lundi 8 août 2011 - par Papybom

Tu me donnes le bourdon !

Pour échapper à une existence médiocre, pour fuir le fameux chômage et pour garder ta fierté, tu as dit : Banco, j’y vais !

En répondant aux sirènes d’une pub, tu as franchis le pas et appris à marcher aux pas. Ne te retournes pas dans ta boite de zinc, mon ami, j’ai fais la même chose que toi. En quittant la camaraderie des gueules noirs, j’ai appris, également à la fermer  !

Militaire n’est pas un long fleuve tranquille. C’est dans le contrat, tu acceptes de servir en tous lieux. Tu pouvais être peinard à Ballard comme le fut le Big bosse des armées, ou tomber sur l’Afghanistan. Tu n’as pas eu de chance.

Pour le « Péquin », qui n’y connaît rien et qui te critique, tu cherchais à te faire du fric. Il te sert à quoi ce fric maintenant ? Par chance, d’autres rentreront avec une place assise, pas dans la soute. La faucheuse était sur ta route...

J’espère que tu étais encore célibataire sans enfant. Le chagrin de tes parents est suffisant.

En période pré-électorale, un petit homme va venir faire un beau discours et peut-être même épingler une breloque sur le coussin ad hoc. La cérémonie doit se dérouler en fonction de l’instruction xxx du Ministère de la défense. Dans la dignité de la grande muette, tes potes en grande tenue, seront les pots de fleurs du spectacle.

Je me doute, que maintenant, tu t’en fous. Tu voulais juste vivre décemment dans un monde de fous qui ne donne plus de travail. Sans dépendre des ASSEDIC, tu étais fier de ton travail et de ton uniforme. Pourtant ta dernière tenue, avec le charbon de bois et la sciure qui partage ta dépouille, ne sera pas bien présentable. Mais il n’y a que nous qui le savons. Pas un de tes proches ne viendra t’embrasser une dernière fois. Ton cercueil est plombé et scellé comme ton destin.

Dans les archives, tu seras la énième victime de ce conflit qui n’a pas d’épithète. Ton histoire d’homme c’est terminé dans la vallée de Tagal. Nous sommes peu nombreux à situer ta rencontre avec le destin. Mais qu’importe, d’autres viendront enfouir cette information du jour. Dans quelques jours, tu ne seras plus la vedette des médias. Un autre inconnu prendra ta place dans l’actualité.

72 n’est qu’un chiffre, un record à abattre.

Si ce soir j’ai le bourdon, c’est que j’aurais pu être toi. Et toi, être moi, tranquille ce soir devant un clavier. Je suis descendu sous terre, je suis monté au front de la Somalie. Par chance, je fais encore partie du monde des vivants. Pas toi  !

Bien qu’athée, je vais écouter Charles Aznavour en pansant à toi. « Nous nous reverrons un jour ou l’autre ». Si on t’accorde une messe à Notre Dame, ne compte pas sur moi pour la suivre. Le bourbon qui va résonner pour ta dernière sortie, n’est rien en comparaison de celui qui résonne dans ma tête, ce soir.

Si demain des passants survolent cet article en forme d’hommage pour un humain inconnu, je resterais, comme toi désormais, insensible au mépris des ignorants…  

Illustration : http://www.trekearth.com/gallery/Eu...


23 Messages de forum

Version web