lundi 19 juin - par Jean-François Dedieu

« ... LOLITA MIA... » / 1939, fin de la Guerra Civil (Espagne)

Pour évoquer les haines irréductibles et mortelles qui ont marqué la défaite du camp républicain et favorisé la synergie des nationalistes.

Pour évoquer les haines irréductibles et mortelles qui ont marqué la défaite du camp républicain et favorisé la synergie des nationalistes.

Il ne s’en était jamais confié, l’ami Jean-Pierre, et il fallut le hasard de fichiers à enregistrer et la découverte, en haut dans son bureau, d’une étagère complète d’ouvrages sur la Guerre d’Espagne pour qu’il parle de son père, Ramon, réfugié espagnol.

Parce que le livre est fatigué et scotché, je lui ai un peu forcé la main même si les principes d’échange et de partage priment dans une vieille amitié. De René Grando, Jacques Queralt, Xavier Febrès, « VOUS AVEZ LA MEMOIRE COURTE... 1939 : 500 000 républicains venus du Sud "indésirables" en Roussillon ».

Des témoignages précieux, un éclairage bénéfique pour plus de compréhension quant au foisonnement complexe des forces bloquées ou libérées, antagonistes, de celles aussi, intestines, suicidaires, cataclysmiques dans le camp dit "républicain", notamment dans l’élimination des trotskistes et des anarchistes par les staliniens. Bien des choses à relever et, page 77, un poème poignant, quand l’homme dévoile ses faiblesses charnelles. Le poète le fait parler de l’être aimé, ici la femme que les turbulences de l’Histoire ont peut-être figée dans la mort ou échouée parmi des survivants :

« ... Pensaba en ti, Lolita,
mirando los tejados de Madrid.
Pero ahora...
 Este viento,
esta arena en los ojos,
esta arena...
 Argelès ! Saint-Cyprien !
Pensaba en ti, morena,
y con agua del río te escribio :
« Lola, Lolita mia ».

Rafael Alberti. « Qui a dit que nous étions morts ? » Poèmes de guerre et d’exil. Editeurs français réunis, Paris 1964.

Rafael Alberti (1902 - 1999), poète espagnol né et mort à El Puerto de Santa Maria...
... Ne suivent, à longueur de sites, que des louanges à sens unique, les plus "narcoleptiquement" dangereuses émanant des milieux intellectuels (poésie et littérature) qui, à force de ne considérer que le plaisir de l'intelligence créatrice, déconnectent et exonèrent Alberti, d’une réalité plus crue.

TIMEO DANAOS ET DONA FERENTES... Je crains les laudateurs et porteurs de lauriers...

LES LAUDATEURS... si pudiques quant aux terribles circonstances de la guerre civile espagnole : 



http://republique-des-lettres.fr/10445-rafael-alberti.php
« ... Pendant la guerre civile espagnole (1936-39), il s'engage sous les couleurs républicaines et devient secrétaire de l'Alliance des intellectuels anti-fascistes. Il voyage à Paris, Berlin, Rome, Moscou, et fonde à Madrid une revue de combat, Octubre. A la même époque, il entre dans la légende en sauvant d'un bombardement les quatre tableaux les plus importants du Musée madrilène du Prado, dont Les Ménines de Velazquez... »

http://www.premiere.fr/Star/Rafael-Alberti
« ... Il combat aussi bien par le biais des revues (Octubre, qu’il a fondée en 1934, et El Mono azul, dont il est le directeur) que sur le front... »

http://www.humanite.fr/node/216410
« ... Lorsqu'éclate la guerre civile, en 1936, il prend une part ardente aux activités de l'Alliance des intellectuels anti-fascistes... »

https://www.poesie.net/alberti.htm
« ... L'année 1931 voit naître la République Espagnole pour laquelle il s'engage de toute sa poésie et quand la Guerre d'Espagne éclate, il se trouve à Madrid en compagnie de Pablo Neruda, Miguel Hernandez et de quelques autres poète qui vont prendre fait et cause pour le camp républicain... »

