lundi 19 juin - par Paul ORIOL

Un tsunami annoncé

Le tsunami annoncé (1) a balayé la politique et le monde politique français au delà de ce qui avait été prévu et annoncé.

Avec moins d’un quart des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle et moins d’un tiers aux législatives en faveur de La République en marche (LReM), Emmanuel Macron devient président de la République avec une majorité, absolue et très confortable, à l’Assemblée nationale. Et en principe, dévouée pour 5 ans.

Si ces élections sont exceptionnelles, c’est moins dans la distorsion entre nombre de suffrages obtenus et concentration des pouvoirs que par la fulgurante carrière d’Emmanuel Macron et le déroulement de la séquence électorale.

François Hollande, en 2012, après avoir obtenue 28,63 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle, devenait président de la République. Le PS, avec 29,35 % des voix au premier tour des législatives et 34,4 % en comptant ses alliés DVG et PRG, obtenaient 314 sièges soit la majorité absolue à l’Assemblée nationale sans compter les 17 alliés, plus aléatoires, d’Europe Écologie-Les Verts.
C’était la dernière étape d’un long processus de montée vers le pouvoir de François Hollande, titulaire de mandats divers depuis 1983, et du PS, victorieux lors de toutes les élections locales pendant le mandat de Nicolas Sarkozy : municipales de 2008, la Gauche, du PC aux Verts prenaient le contrôle de 149 communes de plus de 30 000 habitants contre 6 pour le Modem et 107 pour la Droite ; régionales de 2010, le PS et ses alliés (DVG et PRG) arrivaient à conquérir 22 régions sur 25, en métropole, seule l’Alsace restait à droite ; 2011, la Gauche prenait la présidence de 57 Conseils généraux, le Centre droit, 5, et la Droite 36. Avec en prime, à la suite de ces diverses élections, pour la première fois de son histoire, le Sénat virait à gauche.

Au total, après les élections présidentielle et législatives de 2012, la gauche détenait la présidence de la République, la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat, la présidence de la majorité des régions, des départements et des conseils municipaux des grandes communes de France.
 

Emmanuel Macron n’est pas le premier à devenir président de la République après un passage par la banque Rothschild et sans avoir eu, au préalable, aucun mandat électoral. Georges Pompidou a eu le même parcours, avec un long stage auprès du général de Gaulle à qui il a succédé, après sa mort. Si le premier était un littéraire et le second est un énarque, ils ont en commun la volonté d’adapter la France à ce qu’ils considèrent comme la modernité économique.

Ce qui est particulier, c’est le déroulement de la carrière d’Emmanuel Macron et de la séquence électorale, caractérisé par la rapidité d’exécution à la manœuvre.
Georges Pompidou et François Hollande deviennent présidents à 58 ans, Emmanuel Macron à 39 ans, le plus jeune président français de l'histoire !

Pour la dernière partie de son parcours, Emmanuel Macron a bénéficié d’une législation favorable : présidentielle suivie immédiatement des législatives, inversion du calendrier électoral voulue par Lionel Jospin, interdiction du cumul des mandats et sanctions financières pour les entorses à la parité qui poussent au renouvellement du personnel politique.
Et particulièrement, l’échec politique de François Hollande et sa décision tardive de renoncer à se présenter pour un nouveau mandat qui a bloqué toutes les candidatures venant du PS. Sauf celles de... Macron et de Mélenchon, tous deux extérieurs au PS au moment de leur décision. Enfin, les affaires et l’obstination de François Fillon ont privé Les Républicains d’une victoire programmée.

Il n’est pas possible d’oublier le soutien très important qu’a reçu Emmanuel Macron des médias et des milieux d’affaires. Mais dans un premier temps, il a été surtout question d’une bulle Macron, d’un candidat sans expérience, trop jeune, sans aucun appareil derrière lui… Le candidat alors bien en cour était plutôt Alain Juppé, le meilleur d’entre nous, le sage, l’homme d’expérience, le modéré de droite… Celui qui n’a pas eu l’audace de franchir le Rubicon quand l’autre était déjà entré dans Rome !

Emmanuel Macron a aussi su jouer de son absence de programme alors qu’étaient déjà bien connus la loi Macron, la volonté d’alignement sur la politique de l’Allemagne d’Angela Merkel et son curriculum vitae (passages rapides au PS, à la banque Rothschild, conseiller de François Hollande, ministre de l’Économie) qui en ont fait le candidat de toute la droite en Europe… Dans une campagne électorale, tournant essentiellement sur les sondages dans le Grand prix de l’Élysée et les pratiques d’hommes politiques renommés pour leur haute vertu, au détriment d’un véritable débat, particulièrement évident pour les élections législatives où rien n’a été organisé à la télévision.

C’est une chance relative que la désespérance des Français, après la déception des deux quinquennats précédents et faute d’alternance, ait trouvé un débouché, certes bien canalisé, vers Macron plutôt que vers Marine Le Pen…

Mais cette Assemblée nationale, jaune Macron, l’élimination de toute représentation sérieuse de l’opposition risque d’accentuer une apathie politique qui existait déjà et qui se traduit par une augmentation constante du taux d’abstention à toutes les élections sauf lors des présidentielles (2).

Les conséquences de ces élections présidentielle et législatives sont multiples.
La confortable majorité macronienne à l’Assemblée nationale devrait assurer une certaine tranquillité au président de la République pour le quinquennat. Encore que les godillots n’ont pas toujours la même résistance à l’usure.

