mercredi 12 avril - par christophecroshouplon

Le crépuscule des Enfants Rois

Nos sociétés occidentalo libertaires ont, dans le droit fil des évènements de 68, mis en selle un nouveau profil dont les clones ne cessent dans nos villes et nos villages de pousser comme des champignons et d’imposer leurs braillements et leurs caprices. Ces bambins à qui tout est permis font fondre des parents dépassés par les évènements et incapables de faire preuve d’autorité, quand la charmante tête blonde outrepasse toutes les limites au point de rendre à tout un wagon impossible un peu de silence. Quiconque intervient-il est alors accusé de mille procès, comme celui de ne pas aimer les enfants. Et il faut parfois s’y mettre à plusieurs pour que le parent défaillant, en l’occurrence lui-même surpris en infantilisation manifeste, accepte de fait la leçon et s’exécute sous la force du nombre.

Cet abandon parental consistant à immoler son sens de l’autorité devant le Saint Bambin fait des ravages au sein d’une société aveuglement fascinée par la jeunesse et a la quête elle-même de sa jeunesse perdue. Des nymphes à peine sexuées marchant comme des robots sont mises en épingle pour incarner la « norme ». Jeunes femmes et jeunes hommes poupées sont ainsi exposées comme des morceaux de viande appétissants sur les autobus. Même les gays (certains du moins), jamais à la traine quand il s’agit d’en demander toujours plus, exigent leur marmaille.

Tout le monde veut son Ken et sa Barbie, tout le monde veut redevenir Ken et Barbie, c’est posé en horizon sociétal. Le jeune est par définition l’alpha et l’oméga, il est par définition parfait, charmant, mignon, craquant, c’est le modèle a suivre et les générations suivantes se doivent non seulement tout lui céder mais en plus lui ressembler, adopter ses codes, écouter sa musique, se mêler à ses communautés et ricaner comme des adolescents avec lui.

Quand l’adulte démissionne, le seul qui y perd c’est le jeune. Bien entendu ce parc d’attraction proposé comme El Dorado fonctionne quelque temps, et le petiot peut faire illusion quelques années en faisant raquer papa maman et tous leurs nombreux ersatz en occupant le centre de la scène. Seulement voilà : cet oisillon inexpérimenté maintenu dans une position d’absolue ignorance de ce qu’est la vie et de ce que sont les limites et les dangers qui rodent a intériorisé une inaptitude à se fondre dans une réalité qui l’attend comme un chat attend que la souris sorte du trou.

Immaturité et irresponsabilité ne sont pas chez eux des comportements dus à leur vouloir mais bel et bien à porter au débit de parents démissionnaires ou absents. Manque de bol, quand ça tangue pour Bébé, les parents sont loin.

Elever un enfant c’est certes lui apporter le minimum de sécurité et répondre à ses besoins fondamentaux tout en lui offrant de l’amour. C’est aussi lui apprendre en situation les limites à ne pas dépasser si l’on veut ensuite qu’il soit en capacité par lui-même de traverser les tempêtes. Or que peuvent faire dans le cœur des cyclones ces charmantes têtes blondes surprotégées sinon faire l’autruche et pleurer sur leur sort ? Leur amour propre et leur sens de la repartie ne leur sont d’aucun secours, ils auront été entretenus dans l’illusion d’une force qu’ils n’auront jamais, ayant été depuis toujours surprotégés, construite intérieurement.

Dire non à un enfant, lui apprendre, plus que la politesse, le respect, de ses ainés et de l’expérience notamment. Lui enseigner à un jeune âge que sa croissance en tant qu’adulte ne peut se faire que grâce à l’apport d’êtres bienveillants qu’il lui importera de savoir trouver dans les foules croisées.

Transmettre le témoin à l’enfant, lui fournir les armes et les défenses, le préparer à une vie ou tout un chacun ne grandit et ne mature jamais autant que quand arrive le temps des épreuves et des difficultés. Le faire patiemment sans lui faire peur, et lui apprendre à ne pas avoir peur d’avoir justement peur, parce que la peur nourrit la souffrance au moment où elle est là.

Voilà ce que qu’à mon sens c’est que transmettre, voilà comment on prépare un enfant à devenir un homme. Les enfants rois de nos jours se voient dorénavant affronter un avenir incertain, inquiétant même, ou les guerres économiques et éventuellement militaires les mettent les uns avec les autres en compétition. Cette chair à canons impréparée et fragile me fait immédiatement penser à ces armées de jeunes décervelés envoyées se faire dévorer par des monstres tentaculaires qui les réduisait en bouillie dans le drolissime et cruel Starship Troopers.

Dans ces combats-là, seuls les moins péremptoires s’en sortiront indemnes. Ceux-là, les petits trésors à moman qui sauront s’affranchir intuitivement de cet amour réel mais incomplet. Ceux qui auront la clairvoyance de comprendre que leurs copains ne peuvent rien faire pour eux, qu'ils sont comme des figurants perdus dans la nasse. Ceux qui, sentant qu’au-dedans, à l’ endroit même de leurs fondations, quelque chose d’essentiel manque cruellement, auront cette clairvoyance d’entrevoir, contre toute l’éducation qu’ils auront jusque là reçue, que pour devenir eux-mêmes il leur faudra courageusement reconstruire brique après brique la maison.