Les Espagnols, quant à eux, restent coupables de se taire tant ils rechignent à revenir posément sur la plaie toujours béante de la révolution étranglée et de l’épuration génocidaire perpétrée par le fascisme franquiste :

 http://www.cervantes.es/bibliotecas_documentacion_espanol/biografias/napoles_rafael_alberti.htm
« ... En 1939, al terminar la Guerra Civil española, emigra a la República Argentina, desde donde se traslada a Roma en 1962... »

Josep Fontana, pourtant catalan et, qui plus est, de Barcelone, la ville par excellence des prolétaires révoltés, aborde à peine la « Segunda República española » dans son dernier ouvrage de 800 pages « EL SIGLO DE LA REVOLUCIÓN » (fébrero de 2017, ed. CRÍTICA), pourtant sous-titré « Una historia del mundo desde 1914 ».

L’APORIE pour prévenir une narcose mémorielle, la dissonance portée par Wikipedia et un autre site (1) mais dans les mêmes termes... 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Alberti
« ... En 1936, la guerre civile espagnole commence. Il anime une Alliance des intellectuels antifascistes avec José Bergamin et dirige la revue El Mono azul2. Il s'implique alors activement dans la répression stalinienne à l'intérieur de la zone tenue par le front populaire.

Dans El Mono Azul, lui et les autres membres du Comité d'épuration entretiennent une rubrique appelée "A Paseo", dans laquelle figure le nom des intellectuels qui doivent être « épurés » comme contre-révolutionnaires. Parmi ceux mentionnés, Miguel de Unamuno, Pedro Muñoz Seca, Manuel García Morente, Fernando Vela, et même ses amis des années précédentes Ernesto Giménez Caballero et Rafael Sánchez Mazas... »

Sans préjugé, sans avis préconçu, beaucoup par crainte de la pensée unique et seulement animé de la prétention de la mouche du coche, la question se pose de savoir quelle responsabilité peut porter Alberti dans une épuration toujours expéditive, sanglante, barbare. Était-il intellectuel avant d’être stalinien ?
Il a certes écrit de très belles choses quand bien même ma morgue d’écrivassier oserait son bémol... 


« Lola, Lolita mia »... belle déclaration lancée vers l’Espagne, au-delà des Pyrénées, vers celle qui a suscité cet amour... Le poète a connu de près la triste réalité des camps d’internement, derrière des barbelés où les réfugiés sont parqués à même le sable... Et l’évocation de Lola doit le toucher de près...
Pardon mais cela met mal à l’aise de savoir qu’entre le 22 février et le 6 mars 1939, Rafael Alberti a été évacué sur Alicante où il a pris l’avion pour Oran avant d’arriver par bateau à Marseille puis Paris (2) le12 mars. Que le poète parle pour les voix anonymes et muettes qui elles ont connu les camps d'internement... Excusez-moi pour ces doutes et cette suspicion peut-être exagérée. 

Le natif d’El Puerto de Santa Maria qui a enduré près de quarante années d’exil sans savoir s’il reverrait un jour la terre natale, a été incité par le roi à revenir en Espagne (1977).
« ... "Je suis parti le poing fermé car c'était le temps de la guerre et je reviens la main ouverte, tendue à l'amitié de tous. " déclara-t-il alors...
« ... Ensuite est venu le temps des hommages et des honneurs dans son pays natal retrouvé... »
https://www.poesie.net/alberti.htm

Oui mais n’est-ce pas au nom de cette "amitié de tous" que l’on voudrait recouvrir d’une chape de plomb la répression génocidaire menée par Franco contre ceux qui, d’après lui, ne représentaient pas l’Espagne... Continuation de l’exploitation, de l’obscurantisme... 

Les victimes de trop nombreuses fosses communes, qui souvent n’avaient fait que travailler sous le régime de la Seconde République, sont encore à réhabiliter.
 

