mercredi 17 octobre 2012 - par morice

Squarcini et la filière syrienne (2) : bien plus qu’un ratage

Aujourd'hui où la France redécouvre (hélas) un jihadisme armé, prêt à commettre des attentats en France, il convient de faire un retour dans le passé proche, et de revenir sur l'histoire d'une cellule ultra-violente d'islamistes délinquants, qui, pour assouvir leur désirs salafistes avaient eu recours pour alimenter leurs caisses à des braquages extrêmement brutaux. Le week-end dernier, l'un d'entre eux, rappeur à ces heures, a été tué en dégainant un magnum 357 qu'il ne semblait pas quitter des yeux. Chez lui, on a retrouvé 27 000 euros en liquide, dont la provenance ne fait pas beaucoup de doutes : il y a du go-fast là-dessous, très certainement. Or les similitudes sont terribles, avec le cas de Mohamed Merah : un groupe de très jeunes gens radicalisés, mais pas toujours présentant "l'uniforme" jihadiste (djellaba et barge), la plupart armés, et tous salafistes, se répartissant selon des foyers connus de jihadisme, dont le sud et la ville de Torcy, ayant des liens avec la Belgique, revenus encore une fois sur les devants de la scène. A lire ce qui s'est passé ce week-end-là, une conclusion vient automatiquement à l'esprit : le précédent gouvernement, qui parlait tant de la "menace terroriste" n'a strictement rien fait pour l'éradiquer, alors qu'il s'agît depuis le début d'une seule et même filière. 

Les cellules dormantes françaises n'ont pas été traquées, et au contraire, on a monté en épingle un groupuscule de clowns, Forsane Alizza, pour focaliser l'opinion et la presse sur des gens dont la bêtise était flagrante. (et les liens douteux avecl'extrême droite tout autant). Laissant les plus dangereux de côté : visiblement on a beaucoup joué, pendant cinq ans, on a beaucoup manipulé. Car dès 2005, le juge Bruguière avait déjà démasqué la supercherie fondamentale : au Waziristan, les jeunes candidats kamikazes étaient au service de l'ISI ou de la CIA, cet non pas aux ordres de Ben Laden, jamais vu sur place par quiconque, responsables comme simples chair à canon recrutée. Pire encore : on découvrira bien plus tard que le recruteur principal de ses jeunes européens prêts à mourit était fou à lier... et n'avait rien à voir avec Ben Laden !

Un Brugière qui avait tout découvert, comme il l'écrira noir sur blanc dans un livre réquisitoire : "Les faucons de Washington et plus précisément Dick Cheney et Paul WolfoWitz, avec leur doctrine de « guerre globale contre le terrorisme », ont donné une occasion inespérée à Al-Qaida de se remobiliser contre l'Occident. Cette folle stratégie politique que rien ne justifiait ni le combat contre Al-Qaida, ni le prétendu programme nucléaire secret de Saddam Hussein, a alimenté la propagande d'Al-Qaida contre les États-Unis et leurs alliés. Une situation d'autant plus opportune pour les réseaux islamistes radicaux que la riposte occidentale en Afghanistan après le 11 septembre 2001 avait réduit le sanctuaire afghan et porté des coups sévères à l'organisation Al-Qaida" : en somme le célèbre juge parlait sans détours de fabrication, sur toute la ligne, d'un "combat", entretenu grâce au recrutement de jeunes écervelés incapables de s'apercevoir qu'ils étaient manipulés de bout en bout, sauf certains tels que Walid Othmani, qui avait compris lui aussi qui tirait les ficelles, à savoir deux services secrets complémentaires, l'ISI et la CIA, les français, dans ce jeu criminel, ne pouvant que compter les points. De jeunes éceverlés radicaux, liés le plus souvent à des dérives de droit commun, et formant des groupes violents essaimés dans le monde entier désireux d'amener le jihad dans leur pays d'origine ou d'emprunt.

L'islamo-banditisme, au Canada comme à Roubaix

N'oublions pas non plus en effet le lien entre les islamistes radicaux projetant des attentats aux Etats-Unis comme Ahmed Ressam, l'auteur d'une tentative d'attentat contre l'aéroport de Los Angeles, avant les attentats contre le WTC (étrangement, l'équipe Bush n'y fera jamais référence), et les islamistes radicaux français, alors tous liés au GIA algérien. Ressam, installé au Canada, était en contact en France avec Fateh Kamel, qui avait préparé au même moment des attentats parisiens : il sera condamné le 6 avril 2001, par le Tribunal correctionnel de Paris, à 8 ans de prison pour sa participation à un trafic de faux papiers. Une structure et une organisation conséquente, qui fournit comme dans le grand banditisme de quoi changer de nom ou passer inaperçu. "Il s'est joint aussi, pendant un temps, à la firme d'import-export Mandygo, qui était spécialisée dans l'importation de cigares cubains (Bell, 2004). Il a suivi un entraînement militaire dans les camps d'Oussama ben Laden, en Afghanistan, ce qui l'a auréolé d'une certaine notoriété auprès de ses compagnons. Il voyage sans arrêt pour organiser des attentats, mobiliser et faire fuir des combattants. Montréal lui servait de base de repli. Il aurait aussi joué le rôle d'interface entre le GIA algérien et al-Quaïda (Bell, 2004 : Chapitre 4 : « Fateh l'Algérien »). Il connaît Abou El Maali, un des responsables de la cellule algérienne dans les camps afghans. En septembre 1994, il part pour la Bosnie avec Abdellah Ouzghar. En Bosnie, il rencontre notamment Christophe Caze. Après les accords de Dayton, Kamel met en place un trafic de faux papiers à travers l'Europe et le Canada pour aider les moudjahidines à se déplacer et à fuir après les attentats commis. Il suggère à Caze d'organiser son propre groupe en France (source : Le RAID). À Montréal, en 1996, il rencontre Ahmed Ressam et l'utilise comme voleur. Il le paye de 60 à 200 $ pour chaque document volé (passeports, cartes de crédit). C'est pour ce réseau et le trafic de faux papiers que Fateh Kamel sera condamné par la justice française. L'agenda électronique découvert sur le cadavre de Christophe Caze conduit les enquêteurs français, dont le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, sur les traces de Fateh Kamel et d'Ahmed Ressam. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) est alerté et ses agents suivent les allées et venues des membres du réseau identifiés par l'équipe du juge français".

