mercredi 15 février - par Emile Mourey

Un tableau inconnu de Caravage

Nativité. Projet d'une société idéale.
Par Michael Angelo Merisi, dit Le Caravage (1571-1610).
Huile sur toile 215 cm x 159 cm. Vers 1604
Châssis ancien. Cadre en chêne.

En 1605, le protecteur de Caravage est le cardinal del Monte, proche des Médicis, plutôt favorable au parti français contre le parti espagnol. Le pape Clément VIII, un Médicis, meurt cette année-là, à l'âge de 69 ans. Pour le parti français, le successeur est déjà prévu depuis quelque temps. Il s'agit du futur pape Léon XI. 

Dans son sens conventionnel, cette Nativité se lit sans aucune difficulté. Voici la Vierge et l'enfant Jésus, dans l'étable de Bethléem, sur la paille de la crèche, sous la protection de saint Joseph. Tout cela se trouve dans l'évangile de Luc. Ce personnage âgé, peint de profil, un genou à terre, est un berger. Cet autre personnage également à genoux, peint de dos dans un lumineux contre-jour, est un autre berger.

Mais dans son sens aujourd'hui caché à nos yeux, il y a dans cet étonnant tableau un message politique. Ce berger qui, les deux genoux à terre, serre ses deux mains de travailleur en un poignant geste de prière est le peuple que la foi éclaire. Cette Vierge, c'est Marie, mais c'est aussi l'Église, une église belle et pure, refondée sur ses valeurs évangéliques et qui après avoir reçu du ciel la lumière, l'enfante au monde.

Caravage s'est peint dans le personnage de Joseph. Ce visage tourmenté, le voilà enfin représenté dans la sérénité, avec sa barbe et sa moustache si caractéristiques, comme recopié sur son remarquable tableau du Martyre de saint Mathieu ; le voilà, ce visage, avec son début de calvitie frontale caractéristique.

Drapé dans son éternelle cape marron, le pied large et puissant - parfaite réplique du pied du personnage central du tableau précité - Caravage est le penseur, l'intellectuel, bref le peintre qui, dans les ténèbres de cette fin de Renaissance et après les excès de la Contre-réforme, veut ramener la lumière - et la foi - dans une société qui s'est corrompue. Mais il est aussi le représentant de tous les peintres du monde, de tous les artistes de la terre, de tous les créateurs, de tous ceux qui produisent de la pensée, de l'intelligence et de l'Art. Il est toute cette élite sécrétée par le peuple et qui, par ce fait même, constitue l'aile marchante du peuple. Il revient à cette élite le rôle de promouvoir le nouveau pape, de l'éclairer et de le soutenir dans son combat.

Le pape pour la promotion duquel Caravage a peint ce tableau est ce Léon XI dont le mausolée brille de mille éclats dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Ce pape dont le pontificat ne dura que vingt-six jours porta sur le trône de saint Pierre tous les espoirs d'un monde tourné vers une France retrouvée. Personnage à la barbe blanche, au profil intelligent et volontaire, le voici représenté - étonnante image - dans la tenue d'un modeste pasteur, tenant à la main le bâton du berger car c'est lui qui va conduire le peuple de Dieu. Mais il est aussi le représentant de tous les rois de la terre puisque c'est lui qui les couronne. A la différence du berger qui a deux genoux à terre, lui n'en a qu'un.

Réunis par une poignée de mains franche et loyale et par le même regard qu'ils tournent vers un enfant-Dieu retrouvé, Caravage et le futur Léon XI proposent au monde le nouveau projet de société idéale monarchique qu'ils comptent mettre en œuvre.

Ce tableau explique tout Caravage, ses espérances, ensuite ses déceptions puis sa révolte.

Tableau tragiquement méconnu, décroché du mur où il était exposé après la mort de Léon XI et la disgrâce du Caravage, puis oublié.

En bas et à gauche, on déchiffre l'inscription suivante en lumière rasante : 1868, E. NESC.. Question : tableau du XIXème siècle peint par un peintre inconnu ? Réponse : non ! La bonne traduction est la suivante : 1868, numéro d'inventaire. E. NESC., autrement dit : EX NESCITUR, on ne sait rien sur l'origine de ce tableau.

Seul la caméra peut en donner une bonne reproduction. En partant de l'obscurité, puis en augmentant très progressivement l'éclairage, apparaît d'abord le visage de l'enfant, celui de la Vierge, puis le ciel ; ensuite à partir du centre tout l'ensemble s'éclaire. La reproduction photographique que je donne est une solution moyenne et ne permet pas de voir nombre de détails dans la pénombre, notamment l'étable, le bœuf et l'âne, exemple caractéristique du clair-obscur caravagesque. Voilà pourquoi dans ma photo grand format, l'enfant "éblouit" tellement il apparaît blanc alors que, dans la dernière photo moins exposé, il est plus coloré ; de même, le visage de la Vierge. Admirez également le soin qu'il a apporté pour représenter le globe de l'oeil, autre caractéristique du peintre. Génial !

