mardi 8 août - par Taverne

Le bonheur, c’est de croiser

C'est en croisant que l'on peut trouver le bonheur, mais généralement pas en croisant les bras, ni les doigts ni encore moins en croisant le fer. C'est en croisant des êtres. Je dis "êtres" plutôt que "gens" car la fréquentation de celles-ci n'est pas toujours des plus appréciables ni fertiles. On parle de "gens" plutôt pour évoquer les individus enfermés dans leur personnages ou pressés par le temps (et donc superficiels) ou compris dans un groupe, une foule. Alors que le rapport à un autre être relève de la proximité et de l'intimité.

Croiser des êtres, croiser des vies, qui peuvent être des vies d'avant d'ailleurs, des vies très lointaines. Toujours est-il que j'ai, quant à moi, croisé une idée : "eurêka !" comme disait Archimède, dont j'ai un tout petit peu croisé la vie...Quelle est cette idée ? Elle est toute simple.

Eh bien voilà, je me suis aperçu qu'en créant deux listes de verbes correspondant à des actions essentielles à nos existences, on pouvait tirer des principes de vie pouvant nous aider à construire notre bonheur. Bah ! C'est tout simple. Voici la chose expliquée : 

1ère liste de verbes : être, devenir, vivre, aimer, croître, penser, faire.

Cette première liste concerne l'être lui-même alors que la seconde est davantage tournée vers l'individu et l'action concrète.

2nde liste de verbes : connaître, savoir, apprendre, comprendre, construire

J'ai constaté que cette méthode (voilà une méthode qu'Aristote n'a pas trouvée !) est une sorte de levier d'Archimède qui permet de soulever de grosses notions pour en tirer des principes de vie utiles.

En croisant les termes des deux listes, on obtient par exemple :

(connaître et comprendre) + être : "connais-toi toi-même !"

savoir + vivre = savoir-vivre, savoir + faire = savoir-faire mais on peut y ajouter savoir-être et savoir aimer.

On peut aussi croiser deux verbes d'une même liste :

devenir + être : le "deviens ce que tu es !" qui n'a pas été inventée par Nietzsche mais dans l'Antiquité (voir ci-dessous)

aimer + faire : le "'aime et fais ce que tu veux !" de Saint Augustin

être + penser : "je pense, je suis" ou "je pense donc je suis" de Descartes.

La fameuse citation "deviens ce que tu es" est celle d'un poète lyrique du Ve siècle avant JC qui s'appelle Pindare. Il s'adresse à Hiéron, tyran de Syracuse, pour l'exhorter à réaliser sa véritable personnalité.

On oublie souvent la suite de cette citation qui est pourtant très éclairante : "quand tu l'auras appris". Epicure, pour qui se changer soi-même est le principal devoir, reprendra la première partie de cette citation, tandis que Socrate appuiera sur la deuxième avec son fameux "connais-toi toi-même", gravé sur le fronton du temple de Delphes. (Source l'Express)

Parfois même, un verbe seul est à l'origine d'un principe comme : "carpe diem", cueille le jour en français, autrement dit "jouis" comme disent les Anglo saxons ("enjoy yourself" ou "freuen sie sich !") mais, dans notre langue, cela comporte une ambiguïté (je ne vous fais pas un dessin). On pourrait dire "prends de la joie".

faire + faire = "Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle » (Kant)

Le verbe "faire" à lui tout seul participe à notre bonheur. En effet, faire n'est pas toujours une chose agréable. Il s'agit souvent d'effecteur des tâches inévitables ou d'accomplir son devoir (on fait ses devoirs, on fait son service militaire) mais ô combien ce qui est "fait" nous soulage et nous contente : ce qui est fait n'est plus à faire, dit-on et cela ne nous rend-il pas heureux ? Tandis que la procrastination ne produit pas du bien-être. "Voilà, ça c'est fait !" veut bien dire "nous sommes heureux car soulagés d'une corvée".

Je suis persuadé que l'on peut découvrir d'autres principes de vie et de bonheur en opérant des croisements entre ces verbes essentiels. Mais, ces principes ne seront pas tous aussi explicites que ceux qui ont déjà été énoncés. Les trouvailles ne sont pas toujours évidentes.

Pour la quête du bonheur, on peut trouver aussi les correspondances suivantes : apprends à connaître, apprends à aimer, etc.

