lundi 10 septembre 2012 - par Michel Koutouzis

Troïka : tout ce qui est à nous est à nous…

Tout a été dit de l’aspect inique, injuste et, tout compte fait, inefficace, sur le fond et la manière avec laquelle la troïka gère le problème grec. Les toutes dernières recommandations, suivies du traditionnel chantage consistant à remettre aux calendes grecques la nouvelle tranche du prêt européen à ce pays depuis longtemps à bout, indiquent, une fois de plus, que les comptables sont surtout des idéologues ivres de libéralisme. Que le pragmatisme auquel ils se réfèrent constamment, n’est qu’une volonté, si peu cachée, de créer un glacis tiers-mondiste à l’intérieur de l’espace Schengen, où n’existera plus que bonnes affaires et force de travail bradé. Sans vouloir entrer dans les détails, soulignons deux des multiples niet à la proposition du gouvernement grec d’économiser sur les dépenses militaires, la troïka estime que les clauses contractuelles des contrats portant sur des armes sont ficelés de telle manière qu’il coûtera plus cher de les annuler que de les honorer. En d’autres termes, les bailleurs – prêteurs – vendeurs (essentiellement français et allemands), qui s’offusquent des dépenses grecques, ne sont pas prêts, à un sou près, à les limiter si celles-ci concernent leur industrie militaire. Par ailleurs, n’oublions pas que les prêts successifs à la Grèce avaient comme destination directe et finale, les banques européennes exposées à la dette grecque, et que ce pays n’a pu in fine utiliser que moins de vingt pour cent de ce prêt en augmentant sa valeur réelle de plus de trente pour cent. En d’autres termes, la Grèce n’a été qu’une courroie de transition pour renforcer les secteurs industriels et financiers de pays tiers européens et pour faire cela elle s’est enfoncée encore plus dans le gouffre de sa dette. Exit donc du programme d’économies toute réduction de dépenses militaires. La troïka n’en veut pas.

Exit aussi les montants prévus qui concernent la fraude fiscale. Ce n’est pas réaliste disent le FMI, le Conseil et la Banque Centrale Européenne : les sommes prévues doivent être saisies sur les retraites, les salaires et le licenciement des fonctionnaires et, une fois faite la preuve de l’efficacité de l’Etat grec de prélever des impôts indus, alors, on verra. Pour faire clair : d’abord on affaiblit les services, on paie l’inspecteur d’impôts avec des cacahuètes, et après on lui demande de contrôler les milliardaires. Je parie ma toute nouvelle paire de pompes italiennes, qu’après aussi la Troïka va se plaindre du manque d’efficacité contre la corruption. Il faut donc privatiser tout et n’importe quoi, en urgence absolue, puisque l’Etat, corrompu, n’arrive pas à percevoir des impôts de ceux-la même qui s’apprêtent à l’acheter. Le rapport de la troïka est truffé de ces incohérences sémantiques, on ne s’y attarde plus. Sur les onze milliards d’économies proposées la troïka a refusé près de deux milliards et demi. A chacun de ces refus on y décèle la même idéologie, si chère à Nikita Khrouchtchev  : ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous on en discute. Ainsi, toutes les propositions du gouvernement grec qui consistent à baisser encore plus les salaires, les retraites, les prestations sociales ont été acceptées haut la main. A une exception près : la limitation des médicaments et de l’appareillage sanitaire (près de 800 millions) ; il est vrai que l’industrie pharmaceutique est européenne, et que Siemens, qui a en Grèce le quasi monopole sur ce marché vient de racheter sa mauvaise conduite corruptive pour la somme modique de deux cents millions espérant (sic) un nouveau départ plein de promesses. Pour qui ?

Obsédé par la récupération de la nouvelle tranche du prêt européen, le Gouvernement grec, plie systématiquement à toutes les exigences de la troïka. Son unique ambition politique étant de pouvoir emprunter plus et de perdurer. Mais il n’est pas moins sensible à la réalité explosive du pays et de ses citoyens et du fait que, minoritaire, il est à chaque instant sous la menace de l’implosion, et de nouvelles élections qu’il perdra certainement. Il essaie donc d’adoucir les mesures, par simple réalisme. Ce qui n’est pas le cas de la troïka qui, ici et maintenant veut tout et tout de suite, quitte à participer à la déchéance du peuple grec (de toute évidence, cela lui importe peu), mais aussi à une situation chaotique, à l’avènement d’une gauche radicale et le sursaut d’un peuple (ce qui, certainement, ne serait pas très plaisant pour les technocrates bornés qui gouvernent l’Europe). Comme quoi, les leçons des dernières élections, heureusement pour le peuple grec, n’ont pas été suffisantes. On peut tromper quelqu’un tout le temps et plusieurs une fois, mais pas plusieurs fois et tout le temps disait  Abraham Lincoln. 


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