Dans le groupe, on avait aussi Rachid Mezzou, qui lui aussi fait dans les faux papiers, et qui relie les autres à des actions en Bosnie cette fois : "il est né le 16 avril 1966 à Clichy. Il fut arrêté en raison de ses liens avec Salah Achour, lui-même directement lié au Groupe de Roubaix. Il rencontre Christophe Caze et Salah Achour à la mosquée Da'wa à l'occasion d'une conférence sur le rôle du Secours Islamique en Bosnie. Il partira lui aussi pour la Bosnie en 1996, en compagnie de Seddik Benbahlouli, Ismaïl Touanssa et d'un quatrième individu non identifié. En chemin, ils s'arrêteront à Nice, chez Chafik Belheouane. Il participa au trafic de faux papiers mis en place. Rachid Mezzou ira notamment en Belgique avec Salah Achour et Abderahman Cheffah pour acheter des documents falsifiés. Pour sa participation au trafic de faux papiers, Mezzou fut condamné en 2001, en France, à 30 mois de prison avec privation de ses droits civiques pendant 5 ans". 

Or Kamel et Mezzou étaient aussi lié au Gang de Roubaix, un groupe qui finira par un suicide collectif le 29 mars 1996, une fois cerné par la police. Un groupe qui affichait un islamo-banditisme évident, extrémement violent en étant l'auteur de graves agressions ou d'attaques de fourgons bancaire ou de supermarchés (à la kalachnikov, au lance-roquettes ou à la voiture piégée !). Des attaques du type parfois des tueurs du Brabant, caractérisées par leur violence extrême. Sa fin dans l'incendie provoqué par les membres cerné à Roubaix avait laissé une vision d'enfer, a la maison où ils s'étaient réfugiés étant ravagée par un très violent incendie qui les avait carbonisés, deux réussissant à s'en sortir, dont Christophe Cazé, qui sera tué lors de sa cavale, et Omar Zemmiri, qui sera repris un peu plus loin sur l'autoroute .. le second fuyard étant rattrapé après. Lionel Dumont, autre tête brûlée, ancien militaire du 4e Rima de Fréjus, lui, échappera à la capture à Roubaix. On le retrouvera en Bosnie, à Zenica, où il sera le 9 mars 1997 pour s'échapper de la prison de Sarajevo deux ans plus tard. Après avoir changé de nom, il atterrira à Francfort, en Allemagne, où il sera arrété et extradé en 2004. En décembre 2005, la cour d'assises de Douai le condamnera à 30 ans de prison. Une peine ramènée en appel à 25 ans en 2007. Condamné deux fois, il tentera en 2010 de s'évader à nouveau de la prison de Sequedin. Libération l'avait surnommé en 1997 le ch'tmi d'Allah ! Il expliquera que la religion l'avait sauvé de la drogue. C'est à la mosquée Daawa de Roubaix, qui prêchait un islamisme radical, qu'il avait été convaincu. Emprisonné, il avouera "« Je ne représente pas la religion que j'ai adoptée. Je suis un marginal. Par certains côtés, je suis un exemple à ne pas suivre. » 

Le Raid avait investi la maison de Roubaix qui appartenait à Omar Zemmiri "Omar Zemmiri fut reconnu coupable de braquages par la Cour d'assises du Nord, à Douai, et condamné à 28 ans de réclusion criminelle en octobre 2001. Il fit appel de cette décision. En appel, sa peine a été réduite à 15 ans. Sa défense avait un peu changé. Il avoua bien avoir commis des braquages, notamment un fourgon de la Brink's attaqué au lance-roquettes le 25 mars 1996, mais nia avoir participé, trois jours plus tard, à une tentative d'attentat contre le commissariat de police de Lille. Il fait aussi l'objet d'une poursuite en Belgique pour tentative d'homicide contre des policiers Belges et la prise en otage de deux femmes, le 29 mars 1996. Cet épisode était survenu alors qu'il avait fui Roubaix en voiture avec Christophe Cazé. Arrêtés à la frontière par la police belge, les deux hommes avaient refusé de se rendre et avaient tiré sur les policiers. Cazé fut tué et Omar Zemmiri s'était enfuit à pied. Il était ensuite entré dans la maison d'un dentiste et avait pris 2 femmes en otage avant de se rendre à la police." On notera comme anecdote, que Zemmiri avait comme avocat maître Dupond-Moretti, (aujourd'hui avocat d'Abdelkader Merah !) qui avait trouvé une idée lumineuse pour tenter de minimiser l'enjeu : selon lui, les attentats du 11 sptembre aux Etats-Unis, survenus après l'arrestation avaient joué un "rôie nocif sur les jurés  !"...

Fait notable, tous étaient en relation avec le Pakistan, déjà et avec une personne en particulier installé dans le fief des talibans pakistanais : "Abou Zoubeïda (ou Zubaydah), un Palestinien, était chargé de la réception des moudjahidins étrangers à Peshawar, au Pakistan, et il était responsable des relations extérieures du camp de Khalden en Afghanistan. Il était notamment en charge du recrutement des « frères d'origine maghrébine », présenté comme un "proche de Ben Laden." De son vai nom Mohammed Zine El Abidine, Zoubeïda aurait contacté en France Djamel Beghal (qui affirmera devant le juge Brugière avoir été torturé pour affirmer l'avoir fait) Zoubeïda dirigeant alors le camp d'entraînement de Khalden, présenté comme financé par Ben Laden. Or, a bien y regarder, on constatera que le rôle tenu par Zoubeïda était plus qu'étrange... et sa personne tout autant.

Un demi-fou à la tête du recrutement des jihadistes européens !

Zoubeïda, était alors la plaque tournante du système de terroristes internationaux, explique en effet Abou Djaffar  : "l'omniprésence d'Abou Zoubeïda va se confirmer tout au long des mois dans les analyses des services de renseignement mobilisés par la lutte contre Al Qaïda et ses alliés. Son rôle est en effet central : organisateur des filières de volontaires arabes vers les camps afghans, il se charge aussi de leur retour en Europe ou au Moyen-Orient et entretient ainsi des liens étroits avec de nombreuses cellules connectés à Al Qaïda. On trouve sa trace à Londres, à Stockholm, à Madrid, à Francfort, à Milan, à Montréal, à Amman, et le fait est que ce travail d'hôtelier un peu viril l'a mis en relation avec un grand nombre de projets terroristes". Evidemment, il est alors présenté comme le grand organisateur d'Al Qaida, ce que dément Djaffar : "arrêté lors d'une opération de la CIA au Pakistan, Abou Zoubeïda, sérieusement blessé, est mis au secret et subit une série d'interrogatoires dont on sait à présent qu'ils n'ont pas fait honneur au code de procédure pénale américain. Drogues, des dizaines de waterboarding, rien ne lui est épargné et il devient une source infinie de renseignements pour la CIA, puis pour plusieurs Etats proches des Etats-Unis. Plus d'une centaine de rapports, m'a-t-on dit, sont ainsi rédigés par les experts de Langley puis transmis aux alliés. Très appréciées, ces milliers de pages fourmillent d'enseignements, et surtout d'un point qui nous intéresse au premier chef, s'agissant des développements de l'affaire Harkat : Abou Zoubeïda (Abu Zubaydah pour les américains) n'a jamais été membre d'Al Qaïda."