En attendant, pour vous permettre de poursuivre sur le thème de la définition du bonheur, je vous recommande une série d'articles parue dans Libération. J'ai retenu ces deux citations :

L'une de Patrick Chamoiseau, parle du bonheur comme une compétence de l'imaginaire et dit que le bonheur peut ne pas se ressentir : « Comme l’amour, le bonheur est une compétence de notre imaginaire que nous devons apprendre à développer en nous. Il rassemble nos perceptions, les soulève dans l’ordinaire d’un simple instant. Sa présence (étrangère aux joies grasses qui s’épuisent) peut ne pas se ressentir. Considérons alors cet art : retenir les épiphanies qui amplifient notre sensibilité au seul fait d’être en vie. »

L'autre citation est de Marlène Aumand ; elle nous dit que le bonheur en tant qu'idée construite par notre imagination ou par l'idéal ou la société, peut nous gâcher notre bonheur simple : « Y a-t-il quoi que ce soit qui rende plus malheureux que l’idée du bonheur ? C’est le propre d’une idée que d’être inadéquate à l’expérience. Mesurer ce qui nous arrive à l’aune de l’idée que l’on se fait du bonheur, c’est donc mesurer inévitablement un manque décevant. »



20 réactions


  • Taverne Taverne 8 août 12:02

    Erratum :

    Ajouter dans la liste des premiers verbes le verbe « créer ». Un oubli et pas des moindres...


    • Sozenz 8 août 12:32

      @Taverne
      bonjour
      Ajouter dans la liste des premiers verbes le verbe « créer ». Un oubli et pas des moindres...

      ne pourrait on pas dire plus exactement transformer ou remodeler., combiner
      « créer » serait jouer avec les éléments qui nous sont offerts.

      sympa encore votre article .« Vous jouez bien » ^^


    • Taverne Taverne 8 août 12:44

      @Sozenz

      Et j’ajoute dans la liste n°2 le verbe « aider » : ce qui peut donner « aider à vivre » par exemple, « aider à grandir » (j’ai écrit « croître » mais c’est pareil), « aider à apprendre ». c’est un beau verbe, le verbe « aider », non ?

      En ajoutant « créer », j’ajoute quelque chose que ne contient pas le verbe « faire » qui est plus terre à terre. Créer signifie aussi « art » et l’on peut faire : « art de vivre », par exemple. Quelquefois pour que cela marche, il vaut employer une formule synonyme.

      Je ne sais encore si « aider » comprend « partager ». Je pense que c’est inclus dans le sens large.


    • Taverne Taverne 8 août 14:05

      Finalement, j’ajoute « partager ». Voici donc quelques combinaisons supplémentaires :

      Partager + vivre :
      1 - hospitalité (partager ses vivres : le gîte et le couvert« . Rappelons que »couvert« est du vieux français qui veut dire »toit« ),
      2 - Vie commune (mariage...)
      3 - Le récent »vivre ensemble« ,

      Partager + devenir : mariage aussi (partage du même avenir)

      Partager + créer : procréer,
      Partager + être : confidence (et plus de partage de l’être si affinités),
      Partager + construire : la co contruction (concept politico administratif récent)
      Partager + connaître : échange d’expériences
      Partager + savoir  : éduquer, enseigner

      Partager + être : »charité bien ordonnée commence par soi-même« 

      Aider + être : »aide-toi, le ciel t’aidera !"


    • popov 8 août 16:47

      @Taverne


      Bonjour

      Bizarre cette habitude de numéroter les concepts, de les mettre dans de petits pots, de bien fermer les petits pots, d’y coller une étiquette et de bien les ranger dans le placard.

    • Taverne Taverne 8 août 19:37

      @popov

      Non, ce n’est pas si simple que vous le dites. D’ailleurs essayez vous-même...


    • popov 9 août 01:22

      @Taverne

      J’ai dit bizarre, pas simple. J’imagine votre bureau sans un grain de poussière, avec chaque objet en place, au millimètre près.


  • baldis30 8 août 14:42

    bonjour,

    dans la deuxième liste il manque « transmettre » ,

    et on pourrait ajouter une règle de pur rugby

    « passer en arrière pour progresser »


    • Taverne Taverne 8 août 15:00

      @baldis30

      « Transmettre » pourrait être une sorte d’hybride entre « donner » et « partager ». Mais, effectivement, on peut aussi décliner les notions ou en introduire d’autres.


