Jean-Paul Brighelli soulignait sur son blog Bonnet d'âne la nature fantasmatique du capitalisme financier, faisant notamment allusion à Sade et au fantasme de jouissance et de toute puissance, "le jouir à mort" dans lequel Lacan voit l'ubris fondamentale : le refus du manque.
La crise de 1929 était une crise de la surproduction, une asymétrie entre l'offre et la demande (surproduction) qui entraîna un effondrement des prix et une inflation galopante (production de liquidités fictives). Elle était, comme on le sait, due, à l'origine, à une surproduction agricole et touchait (en partie) aux besoins fondamentaux, contrairement à la crise actuelle, sauf si nous allons, comme on peut le craindre, vers une "stagflation".
Le paradoxe de la crise actuelle réside dans la rencontre des deux aspects : l'impératif du jouir à mort et l'impossibilité de jouir.
Les chercheurs de l'école de Palo Alto parlent d'injonction paradoxale", du genre : "Ne m'obéis pas !" ou "Fais ce que TU veux" !", génératrice, selon eux, de schizophrénie : je ne peux pas obéir à l'ordre de désobéir.
L'injonction paradoxale du capitalisme financier porte sur la limite ontologique telle que définie par Lacan et démontrée par l'absurde par Sade. On peut manquer de tout, sauf du manque (et "posséder la "joie parfaite") et on peut ne manquer de rien, sauf du manque et souffrir le martyre. C'est la limite ontologique du désir, sa différence avec le besoin.
Le deuxième aspect est la limite existentielle, due aux circonstances, du genre "Tu as oublié d'acheter du beurre !" - et là, nous savons à peu près faire (satisfaire des besoins).
Le paradoxe risible, au fond, quand on y pense (encore Sade !), c'est que la société de consommation et les gens du château des fantasmes du "jouir à mort" continuent à nous enjoindre de ne pas nous soucier du désir, qu'il savent y faire.
Or, depuis la crise de 2008, engendrée par l'impératif économico-financier du "jouir à mort" : inciter les pauvres à acheter des maisons de riches à crédit et à consommer à crédit... se réassurer pour garantir les crédits que les pauvres ne pourront pas rembourser, mettre les pauvres à la rue quand ils ne peuvent plus rembourser les mensualités de leur crédit (c'est-à-dire transformer la pauvreté en misère)... il n'y a pas pénurie de parfum, ni encore pénurie de beurre, mais on commence à regarder à deux fois le prix du beurre avant de sortir son porte-monnaie, y compris les trentenaires, pourtant dûment formatés.
A l'exception des gens du château des fantasmes qui organisent les séances de jouissance collectives, tortures comprises, chères au divin marquis - et à commencer par les Grecs qui, pour leur malheur ont intégré la "maison commune", nous sommes tous plus ou moins dans la même situation que les pauvres qui ont acheté des maisons de riches et n'arrivent pas à les rembourser.