« Les bonnes familles sont pires que les autres. »
de Anthony Hope
« Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. »
de Léon Tolstoï
image empruntée ici
Il y a des thèmes comme ça, comme la famille, dont on sait très bien qu'ils passent pour réacs, on a beau les aborder en prenant des gants, on passera pour un mêêêchant réac, donc allons y franco, peu importe après tout. Rien que le fait de parler de « famille » sans ajouter recomposée, multiple, monoparentale, par exemple, vous fera être qualifié de néo-pétainisme. Certes, si la conception de la famille traditionnelle était certainement parfois aliénante, il est clair que l'on a remplacé une aliénation par une autre, bien plus forte.
Deux citations en exergue de mon texte qui illustre bien les préjugés largement répandus que la plupart des gens ont encore dans notre société quant à leurs familles.
« Toutes les familles sont psychotiques », c'est le titre d'un roman de Douglas Coupland et c'est ma foi assez vrai, enfin, si toutes ne le sont pas, la plupart sont totalement dysfonctionnelles, la petit minorité restante, fonctionnelle, connaissant elle-même des problèmes, car finalement, il est plus normal dans notre société que les familles soient déséquilibrées que le contraire. Comme dans "la vie est un long fleuve tranquille", ou que ce soit du côté prolo ou du côté BCBG, la famille est un cauchemar, sauf pour les enfants...
Cela fait partie de la comédie sociale en somme.
image ci-dessous prise ici
Quand des parents aiment leurs enfants, se conduisent bien avec, les poussent à développer leur individualité et leurs dons, leur progéniture le vit mal, croyant pressentir que cela n'est pas tout à fait normal, se vivant comme parfaitement inadaptés à la société, persuadés sont-ils qu'il faut que leurs parents soient divorcés, séparés, se tapent dessus, s'engueulent, se rejettent, tout comme l'entourage et le milieu social persuadé qu'il y a anguille sous roche.
Ces parents qui s'aiment encore après vingt ans de mariage, qui ne couchent pas à droite à gauche, ce n'est pas possible, ce n'est pas normal ma bonne dame ! Ils jouent la comédie c'est certain !
Cette mère qui ne sombre ni dans l'activisme forcené pour tromper son ennui, ni dans la frustration hargneuse, ni dans l'alcool ou les médocs, il y a quelque chose qui cloche !
Ce père qui écoute ses enfants et les considère, c'est presque trop affreux !
Ce qu'un individu a vécu dans sa famille, dans l'enfance à l'adolescence, le marque jusqu'à la fin de sa vie. Généralement, les dysfonctionnements qu'il a subi le poussent à avoir socialement de l'ambition, à réussir selon des critères standardisés et normalisés, en opposition à son père ou sa mère, ne digérant pas même d'âge mûr de ressembler à l'un ou l'autre de ses géniteurs alors qu'au fond il commettra quasiment à coup sûr les mêmes impairs.
Fils ou filles unique, il ou elle aurait tellement voulu construire une famille nombreuse, et voilà que ça n'arrive pas selon ses vœux. Il faut bien que les choses s'équilibrent d'une manière ou d'une autre.
Il s'agit également de compenser un complexe physique, culturel ou social qui est engendré la plupart du temps par des causes totalement imaginaires.
Ainsi cette fille qui idolâtre son père et déteste sa mère déniera son propre désir de maternité pour rester le plus longtemps possible la fille chérie de son papa, se trouvant des justifications théoriques ou idéologiques, les inventant alors qu'au fond, elle est une Électre amoureuse inconsolable de son père.
Ainsi ce type qui est honteux de l'origine sociale de ses parents se construira une histoire familiale rêvée, voire fantasmée, allant jusqu'à l'absurde, voire au grotesque pour ne pas avoir à reconnaître qu'il vient d'un milieu simple.
Ou alors il se dira autodidacte, un « vraigen » qui s'est fait tout seul.
Personne n'en parle vraiment, mais les jeunes en difficulté, à problèmes, les jeunes qui traînent, les jeunes qui ne travaillent pas à l'école, tout cela est dû en majeure partie à leur milieu familial et ce qui s'y passe. Ce n'est pas vraiment pris en compte.
Car la famille recomposée, où l'ancienne et la nouvelle femme de Papa s'entendent super bien, où le père est drôlement copain avec le nouveau mari ou compagnon de Maman, est une blague.
On fait des enfants mais on ne s'en occupe plus passé un certain âge, cinq ans la plupart du temps, ou bien l'on compense par un sentimentalisme larmoyant. On pleurniche bruyamment quand le petit coco est tellement content en déballant l'emballage de la dernière console de jeux vidéos ultra-violents, ce qui lui permettra de jouer aux mêmes jeux débiles que ses copains.
Et la maman moderne qui sait rester djeuns malgré ses quarante ans bien tassés sera tellement contente d'être comme une grande copine à qui sa fille racontera ses premières coucheries.
Bien sûr, y compris chez les mêêêchants catholiques moralisateurs et réactionnaires, enfin une partie, ceux qui sont modernes, on dira que la liberté sexuelle et les conquêtes de 68 c'est bien malgré tout, on s'esbaudira devant les "nouveaux pères"' qui regrettent tant de ne pas avoir un utérus, on applaudira ces hommes tellement doux et généreux qui portent leur bébé dans un sac à dos ventral genre "poche kangourou", on pleurera de joie devant ces hommes admirables qui aident leur épouse attendrie à faire la respiration du "petit chien" avant l'accouchement ("Jean-Michel est tellement touchant avec le landau dans le parc"), ce genre de père qui agace, hurlant de bonheur quand fifils ou fifille trace un truc vague sur une feuille ressemblant au choix à une amibe ou à un hydrocéphale fébrile.
Cela n'empêche pas de virer sa progéniture après dix-huit ans, et de les laisser se débrouiller, ou que parfois Papa ne puisse pas voir ses enfants parce que ce week-end, il fait un tour en boîte avec sa nouvelle femme qui ne supporte pas les gosses parce qu'ils lui donnent l'impression de faire son âge.
Ci-dessous Desproges parle d'une psy particulièrement caractéristique et de son analyse de la normalité totalement anormal d'un enfant aimé par ses parents.