samedi 25 juin 2016 - par Desmaretz Gérard

La soumission au PARTI ET CÆTERA...

Comment des hommes peuvent-ils s'abaisser à des pratiques allant à l'encontre de leurs convictions et trahir la confiance de leurs électeurs pour finir par rejoindre les rangs, le petit doigt sur la couture du pantalon ? Les évènements ayant émaillé le recours à l'article 49.3 décidé en Conseil des ministres et adopté sans majorité sont venus nous rappeler la dissidence au sein du parti socialiste, d'un côté les tenants de la rose rouge, de l'autre ceux de la rose blanche...

Le conformisme social pousse un individu à une forme de mimétisme régnant au sein d'un groupe social déterminé. Ce trait commun à tous les primates afin d'éviter l'éviction, vise également à limiter les conflits internes, il s'ensuit des attitudes de soumission aux normes et respect des valeurs en vigueur au sein du groupe d'appartenance. La pensée régnante au sein du groupe prévaut sur celle de ses individus et l'individualité s'estompe au bénéfice d'un esprit de corps. Le conformisme se rencontre dans tous les agrégats humains, de l'école maternelle à la faculté, au sein des idéologies politiques, des armées, des corporations professionnelles, des phénomènes de modes, etc. Si le conformisme favorise la cohésion, la crainte à en être exclu, rejeté, exerce une pression sociale sur tous ses membres.

Plusieurs facteurs sont de nature à l'influencer : la tâche assignée, sa difficulté, ses risques, sa légitimité ; les caractéristiques du groupe d'appartenance : taille, influence, ses motivations ; la confiance en soi, en ses camarades, en des valeurs, absence de sanctions, etc. Les valeurs qui constituent le socle d'un idéal reposent sur les croyances et les convictions de l'individu ou de celles étendues à un groupe et restent des valeurs subjectives. Elles varient d'un groupe à un autre, d'une communauté à une autre. Les valeurs morales, spirituelles, nationales, doctrinales, idéologiques, etc., semblent, en l'état des recherches actuelles, acquises et relever peu de l'inné.

En 1951, Asch demanda à huit sujets de comparer la hauteur d'une ligne tracée sur une feuille avec trois autres lignes présentées sur un seconde feuille, et d'en déterminer celle qui était semblable à la première. Chacun des sujets indiquait à voix haute le numéro de la ligne ayant, selon lui, la même hauteur que la première. Seul le sujet placé en 7e position dans la rangée, était « naïf » ; les sept autres membres du groupe complices de l'expérimentateur avaient pour instruction de délivrer tantôt une réponse correcte, tantôt une réponse fausse. La finalité de l'expérience ? démontrer jusqu'à quel point l'individu peut changer son avis pour adhérer à celui défendu par la majorité. Le sujet influencé à son insu par les comparses renonçait à son avis personnel pour se rallier à celui du groupe, même lorsque celui-ci allait à l'encontre de sa propre perception. Lorsque Asch demanda aux participants naïfs pourquoi avaient-ils renoncé à leur avis personnel, il lui fut répondu, la peur du ridicule, d'avoir l'air idiot, d'être rejeté du groupe, le doute quant à la validité de sa propre réponse. Les chercheurs relevèrent que cette pression du groupe jouait principalement lorsque le sujet était privé de tout appui social. Il suffisait de joindre au groupe un seul complice partageant systématiquement l'avis du sujet naïf pour que celui-ci se sente encouragé à émettre son opinion personnelle...