Comme l'a montré Brugière, Djaffar a en effet lui aussi découvert que les fameuses terres tribales pakistanaises sont davantage le fait de l'ISI que celles d'Al-Qaida : "il n'est pas membre d'Al Qaïda et il n'a pas prêté allégeance à Oussama Ben Laden - qu'il connaît, évidemment. De même, il précise que les camps d'entraînement en Afghanistan ne sont pas tous financés par Al Qaïda. Certains sont gérés par des groupes cachemiris pakistanais, d'autres par les Taliban. Tout ce petit monde se fréquente, s'aide, coopère, mais si le jihad mondial est en ligne de mire, il faut se souvenir que d'autres jihads, plus localisés, mobilisent des moyens : Cachemire, on l'a vu, mais aussi Philippines, Malaisie, Ouzbékistan, Xinjiang, Algérie, Somalie. Cette complexité de la scène jihadiste afghane n'est toujours pas comprise par de nombreux observateurs, et les défenseurs de Mohamed Harkat jouent sur cette incompréhension : Harkat a peut-être rencontré Abou Zoubeïda, mais puisqu'Abou Zoubeïda n'est pas membre d'Al Qaïda, tout s'arrange". Zoubeïda sera arrêté (de manière ultra-violente, il faillira y perdre la vie, comme le montre la photo de son arrestation, un des officers de la CIA présents avouera plus tard que sa survie était de l'ordre du miracle) le 28 mars 2002 au Pakistan. Il sera l'objet de nombreux vols de "renditions", effectuant même un trajet dantesque, en passant du Pakistan, en Thailande, puis en Afghanistan, en Pologne et en Afrique du Nord pour revenir à Diego Garcia, endroits où à chaque arrêt il avait été torturé, tout cela avant d'arriver à Guantanamo, où il subira 83 supplices de waterboarding consécutifs. Et où il avouera tout et son contraire, alimentant pendant des années les américains en informations toutes plus fausses les unes que les autres. Ils mettront plusieurs années à l'admettre. Car ces fausses divulgations servent directement leurs intérêts : ce sont eux qui les dictent !!!

 

Zoubeïda est un exemple parfait de la duplicité américaine, qui, après l'avoir torturé à maintes reprises, s'apercevra qu'il était déjà à moitié fou, et n'avait surtout aucun lien véritable avec Ben Laden ! Georges Tenet directeur de la CIA sera forcé de l'admetttre à demi-mot dans "un rapport publié en 2006 affirmant que Abu Zubaydah était mentalement instable et que l'administration avait exagéré son importance. Abu Zubaydah avait été au carrefour de nombreuses opérations d'Al-Qaïda et a été en mesure de - et fait - de partager l'information critique avec ses interrogateurs. Apparemment, la source de la rumeur selon laquelle Abu Zubaydah était déséquilibré était son journal intime, dans laquelle il avait adopté divers personnages. De ce perchoir précaire, certains freudiens ont sauté à la conclusion que Zubaydah avait des personnalités multiples. En fait, les psychiatres de l'Agence ont finalement permis de déterminer que, dans son journal, il avait utilisé un dispositif sophistiqué littéraire pour s'exprimer. Et, mon gars, pour s'exprimer, il s'était exprimé, en effet !' Et en effet ; dans ses "mémoires", Zoubeïdah, devenu schizophrène, avait constamment pris trois personnalités : Hani 1, Hani 2, et Hani 3 – un jeune garçon, un jeune homme et un homme d'un certain âge-. Dans sa cellule, il se prenait pour les trois à la fois ! La CIA avait interrogé pendant des années un cas psychiatrique, un mythonane complet en lui donnant une importance qu'il n'avait jamais possédé !!! Le 30 mai 2005, après des années d'erreurs, une commission avouait que le waterboarding ne servait strictement à rien avec lui : il était devenu complètement fou et avouait depuis longtemps n'importe quoi. Mais il faudra attendre encore 4 ans de plus pour que la CIA admette s'être trompée avec lui. On découvrira (tardivement !) que lors de combats contre les russes en Afghanistan, Zoubeïdah, dont le frère Hesham habitait aux USA, dans l'Oregon, avait été atteint à la tête par un schrapnel qui lui avait laissé des traces sur sa santé mentale. Pour couronner le tout, l'administration Bush fera détruire en 2005 toutes les vidéos de ses interrogatoires qui avaient été filmés. La "carrrière" de Zoubeïda ainsi que la destruction de ses preuves de tortures, je les avais évoquées ici-même en détail (voir en bas de l'article). L'utilisation par l'administration Bush des dépositions d'un cas de folie pareille, et la destruction systématique des preuves de ces interrogatoires musclés reste une des grandes escroqueries de ces dernières années. On bel et bien manipulé le recrutement des jihadistes, tenu par un fou notoire. Sans que beaucoup ne s'en émeuvent ou ne perçoivent la manipulation orchestrée.

Sarkozy au courant de tout depuis 2005

Nicolas Sarkozy, qui alors prenait déjà les traces de G.W.Bush dont il ne cachait pas l'admiration (elle se conclura au lendemain de son élection par une visite remarquée aurpès de la famille Bush) avait donc eu vent dès 2005 de la filière syrienne, par l'intermédiaire du juge Bruguière, qu'il était bien obligé de rencontrer : c'était celui chargé de l'enquête sur l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 , dans lequel le célèbre juge, proche de l'UMP, omettra un rapport d'autopsie ("je ne l'ai pas reçu" dira-t-il bien après) affirmant que le supposé pilote de la voiture ayant commis l'attentat était mort... debout. Ce n'était qu'un passant, et l'attentat, pourtant revendiqué après par Ben Laden, n'avait rien d'un attentat islamique. Brugière avait auparavant décrit en détail la filière qui menait aux zones tribales, comme il l'expliquera dans son livre. Il avait en effet suivi avec intérêt l'escapade de Willy Brigitte, qui lui avait décrit en détail les camps talibans... placés sous la protection de l'ISI !!! Un Brugière qui n'hésitait pas à dire que le gouvernement de Bush avait menti à l'ONU en 2003, et avait lancé un engrenage douteux avec l'ISI : Brugière doutait déjà de la sincérité de la CIA à l'égard de ce qu'elle lui avait dit sur les zones tribales. Avait-il alors mis en garde le président du moment de l'emprise de cette CIA sur ces fameuses zones tribales, cela on ne le sait. Mais dès 2005, Sarkozy savait beaucoup de choses : Willy Brigitte, recruté par AlQaida avait été arrêté dès septembre 2003 en Australie... grâce à la ténacité de Brugière ! Il passera en procès fort discrètement en 2007, l'année de la prise de pouvoir de Sarkozy, et sera condamné à 9 ans de prison pour activités terroristes.  Brigitte sera en 2008 accusé en Belgique d'être lié à Malika el Aroud (on y revient à nouveau) et Abdessatar Dahmane, son premier mari : c'est en effet Brigitte qui avait volé les passeport aux noms de Karim Touzani et Kacem Bakkali, pour ceux qui avaient réussi avec ce document à rejoindre l'Afghanistan, où Dahmane tuera Massoud dans un attentat suicide à la caméra piégée (volée à Grenoble en 2000). Les deux avaient été recommandés par l'Islamic Observation Center (IOC), dirigé par l'islamiste égyptien nommé Yasser al-Sirri, réfugé à Londres, un des membres du non moins fameux "Londonistan". Willy Brigitte, à Paris, organisait alors des entraînements au jihad en pleine forêt de Fontainebleau ! Des candidats recrutés via SOS Minbar, toujours, et expédiés vite fait en Syrie pour se transformer en chair à pâté ceinturée de bombes en Irak ! Or Arnaud s'était fait piéger... sur SOS Minbar, justement, lui aussi en postant un message qui appelait à mettre une bombe dans le métro parisien : preuve que le site était l"objet depuis longtemps d'une surveillance des autorités rançaises. SOS Minbar, recruteur de jihadistes et "monitoré" depuis toujours par la CIA, et surveillé en même temps par la DGSE, puis également par la DCRI, comme j'ai pu l'écrire à maintes reprises ici. 

