vendredi 17 février - par Luniterre

Partage du travail ou « réduction du temps de travail », c’est pas la même chose !

 

 "Loi El Khomri, précarité à vie, cette société là, on n’en veut pas !"

Tel était le mot d’ordre au printemps dernier…

Un nouveau "printemps" approche, avec la présidentielle, et la précarité a continué de s’installer, déjà avec le passage en force de la Loi EL Khomri, et aujourd’hui, la seule perspective "sociale" qui nous est officiellement présentée dans ces élections est celle du "revenu universel", c’est à dire une institutionnalisation définitive de la précarité, et en fait, de la misère qui va avec.

Dès sa première "étape" la mise en place du programme de Benoît Hamon implique la suppression de nombreux droits sociaux existants, mais qui n’auront plus leur équivalent dans le "revenu universel", notamment et de façon flagrante pour les familles monoparentales, réduites à vivre en tout et pour tout avec le montant du seul "revenu universel" indépendamment du nombre d’enfant à élever !

Ce n’est donc pas le prétendu "partage des richesses" qui nous est proposé, et encore moins, celui du travail, mais simplement celui de la misère et du chômage.

Un peu d’histoire sociale… Remontons en Septembre 1996… Un peu plus de 20 ans, déjà…

Le temps de travail était alors à 39 heures… (Suite aux "efforts" de Mitterrand en 1982…), …La perspective des 35 heures était à l’horizon 2000…

Voici donc, en Septembre 1996, ce qu’écrivait le "Réseau AC !-Agir contre le chômage et la précarité" (*), qui semble encore exister de nos jours, du reste… :

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"LA REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL, une histoire ancienne

En 1896, en France, un salarié travaillait en moyenne 2 913 heures par an, la population active occupée était de 20,6 millions de travailleurs. L’économie employait donc 60,1 milliards d’heures de travail humain.

En 1991, un salarié travaillait en moyenne 1 537 heures par an. la population active occupée était de 22,2 millions de travailleurs. L’économie n’utilisait donc plus que 34,1 milliards d’heures de travail humain.

Si les salariés d’aujourd’hui travaillaient 2 913 heures par an comme en 1896, la population active occupée ne serait que de 11,7 millions. Dans ce cas, la France compterait 10,5 millions de chômeurs de plus."

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Aujourd’hui, les 35 heures sont une réalité déjà ancienne et carrément remise en cause…

Le chômage n’a cessé de progresser, et le retour au plein emploi est déclaré impossible par de prétendus "spécialistes", "experts", "économistes", etc…

Par rapport à la réduction du temps de travail historiquement constatée, AC ! osait prétendre ceci :

"C’est la réduction de près de la moitié de la durée du travail qui a créé ces dix millions d’emplois."

Si cela était la vérité, pourquoi la nouvelle réduction du temps de travail a-t-elle accru le chômage… ?

La réalité est évidemment tout autre : le capitalisme crée plus d’emploi qu’il n’en détruit seulement en période de forte croissance, et alors que réduction du temps de travail va avec augmentation de la productivité.

Dans la période de crise actuelle, il y a longtemps que l’augmentation de la productivité, qui s’est pourtant encore accrue, ne compense plus pour la faiblesse de la "croissance", quasi nulle.

C’est pourquoi la simple réduction du temps de travail, effectuée de manière arbitraire, à 35, 32, voire 30 heures, ne peut pas mener mécaniquement à un réel partage du travail.

Accouplée à un système de "revenu universel", elle ne peut mener qu’à un accroissement de la précarité, par une baisse généralisée des salaires, une stagnation, et même très certainement, une remise en cause du SMIC, déjà effective à travers les emplois "uberisés" !

La véritable leçon à tirer de la "réduction du temps de travail" en régime capitaliste, c’est précisément qu’elle n’a rien à voir avec le principe du "partage du travail" ! "Réduction du temps de travail" et "partage du travail" sont en réalité deux notions très différentes :

Le partage du travail, destiné à réduire, et même à supprimer le chômage et la misère, est, quant à lui, tout à fait incompatible avec le capitalisme.

En effet, le partage du travail n’a de sens que si une fois le partage du travail effectué, il en ressort pour tout le monde un niveau de vie décent, et en tout cas, supérieur au seuil de pauvreté.

