samedi 24 juin - par Laurent Herblay

La monétisation des dettes publiques, même forte, c’est possible

C’est un sujet fondamental dont nous devrions débattre, mais que la sortie des banques centrales du périmètre démocratique ne permet pas : le rachat par les banques centrales de la dette publique des Etats, soulageant à la fois les taux et le poids de la dette. Au sein de l’OCDE, de 10 à 40% de la dette publique a été rachetée par la banque centrale selon The Economist.

 

Ce pouvoir qui peut tout changer
 
C’est un sujet qu’André-Jacques Holbecq a cherché à populariser avec son livre, mais qui ne parvient pas à véritablement franchir le plafond de verre de ce débat public de plus en plus lyophilisé. Pourtant, les chiffres sont extraordinairement révélateurs. Le niveau de la dette publique du Japon, à 250% du PIB, peut sembler intenable, mais il ne faut pas oublier que la Banque Centrale du Japon en détient aujourd’hui près de 40%, ce qui signifie qu’en réalité, la dette nette de l’Etat japonais est plutôt autour de 150% du PIB. Mieux, en achetant pour l’équivalent de 13 à 15% du PIB de dette par an, avec un déficit budgétaire de 5% du PIB, la dette nette du pays recule de 8 à 10 points par an !
 
 
Le graphique de The Economist montre que tous les grands pays de l’OCDE ont recourt à la monétisation de la dette publique. Les chiffres de la zone euro varient entre 8 et 17% du total de la dette publique, ce qui s’explique sans doute par le fait que les banques centrales de la zone euro rachètent un même montant à proportion du PIB, mais qui représentent donc des parts différentes de la dette publique du fait de niveaux d’endettement différents. De manière intéressante, on constate aussi que la zone euro monétise moins que les autres, avec seulement 12% de dette publique détenue par les banques centrales, contre plus de 20% aux Etats-Unis, et même plus de 30% en Grande-Bretagne.
 
 
L’intérêt de la période actuelle, et du rachat grandissant de dette publique par les banques centrales, montre que ceux qui défendent cette idée (tout en ayant conscience des limites d’une utilisation exagérée, comme au Vénézuela) ont raison. Malheureusement, encore une fois, le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil.
 


11 réactions


  • rogal 24 juin 10:02

    À court terme, pourquoi pas ? S’il doit en sortir une forte et irrépressible inflation des prix, sont à craindre fortement des troubles sociaux partout (avec les traditionnelles guerres dans le prolongement). Ne conviendrait-il pas de poser plutôt les problèmes de fond, le premier étant la propension générale à l’endettement, sans qu’une véritable expansion s’ensuive pour autant ?


    • Laulau Laulau 24 juin 13:28

      @rogal
      sont à craindre fortement des troubles sociaux partout (avec les traditionnelles guerres dans le prolongement).

      Et peut être aussi les nuages de sauterelles, le retour des dinosaures, l’Apocalypse ?


    • lejules lejules 24 juin 18:59

      @Laulau
      si par malheur le système monétaire euro atlantiste occidental venait a s’effondrer personnellement j’appellerai de tous mes vœux le retour des dinosaures des sauterelles et de l ’apocalypse.
      ceci dit il n’y a pas d’inflation ou si peu pour la bonne raison que l’argent torche cul reste en bourse et ne sort que rarement dans la vraie vie.
      Nous sommes sur une corde raide le moindre souffle de panique et les spéculateurs voudront retirer leur produit financier style « or papier » pour du vrai argent et la ça va faire mal. 
      sont à craindre fortement des troubles sociaux partout (avec les traditionnelles guerres dans le prolongement


    • Alren Alren 24 juin 19:14

      @rogal

      L’endettement des États est indispensable au maintien des profits du capitalisme financiarisé (coupé de l’activité réelle).
      Cette dette est obtenue par la sous-imposition maximale des gros revenus.
      La médiatisation de sa croissance dramatique a pour objet de préparer les esprits des producteurs de biens et services à une austérité renforcée.
      Alors que la dette est illégitime en fait.

      Le travail des hommes couvrant les besoins, la boucle économique pourrait tourner sans accroc, n’était ces prélèvements excessifs sur elle et la spéculation qui provoque des accidents pour s’enrichir du malheur social. 
      En fait, comme la finance est entièrement anthropique, je veux dire qu’aucun phénomène naturel incontournable n’intervient comme par exemple la rareté des matières premières ou les lenteurs de la végétation dans la fabrication de biens concrets, on peut y régler tout problème par des lois et comportements adaptés.

      On peut ainsi empêcher l’inflation car celle-ci ne serait pas causée par un phénomène naturel contre lequel on ne pourrait rien comme la sécheresse de 1976 par exemple, mais artificielle, spéculative.
      Il faut pour cela se libérer bien entendu du carcan du pseudo « libéralisme ».