Le cheminement des jihadistes depuis Toulouse était donc connu par le détail des autorités françaises : "la filière toulousaine, elle, fonctionnait depuis plusieurs mois, et aurait recruté une dizaine d’apprentis djihadistes, dont certains auraient rallié la Syrie en bus. « Il y avait une première phase d’endoctrinement, explique un enquêteur. Puis, les jeunes étaient envoyés en Égypte, pour des séjours de plus en plus longs. » Une phase de préparation, plus dure, était ensuite organisée : stages sportifs, conditionnement à base de vidéos de combats de djihad. Les candidats djihadistes devaient compléter leur « formation » en Égypte, dans une école du Caire, avant d’atteindre l’Irak, via la Syrie" précisait la La Dépêche du Midi, et ce, dès le 18 février 2007.

Et toujours les mêmes qui ressortent du filet :

Une filière pour laquelle cette même Dépêche ajoutait : "seconde étape, fin octobre 2007. Sur les six individus arrêtés à Toulouse et dans le Lot, deux sont mis en examen. L’un d’eux, désigné comme le « formateur » au combat est écroué, toujours dans le cadre de l’enquête des juges Coirre et Trévidic, sur les supposées filières irakiennes. Enfin, troisième volet de l’opération commencée en février 2007, l’interpellation, le 20 février 2008, à Toulouse de deux frères ayant fait des voyages religieux en Égypte et d’une femme. Après 96 heures de garde à vue, l’un de ces Toulousains est mis en examen pour association de malfaiteurs" : rétrospectivement, le seul trio toulousain correspondant à ce texte du 20 mars 2008 pouvait être celui des deux frères Merah, Mohamed et Abdelkader et la femme de ce dernier : le couple s'était rendu en Egypte, ainsi que Mohamed. En somme, on avait inculpé le responsable "militaire" de la branche... en passant à côté du cerveau, appelé Abdelkader ! Les juges Coirre et Trévidic étaient-ils passés cette fois-là à côté du principal responsable ou celui-ci s'était-il montré suffisamment adroit pour éviter d'être inculpé ? Car c'était la deuxième fois déjà qu'Abdelkader passait au travers des mailles du filet... et la première fois que la DCRI rencontrait Mohamed Merah !!! En mars 2008, le futur tueur de Toulouse a donc déjà été cerné comme faisant partie d'une mouvance dangereuse : et comme son frère, il est visiblement remis en liberté. Ce n'est qu'en décembre de la même année qu'il sera arrêté et incarcéré pour des faits de déliquance dont un contrôle policier forcé de police qui l'avait fait réincarcérer à la maison d'arrêt de Seysses jusqu'en septembre 2009. Dans cette mouvance islamiste "raflée", il faut également rappeler ici le nom de Jean-Michel Clain, le véritable leader de la mouvance salafiste radicale toulousaine, qui avait été interpellé lui en 2008 pour son implication dans les filières djihadistes à destination d’Irak, et frère de Fabien Clain (celui dont Mohamed Essid, père de Sabri Essid, avait épousé la mère). Lors du coup de filet de 2007 qui arrête Stéphane Lelièvre, Imad Djebali, Mohamed Megherbi, Sabri Essid et l'albigeois Thomas Barnouin ; le journal la Dépêche n'y était pas allé par quatre chemins : "C'était le bureau de recrutement pour le djihad islamique" affirme-t-il en exergue de son article. Un journal qui fait aussi remarquer "qu'un seul homme, sur les sept personnes gardées à vue jusqu'à hier dans les locaux de la sous-direction antiterroriste, a été remis en liberté sans qu'aucune charge ne soit pour le moment retenue contre lui. L'homme habitait à Torcy, en région parisienne"... Torcy , à l'autre bout du réseau !!! Torcy, revenu ce week-end ) la une des journaux avec l'arrestation d'un homme de retour de la mosquée... porteur d'un pistolet 22 long rifle chargé sur lui !!!

L'étonnante déclaration de Nicolas Sarkozy en septembre 2005

La filière syrienne qui semblait avoir eu une infuence certaine sur celui qu'on appelait alors le premier flic de France, les attentats de Londres lui ayant permis de recentrer son propos sur la lutte contre le terrorisme. Il avait bien entendu activé la sirène de la peur : "vidéosurveillance accrue, expulsions de prédicateurs islamistes, surveillance des cybercafés, de la téléphonie et des voyages dans des pays à risque : à la lumière des attentats de Londres, le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a dévoilé, lundi soir 26 septembre, diverses mesures du projet de loi antiterroriste qui doit être présenté en conseil des ministres le 19 octobre. Invité de l'émission "Pièces à conviction" sur France 3, il a souligné que la menace terroriste "existe en France, à un niveau très élevé", estimant que, sur une échelle de 1 à 5, elle se situe "plus à 4 qu'à 3". Rien à dire à ce programme, qui prévoyait l'écoute des "cybercafés", domaine un peu vague mais qui dénotait déjà d'un réel souci de surveiller certains forums extrémistes. En 2012, juste après l'affaire Merah, Sarkozy re-proposera... les mêmes mesures, qui n'avaient visiblement pas été mises en place. Mais que n'avait-il pas promis qu'il n'avait pas tenu ces cinq dernières années ?

