Conflit de convictions sur la peine de mort au Japon
En ce jour ordinaire du 25 décembre, quatre condamnés ont
été exécutés au Japon. La dernière pendaison remontait à septembre 2005, et
selon Amnesty international il n’y a eu aucune exécution capitale entre 1989 et
1993, quarante-trois entre 1993 et 2004, aucune entre septembre 2005 et hier :
le ministre de
L’usage veut que les condamnés ne soient prévenus que quelques heures avant leur pendaison, la famille ignorée, que les dates soient choisies dans des périodes où l’attention populaire est détournée par d’autres événements -comme la préparation des fêtes du Nouvel an-, que le public ne sache ni les noms des condamnés ni les lieux de l’exécution. Selon les médias nippons, les condamnés qui ont été pendus étaient quatre hommes âgés de soixante-dix-sept, soixante-quinze, soixante-quatre et quarante-quatre ans, tous meurtriers. Au Japon, dix-sept crimes sont passibles de la peine capitale (homicides, crimes de déraillement, naufrages volontaires...).
Les condamnés sont considérés comme ayant perdu par leur faute
toute dignité humaine ; rien ne justifie dès lors qu’ils reçoivent des
visites, du courrier, ou qu’ils fassent de l’exercice physique. Dans la
cinquantaine de condamnés en attente de pendaison, beaucoup restent dans un
total isolement, comme Shoko Asahara, gourou fondateur de la secte Aum
Vérité Suprême, condamné au gibet en 2004 pour l’attentat au gaz sarin
dans le métro de Tokyo qui a fait, en 1995, douze morts et plus de cinq mille
blessés, crime qui s’ajoute à quinze homicides.
« La peine de mort est impitoyable, cruelle et absolument antidémocratique », ont déclaré dans un communiqué commun plusieurs parlementaires de formations politiques différentes, avant d’argumenter : « Elle n’a aucun effet sur l’importance de la criminalité et vient au contraire briser les fondations morales de la société ». Ils semblent bien isolés. La dernière enquête, publiée le 19 février 2005, montre que 81,4% des Japonais sont favorables à la peine de mort ; le pourcentage est en hausse par rapport aux précédentes études (+7,5% par rapport à l’étude de 1999). 70,6% des personnes interrogées avancent que sans la peine de mort, les victimes « ne sont pas suffisamment respectées », 54,7% disent qu’un « crime odieux ne peut être puni que par la peine de mort », 53,3% pensent qu’une abolition « entraînerait une augmentation de la criminalité », 50,7% que le châtiment suprême est nécessaire pour que « la peine des proches de la victime s’apaise ».
Les arguments des opposants sont essentiellement : « Il
faut que le coupable expie son crime » (50,4%), « S’il y a eu une
erreur judiciaire, il faut pouvoir revenir en arrière » (50%), « Même
l’Etat n’a pas le droit de tuer » (35%).
Dans un contexte d’augmentation de la violence, le gouvernement japonais semble estimer que le poids de l’opinion publique pèse davantage que les équilibres diplomatiques internationaux.