  • baldis30 8 août 14:43

    oups.... j’en ai oublié une au sujet de croiser

    «  c’est en croisant qu’on devient croiseur »


  • Taverne Taverne 8 août 15:02

    Le bonheur, c’est autant croiser ces notions essentielles que de croiser des choses légères ou fugaces : un regard, un visage, un parfum, un paysage, un moment privilégié...


  • Gambetta 8 août 16:04


    "Le bonheur, c’est autant croiser ces notions essentielles que de croiser des choses légères ou fugaces : un regard, un visage, un parfum, un paysage, un moment privilégié..."

    Il serait souhaitable que tu te croises les bras de temps en temps, par exemple avant de te répandre comme tu le fais. Tu te masturbes l’esprit et nous livres tes éjaculations verbales avec une satisfaction de génie sans bouillir.

    désolé de le dire Taverne mais tes notions essentielles sont des banalités affligeantes .

    tu déshonores les mouches , simplement .

    Comme je te suis et je sais que tu es un acharné de la vérité et que ru ne te prives pas de juger les autres, je me suis permis de te livrer ma pensée profonde.

    Tu a fait mieux, ce n’est qu’un accident l’ami.
    Et puis merde, j’aime pas c’est tout.


    • Taverne Taverne 8 août 16:33

      @Gambetta

      Il faut croire que ma réflexion n’est pas au niveau de ce que vous appelez avec infiniment de modestie votre « pensée profonde »...


  • Gambetta 8 août 16:44


    Ma pensée a été aussi,profonde que mon ennui, mais il ne s’agit que de cet article.

    Je t’ai déjà dit que tu avais fait preuve de plus de talent dans d’autres articles , c’est mon jugement sur une réflexion du moment Taverne pas un jugement définitif.

    Quand à la modestie, je ne me suis jamais targué d’être poète, philosophe, chansonnier etc.
    je ne suis qu’un modeste lecteur qui aime ou pas ce qu’il lit.


    • Taverne Taverne 8 août 19:35

      @Gambetta

      Ayez un peu de respect pour le travail bénévole.

      Le concept que je propose ici a une portée bien plus importante que vous ne le croyez. Mais il vaut mieux avoir fait de la philo pour l’apprécier. Rappelez-vous qu’il a fallu des millénaires juste pour dire « je pense, je suis. »

      Le bonheur n’est plus seulement croisement de nos perceptions, croisements avec des êtres, il est désormais aussi croisement de notions de base. C’est la que réside la nouveau téici. Et cela montre que le bonheur repose sur la notion de croisement des choses. Cette façon nouvelle de voir les choses peut entraîner des pistes de réflexion..


    • Gambetta 8 août 19:57

      @Taverne

      Un bon point, il faut respecter le travail de ceux qui prennent la peine d’écrire des articles sur Agoravox, c’est exact.

      Mais là c’était plutôt de la taquinerie que de la méchanceté.

      rassures toi ,j’ai lu énormément de philosophes.

      je t’en conseille un que tu n’as peut être pas lu Epitecte, Il parle de la distanciation et du Stoïcisme, pour garder la sérénité, le bonheur est quelque chose de beaucoup plus compliqué à atteindre que par des mots que l’on accole.


    • Taverne Taverne 8 août 20:29

      @Gambetta

      Vous avez raison de dire la vérité telle que vous la sentez. No problemo. Je ne mords que les méchants trolls.

      Ce n’est pas un simple accolage de mots. Ces mots ont été judicieusement choisis par le langage. La preuve en est que, lorsqu’on les croise, on obtient des concepts ou des préceptes qui tiennent la route comme « deviens qui tu es » Tiens, j’en ai oublié un :

      Aimer + faire = « aime et fais ce que tu veux » de Saint Augustin.


    • Gambetta 9 août 06:52

      @Taverne

      Aimer + faire = « aime et fais ce que tu veux » de Saint Augustin.

      Ce concept avait été repris par Rabelais dans Gargantua.

      Gargantua crée l’Abbaye de thelème, vision idéale et utopique ou la règle est

      « FAIS CE QUE VOUDRAS »

      une communauté ou l’amour est simple, possible et idéalisé.


  • popov 9 août 01:23

    Croiser, croisé, croisade.


  • Taverne Taverne 9 août 09:53

    Penser + comprendre = « Crois pour comprendre et comprendre pour croire ». Saint Augustin
    Mais on peut, par substitution de verbe obtenir ceci :
    « Croîs pour comprendre et comprendre pour croître »


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