Dans les années soixante, Stanley Milgram a publié dans un quotidien des petites annonces ainsi rédigées : « Gagnez quatre dollars en échange d'une heure de temps pour une étude portant sur la mémoire. » La population de l'échantillon différait, tant par l'âge que la catégorie socio-professionnelle, et le test consistait en l'association de mots. L'examinateur lisait une série de couples de mots, la liste terminée, il revenait au premier mot et y associait quatre mots. Le cobaye devait trouver lequel et appuyer sur un bouton pour activer un voyant lumineux situé sur le pupitre de l'examinateur, pupitre pourvu d'une manette avec sept plots marqués : choc léger (15 à 60 volts) - choc modéré (75 à 120 V) - choc fort ( 135 à 180 V) - choc très fort ( 195 à 240 V) - choc intense ( 255 à 300 V) - choc extrême (315 à 360 V) - Attention choc dangereux ( 375 à 420 V) - XXX (435 à 450 volts). L'examinateur ignorait que le cobaye qui se tenait dans une autre pièce, sanglé sur une chaise le torse relié à des électrodes, était complice des expérimentateurs et qu'il commettait des erreurs volontairement. Chaque réponse fausse étant sanctionnée par une décharge électrique de plus en plus forte. Le responsable de l'expérience se tenant derrière l'examinateur, l'exhortait à continuer jusqu'à ce que le cobaye sache parfaitement la liste. Avant chaque décharge, l'examinateur devait annoncer au cobaye le voltage qu'il allait devoir lui administrer et que le cobaye-acteur se devait de simuler par : des gémissements (75 V), des cris (120 V), des supplications (150 V), des râles d'agonie (270 V), refus de répondre (350 V). Plus des deux tiers des examinateurs obéirent aux injonctions du référent et administrèrent la décharge maximum !

Les multiples répliques de cette expérience de psychologie sociale dans de nombreux autres pays ont montré que cette capacité à obéir à une autorité « légitime   » semble se retrouver dans de multiples cultures et dans des proportions sensiblement identiques. La réponse première est la mise en cause de la personnalité des sujets : des sanguinaires, des pervers, des abrutis seuls capables de commettre un tel acte. Stanley Milgram démontrera que ce n'était pas le cas. A l'aide de variantes expérimentales d'une ingéniosité simple mais implacable, il a établi qu'un tel comportement d'obéissance provient du contexte dans lequel l'individu se retrouve placé. Lorsque l'autorité se retrouve à distance ou lorsqu'elle perd de sa légitimité, le taux d'obéissance diminue. A contrario, lorsque la légitimité de l'autorité est forte, lorsque la victime est faiblement identifiable ou que le sujet se retrouve simple exécutant, ce taux d'obéissance augmente (je n'ai fais qu'obéir aux ordres...). Pour Milgram, la capacité à obéir de l'être humain moderne résulterait du fait que le contexte le placerait en situation d'état «  agentique  » , celui qui incarne la force ne se percevrait plus comme quelqu'un agissant de manière autonome mais comme un simple agent de l'autorité par laquelle il accepterait d'être contrôlé. Il agit en considérant que sa responsabilité individuelle n'est pas engagée. Ce passage de l'état autonome duquel l'individu se perçoit comme responsable de ses actes à celui d'état agentique serait obtenu par le contexte.

En 1971, Phil Zimbardo, psychologue à l'Université de Stanford, passa l'annonce suivante « Recherche participants en vue d'un test. Pour 14 jours : 2000 dollars. Expérience pour une simulation d'environnement carcéral. » Plus de 70 personnes, pour la plupart des étudiants, répondirent à l'annonce. Zimbardo et son équipe sélectionnèrent une vingtaine d'hommes intelligents issus de la classe moyenne, qu'ils répartirent en deux groupes tirés au sort ; la moitié pour tenir le rôle de prisonniers enfermés à trois dans des cellules et obligés d'obéir aux règles. L'autre moitié formant les gardiens avec pour mission de faire régner l'ordre et la discipline sans recourir à la violence sous peine de se faire exclure de l'expérience. À peine après avoir passé de force sous la douche, que les premières plaintes se firent entendre. Les « détenus » durent enfiler leur costume de lin à même la peau et ne furent plus autorisés à s'appeler par leur nom mais par leur numéro matricule. De petites en grandes humiliations, d'actes de rébellion aux refus d'autorité, l'escalade de la violence devint inexorable. Ce qui avait commencé comme un jeu a très vite tourné-court. et les scientifiques durent écourter l'expérience après six jours, au lieu des quinze prévus.

