Il fait beau. Le printemps semble bel et bien lancé. Les jupes sont de sortie dans un Paris de plus en plus luxueux où, malheureusement, la simplicité se perd. Et pourtant, en cet après-midi aux allures estivales, les sourires n'étaient pas sur les belles parisiennes. Je les ai vus sur certains SDF. Un monde à l'envers qui m'exaspère chaque fois un peu plus.
Paris ville musée. L'appelation ne cesse de se répandre depuis quelques années. La classe populaire et ce que les sociologues qualifient de "classe moyenne inférieure" ne trouvent pas ça "glamour", pour reprendre un terme cher aux bobos. Cher, en revanche, c'est le prix d'un verre en terrasse dans une capitale qui a perdu pied avec la réalité.
Payer 4,10 € un soda dans le 20e arrondissement ne choque plus personne. Pourquoi ? Parce que la boboisation des esprits est intégrée par les Parisiens. Nombreux sont ceux qui voudraient retrouver le Paris d'avant, pas si lointain. Celui où le métissage n'était pas que racial, mais bien social. Car avoir un black qui travaille dans la mode et touche 4500€ représente certes un signe d'intégration réussie, dont se réjouiront les amis de DSK, mais je ne sais pas pourquoi la panne de l'ascenseur social depuis deux décennies commence à excéder les autres.
Paris est devenu fade, uniforme, prévisible. Tout le monde se ressemble. Il faut faire la gueule pour exister. En repos ce jeudi, j'avais le sourire jusqu'aux oreilles à arpenter la ville lumières où je me rends à chaque congés hebdomadaire (j'habite à 1h15 en TER). Cette cité où un diplômé bac+5 comme moi, gagnant moins d'un Smic un demi, ne peut plus se loger sans une caution parentale à presque 30 ans. Et encore... Cela étant, marcher sans but précis dans le Marais, le 11e, le long des Buttes Chaumont ou encore dans le nord-est parisien reste l'un de mes passe-temps favoris.
Sans surprise, en cet après-midi ensoleillé, j'ai vu de jolies femmes vétues de jupes sexy avec des talons de chaussures de marques croiser dans l'indifférence générale une misère qui s'affiche de plus en plus sur les trottoirs de la capitale. Allez comprendre pourquoi, mais à Paris pour montrer qu'on est intégré, il faut faire la gueule. Souffler, pester, insulter la personne qui vous a bousculé... C'est ça Paris ! C'est accablant Paris ! D'autant plus que trois SDF - je l'accorde, lourdement alcoolisés pour deux d'entre eux - m'ont regardé avec un large sourire. Un en particulier a retenu mon attention. Entre deux sourires, il hurlait des mots anglais. "Come on" laissant place à un "What's up". Je me suis arrêté sur ce trottoir à deux mètres de ce clochard. Sur vingt personnes, dix l'ont coutourné comme un animal sauvage, cinq ont jeté un regard noir qui en disant long ; seul un trentenaire a souri à son tour et a salué cet homme sans ressources.
Voilà ce qu'est devenu Paris : une ville où les miséreux gardent le sourire lorsque le soleil fait son apparition pendant que les riches citoyens tirent la gueule à longueur de journée. Pour finir, je tiens à relativiser mes propos car le regard perdu d'un homme sale sur le Faubourg Saint-Antoine rappelle que la misère n'est pas plus belle au soleil, comme le chante un artiste surcoté. N'oublions pas que la rue tue plus l'été que l'hiver, la faute à des centres qui ferment et à la déshydratation qui fait des ravages.
Alors, est-ce trop te demander Parisien de sourire une fois par jour ?