jeudi 28 janvier 2010 - par Imhotep

TF1 a-t-il « acheté » Sarkozy ?

Il y a environ une année, alors que la société Nissan licenciait 20 000 personnes elle mettait gracieusement à disposition de la famille royale cinq 4X4 gracieusement (rue89) : Le week-end dernier, Nicolas et Carla Sarkozy ont fait une escapade à Megève avec des 4X4 Nissan pour les véhiculer, eux et leur suite. Les voitures ont-elles été gracieusement prêtées par la marque, à la demande de l’Elysée ? C’est ce qu’affirme une source chez Nissan. Mais la présidence de la République n’a pas voulu répondre à nos questions.
 
Selon cette source, l’Elysée a contacté Nissan il y a une quinzaine de jours pour demander que cinq 4X4 Pathfinder soient mis à la disposition du Président. Nissan se serait exécuté dans l’urgence, en fournissant des modèles neufs.
 
Si la mise à disposition de véhicules est légale, elle ne l’est que dans le cadre d’une contrepartie promotionnelle. L’opération se fait soit auprès de journalistes spécialisés qui feront un article, soit de people dont la presse people fera des photographies valorisant ainsi la marque. Dans ce cas précis, puisque l’information devait rester secrète, il y a eu une mis à disposition gracieuse sans contre-partie. Les questions à se poser sont : Ne serait-ce pas un abus de biens sociaux ? Dans l’affirmative l’utilisation ne serait-elle pas du recel d’abus de biens sociaux ? Et si cette demande émanait du château ne serait-ce pas un abus de pouvoir pénalement punissable pour obtenir un avantage en nature qui se devrait d’être fiscalisé, n’oublions pas qu’en plus il s’agissait de vacances ? Mais nous devenons tellement habitués que l’argent devienne la norme de toute chose, que celui qui a le pouvoir se serve sans même dire merci, et bien que si ces questions ont des réponses affirmatives cela serait un scandale d’importance avec multiples mises en cause pénales, on n’a pas vu de début de scandale. Cela s’ajoute au Paloma, aux villas américaine et mexicaine, à Air Bolloré, aux sondages de l’UMP qui auraient pu être payés par l’Elysée…
 
Serions-nous passés à la vitesse supérieure ? L’on dit que plus c’est gros, plus cela passe. On a peu, très peu parlé d’un fait pourtant extrêmement important : la suppression de la publicité sur TF1 lundi dernier en prime time pour que le Phare de l’Humanité éclaire de sa pédagogie les benêts de Français, benêts car, parmi les 67 millions qu’ils sont, Sarkozy n’a trouvé, et l’a clamé, qu’il n’y en avait qu’un seul et unique (là je croyais que c’était la définition de Dieu) Ubermensch pour diriger EDF. 
 
Je pense avec une quasi certitude que depuis que TF1 diffuse des réclames en Prime Time, que ce soit avant un méga film, une opération humanitaire, une finale de coupe du monde, jamais, mais jamais, il n’y avait eu de suppression des publicités pour offrir ce temps alloué aux cerveaux rendus disponibles à qui que ce soit. Il s’agit donc d’un événement majeur, et selon moi d’une extrême gravité.
 
TF1 vit de sa publicité. Vous trouverez ici une information très intéressante : les tarifs publicitaires de TF1 de cette Prime Time (de 20 h 20 à 21 h 59). Très intéressant car on dispose là des tarifs prévus pendant le prime time de l’émission de promotion du pouvoir Paroles de Français. Les 30 secondes sont facturés 47 000 euros. On peut estimer normalement qu’il y a en plusieurs tranches entre 20 h 30 et 22 h (cette émission de promotion s’étant arrêté bien après 22 heures) un quart d’heure de réclames soit 30 fois 30 secondes ce qui représente un manque à gagner de plus d’un million d’euros. Non seulement un million d’euros ce n’est pas rien, mais nous pouvons nous poser les questions suivantes qui ont une importance capitale :
 
1 - N’est-ce pas obligatoire pour une direction d’une société cotée en bourse de demander l’aval avec vote de son conseil d’administration de faire un acte de gestion extra-ordinaire qui va à l’encontre de ses intérêts ? Il est évident : a- que cette suppression de publicité est une grande première ; b- qu’avant cette décision il y avait une clientèle (les tarifs mêmes de TF1 le prouvent) ; c- que cette décision est contraire aux intérêts économiques de la chaîne.
2- Lorsqu’une action de gestion est contraire aux intérêts d’une société n’est-ce pas pénalement responsable surtout quand cette société a des difficultés économiques ?
3- Lorsqu’un action de gestion apporte un avantage à un tiers extérieur à l’entreprise au détriment de cette dernière celle-ci ne peut-elle pas être qualifiée d’abus de biens sociaux ?
4- Peut-on considérer que de bénéficier d’un temps d’antenne dévolu à du chiffre d’affaire (estimé à un million d’euros) est un avantage en nature indu et pénalement répréhensible ?
5- Peut-on considérer que la suppression de la publicité entraîne un avantage supplémentaire pour capter l’attention du public, avantage qui joue contre la démocratie en distordant des règles communes et jusque là immuables ?
6- Peut-on considérer que celui qui bénéficie d’un abus de biens sociaux fait du recel d’abus de biens sociaux ?
7- Sommes-nous légitimes à nous interroger si ces avantages en temps et financiers (mettre gratuitement du temps d’antenne normalement onéreux revient à faire cadeau financièrement de la non vente de ce temps payant) pourraient être une contre-partie de services rendus (suppression de la publicité sur le service public) ou à rendre par le bénéficiaire ?
8- Sommes nous en droit de nous interroger si le bénéficiaire de ses largesses aurait usé et abusé de son statut et de sa position pour obtenir cet avantage extravagant, créant ce que l’on appelle un abus de pouvoir ?
9- Peut-on s’inquiéter avec horreur que ces questions n’aient pas été soulevées ?
10- Peut-on, à juste titre, se poser la question, après les diverses nominations (Pérol, Richard, Solly, Proglio), d’une collusion, très dangereuse pour la démocratie, entre le pouvoir et les puissances financières et médiatiques, dont cette suppression en serait une preuve ?
 
S’il y a un juriste dans la salle j’aimerais qu’ils nous éclaire et s’il y avait un actionnaire de TF1, je ne saurais trop lui recommander d’interroger la justice pour qu’elle l’éclaire pourquoi une direction de la société dont il est en partie propriétaire (près de 55 % de l’actionnariat est public) se permet des largesses sans aval du conseil d’administration et sans mandat de société pour le faire.
 

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