mardi 22 novembre 2016 - par Robert Bibeau

Rififi à la Maison Blanche, Trump la chimère (Le rôle des médias)

 Nous vous présenterons d’abord les différents rôles et fonctions des médias bourgeois, pour ensuite appliquer ces principes à une étude de cas tout à fait contemporaine, l’élection présidentielle américaine de 2016. Dans cette deuxième partie de l’article, nous ferons la démonstration du ridicule agiotage de l’intelligentsia bourgeoise, de gauche comme de droite, à propos de Donald Trump qu’ils qualifient de malappris, grossier personnage imprévisible et incontrôlable. Le Président élu se charge lui-même de remettre ces larbins à leur place, en même temps que ses alliés du Golfe Persique.

 

 

Les rôles et fonctions des médias « mainstream »

En démocratie bourgeoise les médias mainstream – les médias dominants propriétés des trusts médiatiques milliardaires – ont trois fonctions ; premièrement, la fonction « people » qui consiste à distraire la populace des tracas de la vie qui l'accable et de détourner son attention des véritables problèmes qui l'assaillent quotidiennement. Il s’agit aussi de présenter la vie des gens riches et célèbres comme modèles inaccessibles à envier, ou encore d'afficher le sport comme un exutoire à leurs frustrations journalières. Deuxièmement la fonction « formatage » qui consiste à endoctriner la populace et lui inculquer la « pensée unique ». Ces médias définissent le champ de l’économique, du politique et de l’idéologique comme un tracé à sens unique – la métaphore de l’autoroute à voies multiples est appropriée – se dirigeant tous vers un avenir incontournable, face auquel il est futile de se révolter. Bien entendu, les médias vous présenteront ces trois écologistes s’échinant désespérément au fond de la jungle amazonienne pour mieux vous faire réaliser la futilité de leur équipée. Ailleurs, on vous montrera des pauvres, révoltés, abattus sur la rue par la flicaille afin de vous terroriser et vous tétaniser. Dans ce monde-là, le processus électoral consiste à choisir entre la voie de gauche – la voie rapide (représentée par Donald Trump) – et la voie du centre, ou encore, la voie de droite, plus lente, mais menant à la même impasse (représentée par Hillary Clinton). Hors de ces sentiers battus, point de salut. Enfin, les médias à la solde ont, pour certains d’entre eux, une fonction de « management », d’analyse sérieuse de l’information et de diffusion large de ces renseignements précieux. Mais attention, ces médias de « management » ne sont pas destinés à la populace considérée comme ignare et inculte. Afin de s’assurer que le premier pèquenot venu ne pourra accéder à cette riche information, elle est codée en langage diplomatique (destinée à la tribu des initiés milliardaires et leurs coreligionnaires). La classe capitaliste toute puissante a besoin de ces analyses, de ces reportages et de ces informations authentiques pour prendre des décisions éclairées tant dans le champ prépondérant de l’économie, que des champs dépendants de la politique et de l’idéologie. Ce sont ces grands médias tels que : The Washington Post, The New York Times, The Economist, Financial Times, etc. qui construisent la cohésion sociale de la classe dominante et qui font que cette classe richissime reste hégémonique. Hégémonique en tant que classe régnante mais divisée en faction concurrentes et prédatrices. Les élections absolutistes bourgeoises ont mission de départager les pouvoirs entre ces factions. La dernière élection américaine (2016) a concentré les pouvoirs politiques exécutifs et législatifs entre les mains de la faction Républicaine car l’impérialisme américain s’apprête à de grandes manœuvres sur le plan économique (budgétaire, monétaire et financier) et conséquemment sur le plan politique.

