SIG a : « accès au tableau de bord et ainsi à toutes nos données en temps réel. Ils est en mesure de savoir ce qu’on disait sur le gouvernement entre 8h et 10h, par exemple. (...) C’est rare de voir des mensonges sur ce réseau (Twitter), c’est pour cela que l’analyse est intéressante. » Le fournisseur d'un de ces logiciels de préciser : « L'objectif du gouvernement : prévenir les situations de crise et de mesurer l’impact d’une décision. Il veut devancer les tendances données par les journalistes qui commentent les actions du gouvernement, et ce, heure par heure. » Le directeur du SIG a déclaré : « Nous avons trois personnes chargées en permanence et uniquement de la veille sur Internet. »

La logistique des déplacements présidentiels a quelque chose d'impressionnant. La tenue de l'agenda présidentiel est assurée par le conseiller du président pour la communication dont le protocole exige qu'il l'accompagne dans tous ses déplacements. Rien ne doit être abandonné au hasard. Chaque déplacement est précédé d'une réunion dirigée par le chef de cabinet du président qui soumet les demandes de visite émises par des élus ou notables locaux, des associations, des chefs d'entreprise. Le président reste cependant maître de son calendrier et peut annuler une visite en dernière minute.

Tout projet de visite est précédé par l'envoi sur place d'éléments précurseurs chargés de procéder à un repérage, à l'évaluation des risques et des mesures de sécurité à envisager. Le rapport accepté, le chef de cabinet s'entretient avec le préfet du département, mieux vaut alors pour lui ouvrir les « parapluies ». Le contrôleur général de la Sécurité publique se voit accorder des pouvoirs extrêmement larges : il peut ordonner la fermeture des magasins situés sur le parcours qu'empruntera le Chef de l'État - placer des tireurs d'élite sur les points hauts (pas nécessairement les toits d'immeubles) - faire procéder à des vérifications et à des contrôles tatillons dans le seul but de retarder l'arrivée des « trouble-fêtes », voire de les retenir le temps nécessaire à la visite terminée, etc. Il sait qu'il est sur un siège éjectable, le 12 janvier 2009, à Saint-Lô (Manche), le cortège présidentiel avait été pris à partie (une vitre brisée) mais pas la personne du président. Le préfet et son directeur de la police furent démis de leurs fonctions, le préfet fut muté au Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'État.

Un déplacement en province mobilise des effectifs impressionnants : plusieurs centaines de gendarmes départementaux, mobiles, maritimes, du Groupe d'Intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), de l'escadron parachutiste (EPIGN), policiers en tenue, CRS, « RG », RAID, Groupement d'intervention de la police nationale (GIPN), de la Brigade d'intervention, un hélicoptère, sans oublier les personnels des SPHP ni ceux des armées (contrôleurs aériens, etc.). La veille du déplacement, les services de sécurité procèdent à une répétition générale, reconnaissance de l'itinéraire principal et celui de secours (gardé secret), fleurs dans les bacs, passage des services du nettoyage, des démineurs, au besoin les grilles ou plaques des égouts sont scellées, les commerces fermés. Dans un temps pas si lointain, les opposants fichés étaient convoqués à la gendarmerie...

Chaque déplacement du président est accompagné du médecin personnel du service de santé de l'Élysée. L'état de santé du chef de l'État est une obsession de chaque instant depuis décembre 1959. Pierre de Gaulle venu rendre visite à son frère à l’Élysée s’affaisse victime d’un malaise cardiaque. A cette époque, aucun médecin n’est prévu dans le dispositif de sécurité du Président protégé par cinq « gorilles » et quinze policiers en civils. Lorsque un médecin arrive sur place deux heures plus tard, Pierre de Gaulle est mort. Désormais, deux médecins du service des armées assureraient une présence 24h / 24 et 7j/7 autour du chef de l'État. En cas d’urgence, leur mission consiste à dispenser les premiers gestes dictés par l’état de santé du chef de l'État et à le rendre transportable. Deux chambres sont en permanence réservées dans un hôpital parisien. En France, quatre présidents sont décédés pendant leur mandat, Sadi Carnot assassiné en 1894, Felix Faure disparu en 1899, Paul Doumer assassiné en 1932 et Georges Pompidou emporté par la maladie en 1974.

Lors d'un déplacement pour un sommet par exemple, un second médecin participe au voyage au cas où l'état de santé du président requérait des soins ainsi qu'une personne de la délégation, et une chaine hospitalière (soins d'urgence, évacuation, hospitalisation) est toujours prévue. Les repas présidentiels sont « sécurisés », le service de sécurité redoute aussi bien l'empoisonnement qu'une intoxication alimentaire, et veille au respect des normes d'hygiène draconiennes Le président de la République, chef suprême des forces armées est accompagné en permanence de deux aides de camp. L'un d'entre eux transporte la mallette comprenant tous les codes nucléaires, et c'est lui qui remet au président le discours qu'il s'apprête à prononcer. Le « transmetteur » est responsable des procédures des radiocommunications (cryptées) et plans de fréquences afin de maintenir la liaison entre le Chef de l'État et le chef d'État-major resté au Palais de l'Élysée. Quant au Service de permanence et d'information, il a pour mission d'informer en temps réel le président sur ce qui se passe en France ou à l'étranger, et lors de chaque déplacement du président, un pupitre et un fond « bleu Élysée » frappé aux armes de la présidence l'« accompagne » en permanence afin qu'il reste en mesure d'assurer une déclaration solennelle télévisée à tout moment...

 



1 réactions



  • Article pas mal, … mais certaines choses concernant la sécurité ne peuvent être dites !


    Ancien gardien CRS, j’ai fais comme on disait à l’époque plusieurs « voyages à de Gaulle ».et bien je peux dire que la sécurité du Chef de l’État, c’est aussi bien d’autres dispositifs !


    @+ P@py



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