jeudi 8 août - par karl eychenne

Economie et marchés : 3 fables contemporaines pour comprendre l’actualité

Des économies qui ne se parlent plus, des Banques Centrales un peu têtues, et des marchés qui rêvent toujours plus. Tentons 3 fables récréatives pour raconter tout cela.

Fable 1 : les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine vampirisent l’attention des investisseurs. Pourtant, ces tensions ne seraient que l’expression d’une tendance plus générale au replis, observée entre certains pays et au sein même de ces pays. Curieusement, tous ces faits peuvent s’illustrer à l’aide d’une seule fable, « le dilemme du Porc Epic ».

Fable 2 : la BCE et la Fed ont récemment amorcé un nouveau tournant accommodant. Depuis la crise de 2008, les Banques Centrales ont pris l’habitude de réagir en cas d’incertitudes majeures comme aujourd’hui. Si effectivement il n’y a pas eu de nouvelle crise, rien ne prouve que ces réflexes accommodants étaient appropriés, comme nous le rappelle l’histoire de « la poudre chasse éléphant ». 

Fable 3 : les marchés financiers ont des problèmes avec le dosage, c’est bien connu, ils réagissent toujours trop ou pas assez. Mais, ils ont des circonstances atténuantes, ils ont des problèmes de vue. Ainsi, ils ont une fâcheuse tendance à travestir la réalité et lui faire dire des choses qu’elle ne montre pas. On retrouve cette même idée dans la fable du « bûcheron qui interroge le grand chef indien ».  

 

Le dilemme du porc épic

« Par une froide journée d'hiver un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres ». Arthur Schopenhauer

La métaphore du porc-épic nous éclaire à sa manière sur l’histoire contemporaine :

1ère phase : les porcs épics se rapprochent afin de se protéger du froid :

- En politique, c’est l’heure des projets communs, de l’ONU, de la paix mondiale

- En économie, c’est l’heure du multilatéralisme (OMC), de la mondialisation, de la libre circulation des biens et capitaux

- En société, c’est l’heure de l’homme universel, qui se reconnait dans l’autre.

2ème phase : les porcs épics se piquent et décident de s’éloigner :

- En politique, le rêve démocratique vire en logique tribale, en démocraties illibérales, voire populisme

- En économie, le multilatéralisme vire au protectionnisme, aux accords unilatéraux, au réveil de l’homo strategicus

- En société, c’est l’heure du choc culturel, du repli identitaire, communautaire, du réveil des minorités actives

Aujourd’hui, l’actualité fait la part belle aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Mais ces dernières ne seraient donc qu’une des expressions de la 2ème phase du porc épic, celle où il décide de l’éloigner après s’être piqué.

 

La poudre chasse éléphants

C’est l’histoire d’une personne qui jette chaque matin une poudre sur la voie de chemin de fer depuis le train qui l’amène à son travail. Un passager intrigué par ce geste lui demande pourquoi :

  • C’est pour chasser les éléphants de la voie
  • Mais enfin, Monsieur, il n’y a pas d’éléphant ici !
  • Vous voyez bien que ma poudre marche !

Ainsi, cette poudre serait une arme de dissuasion efficace contre les éléphants ? Dans un premier temps, on pourrait effectivement penser que la poudre constitue une arme de dissuasion efficace. Mais, on doit aussi reconnaitre qu’il ne s’agit que d’un raisonnement contrefactuel du genre : « s’il n’y avait pas eu la poudre, il y aurait eu les éléphants ». Or, cela nous ne le saurons jamais puisque justement, on a mis de la poudre.

A l’aide de cette histoire, Jean Pierre Dupuy (philosophe des catastrophes) tente de démontrer que s’il n’y a pas eu de guerre nucléaire depuis que l’arme nucléaire existe, cela ne signifie pas forcément que c’est bien l’arme nucléaire qui a empêché la guerre, et donc cela ne signifie pas que l’arme nucléaire est la bonne solution pour éviter les guerres.

Dans notre cas, les Banques Centrales sont tentées de dire que les politiques monétaires ultra-accommodantes ont effectivement été des armes de dissuasion efficaces contre les crises, puisque de crise il n’y a pas eu ! La tentation est alors grande de continuer à pratiquer de telles politiques lorsque de nouveaux risques surviennent, comme aujourd’hui.