Comme la promesse d'éradiquer le terrorisme. Or à Toulouse, en 2007, qu'avait-on trouvé ? La même chose que l'on vient de faire ce week-end avec une DCRI nettement plus motivée semble-t-il : "Issus des quartiers de la Reynerie, de Papus, des Izards, Stéphane Lelièvre, Imad Djebali, Mohamed Megherbi et Sabri Essid, ainsi que l'Albigeois Thomas Barnouin, partageaient leur vie entre petits boulots et prières à la mosquée. Ils s'étaient mis en tête de résister aux Américains présents en Irak. Rien pour le moment ne permet de conclure qu'ils préparaient des actions terroristes en France. Aucune arme, ni aucun explosif, n'ont d'ailleurs été découvert lors des perquisitions. Evoquant leur foi en Allah, ils désiraient combattre aux côtés de « leurs frères ». Chez l'un d'eux, un testament a même été trouvé, faisant état d'une volonté de « vouloir mourir en martyr ». Tous étaient dans le même état d'esprit, selon les enquêteurs." Les mêmes disposition vues lors du dernier coup de filet Strasbourgeois et Cannois de ce week-end !   Des gens jeunes, et venus depuis peu à la religion :"récemment convertis à l'Islam, ils se seraient radicalisés. Leurs voyages réguliers en Syrie, officiellement pour y apprendre l'arabe littéraire, n'auraient été qu'une étape d'un long processus d'apprentissage fanatique. Ils entretenaient des relations avec d'autres groupes, ailleurs en France et en Europe". Aujourd'hui, on a l'impression que la DCRI a fait du sur-place : dès 2005 elle avait toutes les clés en main pour freiner le mouvement. Rien n'a été fait pour empêcher son développement : Nicolas Sakozy, le hâbleur, en était resté aux rodomontades et aux effets de manche. Le roi du Karchër... ne l'a pas dégainé contre les cellules dormantes jihadistes, visiblement.

Un réseau toulousain en cheville... avec la Belgique : "le réseau comprenait de cinquante à soixante personnes, à Toulouse, en région parisienne, en Belgique », précise un enquêteur. Neuf hommes avaient été interpellés vendredi en Belgique ; ils ont été relâchés, en attendant un complément d'enquête. Selon les policiers, le réseau démantelé cette semaine serait le même que celui qui avait acheminé une jeune kamikaze belge en Irak, où elle a commis un attentat suicide en 2005". La jeune belge s'appelant Muriel Degauque. En rupture avec ses parents, s'étant déjà droguée, avait fugué jusque dans les Ardennes, elle vivait près de la gare du Midi, à Bruxelles, vivant en couple avec un Belgo-Marocain de 7 ans son cadet, Issam Goris, un salafiste virulent qui sera tué en Irak par les Américains. Ses parents, effarés, l'avaient vue progressivement se faire endoctriner.  Jusqu'au jour où elle s'était fait sauter, le 9 novembre 2005 à Bakouba, en Irak. "A son retour du Maroc, Muriel est méconnaissable : elle s'habille tout de noir, porte la burka, des gants... « On ne voyait que ses yeux », témoigne le père de Serge Beghin, voisin de toujours de la famille Degauque. « Quand Muriel revenait chez ses parents, ma femme allait lui dire bonjour. Issam, son mari, montait à l'étage : pour lui, ma femme était une impure. Quand Muriel était seule avec elle, elle enlevait son voile. Elle disait : ah, c'est toi Jeannine, alors je peux. Elle était complètement fanatisée, comme si elle avait eu un lavage de cerveau. » Un véritable endoctrinement".

Question endoctrinement, elle avait subi un véritable lavage de cerveau : "plus précisément, Degauque, Goris et les membres de la future « filière kamikaze » fréquentaient assidûment le centre islamique de la rue de la Limite à Saint-Josse-ten-Noode, où enseignait le cheikh salafiste Abou Chayma, sous couvert de l'association « La plume ». Cette association a été en 2004 le théâtre d'un désenvoûtement islamique roqia qui s'est terminé par la mort de la « possédée » à la suite de coups, de strangulation et de noyade" précise Wikipédia : il s'agissait de la pauvre Latifa Hachmi, morte massacrée à 23 ans après avoir subi ses pratiques dignes du Moyen-Age. Il s'agissait bien d'un réseau d'exaltés aux imams autoproclamés menant en France et en Italie. Un réseau là encore assez organisé : les policiers découvriront que pour commuiquer entre eux, ils acheminaient lors de leur voyages des livres, à propos desquels une écoute téléphonique révelera qu'ils contenaient des messages cachés à l'intérieur :"à recoller ailleurs"… "des faux documents" avait conclu la police. Lors d'une autre écoute, on découvrira qu'Issam Goris préparait un attentat en Irak... qu'il désirait filmer de bout en bout. Merah n'avait donc rien inventé. Au procès du groupe, on découvrira que la zone obligée pour se rendre en Irak avait été... la Syrie : "il apparaîtra ainsi que Younes Loukili, Nabil Karmun, deux des prévenus, étaient en Syrie en 2004 avec Kotob Soughir, le frère de Bilal. Kotob Soughir, qui avait notamment dit à sa mère lors d'un rare contact de Syrie qu'il ne la reverrait que "là où on ne se quitte plus", n'est jamais rentré. Il serait mort en Irak".

Un futur président très au courant des réseaux

Nicolas Sarkozy, le futur candidat à la présidentielle en 2005, et alors célèbre visiteur de dalle de banlieue, se tenait au courant et présentait alors un tableau plutôt honnête, il faut bien le dire, de la situation de ses dérives islamistes et salafistes en France à cette époque : "selon le ministre, des "cellules" islamistes organisent des filières djihadistes vers l'Irak ou le Pakistan depuis le sol français. "En ce moment même, il y a une dizaine de jeunes Français qui sont en Irak, prêts à faire les kamikazes", tandis que d'autres se trouvent "au Pakistan dans des écoles religieuses", a-t-il souligné. En conséquence, et au vu du quadruple attentat qui a visé la capitale britannique le 7 juillet dernier, "nous avons décidé de considérablement augmenter les moyens du renseignement français", a annoncé M. Sarkozy, confirmant des informations révélées la semaine dernière par la presse. Il faut "être à l'écoute de tout, et si possible savoir tout." En résumé, en 2005 déjà, Nicolas Sarkozy, grâce aux lumières du juge Brugière, avait une idée très précise du jihadisme conduisant en Irak ou au Pakistan : son passage obligé se faisait obligatoirement par la Syrie, et le futur chef de l'Etat, alors ministre de l'intérieur en proie au problème des banlieues qui s'enflammaient, selon lui selon un plan concerté "terroriste" que les RGs dénigreront, en avait pleinement conscience. : mieux, il avait même cité le bon nombre de jihadistes français présents dans les centres d'entraînement, une rareté chez lui !!! Logique : "Les membres du réseau toulousain étaient étroitement surveillés depuis plusieurs mois par les renseignements généraux, la police judiciaire et la sous-direction antiterroriste (SDAT)," avait alors affirmé la presse. Surveillés "étroitements" et récidivistes en 2012 ? Surveillé, le gourou d'Artigat qui avait un jour dit à Thomas Barnouin, futur Thomas Abdelhakim ou plutôt à son ami Sabri Essid : "tu retrouveras ta copine au paradis, mais avant vend ta voiture et règle tes dettes "ne laissant aucune ambiguité sur le sort qui les attendait en Irak... il savait qu'ils se destinaient à mourir ; encouragés par lui : malgré leurs dépositions, l'homme ne sera jamais poursuivi pour incitation. Sidérant !