Inutile de dire que la classe prolétarienne ne dispose pas de tels réseaux médiatiques, et que sa petite presse de combat – comme le webmagazine les 7 du Québec, http://www.les7duquebec.com est farouchement boycotté par les grands médias, cela va de soi, mais aussi par les médias de la go-gauche petite-bourgeoise sectaire et dogmatique. Pour le moment cela n’a pas grande importance puisque la classe prolétarienne internationale n’est pas en formation de combat insurrectionnel. Quand ce sera le cas, il faudra alors corriger rapidement cette lacune et assurer une large et rapide diffusion de la « presse » de combat prolétarienne. Pour l’heure, nous invitons nos lecteurs à nous suivre dans notre cheminement et à diffuser nos analyses autour d’eux. Fourbissons nos armes comme le font ceux d’en face.

 

Application de ces principes au cas « Donald Trump »

Depuis l’élection présidentielle américaine du huit novembre dernier une large portion des médias « peoples » et des médias de « formatage » de l’opinion publique, entrainant dans leur sillage toute une kyrielle de médias sociaux, ainsi que les publications de la petite bourgeoisie militante de gauche – tous groupuscules sectaires confondus – continuent à propager les billevesées à propos de Donald Trump le goujat, le malfrat, le raciste, la chimère, le misogyne et le populiste, tandis que la grande presse d’opinion – n’ayant rien à faire de ces insignifiances tout juste bonnes à distraire le public – poursuit sa tâche d’analyse et de conseil auprès du grand capital impérialiste mondial.

Ainsi, Khalid Al-Falih, ministre de l’Énergie saoudien et président de la compagnie pétrolière nationale saoudienne, Saudi Aramco, s'est livré dans une interview publiée dans les colonnes du Financial Times. Il y demande au président américain élu de « bien réfléchir » avant de mettre en œuvre sa promesse électorale de renoncer aux importations de pétrole saoudien. Le magnat du pétrole formule sa profession de foi en ajoutant : « Les États-Unis sont le porte-drapeau du capitalisme et des marchés libres. Ils restent une partie très importante de l’industrie globale qui est interconnectée et qui s'occupe de la matière première qu'est le pétrole. Atteindre l'équilibre sur un marché libre est très sain pour le pétrole un élément vital de l’économie globale », les États-Unis profiteront le plus du libre-échange mondial. L’Arabie saoudite fournit 11% du pétrole brut consommé aux États-Unis contre 40% pour le Canada ». Le reporter du Financial Times ajoute que « Lors de la campagne électorale, Donald Trump avait promis de « libérer » complètement le secteur énergétique des États-Unis de ses « adversaires », ainsi que des « cartels » pétroliers et de créer une « indépendance énergétique absolue » pour les Américains. Le républicain visait, sans la nommer, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dominée par l’Arabie saoudite. « Sans nous, l’Arabie saoudite n'existerait plus très longtemps  », avait déclaré Donald Trump au New York Times en mars dernier » (1).

 

L’analyse de ce message crypté

Voilà le genre de déclaration du candidat Trump que la presse « people » et celle de « formatage » de l’opinion ont mission de dissimuler aux yeux des pèquenots et des bobos de la go-gauche les invitant plutôt à s’exciter à propos des starlettes que Trump aurait "manipulées" (sic). Pourquoi le candidat Donald Trump a-t-il menacé cet allié inconditionnel de l’empire américain, ce client servile des armements états-uniens ? La réponse spontanée des pseudo-experts, analystes, géostratèges de guinguettes, des politicologues de buvettes, des économistes et spécialistes de salon fut « Donald Trump est un grossier personnage sans grande expérience politique  ». Faux. Donald Trump fait preuve ici d’une finesse politique fruit d’une très large expérience qui ne peut lui venir que de conseillers aguerris – que Trump suit en tant qu’aspirant porte-parole de sa classe sociale prouvant que ce polichinelle politique est parfaitement prévisible pour les choses qui importent à la classe capitaliste. De grâce, oubliez les midinettes de la Ligue féministe et LGBT et les écologistes de la phalange des Naufragés !

Incidemment, les personnages économiquement et politiquement importants comme ce ministre saoudien du pétrole ne s’y trompent pas eux et ils prennent la peine de réaffirmer leur soumission via un média majeur, chargé d’orienter l’opinion des grands décideurs internationaux.

Cependant, pour aller plus avant il nous faut d’abord traduire en langue courante et la menace de Trump et la réponse codée du cheik pétrolier.