 

La fable du bûcheron

Dans cette fable, un bûcheron s’adresse au grand chef indien ; dans notre cas, le bûcheron est joué par l’investisseur, et le chef indien est joué par l’expert :

  • Les tweets de Donald Trump n’annoncent rien de bon n’est-ce pas ? demande l’investisseur à l’expert ?
  • Oui, les tweets très mauvais ; si bien que l’investisseur se remet à vendre des actions.
  • Le lendemain, l’investisseur interroge de nouveau l’expert sur la gravité des tweets
  • Oui, tweets très très mauvais, dit l’expert
  • Mais comment sais-tu que ces tweets sont si mauvais ?
  • Chez nous, vieux dicton : quand investisseur vendre beaucoup actions, tweets de Trump vraiment pas bon.

Dans un monde parfait, notre investisseur et notre expert vivraient chacun séparément dans leur « enclos » respectif, rendant impossible toute forme de contact autre que verbale, écrite, ou digitale. Mais dans la réalité, notre expert et notre investisseur vivent dans le même monde, prennent le même métro, voient les mêmes informations, et la réaction de l’un ne peut pas totalement s’émanciper de la réaction de l’autre : on appelle cela la réflexivité en termes savant, ou effet moutonnier en langage courant. 

Remarquons qu’ici, nous parlons de tweets, mais que cela s’applique aussi à la publication de chiffres majeurs tels que les PMI ou l’emploi, ou autres communications des banques centrales.

 

D’une manière générale, l’investisseur brillera par sa capacité à travestir la réalité :

  • abus d’abduction ; on déduit trop de trop peu d’information
  • l’effet Don Quichotte ; on prend des vessies pour des lanternes
  • l’art de la synecdoque ; on pense qu’une hirondelle fait le printemps
  • la grinche ; on invente carrément une explication

Or, il se trouve que tous ces effets sont aujourd’hui exacerbés, car les marchés se trouvent déjà sur des niveaux inconfortables notamment concernant les niveaux de taux d’intérêt. En effet, c’est lorsque les conditions deviennent très particulières, que les comportements tendent vers l’extraordinaire.

D’une certaine manière, les marchés peinent à reprendre leur respiration depuis trop longtemps, ce qui définit bien des conditions propices aux hallucinations…



9 réactions


  • jjwaDal jjwaDal 8 août 22:38

    Lecture agréable mais on n’en sort pas plus édifié sur l’asile dans lequel nous sommes tous, obligés de vivre. Parce qu’enfin, à force de persévérer à jouer à un jeu de cons avec tous la ferme intention d’être le vainqueur, on devrait percevoir qu’on va tous y laisser bien plus que quelques plumes...
    Peut-on même parler de « capitalisme » ou de « libéralisme » sans faire de nominalisme primaire ? Depuis 2008 on a la preuve éclatante que l’économie mondiale et donc tous les acteurs économiques sont entièrement pilotés par une poignée d’entreprises privées (on les appelle les « banques centrales » ) qui ne sont manifestement là que pour permettre à l’oligarchie de faire perdurer à leur profit la « pompe à phynances » , peu importe comment.
    Nourini l’a dit après 2008, qu’on fasse de l’austérité ou de la dette, ça ne marchera pas. On a choisi les deux, pour capter un peu plus des biens communs au profit d’une minorité infime de la population, accroître un peu plus son degré de servitude aussi, et éviter en même temps une explosion sociale qui ne se limiterait pas à l’occupation de quelques rond points...
    Est-ce que les mandataires de l’oligarchie qui nous dirigent, sont seulement conscients de nous envoyer tous dans les décors, et de piétiner les lambeaux de démocratie qui restent, à refuser toute analyse gênante des causes de ce grand merdier  ?. Je pense que non. Après 30 ans de lutte contre le chômage ( « On a tout essayé »), sans voir que c’est une conséquence logique du jeu de cons dans lequel nous sommes, pas une crise, avec sous les yeux la longue liste des crises mondiales qui toutes pourraient nous envoyer dans le caniveau et pour lesquelles nous n’avons pas de solution réaliste (dans le cadre de l’économie telle qu’elle fonctionne), avec la montée en puissance partout de la bêtise en alternative à la trahison (il faut voir le ramassis de bourricots qui prétendent avec un espoir grandissant remplacer les psychopathes actuels, quand ils ne sont pas déjà au pouvoir (Trump par ex).
    Je comprends le ton léger, de l’article, « perdu pour perdu », mais j’incline à penser que les générations à venir ne viendront pas seulement marcher sur nos tombes, mais plutôt y chier, à raison.


