lundi 14 septembre - par Laurent Herblay

Le plan-plan de relance, entre postures et impasses

J’ai emprunté à Charlie Hebdo le terme « plan-plan », tant il qualifie bien le pot-pourri énarchique présenté jeudi. Au mieux, on peut y voir la copie passable d’étudiants besogneux et convenus. Mais derrière cet édifice qui additionne des mesures de secrétaires d’état, la communication est bien trop grossière et les impasses bien trop grandes pour que notre pays y gagne grand chose...

Le plan-plan de relance

 

Copier-coller tout ce qui n’a pas marché

Tout ça pour ça ! Certes, la somme peut paraître relativement impressionnante. Encore que, pour qui prend un peu de recul, il ne l’est pas tant que cela. En étudiant les détails, Jacques Sapir pointe que le plan n’apporte que 62,7 milliards de nouveaux crédits. Sur deux ans, puisque les crédits ne concernent pas que 2021, cela représente à peine plus d’1% du PIB… En outre, le plan européen annoncé en juillet est encore en cours de négociation, mettant 40 milliards à risque, et ils ne pourront pas arriver avant la mi-2021. Sachant que la crise économique a débuté début 2020, voici un nouvel exemple de l’inutilité et même de la nocivité d’une UE, dont la réponse à cette crise trouve le moyen d’être à la fois trop faible et trop tardive, outre le fait d’être extraordinairement compliquée à négocier…

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Mais ce qui est assez impressionnant quand on prend un peu de recul sur ce plan, c’est à quel point il n’apporte aucune idée nouvelle. Ce sont les mêmes mécanismes à l’œuvre depuis parfois des décennies que l’on retrouve généralement dans toutes les mesures annoncées. Les aides à la transition énergétique, aussi bienvenues soient-elles, ont montré des limites qui ne sont pas abordées. Mais c’est tellement plus simple de faire du copier-coller… Le plan pour l’hydrogène peut être considéré comme une forme de réplique, tardive, au plan allemand, et on peut craindre que, derrière les chiffres, nous restions loin de l’ambition qui devrait être donnée. Les mesures pour la cohésion sociale et territoriale sont à nouveau une reprise d’idées du passé, pas forcément inutiles néanmoins.

Mais le plus effarant sont sans nulle doute les mesures pour la compétitivité, la prolongation, en plus petit, du CICE et du pacte de responsabilité Hollande-Macron... Comment peut-on persévérer dans la politique de l’offre par la baisse des impôts malgré le bilan désastreux des mesures d’il y a cinq ans  ? Leur coût a été colossal, pour un effet dérisoire : le chômage n’a pas plus baissé en France qu’ailleurs et notre déficit ne s’est pas réduit. Bien sûr, cela était prévisible, la course à la compétitivité étant une course à jamais perdante pour un pays comme le nôtre, sans frontières économiques avec des pays où les salaires sont cinq fois plus bas. Ces milliards ne serviront à rien. Ils n’apporteront pas un point de croissance, ne créeront guère d’emplois et imposeront l’austérité à nos service publics.

Car fondamentalement, comme le note bien un article de Marianne, c’est le cadre actuel qu’il faudrait changer. Nous ne pouvons pas nous battre à armes égales dans un marché européen où le coût du travail peut être cinq fois plus bas que dans l’hexagone. Les améliorations de compétitivité sont totalement marginales par rapport à la production dans les pays de l’Est. Et nous ne privilégions même pas le fabriqué en France ! C’est ainsi que la police de Paris a choisi de rouler en Volkswagen Golf et la gendarmerie pourrait bien remplacer des Renault Mégane, fabriquées en France, par des Seat Leon ! Comme trop souvent, le plan de la France risque de ne pas profiter aux français, mais bien plus à nos partenaires européens, si c’est à un patronat, décidément bien servi.

« Ce plan, c’est globalement ce qu’on avait demandé » : voilà ce que le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a déclaré le 3 septembre. En fait, cette majorité est en pilotage automatique avec une boussole qui n’indique que les intérêts d’une petite minorité, avant les crises, pendant les crises et après. Tout le reste n’est qu’un effort de communication grossier pour vendre le plan à tous les autres…



7 réactions


  • McGurk McGurk 14 septembre 10:58

    Le « plan », c’est de relancer...l’argent du contribuable par les fenêtres. Mais pas aux pauvres, bien entendu, ils sont trop cons pour le dépenser.

    Sur une chaîne de télé, Le Maire expliquait qu’ils allaient donner sans contrepartie 20 milliards aux entreprises (bien sûr les grandes) et ce sans contrepartie. La présentatrice lui demande de le justifier et, là, l’argument phare est « on fait confiance aux entreprises ».

    Ouah ! Quelle répartie ! Alors on nous oblige à nous sacrifier (tuer les retraites, augmentation des impôts et création de nouvelles taxes), on tue l’économie en faisant n’importe quoi, mais on bousille un budget conséquent pour remplir les poches d’actionnaires...

    Au passage, sur « France relance » (nom de merde mais qui l’a proposé ?), le drapeau européen est mis avant celui de la France ce qui signifie « la France n’existe plus » ou un truc dans le genre...


  • Arogavox Arogavox 14 septembre 11:32

    C’est l’histoire des énarques à qui on confie la gestion du Sahara, et qui après seulement quelques années ne trouvent rien de plus urgent que d’importer du sable !

      

     Ou encore : serait-il judicieux de donner quelques milliards d’aide à ce Frelon, PDG de l’entreprise, qui suivit les recommandations du Hibou et… licencia la Fourmi !?



  • binary 14 septembre 11:55

    C est de la politique. Ce plan ne sert pas à faire quelque chose, mais à faire croire que l on fait quelque chose.


  • Le421 Le421 14 septembre 16:55

    Pour ce qui est du pognon venant de l’Europe, il ne faut pas oublier que la négociation prévoit le début des remboursements en...2028 !!

    Si je compte bien, 2022 + 5 = 2027...

    Bombe à retardement.


  • Aristide Aristide 15 septembre 13:46

    la gendarmerie pourrait bien remplacer des Renault Mégane, fabriquées en France, par des Seat Leon !


    Sauf que ces Renault Mégane sont fabriqués en Espagne ... De plus ce ne sont pas les équipements standard mais les voitures de très forte puissance, pour les autoroutes...

    ah, la manipulation a de beaux jours ....



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