Peut-on parler de déviance aux normes sociales ? Les conduites échappant à la pression sociale menacent le système dans sa globalité, mais les conduites déviantes démontrent également le caractère changeant des sociétés. Les normes étant sujettes à des modifications, certaines conduites déviantes peuvent donc devenir conformistes et toute conduite déviante n'est pas inéluctablement négative. Une déviance peut tendre vers un autre modèle et représenter une « déviance positive ». Comme le rappelle Albert Ogien, la notion de déviance est relative car elle diffère selon les sociétés étudiées et les époques : « La déviance étant considérée comme une attitude ou des comportements non-conformes aux normes et valeurs véhiculées par une société, si ces valeurs ou normes évoluent, alors la perception de la déviance évolue aussi. » Selon Howard Becker : « Un entrepreneur de morale est l'individu par le prisme duquel un acte observé sera qualifié de déviant. C'est donc par le regard d'autrui qu'un acte sera ou non déviant.  » Plus largement, c'est la société dans laquelle s'insère l'individu qui déterminera, en fonction de ses valeurs et de ses normes, si un acte est déviant ou non. Un acte considéré comme déviant par une société, une culture, pourra ne pas l'être dans une autre. Ces valeurs sont à la base de la notion d'éthique et de morale. L'étude de Costanzo (1970) tend à démontrer que la pression de conformité dans les petits groupes est maximale au cours de la période d'adolescence. Nombre d'enfants de fonctionnaires de police, de la pénitentiaire, etc., refusent de révéler à leurs petits camarades la profession de leurs parents. En ont-ils honte, la désapprouvent-ils ou redoutent-ils une « vengeance » ? Une chose est certaine, celles-ci ne figurent pas au palmarès de désirabilité des professions.

Pour Howard Becker, le caractère déviant dépend de la manière dont les autres vont réagir plutôt que de l'acte en lui-même. Un acte peut ne pas être considéré déviant mais le devenir confronté au regard d'autrui. Nous retrouvons là une analogie avec la définition que Georg Simmel donne des pauvres : « Ce n'est qu'à partir du moment où ils sont assistés - ou peut-être dès que leur situation globale aurait dû exiger assistance, bien qu'elle n'ait pas encore été donnée - que les pauvres deviennent membres d'un groupe caractérisé par la pauvreté. Ce groupe ne demeure pas uni par l'interaction de ses membres, mais par l'attitude collective que la société, en tant que tout, adopte à leur égard. »

Le sociologue Max Weber distingue trois types de dominations : La domination traditionnelle - La domination charismatique - La domination rationnelle-légale ou légale-rationnelle. La domination traditionnelle repose sur la croyance des traditions et sur la croyance en la légitimité de ceux qui sont appelés à l'exercer. Trois caractéristiques en découlent : l'ancienneté (la tradition) - L'habitude (les individus sont habitués à respecter la tradition) - L'héritage (lié à l'exercice du pouvoir). La domination charismatique repose sur la soumission au caractère exceptionnel, sacré, vertu héroïque ou la valeur exemplaire de la personne. Quatre caractéristiques y sont associées : l'obéissance en la personne du chef et non aux règles - les conditions particulières d'arrivée au pouvoir - la subjectivité des critères de sélection du personnel administratif - l'instabilité, le chef doit constamment trouver un moyen de mettre en avant ses qualités ou présumées telles. Quant à la domination rationnelle-légale, elle repose sur la croyance en la légalité des lois et règlements adoptés et de l'encadrement législatif : les règles sont adoptées, approuvées par le peuple ou ses représentants - les règles sont formulées de façon abstraite et impersonnelle au nom de l'État - le détenteur du pouvoir reste lui aussi soumis au droit - les citoyens obéissent aux règles qui encadrent la fonction du détenteur du pouvoir et non à la personne. Nous avons là un résumé ramené à sa portion congrue qui explicite en partie, les évènements traversés et le fondement de la partitocratie et des rapports avec ses sujets.