    • Kapimo Kapimo 9 août 02:03

      @jjwaDal

      Vous pouvez voter UPR, si cela n’est pas déjà fait, hors du spectre de la bêtise ou de la trahison. Peut-être qu’ainsi ils iront déféquer sur la tombe du voisin, on ne sait jamais....


    • jjwaDal jjwaDal 10 août 00:08

      @Kapimo
      Je suis adhérent UPR, Pour le reste, c’est une image bien sûr (quoi que...) smiley


  • Kapimo Kapimo 9 août 01:49

    Je vais faire une petite prédiction, en considérant que la fable du porc-épic décrit bien ce qui se passe.

    Je parie qu’après avoir observé les différents porcs-épics se maltraiter les uns les autres dans un malheur commun, un Pékan déguisé en hérisson sortira de sa tanière en proposant la chose suivante aux porcs-épics :

    « Vous ne pouvez pas renoncer à vos rêves d’universalisme heureux et chaleureux, vous devez faire des efforts et vous adaptez : coupez-donc vos pics qui font votre malheur, et tout ira au mieux. »

    Fatigués de se piquer les uns les autres dans cet atmosphère frigorifique, les porcs-épics n’hésiteront pas, et scieront alors leurs pics dans un grand élan d’universalisme. Le pékan, devenu ainsi maître du monde, ne pourra s’empêcher en enlevant sa tenue de hérisson, de rire au nez des porcs-épics sans pics.


  • machin 9 août 05:24

    Et, si rats et souris arrêtaient de voter pour des chats ?


  • Ruut Ruut 9 août 15:31

    La morale du Porc Epic est que si il avait construit une maison il n’aurait pas froid et ne se serait pas fait piquer par ses voisins.

    L’urbanisme National est une solution aux problèmes climatiques.

    Une fois sa maison faite, il aurait pu aider ses congènaires a faire pareil.


  • Hervé Hum Hervé Hum 10 août 12:11

    Le dilemme du porc-épic n’est pas celui que vous croyez.

    En effet, il s’agit là de l’impossibilité du système capitaliste dominant l’économie mondiale, d’atteindre l’universalité de la condition sociale sans être détruit dans ses fondements. C’est à dire, d’un monde en compétition, guerre permanente.

    Si l’inertie du système, qui est de capitaliser la richesse le pousse naturellement à la mondialisation, il ne peut pas atteindre le volet social, puisque celui-ci implique la coopération devant la compétition et non l’inverse comme aujourd’hui.

    Autrement dit, pour justifier les épines, le porc-épic doit avoir obligatoirement des prédateurs, ennemies extérieur le menaçant continuellement, car en l’absence de prédateur et en la présence du froid, les porcs-épics auront tout intérêt à se défaire de leur épines pour se protéger les uns des autres du froid commun.

    Or, si on considère que l’humain n’a aucun ennemie autre qui lui même, il lui appartient à lui seul de faire la paix pour se défaire de ses épines et se protéger le uns les autres, sauf tant qu’il restera des porcs-épics voulant exploiter les autres, ils devront toujours mettre en avant la menace extérieure et la créer si nécessaire

    La rivalité USA-Chine ou Russie ou n’importe quel autre pays, n’a aucun sens dans une économie mondialisé et où les dirigeants de chaque pays partagent le même idéal capitaliste, la même propriété des grandes entreprises, mais doivent affronter l’opposition des populations dévaforisées. Cette rivalité est donc construite de toute pièce et n’existe que parce que cela défend les intérêts de la caste dirigeante de l’économie pour se justifier aux yeux des autres et les convaincre de la servitude volontaire. Pour désigner un bouc émissaire autre qu’eux même.


  • Clocel Clocel 10 août 16:59

    Si nous étions raisonnables, on essaierait au moins de rétablir notre autonomie alimentaire...

    Quand le casino va fermer, ça va couiner dans les chaumières...


  • Julot_Fr 10 août 20:32

    Article de merde comme quoi les UPR comprennent pas grand chose (pas une surprise). Le protectionisme de Trump a pour objectif de reequilibrer le commerxe entre la chine et les usa. Les banques centrales sont des societes privees destinees a enrichir leur proprio banquiers.. elles fabriquent donc les crack boursiers que leur potes des media pretendent n’avoir pas vu venir


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