lundi 13 mars - par christophecroshouplon

Nos diables sont leurs héros

Vivre en nomade en Amérique du Sud depuis pas loin de 6 mois permet, outre de découvrir un autre continent, de nouvelles cultures et de nouveaux pays, mais aussi, en échangeant avec les gens d’ici, de mesurer à quel point ils n’ont absolument pas la même vision ou les mêmes opinions que nous sur des sujets qui, en France et en Europe (et au delà dans le monde occidental) posent à peine question du fait d’un matraquage médiatique impressionnant.
 
Il y a peu, l’enterrement de Fidel Castro et la fameuse sortie de Ségolène Royal a donné lieu en France a un pataquès de réactions outrées. Toutes les madones de la bien-pensance ont sorti leur missel et se sont ruées sur les mollets de la prétendument inculte ministre. Laquelle, à écouter les nombreux brésiliens, argentins, paraguayens et autres refugies politiques ici présents avait pourtant … mille fois raison.
 
Eh oui, ne vous en déplaise, mais ici les héros sont nos diables, et inversement. L’Amérique du Sud comme l’Amérique Latine et leurs peuples ont longtemps été les victimes des ingérences de la CI et de la complicité des Etats Unis avec les dictatures sanglantes a la Pinochet. Les lecteurs de Naomi Klein savent comment l’Ecole de Boston de Milton Friedman a fait des ravages, au Chili, en Argentine et ailleurs, avec ses dérégulations, ses ventes a vil prix d’entreprises publiques et de pans entiers du service public au 1er rang desquels la sante et l’éducation. Le rapace US, EXXON et tutti quanti, les assassinats de leurs dirigeants élus démocratiquement pour ouvrir la porte aux ingérences économiques, tout ceci ils y ont eu droit. Alors on ne la leur fait pas. Notre moralisme droit-de-l’hommiste, notre Europe anti-démocratique, nos leçons de pseudo-sachants qui n’ont jamais mis un pied chez eux ailleurs que dans des 4 étoiles et notre propagande contre leurs leaders, ça les fait doucement rigoler.
 
Ici Chavez, qui a chassé les multinationales, nationalisé les industries clefs rendu l’argent des ressources naturelles au peuple est adulé. Certes nos entreprises apatrides n’y trouvent guère leurs comptes… Alors autant pilonner le réel par la propagande, quitte à inventer de jolies fictions sitôt écrites sitôt répercutées et gobées sans verification.
 
Pour être clair, j’ai tant vu de grossières manipulations médiatiques réussir à pénétrer nos cerveaux reptiliens que j’ai acquis comme ligne de conduite le doute systématique dès qu’une info apparait dans la presse mainstream occidentale. Les couveuses de Saddam Hussein lors de la 1ère guerre du Golfe ont eu de nombreux petits, et vu la politique des grands medias quant à l'envoi de reporters libres sur le terrain....
 
Prenons une de nos diables préférés, un homme ici très respecté : l’ancien « dictateur » Kadhafi (c’est bien ainsi qu’on nous l’a vendu, et ce n’est pas du tout ce qu’en disait son peuple), celui dont on a mis le pays par terre « pour les droits de l’homme » nous a-t-on dit. Au choix vous avez ça :
 
Allez savoir qui ment ...
 
Ici Kadhafi est connu pour le rôle qu'il eut en Afrique pour tenter de désenclaver la captation de ses ressources naturelles et pour l'immense apport que son long règne eut sur ses concitoyens, que ce soit en matiere de santé, d'éducation, de logement ou de politique familiale et de prêts à taux zéro. Quand je leur rapporte les propos d'une certaine ancienne figure de la droite française, aujourd'hui passée de mode, sur la " France sur laquelle on se s'essuie pas comme sur un paillasson", mes amis d'ici s'esclaffent.
 
Prenons les autres leaders admirés ici par nos amis sud-américains (au même titre que Chavez et Castro) : Vladimir Poutine (ici considéré comme le plus grand dirigeant actuel, « votre meilleur rempart contre Daesch et notre meilleur partenaire »), Bachar El Assad (« un résistant admirable ») et évidemment Evo Morales. Nos diables, en somme, font ici bonne figure, dans des pays democratiques ou la presse est quelque peu plus libre que chez nous, économiquement j'entends.
 
Obama les a bien distraits mais il ne suscite ici que peu de respect. Pour eux c’est une marionnette hollywoodienne pratique pour offrir un visage sympathique aux exactions de la politique étrangère américaine. Hillary Clinton leur faisait horreur, ils ont presque poussé un soupir de soulagement quand elle a échoué en novembre, tant le bellicisme et l'amoralite de la dame n'a pour eux aucun secret.
 
Quant à notre Commission Européenne c’est l’éclat de rire : une province US qui s’est doté d’un système politique digne de l’URSS, pilotée par les vaincus de la dernière guerre mondiale. Sarkozy et Hollande, je n’ose répéter ce que j’ai entendu. Quant à Macron ! Là ils tombent par terre : vous voulez vraiment Milton Friedman à l’Elysée ?
 

Ils doivent avoir un problème ces sud-américains vous ne trouvez pas ? Puisqu'ils ne pensent pas comme nous qui savons tout sans avoir beaucoup voyagé ?

