samedi 9 septembre - par C’est Nabum

La guide sur le piton

Un métier à préserver.

Il me fut donné de suivre les pas d’une guide conférencière sur le Castrum de Merle. La visite guidée devait durer une heure trente et deux heures plus tard, nous étions encore quelques-uns à l’écouter, émerveillés par tant de culture et une si parfaite connaissance de son sujet. Quel bonheur de se sentir intelligent au sortir d’une telle visite.

Reconnaissons tout d’abord le mérite du lieu qui permet d’évoquer une multitude d’aspects de la vie médiévale, des données architecturales, symboliques, humaines sans s’encombrer de poncifs et d’images d’Épinal. Plus bas sur le site, des chevaliers de pacotille remplissent l’attente inévitable des visiteurs en goguette.

Pour les autres, la guide montre le chemin et feuillette le livre de la connaissance. Elle parle calmement, interroge ses auditeurs, prend le temps de nous laisser admirer le panorama comme les éléments architecturaux. Elle est souriante, disponible, elle connaît son sujet par le cœur, sur le bout des doigts. C’est alors que nous découvrons qu’elle vient d’arriver sur le site, qu’elle est en stage pour la saison et qu’elle a découvert l’endroit il y a moins de deux mois.

Sa connaissance soudain me semble sidérante, sa capacité à retenir autant de données épatantes. Nous nous exclamons, nous voulons en savoir plus. Elle prend alors la peine de nous décrire sa formation : « Guide conférencière ! ». Un programme copieux abordant l’Histoire, la Religion, les Arts, la symbolique, les langues aussi, une formation menacée hélas parce que le nouveau président, quand il était ministre avait commencé à attaquer cette profession.

Dans la logique de ce triste sire, la professionnalisation n’apporte jamais rien de bon. Il convient de laisser faire pour libérer l’économie, écarter les contraintes, supprimer les diplômes afin d’exploiter à la petite semaine les futurs galériens de la société libérale. Curieusement, l’époque féodale n’est pas si loin, le droit des gueux est battu en brèche au profit d’une caste sans humanité ni considération.

La guide va partir à l’étranger. C’est son unique perspective. Il n’y a guère d’embauche dans ce pays où l’on préfère l’approximation, l’instabilité, la précarité, l’angoisse du lendemain et encore l’inexactitude des informations transmises au public. Je repense alors à cet autre guide, jardinier de métier qui proféra tant de sornettes que la visite devint pour moi un chemin de croix.

La jeune guide ira en Laponie. Bonne chance à elle et quelle perte pour la France dont elle est capable de défendre si bien l’histoire. C’est justement là sa plus grande faute ; pour les tenants de l’horreur libérale une nation sans Histoire est bien plus aisée à conditionner. Il suffit de lui offrir quelques belles batailles de chevaliers en armure, des sons et lumières à grand spectacle et au mille et une erreurs, des reportages télévisuels sur la vie des grands rois et des belles princesses avec le gentil Stéphane Bern pour leurrer le bon peuple et lui faire avaler toutes les couleuvres.

La visite m’a apporté éblouissement devant tant de précisions et colère parce qu’une fois encore, rien ne doit tenir de ce qui fit notre gloire passée. Le libéralisme c’est la machine à laver de la culture, de l’intelligence et de la réflexion. Devenir des pions, des gentils niaiseux, émerveillés par les balivernes et la marche du Président dans la cour d’honneur du Louvre.

Bonne chance à cette demoiselle. Elle ira éclairer des lanternes qui se préoccupent davantage que nous d’exactitude et de savoir. Ici, c’est la foire à fariboles qui reviendra la règle du règne du magicien de l’illusion. Un drôle d’oiseau que voilà qui n’ira jamais se percher en haut des tours de Merle.

Il lui faut des dorures, des belles demeures, des courtisans et des adorateurs. Rien n’a jamais finalement changé dans le beau royaume de France. Le Roi est mort, vive l’Empereur.

Désespérément leur.

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