mardi 12 septembre - par redrock

Macron à l’oeuvre : la baisse du chômage, marche ou crêve ?

Cela fait plus de cent jours que le jupitérien président nous inonde de sa com de supermarché à la Leclerc mélange de Père noël lavant plus blanc après dégraissage des modems foireux et de transformateur-libérateur sauvant la France et la société civile en marche de la horde sauvage des salariés, chômeurs et fonctionnaires code du travail en bandoulière.

Le remède sera délivré comme il sied par des ordonnances et certainement pas remboursé par la Sécu... Ni d'ailleurs par les Prudhommes qui doivent rentrer dans les clous... On peut penser que la Sécu devra aussi passer par le régime des ordonnances, surtout si elle doit en plus absorber le régime des indépendants ! Il faudra faire de la place... L'égalité c'est pour tout le monde, n'est-ce pas ? 

Le grand homme à la pensée complexe a donc mis plus de cent jours pour nous expliquer in fine que son projet est de construire un écosystème -également complexe- lequel permettra enfin après une paire d'années de libérer les énergies et les initiatives, de créer les emplois de demain pourfendeurs du chômage et apporter en bonus toute une nouvelle cuvée de jeunes milliardaires.

Il s'irrite donc de la difficulté du peuple à saisir toute la complexité globale de sa démarche et de l'impatience populaire le rabaissant outrageusement dans les sondages. Il importe donc de préciser son dessein.

Exégèse de l'écosystème Macronien

Deux éléments importants de l'écosystème ont été déjà longuement serinés par les différents porte-parole de service :

  • Baisse de la dépense publique
  • Réforme du code du travail

Ces deux premiers points ont déjà fait l'objet d'amorces de réalisations ; pour la baisse des dépenses publiques c'est le mauvais coup de rabot qui a glissé sur les APL avec les 5 euros mensuels en moins et la réduction des contrats aidés dont l'utilité sociale se mesure largement au prorata de la colère soulevée par leur réduction parmi les associations et mairies qui en bénéficiaient ! Mais ce n'est évidemment qu'un début, car la dépense publique est trop haute, nous dit-on et le champ des baisses possibles bien vastes.

Si on écoute bien les apôtres macroniens les baisses potentielles pourraient concerner des domaines tels que la Santé, la Formation professionnelle, l'Education, les dispositifs de lutte contre le chômage, le poids des retraites publiques, la politique du logement et, bien sur, la diminution du nombre de fonctionnaires. Rien de bien nouveau, en somme, c'est le catalogue libéral du think tank Montaigne mais il s'agit cette fois de construire un écosystème ! C'est tout le côté écolo de la com !

La difficulté objective de réalisation de ces mesures est que lorsqu'on veut les appliquer elles se traduisent immédiatement par la disparition d'un service ou la hausse de son coût et qu'en général c'est l'usager modeste qui en pâtit. Ce n'est évidemment pas très bon pour la côte de popularité du jupitérien de service. 

On avait déjà fait dans ce blog une étude sur la fiscalité et les prélèvements obligatoires mais à l'époque on n'était pas confronté à la dialectique jupitérienne (dont on n'oubliera pas de dire qu'elle fait référence à une planète gazeuse !) ; on peut donc se dispenser de relire ces pages néanmoins très complètes sur les finances publiques françaises et autres.

Les ordonnances déjà délivrées sur le code du travail ne nous ont pas caché la volonté de remplacer le plus possible la loi ou la règle par un contrat négocié au local là où le pouvoir patronal s'exerce directement sur les salariés et de faciliter également les licenciements.

L'extension du contrat de chantier sous le vocable de CDI est une vraie arnaque car il s'agit d'un CDD sans durée de référence et sans indemnité compensatoire ! Cette mesure illustre parfaitement la philosophie du projet : banaliser la flexibilité-précariser certains emplois.

L'autre axe de la communication est de mettre le paquet sur la dépense publique, sorte d'ouragan Irma dispersant la richesse publique aux quatre vents avec pour conséquence harcèlement, accablement fiscal et dette. C'est plus porteur que de dénoncer le poids des prélèvements obligatoires car parler des prélèvements engage sur un terrain plus politique, impôt sur le revenu (qui est faible en France), impôts indirects (TVA), impôts locaux, assiette, exonérations, fraude, cotisations sociales et c'est moins important en terme de montant car la dépense publique est égale au montant des prélèvements obligatoires augmenté des recettes des administrations publiques (revenu d'actions, recettes d'entreprise publique,..) et du déficit budgétaire. Ainsi en 2015 on a en % du PIB :

  • Dépense : 55,3%
  • Prélèvement obligatoire : 44,5%
  • Déficit budgétaire : 3,5%

(il y a donc environ 7,3% de recettes en plus)

Il est bon de rappeler également que les comptes de la Sécurité sociale représentent près de la moitié de la dépense publique avant de hurler avec les loups contre la dite dépense et de jeter le bébé avec l'eau du bain !

