mardi 14 février - par Amaury Grandgil

Maternité(s)

Dans Versailles où j'habite on croise plein de mamans avec les poussettes et tout, des mamans socialement favorisées pour la plupart. Précisons que Versailles est constitué de plusieurs quartiers, selon les revenus, et que normalement l'on ne doit pas se mêler. Il y a même près de la gare des « Chantiers » un quartier plus « populaire ». Par contre on rencontre de ces mamans partout. Et dans les parcs et petits jardins les milieux se cotoient gràce aux mères. Une jeune femme « moderne » peut ainsi échanger sur son expérience avec une jeune femme « voilée » en « hijab » et se trouver des points communs.

Cela a des côtés plaisants tous ces enfants surtout pour un misanthrope comme moi qui ne s'entend facilement qu'avec les tout petits gosses et les animaux. Les gosses ont ceci pour eux qu'ils ne sont pas encore trop marqués par les préjugés des grandes personnes, les conformismes, les lieux communs. Ils leurs arrivent, pas toujours, d'être plus ouverts, plus sensibles aux autres bien que souvent la nature humaine étant ce qu'elle est, ils sont loin d'être tous idéalisables. Une cour de récréation peut être un endroit tout aussi cruel que « l'open space » d'une grande entreprise.

Quand ces mamans parfaites s'arrêtent pour discuter, la marmaille souvent hurlante autour d'elles, en train de faire un caprice, de réclamer un jouet, une friandise. Elles sont alors apparemment inconscientes du boucan provoqué par leur progéniture, bloquant le trotttoir, parce qu'elles ont le droit ! Elles sont des mamans mignonnes avec des enfants tellement mignons aussi ! Et leurs époux sont riches. Elles parlent dans ces moments souvent de leur épanouissement-contentement d'être femmes à la maison ou femmes-trophées. Elles comparent leurs existences parfaites à les entendre et repartent chacune de leur côté convaincues d'avoir convaincue l'autre un sourire un peu crispé sur les lèvres.

Cette vision me rappelle par de nombreux côtés « les femmes de Stepford » bien souvent n'échangeant que des lieux communs mièvres et sans profondeur (excellente fable d'Ira Levin et adaptation de Bryan Forbes en 1975, voir ci-dessous) ...

C'est d'ailleurs un genre de « méthode Coué » visiblement pour certaines, pas toutes, moins épanouies qu'elles ne le prétendent ce discours enthousiaste.

D'aucunes ont l'oreille vissée à leur smartphone regardant ailleurs, regardant tout sauf leurs enfants. D'autres trainent le plus lentement possible la clope au bec. D'autres encore mini-jupe collante ras du bonbon et hauts talons ont des attitudes toutes en séductions plus ou moins maladroites, comme des gamines à peine pubères. Veulent-elles montrer que bien qu'entourées de gosses elles sont encore désirables, et disponibles. Elles se penchent de manière provocante, ondulent des hanches, lancent de temps à autres des oeillades pour voir si quelque mâle à leur goût les a vues.

Dans les files d'attente aux caisses des magasins c'est un peu comme les personnes âgées qui preeennent leur temps pour sortir la monnaie, bien tranquillement, qui papotent indéfiniment. Elles houspillent gentiment leurs gosses alors que derrière elles la file s'allonge, elles ne se pressent pas pour ranger les courses, elles peuvent demander à passer devant aussi. Ainsi, on les remarque, on fait attention à elles et on constate combien leur progéniture est mignonne tout plein. La caissière, les personnes dans la queue, tous se croient obligés de pencher alors la tête l'air attendri. Cela les aide sûrement à se convaincre combien leur sort est délicieusement enviable.

Parce que être maman c'est tellement épanouissant ! Puisqu'elles vous le disent que c'est supêêêêr !

A leur décharge, il faut dire que la maternité est à ce point déconsidérée en 2017 qu'on les comprend. Cela demande du courage d'accepter d'être mères à notre époque alors que la grossesse est présentée comme un « risque », presque une infection, par les féministes et l'institution. Cela peut expliquer une certaine forme de mal-être chez certaines d'entre elles qu'elles compensent et dont elles se consolent comme elles le peuvent. Bien entendu, il y a aussi le conformisme social et l'esprit grégaire, le désir de s'intégrer au mieux dans un groupe selon ses paradigmes, même si l'on n'est pas d'accord du tout.

Autre circonstance atténuante de ces mamans, on leur demande également d'être parfaites en tout, performantes, des femmes modernes et exigeantes avec leur physique et leur carrière quand elles en ont une. Il est difficile de concilier cela avec la maternité quand monsieur n'en fiche pas une à la maison pour les aider dans les tâches domestiques. Lui aussi par conformisme et peur de se rabaisser en aidant, en rendant service. Le style « nouveau père », désolé d'être né sans ovaires, que l'on monte en épingle un peu partoyut est extrêmement minoritaire...

Le plus curieux c'est que ces pères et ces mères se comportent pour beaucoup d'entre eux ainsi surtout pour le decorum. Car entre temps ils omettent d'éduquer leurs enfants et de leur transmettre quoi que ce soit...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury – Grandgil

illustration empruntée ici

 

ci-dessous la bande annonce de « les femmes de Stepford »

 



11 réactions


  • JL JL 14 février 14:47

    Ceci n’a pas sa place en Tribune-libre : Je propose la création d’une rubrique spéciale pour l’auteur, que l’on intitulerait : « Vacuités ».


  • oncle archibald 14 février 16:04

    Et moi qui croyait benoitement que les « mamans socialement favorisées » de Versailles faisaient promener leurs gniards par des gouvernantes, anglaises de préférence ... Pffffttt ma chère .. Je suis très déçu, la « haute bourgeoisie » n’est plus ce qu’elle était.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 14 février 18:49

      @oncle archibald
      C’est très à la mode de jouer à la « petite maison dans la prairie » chez les cathos bobos


  •  

     
    2006 : 25% de NAISSANCES COLON
    S
     
    https://www.youtube.com/watch?v=cbTW_kz4iKo

     
    2016 : 33%
     
    2026 : 50% .... le capital mondialiste a dressé gland remplacé le gogocho.
     

     
    Engels : nos colons sont ses irlandais ..
     
    « C’est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs où l’Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autrement, comme le dit Carlyle [...] Car si l’on considère que dans chaque grande ville, un cinquième ou un quart des ouvriers sont Irlandais ou enfants d’Irlandais élevés dans la saleté irlandaise, on ne s’étonnera pas que dans l’existence de toute la classe ouvrière, dans ses mœurs, son niveau intellectuel et moral, ses caractères généraux, se retrouve une bonne part de ce qui fait le fond de la nature de l’Irlandais, et l’on concevra que la situation révoltante des travailleurs anglais, résultat de l’industrie moderne et de ses conséquences immédiates, ait pu être encore avilie. »
     
    L’immigration irlandaise Engels


  • Buzzcocks 15 février 08:41

    "Elles parlent dans ces moments souvent de leur épanouissement-contentement d’être femmes à la maison ou femmes-trophées. Elles comparent leurs existences parfaites à les entendre et repartent chacune de leur côté convaincues d’avoir convaincue l’autre un sourire un peu crispé sur les lèvres."

    Quelle médisance, elles parlent de leur activité d’attachée parlementaire qui leur rapporte un modeste revenu compris entre 3000 et 8000 euros.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 15 février 09:09

      @Buzzcocks
      Excellent.
      Mais vous ne croyez pas si bien dire, elles sont souvent salariés au black par leurs maris, dans les cabinets de compta, d’ingénierie, etc...


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