jeudi 16 mars - par Paul ORIOL

Les urnes de Pandore

Tout était prévu pour ces printanières élections. La campagne électorale n’a pas commencé, déjà, sur le bord de la route, quelques dégagés, en attendant l’ouverture des urnes de Pandore de la présidentielle et des législatives dont personne ne peut dire ce qui en sortira.

Surtout pas les sondeurs. Leur prudence apparaît après les déboires en France lors des primaires de droite et de gauche et lors du référendum britannique et de l’élection présidentielle aux États-Unis.

Désormais un sondage sur les élections ne peut être publié sans qu’il soit précisé : attention, il ne s'agit pas d'une prédiction du vote des Français mais d'une photographie des intentions à la date de réalisation du sondage (1).

Les sondeurs ne présentent pas encore correctement leurs résultats qui devraient être, par exemple : candidat A, 26 +/–3 %, candidat B, 23 +/-3 %. Ceci conduirait à reconnaître que ces résultats sont quasiment identiques pour A entre 23 et 29 % et pour B entre 20 et 26 %. Cela anéantirait la pertinence de maintes discussions, notamment sur les avancées ou les reculs de 1 ou 2 % de tel ou tel candidat.
 

Le second tour de la présidentielle 2017 devait être identique à celui de 2012.
 

Le président sortant, candidat naturel malgré les statuts de son parti, une politique rejetée dans les urnes aux élections intermédiaires, dans la rue (manifestations à répétition), au parlement (49-3), dans la courbe du chômage qui refusait de plier à ses injonctions depuis 2013 et même dans son impopularité lue... dans les sondages et la volonté d’exfiltration bienveillante de certains de ses amis qui avaient inspiré sa politique...
Finalement, François Hollande a pris la décision unique dans l’histoire de la V° République de renoncer à défendre son bilan dans la primaire de gauche d’abord et dans une éventuelle candidature à la présidentielle.

 

Après cette historique abdication, la primaire citoyenne de la Belle Alliance populaire, le parti socialiste et ses alliés du gouvernement, a entraîné un deuxième dégagement, celui du Grand Vizir qui voulait être Calife à la place du Calife, mis benoîtement sur la touche.

Petite tempête, chez EELV, troisième dégagement, l’ancienne ministre qui se croyait candidate légitime, dés le premier tour de la primaire écologiste.

 

Dégagement dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre : l’ancien président de la République, doublement légitime, en tant qu’ancien président et tête du parti d’opposition, malgré un bruit de fond de casserole. Suivi, au second tour, du meilleur d’entre nous, ancien premier ministre, malgré le soutien de généreux contributeurs de la gauche, du centre, de la droite. Éliminé au profit du Premier-ministre-collaborateur-honnête-notable-discret mais résilient pendant cinq ans d’un président de la République parvenu et m’as-tu-vu.

 

Les urnes de Pandore

Avec le changement climatique, les perturbations sont quelquefois soudaines. Le notable, honnête, catholique, gaulliste, qui ne pouvait imaginer la candidature de son ancien chef de service, mis en examen, se retrouve quelque jours plus tard dans cette situation. Face à la perfidie de ses adversaires, de ses amis, de la presse et des juges, il n’hésite pas à faire appel au peuple de droite, contre tout le monde, pour renverser le vent de destitution annoncée. Appel gaullien et mea culpa, devant ses troupes catholiques, le voila transformé, obligeant tous, amis et ennemis, fidèles et traîtres, à se rallier car il y aura plus de joie à l’Élysée pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance.

 

Finalement, le désir de changement a, déjà, emporté deux anciens présidents de la République, deux anciens premiers ministres et une ancienne ministre. Tout ceci parfaitement imprévu par ceux qui savent, dont les déclarations remplissent quotidiennement la presse sous toutes ses formes. Et, bien sûr, imprévu par les sondages.


 

Les urnes de Pandore

Tous aux abris. Des dégagements, importants par le nombre, sont à prévoir avec les élections législatives : ceux qui annoncent leur renoncement, leur retraite et ceux qui, du fait de la limitation du cumul des mandats, donneront leur préférence à un mandat local sûr, qui n’est pas en jeu pour le moment, plutôt qu’à un mandat national incertain…

 

Il est possible d’annoncer un certain renouvellement du personnel politique au niveau national qui ne préjuge en rien d’un changement de ligne. Mais aussi des sondages toujours aussi intéressants à commenter. Par les mêmes toujours aussi compétents.

 

Reste qu’à ce jour, et le présent article n’y échappe pas, il a été beaucoup plus discuté des affaires que de la politique, de la ligne politique des candidats. On est cependant en droit de se poser la question de savoir si c’est une qualité ou un défaut.

Car l’impression qu’on peut avoir d’assister à la fin d’un régime, d’un système tient à plusieurs choses :

- la multiplication des affaires qui arrivent sur la place publique, qui témoignent d’un changement d’époque, même si beaucoup se terminent par un non-lieu dont chacun sait qu’il est dû surtout aux qualités procédurières des avocats ;

 

- la parole changeante d’un candidat d’une semaine à l’autre : je ne serai pas candidat si je suis mis en examen suivi d’un je serai candidat même si je suis mis en examen avec quelques hésitations mais sans aucune sanction des éléphants de son clan, ni semble-t-il de ses potentiels électeurs – encore faut-il attendre, prudemment, le résultat de l’élection ;

 

- le candidat élu ne suit que de très loin le programme qu’il a annoncé. La primaire, relativement réussi de la gauche en 2012, a permis de voir que la politique suivie par le président élu n’était pas celle attendue, notamment avec l’arrivée comme premier ministre de celui qui n’avait recueilli que 5 % des voix à cette primaire !

 

- l’apparition de concurrents qui ont été membres d’un même gouvernement, l'un ne s'est pas présenté à la primaire pour faire cavalier seul ou les autres se sont présentés avec des propositions complètement différentes en annonçant qu’ils se désisteraient en faveur du gagnant et qui refusent, ensuite, de le suivre parce qu’il maintient les propositions annoncées...

 

Seule espérance que cette déliquescence morale et politique soit sanctionnée par les électeurs à l'élection présidentielle et aux législatives..

 

 

Les urnes de Pandore

1 – Ces précautions n’existent toujours pas dans les autres sondages. Pour une raison simple : il est possible de comparer les résultats des sondages et de l’élection. Les erreurs apparaissent alors.
Ce moment de vérité n’existe pas devant tous les sondages qui assurent que les Français pensent telle ou telle chose. La qualité du sondage peut être difficilement estimée.



3 réactions


  • Laulau Laulau 16 mars 10:12

    il y aura plus de joie à l’Élysée pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance.

    Excellent !


  • rogal 16 mars 11:35

    Les sondeurs semblent ne pas s’attarder sur l’abstention (niveau et évolution au minimum), ni les commentateurs sur ce qu’il convient d’en penser.


  • LE CHAT LE CHAT 16 mars 18:25

    Ces prsidentielles ressemblent de plus en plus a un koh lanta ! C’est a qui comportera les pires ragots,tous les coups sont permis ,on cherche des alliances ,on tablit des stratgies ,Fillon a un collier d’immunit .... smiley


Réagir