Comprenne qui pourra mais Alberti, et pas seulement parce qu'il a eu la chance d'échapper au franquisme, passe après les poètes qu’il définit lui-même comme « poètes du sacrifice », Federico Garcia Lorca, Antonio Machado, Miguel Hernández... 

(1) http://mediatheques.valenceromans.fr/recherche/viewnotice/id_catalogue/67/id_module/10/clef/POESIA-19241967-ALBERTIR—AGUILAR-1978-1/id/267417/id_notice/91669/type_doc/1/code_rebond/A10672
(2) a pris un billet coûteux de première classe (non contrôlée) pour ne pas être envoyé en camp d’internement. 

crédit photos commons wikimedia

1. Drapeau de la seconde république espagnole.

2. Federico Garcia Lorca auteur sinaloaarchivohistorico

3. Antonio Machado auteur inconnu téléchargé par Claudio Elias

4. Miguel Hernandez en prison avant sa mort 1939 auteur inconnu



6 réactions


  • alinea alinea 19 juin 19:06

    Vous avez bien peu de commentaires Jean-François !
    Il faut reconnaître que l’on n’a pas grand chose à dire ; sans compter le nombre de liens. Je garde l’article pour les ouvrir, au fil du temps.
    Je mythifie volontiers la guerre d’Espagne néanmoins les horreurs d’une guerre civile sont particulières.
    je ne peux pas dire que cela m’ait fait plaisir de lire ça, on aimerait bien garder des héros sans tache, mais cela nous sort d’une macronite aiguë dont la contagion est une véritable pandémie !
    Merci à vous


  • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 19 juin 19:48

    Merci Alinea, mais quand on n’écrit pas sur commande et que je n’ai que la prétention d’un écrivaillon...
    L’Espagne me fascine depuis gosse : les ouvriers espagnols, les vendangeurs nous vivions avec... Européens avant l’heure ! Et d’être allé sur la frontière avec mon grand-père tchécoslovaque donne un relief particulier à ce rapport avec ce pays où le faisceau trônait à l’entrée de chaque localité.
    Sinon, moins qu’une pique contre Alberti, c’est une réserve contre la pensée unique et les louanges moutonnières.
    Ceci dit, cela m’inquiète de ne pas avoir à répondre aux attaques d’une catégorie de communistes macérant encore dans un culte condamnable... Nous sommes si violents dans nos offensives que nous en arrivons à laisser les accapareurs mondialistes prospérer, ce que fit le camp républicain avec le fascisme.   


    • alinea alinea 19 juin 23:20


      Moi aussi j’aime beaucoup l’Espagne, sa langue, sa culture. Et je ne mythifie jamais un individu, je sais trop bien que, d’une part, personne n’est parfait en tous domaines - et principalement les artistes dont le talent ne les dispensent aucunement de travers ordinaires, banals, mais aussi que la situation crée le larron, et les situations de guerres principalement. Le héros y est rare tant la violence ambiante est capable de faire perdre les repères moraux les plus basiques, en période de paix.
      De plus je ne connais pas particulièrement Alberti ; je ne parle ni ne lis l’espagnol !
      J’ai ouvert un de vos liens, un hommage après sa mort, en effet. Mais ils m’apprendront sur cet homme, plutôt ce poète, que je connais si mal.
      Je n’ai pas besoin que mon idéal soit incarné, mais je sais que beaucoup l’ont ! Et l’on finit toujours par apprendre que tel ou tel auteur, tel ou tel philosophe, n’était pas aussi « clean » que ce que ses écrits laissaient présager !
      mais c’est vrai que certaines vérités ternissent l’image que nous avions d’un tel ou un tel qui nous avait ouvert des portes, et tant apporté. Et c’est sans doute vrai aussi que nous avons besoin de belles images d’êtres comme un idéal de soi et qu’on le déchoit nous peine..
      Bien vous Jean- François Dedieu


  • CN46400 CN46400 20 juin 06:35

    PS : le drapeau républicain n’est pas « rouge-jaune-noir » mais « rouge-jaune-violet (granada) »


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