Tableau probablement peint en 1604 ou 1605, juste avant la mort de Clément VIII. Caravage est au sommet de son art.

Emile Mourey, 15 février 2017, extraits de mes ouvrages non publiés. site internet : www.bibracte.com. Merci de me signaler d'autres tableaux méconnus ; je propose d'en donner une explication... gratuitement, seulement pour l'amour de l'Art. Inutile de s'adresser aux services du ministère de la Culture ; ces services ne réagissent que sous la pression des médias. La preuve : leur obstination à ne pas vouloir reconnaître leur erreur de localisation du site de Bibracte ; voyez mon précédent article http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cette-plaisanterie-de-bibracte-au-189584. Depuis le décés de François Mitterrand, aucun de ses successeurs n'est venu sur le site du mont Beuvray. Aucune personnalité... sauf Arnaud Montebourg mais c'est un cas particulier. Le seul ministre de la Culture qui a honoré le site de sa visite est celui du Burkina Faso.

 



3 réactions


  • LES AVENTURES DU PITHÉCANTHROPE CRASSANEL.

    Episode 4 : L’esthétique du Maître chat Schrödinger
     
    Schrödinger n’était pas très porté sur l’esthétique du vrai, de l’efficient platonicien, celui des beaux camions qu’adorait son pithécanthrope crétin Crassanel, des avions de chasse à la beauté dessinée par l’aérodynamisme, où celle des locomotives TransPacifique. L’esthétique du un, l’harmonie de la note, des vibrations de couleurs, où celle de l’en-soi, la poésie par ex, les proportions du nombre d’Or, la spiritualité, tout cela l’intéressait peu.
     
    Comme animal à l’intelligence du sensible, le chat Schrödinger était passionné par la beauté du grand, où il pouvaut déployer au maximum ses capacité félines.
     
    Pour le Maître chat, s’il l’avait vu, le désert aurait été plus beau que son bac à sable, l’océan que sa gamelle, la montagne que le caillou. Aussi quand Schrödinger découvrit la banlieue HQE des bonobobo verts, son laid bétonnage pour la surponte des 9 sœurs à Coulibaly, ses poubelles plastique affreuses de 12 couleurs différentes, son trottoir pour le « jogging » mondain, Schröndinger se découvrit artiste aussi...
     
    Alors le Maître chat ordonna d’emballer tout de papier cul.
     
    Vert merdeux couleur de la diarrhée des bonobo pseudo-écolos. Les immeubles, les poubelles, les Prius à bobo électrifiés etc ... tout fut uniformément emballé de papier cul symbole du gogocho. Les pithécanthropes aussi furent empaquetés, comme des glands remplacés par des burkinis merdeuses ...
     
    Et le béton de la colonie à Soros devint un océan vibrant dans le vent, magnifique par le simple fait du grand uniforme (et aussi parce qu’on ne voyait plus les pithécanthropes).
     


  • Goda Goda 15 février 19:09

    @la baudruche négrière


     salut a toi,

    « la banlieue HQE des bonobobo verts, son laid bétonnage pour la surponte des 9 sœurs à Coulibaly, ses poubelles plastique affreuses de 12 couleurs différentes, son trottoir pour le « jogging » mondain »

    c’est plutôt marrant, on dirait que tu décris plusieurs banlieues différentes et que tu les fais fusionner en une seule et même légende idéalisée, pour ne pas dire très fantasmée. Avec cette patine reconnaissable entre toutes qui est la tienne. 





  • A la base de tout concept du chat Schrödinger était l’appréhension du monde, c.a.d ce que les bobo appellent d’un air condescendant « essentialisation » des sensations, qui est juste la base de toute phénoménologie (compréhension des phénomènes)
     
    Quand le chat très évolué, voyait un arbre, il ne voyait pas, comme nominaliste aurait dit, « cet » arbre, mais une instance de la « catégorie » arbre, c.a.d un truc avec des oiseaux dedans sur lequel on peut monter, et autres attributs qui appelait son prgm existentiel, sur sa ROM instinctive.
     
    De même pour les banlieues de la colonisation où béton HQE bobo, le chat ne connaissait évidement pas tout colon individuellement ni sa colonie, mais il les avait essentialiser, classer, en tant que bétail à Soros pour assurer le Divide Et Impera capitaliste, avec des sous-variantes dealer, rapper, burkini etc. Le bonobobo vert étant une variante putasse collabobo soumise, un gland remplacé souchien bétonneur qui ne pense qu’à se branler en Supermarché.
     
    Évidement tout concept du félin était objet de jugement.Mais le jugement était confirmé par l’expérience du réel :
     
    SOROS DONNE 500 MILLIONS AUX COLONS MIGRANTS ...
     
    http://www.nice-provence.info/blog/2016/09/20/milliardaire-george-soros-sponsorise-immigration-clandestine

     


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