Pour commencer, il faut savoir que le pétrole n’est pas l’objet premier de cette missive cryptée. Avec 11% de ses approvisionnements provenant de l’Aramco (Arabie) les États-Unis sont loin d’être dépendant de ce fournisseur. Avec 40% de leurs approvisionnements venant des pétrolières installées au Canada, les États-Unis sont drôlement plus dépendant de ces entreprises majoritairement états-uniennes. Alors, pourquoi menacé L’Arabie plutôt que le Canada ?

 

Menace contre le pétrodollar

C’est que la puissance américaine repose en grande partie sur les pétrodollars, la monnaie du commerce international, et, particulièrement du commerce du pétrole, la marchandise la plus transigée sur les marchés. Or, le dollar est en fort mauvaise posture, à l’image de l’économie américaine surendettée, plombée par ses déficits budgétaires et commerciaux répétés. Pire, le programme électoral de Donald Trump prévoit d’approfondir ces déficits et la dette souveraine par des dépenses annoncées de 1 800 milliards de dollars en infrastructure et une réduction équivalente des impôts. Facile d’imaginer la suite ! Le dollar US se dirige droit vers une dévaluation drastique. Ni Barack Obama ni la girouette arriviste Hillary Clinton n’ont la stature pour décréter une telle dévaluation du dollar… Trump le goujat-paria aura cette audace avec le risque de guerre que cela entrainera (2). En effet, suite à cette dévaluation du dollar, les multimilliardaires propriétaires de masses de dollars verront leur fortune fondre sous les radions de la stagflation. Incidemment, le plus important détenteur de pétrodollar est l’Arabie Saoudite, suivit par la Chine.

 

Revenons à la Saudia Aramco.

Tous les trusts pétroliers et énergétiques internationaux, ainsi que toutes les multinationales du commerce mondial savent ces choses que les plouks et les bobos de la go-gauche comme de la droite bourgeoise ignorent sereinement. En conséquence toutes ces entreprises cherchent à se débarrasser de leurs monceaux de dollars avant le grand cataclysme monétaire mondial. Depuis vingt ans déjà, plusieurs pays pétroliers et d’autres grands consommateurs d’énergie fossiles ont tenté d’élaborer une alternative au pétrodollar, c’est-à-dire qu’ils ont tenté de remplacer le dollar par un panier de devises convertibles afin d’assurer les échanges internationaux. Les entreprises russes et chinoises, notamment, ont convenu de libeller leur commerce en roubles et en yuan. Vous comprenez maintenant l’acrimonie d’Hillary contre Poutine ? Donald Trump, pour sa part, imagine réussir par la négociation ce que n’ont pas réussi les sanctions (il rêve le pauvre homme).

Dans sa déclaration, Donald Trump, au fait de tout ceci, a été clair envers ses alliés du Golfe Persique en déclarant : « Sans nous, l’Arabie saoudite n'existerait plus très longtemps  ». Facile à décoder pour les cheiks, les princes et les rois parasites du Golfe Persique, sans la flotte et les bases navales américaines au Moyen-Orient, et sans les armements sophistiqués que les USA leur vendent à satiété, ces despotes et ces potentats seraient renversés. La réponse du ministre de l’Énergie est tout aussi limpide. Il répond : « le pétrole est un élément vital de l’économie globale », les États-Unis profiteront le plus largement du libre-échange mondial ». Traduction. Sous le mode de production capitaliste à sa phase impérialiste, tous les aspects de l’économie sont interreliés et les trusts américains ne doivent pas penser chambouler le secteur pétrolier sans perturber tout autant les autres secteurs économiques, ce faisant ces multinationales américaines perdront les immenses avantages qu’elles retirent du libre échange international, notamment des pétrodollars ce que leur concède le Président de la Saudia Aramco.