Un ministre en effet très au fait de ce qui se passait : "tandis que ces mesures permettront de "reconstituer les véritables réseaux et de confondre les coupables", une surveillance accrue des déplacements de jeunes Français vers des pays "à risques" permettra en outre de suivre les filières djihadistes, a argumenté M. Sarkozy. "Nous voulons savoir qui part où, pour combien de temps, et quand il revient", a-t-il martelé. "Il n'est pas normal qu'un individu qui habite dans nos quartiers parte tout à coup quatre mois en Afghanistan, trois mois en Syrie." Voilà qui sonne étrangement aujourd'hui : sept années avant l'apparition des tribulations de Mohamed Merah, le premier flic de France le décrivait à l'avance ! Une preuve flagrante que dès 2005, le ministre de l'intérieur savait tout de la filière syrienne. A un point confondant, même, puisque dans la même émission, il citait de vieilles connaissances : "interrogé sur les filières irakiennes, Nicolas Sarkozy a révélé que "six" Français "sont déjà morts en kamikazes en Irak", alors que le précédent bilan faisait état de trois cas de ce type. Evoquant "la fameuse filière du 19e arrondissement qui a été démantelée", il a aussi confié qu'il s'agissait de "terroristes extrêmement jeunes". Encore une fois, rien à dire : tout était exact. Nicolas Sarkozy, en veine de confidence aujoutant au passage "qu'Il y en a un qui a 14 ans et qui a joué un rôle non négligeable. (...) Il est même au cœur d'un réseau qui fait passer de jeunes Français vers le djihad", a-t-il déclaré, précisant que ce jeune "est parti" récemment pour Damas. A l'époque Mohamed Merah a alors 17 ans, et Sabri Essid à peine 20. Qui était donc cet "organisateur de 14 ans de réseau jihadiste" ? Avait-il été inventé entièrement par le ministre de l'intérieur, ou avait-il été imaginé à partir d'un exemple de... 17 ans (Sarkozy ayant toujours été fâché avec les chiffres exacts quand cela l'arrangeait) ? En partance "pour Damas" ? La capitale où Nicolas Sarkozy, devenu président se fera un nouvel ami en la personne du président Bachar al-Assad ?

Nicolas et Bachar, ou les apprentis- jihadistes récupérés... torturés

Un Nicolas Sarkozy entretenant depuis 8 ans déjà à l'époque des relations étroites avec le clan Assad, au grand dam de son président (Chirac !). "Il croyait pourtant dur comme fer avoir tout compris de la Syrie. En 1997, redevenu simple député pour cause d'alternance, il reçoit une invitation du parti Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle. Trois jours d'entretiens avec des apparatchiks, notamment Farouk al-Chareh, alors ministre des Affaires étrangères. Cinq jours de tourisme avec Cécilia aux frais de ses hôtes. A l'issue de son périple, il se croit autorisé à écrire dans son livre « Libre » : « Après trois ans, [l'ambassadeur de France, ndlr] n'en connaissait pas beaucoup plus que nous en huit jours. » Sarkozy repart de l'Orient compliqué avec des idées très simples sur la « tolérance religieuse » et la « fierté syrienne ». « Il est revenu avec le syndrome de Lawrence d'Arabie », plaisante l'un de ses anciens collaborateurs". En 2005, avec l'attentat touchant l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février, et où la Syrie est impliquée, tout change, et Jacques Chirac bloque tout contact désormais avec Damas, ou presque, ce qui déplaît à son ministre, qui s'arrange autrement. "La France entend maintenir à tout prix au moins un lien : les échanges entre services dans la lutte antiterroriste. La DST vient alors d'installer dans la plus grande discrétion son bureau régional à Damas. « Les Syriens nous ont menacés de suspendre la collaboration sécuritaire si nous les mettions à genoux, raconte un bon connaisseur du dossier. Or ils arrêtaient des présumés jihadistes français en route vers l'Irak et nous les renvoyaient après les avoir interrogés à leur manière... On en a récupéré des dizaines comme ça. Il fallait que ça continue. » A l'Intérieur, Nicolas Sarkozy poursuit cette coopération sulfureuse sans état d'âme. Son directeur de cabinet, Claude Guéant, reçoit le tortionnaire en chef du régime, soupçonné d'être l'organisateur du meurtre de Hariri, tout-puissant patron des renseignements militaires, Asef Chaoukat. Une relation particulière s'installe" écrit Vincent Jauvert dans le Nouvel Obs. Sarkozy "récupérait" les torturés par les syriens ? Pour mieux en faire quoi ? "Il fallait que ça continue" ; lâché par un diplomate signifait quoi ? Qu'une fois torturés, ils étaient plus faciles à "retourner" ? Les français se présentant alors sous un jour meilleur que les syriens espéraient ils avoir une oreille plus attentive ? Ou faisaient-ils déjà dans le stockage de jihadistes prêts à renverser Assad au premier mouvement de rue venu ?

Un jihadiste raté explique sa dérive à son procès

La filière syrienne était déjà suivie de près, en tout cas, avec la DST installée à demeure à Damas : un de ces candidats au jihad, originaire de Lyon, avait ainsi été pisté jusqu'au Pakistan par la DCRI, et intercepté à son retour : il s'agît de Walid Othmani, revenu dépité et totalement désillusionné par ce qu'il avait vu là-bas. J'ai déjà cité son exemple ici,sur Agoracox, en ces termes :  "les services français suivent alors une quinzaine de profils par an. Reste que le jihad n’a rien d’une promenade de santé. Walid Othmani en sait quelque chose. Ce Lyonnais de 25 ans est interpellé à son retour du Pakistan en 2008. Aux policiers, il décrit les conditions de vie sur le terrain : on le soupçonne d’être un espion et l’accueil de ses « frères » est tout sauf chaleureux. Il doit débourser environ 1000 euros pour payer son fusil AK-47, ses grenades et ses munitions. L’intégration prend du temps pour ces Européens qui ne comprennent pas le pachtoune, la langue locale" un lyonnais intercepté à son retour et interrogé, lui. Par la DCRI, mais sans qu'on le sache. Il y a une raison à cela. Pour mémoire, le nom de Walid Othmani était apparu en bonne place lors du procès en Belgique de Malika el Aroud, accusée d'avoir financé la filière vers le Waziristan, et webmaster d'un site recrutant de jeunes européens tous pistés dès qu'ils se connectaient sur son site... Un vrai piège à kamikazes potentiels ! " On y revient à nouveau, à la nébuleuse de la veuve noire qui alimentait tout un système. Un système qui était tout sauf un long fleuve tranquille pour les prétendants, comme le prouvera l'histoire du candidat kamikaze allemand Eric Breininger, débarqué au Warizistan à 22 ans, et sa trajectoire parallèle à celle de Merah. Recruté sur le net par le double allemand de Malika el Aroud, Filiz Gelowicz, bien dissimulée elle aussi sous sa burka. Elle se faisait appeler "fisebilillah" sur son site de recrutement. Comme Mérha, rebaptisé "Youssef le français", Breininger deviendra "Abdoul Ghafar l'AllemandAbdul Gaffar el-Almani). C'est un peu toujours la même... propagande, et les mêmes procédés ! Et les mêmes pigeons du jihad !

