samedi 6 mai - par christophecroshouplon

Sophie M ou La Fidélité

Agée de 18 ans, l’héroïne de la Boum était alors sous contrat avec Marcel Dassault qui avait décidé de faire de la Vic victorieuse le produit d’appel de sa conception traditionnelle du cinéma français. L’avionneur nous concoctait surement une 3e surprise partie, et avait bloqué l’agenda de son apprentie star, en cette année 1984 présente à Cannes pour la présentation du Fort Saganne d’Alain Corneau.

Quand le sulfureux réalisateur Andrzej Zulawski, en panne d’actrice depuis la défection inopinée d’Isabelle Adjani, demanda à la rencontrer.

Ce que vit le polonais en cette si jeune et si inexpérimentée actrice joufflue reflète à merveille le talent de ce regretté fauteur de troubles sur pellicule. Loin de se limiter à l’image aseptisée d’une petite adolescente héroïne de toute une génération, il perçut aussitôt la pépite. Et, plus que séduit par sa beauté, l’engagea aussitôt.

L’amour braque, adaptation pleine de bruits et de fureur de L’Idiot de Fédor Dostoïevski dans un Paris à feu et à sang livra l’actrice dans un bain inconnu d’elle et lui donna la première occasion de sa longue carrière d’inscrire sur pellicule une performance incroyable pour quelqu’un d’aussi jeune. Pute vénéneuse, sa Marie pataugeait avec perversité et abandon dans une intrigue à cent à l’heure où les cris succédaient aux scènes dénudées. Plus que malmenée avec son consentement par le diabolique polonais, Marceau fit davantage que casser son image naissante : elle fit un immense bras d’honneur à ses découvreurs, cassa le contrat les reliant en payant de sa poche pour s’offrir la liberté de ce tournage de fous, puis rebondit sur le Police de Pialat, avec lequel elle eut plus que des mots, mais qui lui aussi, pour la seconde fois d’affilée, lui servit l’écrin d’un de ses plus beaux rôles.

Devenue en peu de films une des comédiennes préférées des français et un symbole, bien au-delà-de l’hexagone, de la « jolie petite française », SM fut également la cible de toutes les attaques des bienpensants, raillant ses prises de positions, ses maladresses, ses caprices et ses coups de gueule avec cette espèce de morgue de ceux qui jamais ne sautent dans le bain et se contentent de mettre des notes a ceux qui osent sans se regarder faire.

Amoureuse, Sophie devint Madame Zulawski, tous deux eurent un fils, partirent s’installer plusieurs mois par an en Pologne, et tournèrent encore ensemble trois autres films. Dont le dernier, La Fidélité, réalisé juste avant leur séparation, fut sans doute le plus beau rôle de la comédienne.

Dans ce joyau plus apaisé que les œuvres précédentes de Zulawski, Clélia, équivalent contemporain de La Princesse de Clèves, est une femme à l’éthique chevillée au corps, qui lutte dans un monde hautement corrompu, celui des medias et de l’argent, pour conserver en toute circonstance sa rectitude. Dire combien ce rôle correspond à son interprète donne la mesure du cadeau d’adieu que fit l’homme trompé a la femme de sa vie. Laquelle, à l’enterrement l’an passé de son ancien époux, lui fit en retour un remarquable hommage.

La carrière de Sophie offre, compte tenu de son talent, peu d’occasions de tomber à la renverse. Quelques beaux rôles essaimés ici et là (Anna Karénine, une très belle composition dans un vieux James Bond, un superbe second rôle dans le dernier long métrage d’Antonioni, un très beau Firelight ou elle rayonne, un rôle fort dans Les femmes de l’ombre, et puis le tout dernier, La taularde, très bon film ou elle livre une performance sidérante) : c’est à peu près tout ce que je sauve, outre le Pialat et les 4 Zulawski.

C’est peu en 37 ans de carrière, et en même temps cela suffit pour se faire une idée. Vic est devenue grande, et ses nombreux choix malheureux (le nombre de téléfilms Canal plus qui jalonnent sa filmo est dingue) ne remettent en rien en cause son talent, encore moins l’amour et la fidélité du public pour une femme qui sait ce qu’elle veut, ne cède a aucune mode, sait rembarrer les paparazzis avec humour et, disons-le, a une grâce et une classe folle.

Je ne puis m’empêcher de penser que celle qu’ à tort on présentait comme « la nouvelle Adjani » fut, comme son personnage de La Fidélité, sans doute née à la mauvaise époque, ou au mauvais moment. Une époque de ricanements et de moqueries, comme ces rires accueillant la maladresse touchante de son discours raté à Cannes il y a de cela quelques années.

Pourtant – a la longue, et sur la durée – elle a bel et bien réussi à imposer à tout le monde une forme de respect, tant sur elle-même que sur ses choix. Et à faire taire a défaut des critiques ces belles voix qui n’avaient de cesse de la traiter de plouc. Il est un fait que même dans le pire navet la dame irradie. Et ça, c’est pas donné à tout le monde.



4 réactions


  • Daniel Roux Daniel Roux 6 mai 10:57

    Ce qui importe vraiment pour un acteur, c’est son professionnalisme, sa présence, sa diction, ses intonations, son jeu, sur scène et uniquement sur scène. Il ne devrait être jugé que sur ces critères.

    Mais non, le « starsystème » veut plus. Il veut attirer l’attention des médias et du public comme s’il craignait d’être banalisé, oublié par les investisseurs. Pour cela, il organise son autopromotion dans des « cérémonies » ennuyeuses et coûteuses, financées en partie par l’argent des contribuables et des spectateurs, considérés une fois de plus comme des vaches à lait.

    Les acteurs, forcément narcissiques et un peu mégalo, se sont laissés persuadés que leurs seules qualités professionnelles ne suffisaient pas pour être engagés. Ils s’imaginent qu’ils doivent paraître, s’exposer, interpeller, donner leur avis sur tout et n’importe quoi, afficher leur soutien politique, choquer même parfois.

    Comme si être célèbre transformait par magie, un mulet en cheval de course.

    Beaucoup se sont perdus voire ridiculisés à ces jeux stupides et inutiles.

    Sophie Marceau est une actrice de cinéma au jeu agréable, qui apporte un plus aux films dans lesquels elle jouent. C’est tout et c’est déjà pas si mal.


  • foufouille foufouille 6 mai 11:41

    « Agée de 18 ans, l’héroïne de la Boum »

    Carrière

    Pour gagner un peu d’argent, elle s’inscrit dans une agence de publicité pour enfants et adolescents où elle est repérée4. Après une audition passée par hasard, elle obtient en 1980, à l’âge de treize ans, le premier rôle du film culte de Claude Pinoteau, La Boum, qui semble traverser les frontières et les générations. Le personnage de Vic, adolescente romantique et rebelle, lui apporte une célébrité immédiate. Elle reprendra d’ailleurs le même rôle dans le second volet de la série, La Boum 2, en 1982, qui lui vaudra le César du meilleur espoir féminin en 1983. Claude Pinoteau lui offrira en 1988 le rôle de Valentine dans L’Étudiante, comédie romantique qui obtiendra elle aussi un franc succès.


  • L'enfoiré L’enfoiré 7 mai 09:04

    Et pour elle, « le monde de suffit pas »...


  • Alain 7 mai 18:39

    Il est vrai que Sophie Marceau est une grande actrice. Tellement grande qu’à 40 ans passé, elle se complait dans le rôle de celle qui un coup nous montre ses fesses, un coup ses seins, un coup sa culotte. C’est sans doute l’apanage des très grandes comédiennes...


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