Nul besoin de spécifier que les entreprises pétrolières américaines installées au Canada ne songent pas à changer leurs pétrodollars contre un panier de devises étrangères…pas pour le moment du moins. Quand elles y songeront, Donald le fripon aura quelques admonestations à leur adresser. Le problème avec Donald Trump ce n’est pas sa misogynie, ou qu’il soit un malappris, c’est son impérialisme agressif. 

 

Cet article est disponible sur le webmagazine : http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/rififi-a-la-maison-blanche-trump-la-chimere-deuxieme-partie/

 

 

(1) Source : https://francais.rt.com/economie/29072-trump-renoncera-petrole-arabie-saoudite

(2) Nous avons analysé la tactique du dollar monnaie d’échange international dans un document déjà publié http:



12 réactions


  • leypanou 22 novembre 2016 10:02

    Belle analyse de l’auteur : on ne peut que s’y souscrire.
    On risque d’assister à un grand chamboulement : le Deep State n’a pas encore dit son dernier mot et les paris sont ouverts.


    • Robert Bibeau Robert Bibeau 22 novembre 2016 10:55
      @leypanou

      Merci beaucoup - mais la révolte ne viendra pas du deep state (l’Amérique profonde) mais d’abord des grands centres urbains gigantesques

      Robert Bibeau

    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 22 novembre 2016 11:12

      @Robert Bibeau

      Le « deep state » n’est pas l’« Amérique profonde » (red necks etc..) mais l’état profond qui constitue aujourd’hui un système quasi institutionnalisé dans des agences (comme la CIA et la NSA) qui échappent au contrôle démocratique. Mais il ne se limite pas à ces services secrets, et inclut l’influence d’entreprises privées telles que Booz Allen Hamilton (l’ex-employeur d’Edward Snowden) et la SAIC, 70 % des budgets du Renseignement aux États-Unis étant aujourd’hui sous-traités. 
      Derrière ce système opaque, où la distinction entre « public » et « privé » semble pour le moins ténue, l’influence traditionnelle des banquiers et des avocats de Wall Street alliés aux « supermajors », les plus grandes compagnies pétrolières internationales jouent également un rôle non négligeable.


    • Robert Bibeau Robert Bibeau 22 novembre 2016 11:29
      @Jeussey de Sourcesûre

      Etes-vous sure de source ?

      Au Canada deep state ce sont les États du Sud et du centre américain mais j’aime bien votre définition

      Je la retiens 

      Robert Bibeau

    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 22 novembre 2016 11:38

      @Robert Bibeau


      Ce n’est pas « ma » définition, mais celle de 
       Peter Dale Scott, adoptée par de nombreux chroniqueurs qui utilisent cette expression dans le sens que j’ai développé plus haut.

  • Hecetuye howahkan howahkan 22 novembre 2016 14:41

    salut à l’auteur qui me semble aussi énervé et en stupeur que tout le camp pseudo démocrate et pseudo progressiste mondialisé et donc mondialiste..

    un coming out ??

    pour moi, une révélation non surprenante.mais ce n’est que ma vision..


    • Robert Bibeau Robert Bibeau 22 novembre 2016 15:54
      @howahkan


      Ah oui alors relisez bien et dites-moi les extraits ou je soutiens les camps démocrates - progressistes et mondialiste ???


      Votre vision est très courte vue monsieur vous auriez avantage à relire - mon texte esst complexe je l’avoue



  • alinea alinea 22 novembre 2016 21:47

    Ainsi voilà le deuxième épisode du feuilleton haletant que nous attendions avec impatience ; je n’ai pas dû en tirer toute la substantifique moelle, mais je suis déçue.
    je n’en retiens qu’une chose, qui est une déception à double titre, c’est que Kadhafi avec l’Afrique naguère, ou la Chine et la Russie actuellement, ne voulait et veulent sortir du dollar que parce que celui-ci va se casser la gueule.
    Moi qui croyais que c’était pour se libérer de l’empire infernal !
    Comme je crois encore à l’humain, du moins en certains, je crois que j’ai raison ; ceci dit cela n’a aucune espèce d’importance sauf pour les quelques dinosaures paumés comme moi dans ce monde fou d’indinosaurité.


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