 



11 réactions


  • devphil devphil 13 mars 12:00

    Merci pour vos bons articles , celui ci en fait partie

    Philippe


  • microf 13 mars 12:19

    Bravo l´auteur pour cet article aux points de vues et analyses que je soutiens.
     
    Il est souvent bien d´écrire de tels articles á l´attention du monde Occidental qui pense que le monde s´arrête chez lui, et j´espère que de nombreux Occidentaux vont lire cet article et envoyer des commentaires positifs ou négatifs.

    Pour ce qui est de la Clinton, je peux bien conprendre l´attitude des Sud Américains et ils ne sont pas les seuls.
    Les semaines qui ont précédé les résultats des élections aux Usa, je n´arrivais plus á bien dormir rien qu´á l´idée de voir la Clinton présidente des Usa, ceci, au vu du matraquage des médias, au point que je n´ai connu le résultat qu´un jour après, n´ayant entretemps lu aucun journal, et ne possédant pas un poste de télévision, et depuis la défaite de la Clinton, je dors comme un bébé.


  • cevennevive cevennevive 13 mars 15:14

    Bonjour cher Auteur,


    Merci pour cet article et sa clairvoyance.

    Remarquez, nous nous en doutions un peu, nous les Français un peu éduqués « géopolitiquement », que ces hommes vilipendés par la doxa étaient de grands hommes...

    Mais ça fait du bien de savoir que nous ne sommes pas les seuls à douter de ce que l’on nous matraque régulièrement, et à rejeter les « diaboliques maîtres à penser » journalistiques et politiques de toutes obédiences.

    Bien à vous.


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 13 mars 15:38

    Bonjour
    « nos diables sont leurs héros », « c’est tout blanc ou c’est tout noir ».

    Un peu simpliste, non ?


  • Hervé Hum Hervé Hum 13 mars 19:29

    En Amérique du sud, il y a deux icônes quasiment incontournable, c’est le Ché et Jésus Christ

    mais avec une différence subtile....


  • Dany romantique 13 mars 20:57

    Lorsqu’on voit il y a deux mois qu il n y a pas eu un seul journaliste, chroniqueur sur les plateaux TV, pour rendre hommage à l oeuvre de la révolution de Castro c est gerbant ; En Mai 68 critiquer la révolution cubaine était l exception, restait l apanage des anti communistes du style Mac Carthy 1953 non révisé ; quelle évolution de la presse devenue une carpet du NOW. Je suis obligé de surfer sur le Net pour (à grand peine) me désintoxyquer de ces fellons ces révisionnistes des luttes d ’émancipation, tous dans la lignée des néo conservateurs de Bush.

    Il faudrait envoyer cet article à Michel Onfray ce social-traite emblématique de cette turpitude, pour ne pas avoir « du sang sur les mains » chochotte, avec son délire réitéré anti Chavez (coupable de quoi Chavez ?) son anti Castrisme, anti Robespierre (il se réclame des girondins, la graine réactionnaire de la bourgeoisie), anti Corée du Nord, anti Chine, anti Iran ( elle a déclaré la guerre à qui l’Iran ??), anti Poutine etc,etc.,un vrai chapelet ce mec, Je sais pas pourquoi, je parle d’Onfray, sans doute qu il est une synthèse.

    • François Vesin François Vesin 14 mars 08:14

      @Dany romantique
      Peut-être simplement

       comme en attestent vos raccourcis grossiers
      que vous ne l’avez pas lu !

  • HELIOS HELIOS 14 mars 16:58

    .... bizarre votre article ! Ne serait-il pas un peu exagéré ?


    D’Amerique du sud, que je connais bien, tres bien même, je n’ai pas entendu ni ressenti ce que vous racontez.

    Il serait trop long de vous donner les innombrables exemples, ainsi que toutes les nuances que vous ne semblez pas avoir comprises.

    Cela dit merci quand même, votre perception est interressante, elle ressemble beaucoup a celles que certains decrivent dans des banlieues abandonnées de Buenos Aires ou de Rio... comme chez nous a Sevran -seul exemple- où les femmes ne sortent plus...

    • jaja jaja 14 mars 17:11

      @HELIOS

      Le café de Sevran interdit aux femmes c’est un fake comme le démontre le Bondy blog...

      http://www.arretsurimages.net/breves/2017-03-11/F2-femmes-exclues-d-un-cafe-contre-enquete-du-Bondy-Blog-id20498


    • HELIOS HELIOS 14 mars 20:20

      @jaja


      ... bon, ok, j’ai peut-être choisi un mauvais exemple... 
      Mais peu importe, la réalité est bien qu’on retrouve les considérations exprimées par l"auteur de ce billet [seulement] dans des coins trés, trés défavorisés ou lorsque la population est en déphasage complet avec le reste du pays.

      C’est donc non significatif et s’en servir de référence frise la manipulation et la mauvaise foi.
      L’Amérique du sud n’est pas l’Europe, certes, mais ce n’est ni la chine ni l’Afghanistan, c’est beaucoup plus prés de nous que ce que vous croyez. Ne regardez pas cela a travers des yeux où ses habitants sont tous des boliviens des hauts plateaux avec un bonnet de laine et les femmes avec un petit chapeau rond !

    • christophecroshouplon christophecroshouplon 14 mars 22:42

      @HELIOS
      J’ai pour principe de ne jamais repondre aux proces d’intention qui sont le degre zero de la pensee


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