Le "jihad médiatique"

Lors du procès d'Othmani, qui se tiendra en février 2011, le procureur Portenseigne citera l'influence néfaste des sites jihadistes sur les jeunes recrues  : "Internet et les sites jihadistes sont la véritable matrice transversale de ce dossier", a prévenu le procureur de la République, Guillaume Portenseigne, en débutant son réquisitoire mercredi matin. C'est le premier dossier qui arrive devant le tribunal correctionnel de Paris, où ces sites jihadistes jouent un rôle aussi central et déterminant. Il y en aura bien d'autres", a-t-il auguré. Pour le représentant du ministère public, ces sites baptisés Minbar SOS ou encore Ribaat s'inscrivent dans le "jihad médiatique", théorisé notamment par le lieutenant de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri. Sur ces sites, on voit des images d'enfants et de femmes tués par la coalition, on apprend comment envoyer de l'argent pour soutenir la cause ou comment rallier les camps d'entraînement militaire". Exactement ce qu''avait montré Mohamed Merah à un jeune de son quartier. Le procureur avait vu juste, mais avait oublié l'autre facette de ce " "jihad médiatique" (la formule était la bonne !)  : le tambour de résonnance procuré par les trois sites IntelCenter, SITE Group et MEMRI, tous les trois émanations de la CIA et de ses manipulations.

Un réseau effectif, et des coups de fils à profusion

Derrière Mohamed Merah, attiré lui aussi par les sites extrémistes, y avait-il réseau existant et fonctionnel, au contraire de la thèse du loup solitaire si chère à Squarcini (et à Sarkozy !) : sans aucun doute, et on en possède la preuve : "dans un document du 26 avril 2011, déclassifié à la demande des juges d'instruction, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) note "1 863 communications relevées entre le 1er septembre 2010 et le 20 février 2011", et notamment 186 appels à des correspondants à l'étranger répartis dans 20 pays différents. Le tueur à scooter, repéré dès 2009 par la DCRI, a notamment joint par SMS ou vocalement 94 fois des correspondants en Egypte où séjournait alors son frère Abdlekader. Il a également appelé son père qui vit en Algérie. D'autres correspondants ont été joints en Grande-Bretagne, en Espagne, en Côte d'Ivoire, au Kenya, en Croatie et même au Bouthan." A moins d'avoir des amis dans le monde entier, et que Facebook lui ai fait rencontré par hasard des gens au Bouthan, il devient difficile de faire de Mohamed Merah une personne isolée : "ces documents accréditent la piste islamiste et l'influence cruciale du frère de Mohammed Merah, Abdelkader, dans la radicalisation du tueur au scooter" conclut TF1 News le 23 août dernier. En effet : avec plus de 180 appels à l'étranger en un peu plus de 6 mois on ne peut pas conclure autrement. Un appel téléphonique par jour est consacré par Mohamed à'éun correspondant étranger !!! Pour un ex-petit carossier de banlieue toulousaine travaillant au "black", avouons que c'est peu commun ! En fait de loup solitaire, on avait bien là le membre connu d'une meute répertoriée !

Une nouvelle venue : la grande sœur

Un réseau, où une femme apparaît, elle aussi passée au travers des mailles de la police, mais pas de la DCRI, qui l'avait aussi dans le collimateur : "une note datée du 19 mars 2010 indique ainsi qu'elle est "adepte d'un islam radical". Neuf mois plus tard, elle est "connue pour ses liens avec les mouvements salafistes radicaux", et a "réservé quatre billets d'avion Paris-Le Caire". Mohamed Merah et sa grande soeur étaient connus des services de renseignement depuis 2008. La DCRI, la Direction centrale du renseignement intérieur, s'était même intéressée à Souad avant de se préoccuper de Mohamed, si l'on en croit RTL qui cite aujourd'hui des notes de la DCRI. Quant aux connexions avec Mohamed, la DCRI note qu'elle lui a expédié 1.520 euros en 10 fois lorsqu'il était en prison. Et qu'elle lui a donné son portable..." le téléphone aux 2000 appels c'était donc le sien ! Une "salafiste", selon les fiches des renseignements : "Souad Merah, 34 ans est "adepte d'un islam radical", indique les notes de la Direction centrale du renseignement (DCRI) qu'a consultées RTL. Elle est "fichée", détaille une note du 19 mars 2010. Neuf mois plus tard, il est précisé que la jeune femme, désormais "connue pour ses liens avec les mouvements salafistes radicaux", "a réservé quatre billets d'avion Paris-Le Caire". Souad Merah part étudier le Coran en Egypte. Mohamed suivra le même chemin l'année suivante". Dans le résau, c'est le deuxième membre de la famille suivi de près par la police : le frère depuis 6 ans minimum, la sœur depuis 4 années. A noter que le téléphone que possédait Mohamed était celui de cette fameuse sœur, dont la DCRI connaissait obligatoirement le numéro, ou alors c'est a désespérer des services secrets ! Un numéro connu, puisque la DCRI en personne avait appelé Mohamed Merah sur l'appareil. Au lendemain de la seconde tuerie de l'école juive, surtout, c'est bien ce qui intrigue le plus : "ce 19 mars 2012, alors que le terroriste venait de commettre ses crimes, il reçoit deux appels qui sont directement transférés sur son répondeur, l'un à 10 h 49, l'autre à 12 h 2, soit quelques heures seulement après l'effroyable tuerie. Les fonctionnaires (nota : de la DCRI) l'avaient-ils déjà identifié comme suspect ? Si oui, pourquoi avoir attendu qu'il se retranche chez lui, deux jours plus tard, pour procéder à son interpellation ?" note le Point. Un service de police a bel et bien appellé l'auteur des coups de feu, et ç'a aurait été du au hasard, ou à une routine ??? Et pourquoi attendra-t-on la fin des tueries et la mort de Mohamed pour foncer chez son frère ? Et ne jamais interroger d'emblée sa sœur ?