A ceux-là, les plus vaillants, je souhaite « bon courage » avec affection et leur dis à partir de ma propre expérience : c’est formidable, ce que tu fais, ça risque d’être long et pas facile, mais ça en vaut vraiment la peine. Parce qu’au bout tu auras tout simplement construit par toi-même ta propre liberté, qui n’appartiendra qu’à toi-même et qui sera ton œuvre.



7 réactions


  • Sozenz 12 avril 14:58

    Bravo pour votre magnifique texte !


    • Et hop ! Et hop ! 19 avril 12:34

      @Sozenz : Oui, sur le fond, très bien.


      « … ou tout un chacun ne grandit et ne mature jamais autant que »

      Sur la forme :

      Le verbe « maturer » n’existe pas, c’est « mûrir ».

      L’anglo-barbarisme « mature » non plus, c’est « mûr » : cet enfant est très mûr.

      Mûrissement, mûrissage, mûrisserie (de bananes), mais aussi maturité, maturation.

  • eric 12 avril 15:07

    Le Nouvel Obs titrait : « NOS enfant, ces tyrans »

    Et d’un point de vue sociologique, c’est exactement cela.

    Toutes les familles, tous les enfants ne sont pas touché.

    Ce problème concerne particulièrement deux catégories.

    Les classes moyennes de gauche bio-bio, contaminées par leur admiration pour l’Amérique ( voir le fameux livre de la journalistes américaine qui se demandent pourquoi les gosses Français disent bonjours et mangent de tout.

    Les non-familles : famielle redécomposées, certains cas sociaux ( de loin pas tous, souvent chez les plus défavorisé, le sens de la famille est aigu parce que c’est un peu tous ce que l’on a).

    Après, comme les premiers donnent le ton en matière de modes pédagogique, certaines autres famille plus fragiles sont victimes de leurs errances. Je me souviens, sil y a fort longtemps de ce père de famille migrant qui se faisait taper sur les doigts par des pédagogues et assistance sociale parce qu’il voulait en mettre une à son gamin qui avait fait une très grosse connerie, et qui découragé, disant, « ils seront responsables des conséquences ».

    La désintégration voulu des failles, pour des raisons idéologiques par les intellos de la gauche américanisée sont n de nos plus grand scandale. C’est un facteur d’inégalité social croissante.

    Cela l’est d’autant plus que les élites de gauche elles même l’ont compris et sacrifient les gamins des autres en tentant de sauver les leurs.

    Il les mettent dans le privé, il les sapent comme des BCBG, ils surveillent de prêt leur comportement et leurs fréquentation. Grace à la carte scolaire, ils veillent à ce que leurs chéris échappent au vivre ensemble.

    Vous voulez vous en faire une idée ? Allez un jour dans le quartier Latin au soleil le week end et cherchez les parents Grunge branché, chassant devant eu une progéniture à 4 épingle et coiffé effet soie...
    Eux sont des bio-bio, qu’on se le dise, mais il ne faudrait pas qu’on croit que leurs gosses sont des enfants de travailleurs !

    Il faut plaindre le militant de base, en dessous, le crâne bine bourré, qui ne sanctionent rien et met par choix, ses gosses dans l’école à 90% d’étrangers. Heureusement pour les enfant, ceux là commencent à se faire rare. Même chez mélenchon...


    • mmbbb 12 avril 19:56

      @eric que les gauchos ne viennent pas pleurer que le peuple vote FN 


  • hunter hunter 12 avril 17:29

    Photo d’illustration extraite du « village des damnés » ( village of the damned) film britannique de 1960.

    Excellent film, à voir ou revoir.

    Très bon article aussi.

    Merci

    Adishatz

    H/


  • Zolko Zolko 13 avril 09:08

    Excellent article, merci.
     
    Et il est d’autant mieux que j’ai justement un de ces ados à la maison, qui pense tout savoir.


  • Rincevent Rincevent 13 avril 19:58

    Ne pas vouloir aborder la notion des limites avec un enfant, c’est le mettre d’emblée en insécurité.`Ne sachant pas jusqu’où il peut aller, il ne lui restera qu’à tester systématiquement son pouvoir, jusqu’à ce que ça coince. C’est l’attitude naturelle du petit enfant, mais quand ça se perpétue plus tard, c’est la source de nombreux clashs et là, c’est un peu tard pour des parents qui ont été insuffisants quelque part…

    On a tous, plus ou moins, l’envie de les protéger, de leur faire la meilleure vie possible (surtout quand la nôtre n’a pas été satisfaisante), c’est humain. Mais là, une dérive peut arriver : la projection. Dans ce cas, l’enfant est investi comme un prolongement de soi, il va bénéficier de ce qu’on n’a pas eu, va réussir ce qu’on a raté, etc. Bref un « nous » qui aurait une deuxième chance plutôt qu’un « lui », avec ses qualités et ses défauts propres. Cette façon de faire (inconsciente) n’arrange vraiment pas le problème.


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