Cela signifie que le produit du travail ainsi partagé, tant en biens qu’en services, correspond aux besoins sociaux réels des travailleurs et de leurs familles, ainsi qu’aux besoins sociaux de ceux qui sont en retraite ou dans l’incapacité de travailler.

Dans ce cas, les critères de productivité et même de "rentabilité", n’ont plus le même sens.

Leur influence ne concerne alors plus que la durée totale du travail à partager…

La durée moyenne hebdomadaire du travail n’est plus fixée de manière arbitraire à 39, 35, 32 heures, voire 30 heures ou moins, mais simplement en fonction de la durée totale du travail à partager pour satisfaire les besoins sociaux essentiels et biens réels, définis démocratiquement.

Cela s’appelle le socialisme, au véritable sens du terme, et non pas l’ersatz que nous subissons encore, ni même ce miroir aux alouettes que constitue le piège qui nous est tendu par Benoît Hamon.

La question actuelle du candidat unique de la "gauche sociale" n’est toujours pas celle d’une voie au socialisme, car aucun ne parle d’un réel partage du travail, au delà d’une éventuelle "réduction du temps de travail", qui ne mène à rien, sinon à plus de chômage et de misère, même et surtout avec un "revenu universel" qui entérinera définitivement la précarité, l’"uberisation", et partant de là, la réduction drastique des droits sociaux encore actuellement existants.

Dans la mesure où la question ne porte plus que sur la sauvegarde hypothétique de ces droits, il est clair que c’est le candidat Hamon qui doit se retirer en faveur du candidat Mélenchon.

Mais l’avenir du mouvement social n’existe réellement qu’autour des revendications pour un réel partage socialiste du travail :

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__Recensement des besoins sociaux urgents actuellement non satisfaits, notamment en matière de logement et de santé.

__Recensement des forces productives disponibles et nécessaires à développer pour satisfaire ces besoins réels.

__Redéfinition d’un budget en équilibre, en base valeur-travail, entre ces forces productives et ces besoins.

__Redéfinition, dans cet équilibre, de la durée moyenne hebdomadaire de travail, nécessaire pour atteindre cet objectif.

__Réajustement, dans le cadre de cet équilibre, du SMIC à un niveau permettant d’accéder au moins à la satisfaction pour tous des besoins sociaux essentiels, notamment en matière de logement, éducation, culture, sport, etc…

__Prise en compte, dans cet équilibre, de l’effort collectif nécessaire aux objectifs de sécurité, de développement social et de solidarité.

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Pierre Grindsable

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( *30 Septembre 1996 : http://www.ac.eu.org/spip.php?article40 )

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A savoir : cet article clos la série des mises à jour sur la pétition,

 

 

pétition qui sera prochainement fermée, car rapidemment devenue caduque en raison du débat sur le RU.

 

Le débat de fond, concernant les questions économiques sur la loi de la valeur, la valeur-travail, le partage du travail, se poursuit sur les blogs qui ont relayé cette pétition :

__FRONT des LAïCS https://frontdeslaics.wordpress.com/

__SOLYDAIRINFO https://solydairinfo.wordpress.com/

__TRIBUNE MARXISTE-LÉNINISTE : https://tribunemlreypa.wordpress.com/

__AGORAVOX http://www.agoravox.fr/auteur/luniterre

__VIVE LA RÉVOLUTION http://mai68.org/spip/

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Actuellement, cet article, publié initialement sur FRONT des LAïCS :

https://frontdeslaics.wordpress.com/2017/02/16/partage-du-travail-ou-reduction-du-temps-de-travail-cest-pas-la-meme-chose/

est déjà repris également sur :

SOLYDAIRINFO :

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/02/16/partage-du-travail-ou-reduction-du-temps-de-travail-cest-pas-la-meme-chose/

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TRIBUNE MARXISTE-LÉNINISTE :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/02/16/partage-du-travail-ou-reduction-du-temps-de-travail-cest-pas-la-meme-chose/

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14 réactions


  • CN46400 CN46400 17 février 11:07

    la loi El Khomri, par la concurrence qu’elle permet, à l’intérieur d’une même branche ( inversion de la norme), tend à faire baisser, systématiquement, le prix de la force de travail. Mais le développement d’une « armée permanente de chômeurs » est aussi un partage du travail dans l’intérêt du capital. C’est d’ailleurs pour cela que le patronat préfère indemniser des chômeurs de plus de 60 ans que des retraités....
     Le chômage est certes une calamité, mais pas pour tout le monde...