 



6 réactions


  • Alpo47 Alpo47 25 juin 2016 17:56

    Les différentes expériences de psychologie sociale auxquelles vous faites référence s’appliquent parfaitement bien aux pratiques de communication/manipulation du pouvoir envers les peuples. Les conseillers formés à la « communication » peuvent en déduire comment faire passer un message, provoquer une réaction ou le plus souvent .... maintenir dans l’obéissance.
    Ajoutez la sémantique pour l’utilisation des mots de la « novlangue » et le tour est joué. Les élites controlent le pouvoir et les masses suivent.

    Par contre, étant donné que les caractéristiques qui dont un « bon » homme politique sont la vénalité, la médiocrité, l’aptitude au mensonge et, souvent, l’absence d’empathie pour les souffrances d’autrui ... je pense que ces dernières prennent le dessus sur le conformisme ou l’obéissance. Elles se suffisent à elles même.

    Différencions donc les masses et les autoproclamées « élites ». Comme on dit chez un fabricant de rillettes, « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ».


  • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 26 juin 2016 10:06

    avec les images subliminales des télés et des manipulateurs ce qui devait arriver arrive

    le peuple ne vote plus ??? POURQUOI LES ELUS NE REPRESENTENT QU ’EUX

    MEMES ET LES GROSSES BANQUES ET ENTREPRISES DONT ILS SONT LES LOBBYISTES CUMULANT LOBBYISTES POUR L ALCOOL ET DETRACTEURS EN MEME TEMPS faisant ainsi la preuve qu’ils sont capables du GRAND ECART ET DE CUMULER !!!!!!!!!!!!! du moment que leur tiroir-caisse s’active !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


  • Jeekes Jeekes 26 juin 2016 11:02

    « Comment des hommes peuvent-ils s’abaisser à des pratiques allant à l’encontre de leurs convictions » 


    Peut-être tout simplement parce qu’ils n’en n’ont pas, des convictions ?

    • sirocco sirocco 26 juin 2016 16:08

      @Jeekes

      Ou peut-être parce que tous les politiques ont un compte dans un paradis fiscal et parce qu’ils ont les meilleures dispositions vis-à-vis de quiconque alimente leur compte.


  • jef88 jef88 26 juin 2016 11:09

    Si vous voulez être élu il vous faut généralement l’investiture d’un parti !

    C’EST INCONTOURNABLE .....
    Donc :
    le peuple ne peut élire QUE ceux qui font partie des partis de pouvoir .
    pouvoir du à une majorité ou à de subtils jeux d’association . Les partis ayant raté une élection étant le symétrique de ceux qui ont gagné !
    Mais de toute façon il y a des places à prendre, bien juteuses .....
    Alors il s’est formé une classe politique  !
    ce n’est plus comme la noblesse ancienne une question de naissance (quoi que ?) mais surtout une question de relations ...
    Seulement ... le résultat est le même ! ils ont capturé le pouvoir et en profitent par tous les bouts !
    les seules mesures prisent en faveur (?) de l’électeur le sont en parfaite démagogie ! ! ! ! ! !
    Alors des partis « populistes » sont en train d’éclore .... Nous amèneront ils le changement ou joueront ils comme les anciens en entrant par une autre porte ? ? ? ?

  • Parrhesia Parrhesia 26 juin 2016 11:50

    Excellent ! Excellent ! Excellent !

    Et c’est le même syndrome qui génère le phénomène de psittacisme : la somme des individus ainsi manipulée se bornant à répéter comme un perroquet les éléments de Novlangue qui lui sont inculqués par les media mondialistes !!! 

    Fort heureusement une minorité se distingue encore de la somme des individus manipulés, mais cette minorité doit soutenir, sans moyens, un triple combat :

     - D’abord, contre le temps !!!

     - Contre l’argent des capitalistes exclusivement financiers, c’est à dire au moins en partie, notre argent. Or, ces mondialistes sont chaque jour en capacité croissante de tout acheter puisque nous leur laissons de plus en plus le contrôle de flux financiers internationaux qui devraient, au moins partiellement, servir le progrés social !

     - Enfin, contre leur cinquième colonne installée partout, gérante absolue de tout, et en particulier de la communication officielle qui domine maintenant le pouvoir politique !!!


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