Retour à la case Essid

Un attentat, ça se prépare. Par des contacts. Ou des coups de fil, lorsque l'on est une tête brûlée et qu'on ne pense pas à masquer ses appels. Comme l'était Merah, qui a agî comme si il se sentait immunisé, à ne même pas chercher à dissimuler où il habite, ou a tranquilleemnt sortir un soir de chez lui, alors qu'il se sait recherché et qu'il a vu qu'il était déjà suivi. "Par ailleurs, la surveillance téléphonique de Mohamed Merah aurait pu intriguer les fins limiers de la DCRI. Durant la période qui précède son premier crime, il passe ou reçoit une vingtaine de coups de fil par jour. Outre sa famille, il est en conversation régulière avec Sabri E., qu'il appelle - une soixantaine de fois - beaucoup plus souvent que sa mère. Sabri E., un Toulousain, a été arrêté en 2006 à la frontière entre la Syrie et l'Irak alors qu'il s'apprêtait à combattre l'armée américaine" : plus de vingt conseils par jour d'un jihadiste condamné pour jihadisme effectif, et pas simplement pour activité en forum sur le net ! Sabri Essid, passé donc de la condamnation pour jihadisme au "conseil éclairé en jihadisme", une fois rendu à la vie publique après son incarcération ! En dehors du contact évident, dont obligatoirement aussi la DCRI possède le numéro, c'est la fréquence des appels qui aurait dû alerter les autorités : une personne soupçonnée qui s'active avec autant de frénésie au téléphone posait d'emblée la question de ce qu'elle pouvait bien fomenter les jours suivants ! En prime, avec le curriculim d'Essid, on ne l'imagine absolument pas ne pas avoit été placé sur table d'écoute permanente, ou régulière ! Essid, connu des services et très certainement toujours sous écoute, appelé plus de 50 fois avant le premier des crimes, et personne n'aurait fait le lien avec son correspondant "youssef" ? Franchement, personne ne peut croire à ça !

Merah, plus connu à l'étranger qu'en France, chez les services secrets

D'autres, heureusement, et en tout cas, exerçaient déjà une surveillance de la personne de Merah. Etrangement, en effet, ce sont les services de renseignement étrangers qui interviennent et préviennent leurs homologues des déplacements de celui qui est alors jugé comme une sérieuse menace potentielle : "ainsi, le 23 février 2011, les services allemands alertent leurs collègues français de son passage à l'aéroport de Francfort, en provenance du Caire et à destination de Toulouse. Même chose pour Souad, dont le départ pour Le Caire prévu le 30 novembre 2010 de l'aéroport Charles-de-Gaulle à Roissy est signalé à la DCRI". Les allemands se méfient déjà des deux, ce qu'il signifient qu'on leur a déjà donné les éléments sur une famille de jihadistes, dans laquelle figure aussi Abdelkader. Peu de temps auparavant, les français avaient en effet averti de son passage sur le territoire belge comme l'a relevé Paris Match : "un étrange procès-verbal rédigé par la DCRI a été glissé dans le dossier Merah. Il s’agit d’un compte-rendu succinct de surveillance de Mohamed Merah à l’aéroport de Bruxelles. Cinq lignes : "Il ressort que Mohamed Merah a été contrôlé lors de son passage au poste frontière de l’aéroport de Zaventem (Bruxelles) à son retour du Caire le 18 octobre 2010. De ces éléments, il ressort qu’un individu le suivait sans pour autant donner l’impression qu’ils se connaissaient. Il s’agit du nommé D.B, inconnu de notre documentation." Officiellement à cette époque, Mohamed Merah n’était pas surveillé par la DCRI. Alors comment se fait-il qu’il ait été attendu à son retour du Caire ? Après enquête, cette note n’a pas été alimentée par la police belge. "S’il s’était agi d’un renseignement en provenance d’un service étranger ami, il aurait été notifié sur cette note "coopération police internationale" explique une source à la DCRI." Un passage en Belgique pas déclaré par les belges, mais par qui alors ? Un autre service secret... et ils ne sont pas des masses, dans le monde, à s'intéresser à lui, ou à sa sœur, à son frère, et à l'épouse de ce dernier...

Autre élément à noter avec le suivi par l'Allemagne du retour en France de deux membres de la famille Merah, jugés comme étant des terroristes potentiels. Les allemands ont déjà en novembre 2010 désigné Souad et Mohamed comme des membres actifs d'un groupe terroriste à la DCRI : or, lorsque Mohamed est interrogé au retour de second voyage par cette même DCRI, il n'est nul part fait allusion à son statut de terroriste et lui "joue" au simple "touriste" devant son inspecteur qui semble croire à ses balivernes. Avaleur de ses couleuvres. Mieux encore : on sait que Mohamed Merah utilisait le téléphone donné par sa sœur, mais on ne saura le localiser après les premières tueries de Toulouse. Or la DCRI connaissait obligatoirement son numéro : les services allemands avaient noté sa dangerosité, et les fiches de la DCRI avaient dû être créées à son nom. Ou alors, les fonctionnaires français mettaient systématiquement à la poubelle ce qu'ils recevaient de leurs collègues, ce que je ne peux me résigner à imaginer.

-le cas Zoubeïda (Zubaydah) ici en plusieurs articles :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

-Au sujet des bandes détruites :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

-les responsables des tortures :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

-Le cas du principal accusé encore aujourd'hui :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

extrait :

"Les services secrets manipulés par Dick Cheney l’ont donc noyé 83 fois d’affilée. Il ne sera pas recordman de l’horreur, mais finira par répéter mot à mot le projet de Dick Cheney : il n’en savait strictement rien au départ. La torture est censée amener des éléments, apporter des informations cruciales, ici on s’en est servi dans l’autre sens : au "tu vas avouer, oui ? ce grand classique du cinéma d’espionnage on a substitué un "tu vas dire ça, oui ?"...Zubaydah en savait nettement moins que ces interrogateurs : au bout de 83 séances de "formation", il connaissait tout. " Il s'est avéré que Abu Zubaydah n'en savait pas autant que la CIA ne le pensait - ou du moins pas ce qu'il avait lâché. Avec le recul, en le soumettant à des sévices physiques qui étaient inadmissibles. Mais cela était-il justifié à l'époque ? Et non pas une méthode de facilité. " La question de la torture, celle inaugurée par les français pendant la guerre d’Algérie, pratiquée par des officiers zélés tels Aussares, et copiée par les services américains (qui n’iront pas jusqu’à refaire les crevettes de Bigeard) est toujours la même : peut-on croire à des aveux obtenus de la sorte ? "Les suspects soumis à une douleur extrême diront n'importe quoi pour mettre fin à leur agonie. Alors, comment pouvons-nous faire confiance aux« secrets » qu'ils révèlent ? ». Aucunement. Peut-on croire aux fables ingurgitées avec les dizaines de litres d’eau ? Pas davantage. C’est le seul moyen, pourtant, de sauver les Etats-Unis, où ce qu’il en reste, après huit années de dérive."


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