    • Luniterre 17 février 11:26

      @CN46400

      Sur ce coup là, on donc est bien d’accord, semblerait-t-il...

      Le RU c’est bien plutôt le partage de la misère que du travail, et au bénéfice du capital... !

      Luniterre


    • Yaurrick Yaurrick 17 février 12:28

      @CN46400
      Il faut lever les obstacles à l’employabilité (rigidité du marché du travail, salaire minimum) afin que les chômeurs accèdent à un emploi. Réduire le temps de travail, ce n’est pas créer des emplois, c’est appauvrir ceux qui sont déjà existants.
      Les producteurs de richesses et consommateurs ne sont que les 2 faces d’une même pièce : contrairement à ce que vous pensez, les capitalistes ont intérêt à ce que le marché des consommateurs soit le plus grand possible


    • manu manu 17 février 13:35

      @Yaurrick

      Sa dépend si ils vendent des mercedes ils en vendent rarement aux smicards, si ils vendent des camemberts même les chômeurs peuvent s’en payer, si ils vendent des livres ils doivent pas en vendre beaucoup en France (ou alors c’est des livres de déco).


    • Yaurrick Yaurrick 17 février 14:24

      @manu
      La structure de la consommation importe peu, un peu plus de revenu sera dépensé dans autre chose, qui aura été produit par quelqu’un d’autre etc.


    • CN46400 CN46400 17 février 15:19

      @Yaurrick
      « Réduire le temps de travail, ce n’est pas créer des emplois, c’est appauvrir ceux qui sont déjà existants. »

      Exemple les 48h en 1914,les 40h en 36, les 35h en 1997 et bientôt les 32h....Et toujours plus de richesses produites malgré la réduction du temps de travail... La pauvreté du travailleur dépends surtout du prix de la reproduction de ce qu’il vend au capitaliste : sa force de travail !


    • Yaurrick Yaurrick 17 février 16:16

      @CN46400
      La productivité augmente, et c’est ce qui fait qu’on peut travailler moins.... Il fallait en 1955 l’équivalent de 1960h de travail pour acheter un lave-ling, en 1985 il en fallait 150h et actuellement 40h.

      Mais le temps de travail cela devrait être au seul jugement des parties prenantes à savoir l’employeur et l’employé.


    • Luniterre 17 février 17:01

      @Yaurrick

      Si l’on veut arriver à un équilibre économique entre forces productives et besoins sociaux, ce qui implique d’éradiquer le chômage, il est donc nécessaire d’évaluer la durée hebdomadaire moyenne du travail qui corresponde à cet équilibre.

      Ce qui n’exclut pas des arrangements individuels pour des circonstances personnelles qui le nécessiteraient.

      Néanmoins, cela aboutit donc à fixer un salaire de référence en fonction, qui permette un niveau de vie décent.

      Et notamment, à ajuster le SMIC, en fonction, également.

      Luniterre


  • sweach 17 février 13:47
    *Un peu d’histoire sociale… Remontons en Septembre 1996… Un peu plus de 20 ans, déjà… Le temps de travail était alors à 39 heures…*

    Mettons un peu les choses au point, car avec les 35H c’est plus la façons de compter qui a changé plus qu’un véritablement changement.

    Et si on comparait plutôt les amplitudes journée et les vacances ?

    Dans les années 80 mon père avait comme horaire :
    7H30<->11H50 et 12H50<->17H du lundi au jeudi
    7H30<->12H30 le vendredi 
    Et il avait 30 Jours de congés (dont 5 avec différent accord) 

    Mon père avait une présence de 43H par semaine sur son lieu de travail et 30 Jours de vacance par an (pour officiellement 39H/semaine).


    Maintenant prenons les années 2010, avec des horaires classique :
    9H<->12H et 13H<->18H du lundi au jeudi
    9H<->12H et 13H<->17H le vendredi
    On a droit a 40 Jours de congés (25CP + RTT + accord )

    La présence est de 44H par semaine sur son lieu de travail et 40 Jours de vacance par an, pour officiellement 35H/semaine.


    Concrètement il y a un peu moins de 2% d’écart de temps passé à son travail entre la génération de nos parents et nous, alors que les 35H devait diminuer ce temps de 10% et je ne vous parle même pas des grosses arnaques que beaucoup subisse dans le calcul de leur RTT et les heures sup donnés gratuitement au patron.

