vendredi 5 octobre 2012 - par Robin Guilloux

Pierre Frackowiak et Antonio Gramsci

Antonio Gramsci (Ales, Sardaigne, le 22 janvier 1891 - Rome, le 27 avril 1937) est un écrivain et théoricien politique italien d'origine albanaise. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il demeure en prison sous le régime mussolinien. En tant qu'intellectuel, il a notamment étudié les problèmes de la culture et de l'autorité, ce qui en fait un des principaux penseurs du courant marxiste. Il oppose à la dialectique matérialiste une « philosophie de la praxis ». Sa conception de l'hégémonie culturelle comme moyen du maintien de l'État dans une société capitaliste a fait date.

Pierre Frackowiak, Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

Ce bizarre rapprochement m'a été inspiré par Pierre Frackowiak lui-même, qui s'était rendu célèbre en son temps pour son incroyable courage de "désobéisseur" face au tout puissant ministre de l'Education nationale de l'époque ;-)), Monsieur Gilles de Robien qui remettait en cause les méthodes d'apprentissage de la lecture/écriture à l'école primaire.

Comme chacun sait, Monsieur Gilles de Robien a réussi à imposer ses vues en réduisant Pierre Frackowiak au silence et en faisant jeter des milliers d'enseignants "désobéisseurs" dans des camps de rééducation (nul ne peut se souvenir sans trembler de ces heures, parmi les plus sombres de notre Histoire.)

N.B. : on est même allé jusqu'à prétendre - mais comment croire à une telle barbarie ? - que Jean-Paul Brighelli, l'auteur de La Fabrique du crétin, aurait demandé au ministre la faveur de torturer personnellement le "désobéisseur" en lui faisant lécher les plantes des pieds préalablement enduites de sel par une chèvre corse.

Gilles de Robien se demandait comme beaucoup de parents, de gens de la rue et même d'enseignants de terrain "pourquoi Kevin ne sait pas lire" et s'il n'y aurait pas un rapport entre le pourcentage d'élèves qui arrivent en 6ème sans savoir lire et écrire correctement (de 20 à 30 %) et la persistance dans les écoles primaires de la méthode globale et le renoncement à un apprentissage systématique de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe.

Mais Pierre Frackowiak persiste et signe : la souffrance des enseignants a été "fortement aggravée avec la volonté de G. de Robien d’imposer le b-a ba dans tous les CP de France" et à leur volonté de s'accrocher à "des disciplines ancestrales cloisonnées" :

http://www.educavox.fr/actualite/debats/article/la-refondation-et-la-souffrance#.UGVz3wIqrmo.twitter

Je n'aurais probablement pas réagi aux derniers propos du "désobéisseur", par lassitude, si Pierre Frackowiak n'avait eu la malencontreuse idée de citer, à l'appui de ses propos une phrase d'Antonio Gramsci : "L'ancien se meurt mais résiste ; le neuf ne tarde pas à voir le jour, dans le clair-obscur surgissent des monstres."

Car les idées de Pierre Frackowiak sur l'éducation n'ont strictement rien à voir avec celles d'Antonio Gramsci. A dire vrai, elles sont même l'extrême opposé :

Il convient de rappeler qu'Antonio Gramsci était partisan d'un enseignement explicite de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe pour tous et résolument opposé à un enseignement à deux vitesses : un pour les enfants de "l'élite" et un pour les enfants du Peuple, comme le souhaitait Giovanni Gentile (le théoricien redoutablement intelligent du fascisme avec lequel il polémique directement), puis Cesare Maria de Vecchi (un nain intellectuel), ministres de "l’Éducation nationale" de Mussolini et Jérôme Carcopino, leur alter ego à Vichy.

Pierre Frackowiak et les infatigables apologistes de l'ignorance (Philippe Meirieu, Eveline Charmeux... et tutti quanti) n'ont donc strictement aucun droit de se réclamer de Gramsci qui était pour le BA-BA et "les disciplines ancestrales cloisonnées qui font souffrir les enfants" (sic !). Gramsci croyait fermement à la valeur émancipatrice du savoir.


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