mercredi 18 janvier - par C’est Nabum

N’effacez pas leurs traces...

 

Un pavé dans la mire.

 

Elle nous demande de ne pas l'oublier, de se souvenir et de prolonger les combats que cette chanteuse a inlassablement menés, se battant avec sa guitare contre l'injustice, les inégalités, les violences de toutes natures, la force injuste de la loi au service des puissants. Six cordes pour que vibrent à l'unisson les chœurs d'un peuple en lutte, unis en dépit de ceux qui veulent diviser, par des paroles venues du cœur.

Brandir une chanson quand d'autres la mettent en ligne de mire, chanter pour entraîner la foule derrière un refrain et des paroles qui touchent et émeuvent, faire taire les canons par la puissance d'une mélodie reprise par tous. Si l'utopie n'est pas bien loin, elle fut la ligne de conduite de cette militante de toutes les causes pourvu qu'elle se range du côté des opprimés, des victimes, des exploités, des spoliés.

Croire au pouvoir des mots couchés sur une partition c'est sans nul conteste se dresser contre les décrets, les oukases, les sentences, les manipulations, toutes les armes dont n'ont cessé d'user les tenants de l'ordre établi, de l’iniquité de classe, de la domination de quelques-uns sur tout les autres. Alors elle couche sur le papier des slogans, des espoirs, des dénonciations, des cris déchirants. La seule voix qui compte pour elle ne se trouve pas dans les urnes mais dans les gorges déployées.

Puisqu'il fallait vous faire un dessin, depuis quarante ans elle a uni son destin à un immense dessinateur qui élève la Bande Dessinée au rang d'œuvre historique et sociologique. C'est ainsi que le chant est sublimé par les tableaux projetés derrière elle, tandis que les dessins de Tardi entrent en vibration avec une émotion sonore.

Voilà bien un duo qui laissera trace quand d'autres n'opposent à l'injustice, aux inégalités, aux errements de l'histoire que l'ambition démoniaque de distraire, d'abrutir, de divertir pour ne penser à rien dans le vide de la pensée, la gaudriole ou le rire graveleux. Alors, il faut les faire taire ou du moins ne pas leur permettre de trouver le grand public.

Un cinéaste Pedro Fidalgo a monté un documentaire passionnant pour narrer la vie d'une chanteuse militante, d'un duo qui ne baisse jamais leurs armes : une guitare et un crayon. Son titre « N'effacez pas nos traces ! » plus qu'une supplique est une mise en garde, un appel à prendre le flambeau, car rien de ce pour quoi ils se sont tant battus, ne doit être aboli en dépit des sournoises agressions d'un pouvoir liberticide.

Leurs traces sont magnifiques quoiqu'en pense le délinquant qui fut Président de la République qui avait décrété l'abolition de l'héritage de 68. Dominique Grange continue de porter le flambeau, il n'est pas venu le temps de solder une succession qui ne demande qu'à renaître, qu'à refleurir dans le printemps sans cesse recommencé des luttes sociales.

Bien-sûr, un tel documentaire se trouve confronté à l'indifférence des distributeurs, à la censure sournoise, au rejet. Le voir n'est pas chose aisée, il faut trouver des exploitants de salles indépendants et courageux pour mettre à l'affiche se merveilleux brûlot qui donne une énergie folle. Après l'avoir visionné, chacun sort du cinéma avec des airs en tête, des envies d'en découdre avec les tenants de cette formidable réaction qui pointe le vilain bout de son nez.

N'effaçons pas leurs traces ni les acquis des combats du passé. Chantons et dessinons pour s'opposer aux matraques et aux manipulations, aux mensonges et aux menaces, aux injustices et à la propagande médiatique. Le temps est venu de choisir entre la soumission ou le rejet d'un système qui broie les humains et détruit la planète. C'est même l'ultime possibilité de renverser le cours des choses. Les réactionnaires doivent battre en retraite. Prenons crayons et guitares pour les vaincre ou nous allons mourir et toutes nos traces seront à jamais réduites en poussière.

NB et surtout pas PS : Dominique Grange est venu ce jour-là par son époux. Tardi qui ne l’accompagnera d'ailleurs plus désormais lors des séances du film. Lors des précédents projections concernées, de nombreux chasseurs de dédicaces ne venaient que pour obtenir une signature du dessinateur, se moquant éperdument du film. Il y eut mêmes de joyeux algarades pour décrocher le « précieux » paraphe, dans l'espoir ultérieur de revendre leur trophée sur les sites de collectionneurs. Le mercantilisme absolu pour des gens qui enterrent un peu plus chaque jour l'esprit de 1968 sans la moindre dignité, le fric justifiant toutes les abjections.

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