    On ne travail pas moins depuis la passage au 35H, on travail probablement plus dans de nombreux cas, le seul avantage a été un gain de quelques journée de repos supplémentaire.


    Il faudrait qu’on compte le temps qu’on consacre à son lieu de travail et qu’on mette de coté cette notion abstraite d’heure effective.

  • alain_àààé 17 février 14:34

    je suis d accord avec l auteur car c est un fait que la grosse vache d arabe a fait voté sa loi qui nous faut reculéd un siecle de luttes. mais elle a obtenu d étre peut etre députée ou elle va comme tout le monde touché 13000e par mois. pour un premier mandat mais les siens n ont pas défendu la france comme elle vall et naba etc.. l auutre arabe ministre de l éducation. n y on eu de déportés comme mes amies et ma famille.en 2016 nous avons eu 4millions de contrats cdd par rapport a 2015 ou on avait eu 1,5millions de cdd


    • Viriato 19 février 10:09

      @alain_àààé
      En ce qui concerne « le recul d’un siècle » quand on lit « la grosse vache d’arabe » on se place au niveau du X eme siècle par la bêtise raciste qui suinte de tels propos.


      La crédibilité d’une argumentation contre la loi El Kohmri tombe à plat devant de expressions colonialistes, impérialistes comme c’est le fond de tout racisme contre des peuples des pays peu développés.
      Que est-ce que cela aurait changé si l’auteur de la loi aurait été Hollande ou Vals qui l’ont soutenue d’ailleurs ?
      Les sympathisants du Front National qui se croient défenseurs du monde du travail vont drôlement déchanter si par malheur leur candidate gagne, car elle mettra en réalité en place le programme de Fillon et fera porter tout le poids de la crise sur les travailleurs français et immigrés.
      Ils verront alors que la défense de leurs intérêts passe par l’unité des travailleurs qui vivent en France et que les idées et propos racistes ne contribuent qu’affaiblir et diviser le combat nécessaire contre les plans du capital et leurs représentants politiques, soient Fillon, Macron ou Marine Le Pen.
      Il faut pas se tromper d’ennemi. Et il ne faut pas confondre quelques délinquants minoritaires avec la classe ouvrière immigrée, moins encore avec les fils des immigrés qui ont fait des études et menée une vie comme tout le monde.

  • Luniterre 17 février 16:36

    COMPLÉMENT D’INFO :

    Sur les médias « mainstream » il n’y a pas toujours que des bêtises...

    A voir sur France-info, cet article sur le RU de Benoît Hamon, sur le mode Vrai/Faux :

    http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/le-vrai-du-faux-les-arguments-de-benoit-hamon-pour-defendre-son-revenu-universel_2054615.html

    Assez significatif... Où est la nécessité du RU, sinon dans l’entretien de la précarité, si elle n’est précisément pas liée à une prétendue « disparition du travail » ??

    Également, sur un mode « comparatif » :

    http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/revenu-universel-nucleaire-gpa-ce-que-melenchon-hamon-et-jadot-pensent-de-17propositions-phares_2059966.html

    D’où il ressort assez nettement que Mélenchon est un pis aller utile pour la défense immédiate des droits sociaux, à défaut de mieux, les deux autres étant nettement pires, encore plus en arrière sur plusieurs points.

    Luniterre


  • Hervé Hum Hervé Hum 17 février 21:43

    l’équilibre économique se fonde sur l’équilibre de l’échange économique et lui seul, qui lui même implique l’abolition de la propriété économique, cette dernière n’ayant d’autre intérêt et but que de permettre la plus-value, autrement dit, le déséquilibre de l’échange. Mais encore une fois luniterre, il est impossible d’abolir la propriété sans lui trouver un substitut et il y a que la responsabilité économique et sociale qui lui soit largement supérieure.

    Sinon, bien que réducteur, un bon article qui explique bien la différence entre partage du travail et réduction du travail.


    • Luniterre 17 février 23:19

      @Hervé Hum

       « réducteur »... ?? Effectivement, en un sens, mais il est parfois utile de se concentrer sur un aspect particulier du problème, et comme le débat avance avec les diverses campagnes « de gauche » et la surenchère démagogique qui va avec, il est bon de refaire le point, en revenant sur l’expérience « historique » des 35 heures, dont la leçon n’a toujours pas été pleinement tirée, malgré le recul du temps...

      Lunterre


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