Les Républicains, bien que diminués, bien que frustrés d’être exclus, pour le moment, du gouvernement, sont la principale force d’opposition parlementaire. Reste à savoir dans ce conflit fraternel avec LReM qui débauchera le plus de parlementaires chez le voisin. Mais déjà couverts de dettes, Les Répubicains vont connaître de gros ennuis financiers avec une importante diminution du financement public des partis politiques.

 

Un tsunami annoncé... (1)

A gauche, les choses sont beaucoup plus graves. Le parti d’Epinay est mort. Ne serait-ce que par la baisse importante du financement public qui est fonction du nombre de voix au premier tour des législatives et du nombre de députés élus ! Avec une fissure entre ceux qui sont prêts à se dévouer pour rejoindre la majorité macronienne et ceux qui veulent construire autre chose. Cette fissure est mise en évidence avec les désistements contradictoires pour le second tour des législatives.

Certains espèrent regrouper macroniens et macron-compatibles dans un parti qui ne sera plus le PS mais un parti de centre gauche qui trouvera sa place comme dans les autres démocraties occidentales.

L’autre fraction du PS, frondeurs, partisans de Hamon, tentera-t-elle de survivre seule ? En s’alliant avec EELV tout aussi mal en point ? Avec un PC qui devra un jour ou l’autre prendre la décision de devenir un groupuscule insignifiant ou de se fondre dans un regroupement incertain ? Un PC qui, avec quelques députés, peut, dans la débâcle générale, nourrir encore quelque illusion mais qui va aussi rencontrer de gros problèmes financiers et, au point de vue politique, aura des difficultés à trouver des alliés qui assureraient la survie de plus en plus précaire de ses élus locaux.

La Gauche, c’est surtout La France Insoumise. Par le nombre de voix recueillies au premier tour des législatives, elle va bénéficier d’un financement public qui sera nécessaire pour assurer l’ancrage local dont témoignent les 74 qualifications revendiquées pour le second tour contre 63 pour le PS et 14 pour le PC. L’élection de Jean-Luc Mélenchon, de Clémentine Autain et de quelques autres députés serait bienvenue pour faire entendre la voix de La France Insoumise à l’Assemblée nationale. Encore faudra-t-il, pour survivre, qu’elle conserve une certaine unité et sache accueillir ceux qui veulent un changement véritable.

A l’extrême droite, les résultats de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle ont fait espérer aux militants une percée plus nette au second et un nombre d’élus important à l’Assemblée nationale. Ces espoirs ont été déçus. Alors que la perspective d’une arrivée au pouvoir par la voie électorale s’estompe, que des dissensions intenses apparaissent au sein du FN, une opposition plus énergique au gouvernement, externe aux institutions, pourrait séduire nombre de militants.


 

Un tsunami annoncé... (1)

L’absence de représentation institutionnelle et significative des oppositions au Parlement, avec l’élimination du Front national et de la Gauche n’est pas sans danger.

La large victoire d’Emmanuel Macron annonce un certain nombre de mesures qui iraient plus loin que la loi El Khomri, avec usage du 49-3 et des ordonnances. François Hollande a réussi à faire passer les textes qu’il a présentés à l’Assemblée nationale, au prix de manifestations dures et nombreuses. Emmanuel Macron va essayer de profiter de l’été et de l’euphorie post électorale entretenue au niveau national et européen, pour aller plus loin, aussi vite que possible, sans déclencher un tour social.

A moins que la majorité de la population finisse par intérioriser qu’il n’y a qu’un voie et qu’Emmanuel Macron en est le guide. Faute d’une opposition parlementaire, il y a de fortes probabilités que l’opposition se déplace vers la rue. Le tsunami pourrait, alors, prendre une autre dimension.


 

Un tsunami annoncé... (1)

1 - Le tsunami de la présidentielle

2 - L’abstention, le vote blanc ou nul au second tour de la dernière élection présidentielle ne sont pas du même ordre, loin de traduire un désintérêt, ils témoignent d’une opposition aux deux candidats en présence malgré les injonctions multiples.



4 réactions


  • Leonard Leonard 19 juin 09:38

    Le Tsunami dans une flaque d’eau ^^


  • diogène diogène 19 juin 10:03

    « Les Républicains, bien que diminués, bien que frustrés d’être exclus, pour le moment, du gouvernement, sont la principale force d’opposition parlementaire. »


    Tu parles !
    Avec un premier ministre LR, on ne peut ni parler d’exclusion, ni d’opposition.
    Au mieux, on peut parler dedéclinaison de produits, comme les lessives du groupe UniLever : on offre plusieurs marques pour la même merde et on en vend plu. Y en a même qui achètent tois fois le même produit parce qu’ils ont des noms différents et un descriptif qui annonce d’autres miracles.

    Par contre, c’est sûr qu’il va falloir faire un gros travail de packaging avec la lessive PS en baril rose...

  • Alren Alren 19 juin 18:06

    Hollande et sa clique n’ont jamais été à gauche et il n’a jamais été « ennemi de la finance », au contraire !!!

    C’est pourquoi Macron était son ministre après avoir été son chef de son cabinet.
    L’avantage avec Macron, c’est que l’ambiguïté est levée : il est économiquement et socialement plus réactionnaire que Philippot et plus cynique que lui envers les immigrés.


  • fred fred 20 juin 06:53
    Le président le plus mal élu de la 5eme république !
    Un parti qui va exploser en plein « VOL »...


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