    • ppazer ppazer 25 juin 08:02

      @Alren
      Vous êtes donc pour l’instauration du contrôle des prix, fixés par l’Etat ? Brillante idée...

      Si c’est le cas, je vous suggère aussi de fermer les frontières de manière dure et militarisée car, qu’on le déplore ou non, ce n’est pas du tout comme cela que fonctionne le reste du monde (sauf la Corée du Nord).


    • ppazer ppazer 25 juin 08:15

      @lejules
      Ca fait des dizaines d’années que je vois passer de telles incantations, que la catastrophe est imminente, et blabla...

      Ne vous en faites pas, nos grands administrateurs ont de l’inventivité et de la ressource. Surtout quand il s’agit de protéger les intérêts des grands copains.
      Si ça va dans le sens de l’intérêt des gueux, tant mieux. Sinon, bah... tant pis, pas de bol pour eux...

      Mais la catastrophe dans un monde où la monnaie (et donc l’épargne et les flux financiers) est devenue une donnée informatique gérable à souhait, je n’y crois pas.
      On ne peut d’ailleurs pas baser nos réflexions sur des événements de l’Histoire, car jamais dans l’Histoire la monnaie n’a pris cette forme, cette ampleur, cette vitesse de circulation.

      Tout ne va pas si mal dans le monde.


    • Alren Alren 25 juin 19:46

      @ppazer

      « Vous êtes donc pour l’instauration du contrôle des prix, fixés par l’État ? »

      Pas de contrôle des prix, forcément artificiel, mais si l’inflation sur les prix est concertée, sanctionner les spéculateurs pour entente, de manière dissuasive et « brutale », voire si cela ne suffit pas organiser des circuits de distribution alternatifs. Cette parade irait dans l’intérêt des producteurs notamment alimentaires. on pourrait aussi imposer de manière progressive les marges jugées abusées tout comme on sanctionne et interdit les taux usuraires.

      « Si c’est le cas, je vous suggère aussi de fermer les frontières de manière dure et militarisée »

      Ceci est en contradiction avec votre première phrase. Si les frontières sont ouvertes provisoirement, avec cependant un contrôle antidumping, aux produits étrangers vendus à prix normal, les accapareurs qui auraient créé artificiellement de la rareté resteraient avec leurs produits sur les bras.

      Les producteurs de biens et service non-indispensables ne pourraient pas jouer le jeu de l’inflation spéculative car les gens se passeraient de leurs biens ou services.

      On pourrait toutefois recourir à un contrôle des prix pour combattre ceux qui bénéficient d’une clientèle captive.

      De toute façon, on utiliserait l’arme de l’opinion publique pour attaquer la réputation et l’image de marque de ceux qui joueraient trop la carte de l’inflation en les présentant comme anti-patriote. Ce serait très efficace.


  • ppazer ppazer 25 juin 07:56

    Et le bilan de la banque centrale, on s’en fout ?
    Et les intérêts sur les dettes, on s’en fout aussi ?
    Je ne suis pas de ceux qui pensent que les arbres peuvent monter jusqu’au ciel.
    Cette monétisation permet de gagner du temps, mais en complexifiant encore le fond du problème, qui lui n’est jamais réglé.


    • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 26 juin 22:10

      @ppazer
      L’augmentation du bilan de la banque centrale n’a pas de conséquence.
      Les intérêts sur les dettes existantes sont payés aux détenteurs des titres jusqu’à l’échéance de ces titres ... mais le rachat des titres par la Banque de France évite de devoir emprunter ces sommes sur les marchés financiers (pour faire rouler la dette) et a donc pour conséquence qu’il n’y aura plus d’intérêts à payer par l’Etat.sur ces montants.
      En gros, 40 milliards de moins sur 5 ans si taux à 2% et bien sur les intérêts sur 700 milliards sur les années suivantes.


  • zygzornifle zygzornifle 25 juin 13:15

    Mais Macron ne voudras jamais car c’est le souverain suprême ......


  • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 26 juin 16:26

    Merci Laurent de défendre ici ce point de vue.

    Il faut noter que le rachat des titres de dette arrivant à échéance (dans notre cas de 711 milliards pendant la mandature 2017/2022) n’augmenterait pas la masse monétaire totale en circulation mais transfèrerait simplement ce montant au bilan de la Banque de la Banque de France, diminuant progressivement les intérêts sur le solde de la dette, intérêts qui sont la cause première des déficits budgétaires (# 40 milliards par an pour l’Etat).
    Il faudrait donc parallèlement que la Banque de France « couvre » les déficits par émission monétaire (là nous aurions une augmentation faible et raisonnable de la masse monétaire en circulation)

    N’oublions pas que les intérêts cumulés depuis près de 50 ans sont responsables de 75% du stock de dette publique de 2200 milliards.


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