Exégèse comparative

Ainsi que l'a dit et souvent répété Jupiter lui même, sa volonté est de remettre la France au travail, n'en déplaise aux fainéants, cyniques et extrêmes de tout poil. Et de prendre en exemple tous ces bons pays au plein emploi de bon aloi, Allemagne, USA, Autriche, Danemark (moins donné en exemple ces derniers mois). Et comme le marché du travail semble être un point clef et que sa réforme à venir s'annonce j'ai donc réuni ci dessous quatre comparatifs OCDE récents :

  1. fréquence des emplois suivant la durée hebdomadaire de travail
  2. fréquence relative des emplois à temps complet et à temps partiel
  3. nombre moyen d'heures annuelles travaillées par travailleur
  4. taux d'emploi

Analyse brute

Le point 3 montre sans discussion possible que le nombre d'heures travaillées n'est pas le point déterminant ; l'Allemagne y obtient le plus mauvais score.

Le point 2 montre que la France a un taux de travail partiel de l'ordre de 14% au lieu de plus de 21% pour les pays comparés. Le taux des USA est encore plus faible : 13%.

Le point 1 montre que le travail à temps partiel de moins de 20h est faible en France et aux USA, entre 5 et 6% contre 12-16% pour les autres pays comparés. Là aussi, le score des USA surprend.

Le point 4 montre un des points clefs, le faible taux d'emploi en France, un peu plus de 64%, entre 5 et 10 points en dessous des pays comparés. (ce faible taux d'emploi s'explique en partie par un faible taux d'emploi féminin, par un âge de départ en retraite plus précoce, par des taux d'emploi des jeunes et des séniors plus faibles. Ce sont des caractéristiques qu'on retrouve plus souvent dans les pays du sud de l'UE. Le taux d'emploi n'est pas directement lié au taux de chômage car il prend en compte des gens qui ne sont pas demandeurs d'emploi)

Analyse argumentée

L'analyse de ces quatre points conduit donc à penser que la France-dans un contexte de marché concurrentiel-doit se rapprocher des standards des autres pays comparables ; elle doit donc amener plus de gens vers l'emploi pour baisser le taux de chômage et augmenter le taux d'emploi. L'étude précédente suggère par les chiffres que cela pourrait se faire par un recours plus grand au temps partiel et en partie au temps partiel court de moins de 20 heures hebdomadaires comme dans les autres pays comparés.

Il faudrait alors que ces emplois existent ou soient crées. Tout serait très simple... si les salariés et les gens en général n'étaient pas de simples machines mais des individus avec une vie familiale, sociale, des rêves et des désirs de reconnaissance et d'épanouissement personnel. 

Car il existe un discours récurrent sur le gisement d'un million (au moins ! deux suivant Gattaz) d'emplois potentiels dédaignés par les français dans la restauration, l'agriculture, le service à la personne, emplois peu qualifiés comportant souvent des temps partiels ou des contraintes saisonnières ou de mobilité. C'est d'ailleurs pour ces raisons que les français les dédaignent.

Toute la finalité de la politique Macronienne en marche, mais aussi celle de l'UE est de réaliser cet objectif. Le décryptage porte donc davantage sur les méthodes que sur les objectifs qui peuvent apparaître acceptables dans le cadre du système dominant libéral mondialisé qui est aussi celui de l'UE.

Il est alors révélateur d'aller voir comment cela s'est passé dans les pays qui nous sont si souvent donnés en exemple : le Royaume Uni et l'Allemagne qui ont d'ailleurs fait par la suite des choix européens opposés et présentent des tableaux économiques très différents.

On peut lire dans la revue Cairn.info l'article de Clasen Jochen, « Les nouvelles politiques de l'emploi au Royaume-Uni et en Allemagne », Critique internationale, 2009/2 (n° 43), p. 37-50. DOI : 10.3917/crii.043.0037. URL : http://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2009-2-page-37.htm

Je n'ai pas l'intention d'en faire un compte rendu exhaustif et je cite la conclusion qui donne bien la philosphie de ces mesures

"Si l’une des réalisations majeures de la politique social-démocrate du marché du travail consiste à marier démarchandisation (bonne protection sociale) et activation (sous forme non seulement de retour à l’emploi mais aussi de développement du capital humain), on ne saurait dire que le New Labour ou le SPD en soient de bons exemples à ce jour. Au cours de ces dix dernières années, les gouvernements sociaux-démocrates ou de coalition à composante social-démocrate, au Royaume-Uni comme en Allemagne, ont réduit la protection des chômeurs en termes de revenu de substitution et modifié l’équilibre des dispositifs d’activation au détriment de l’amélioration des qualifications et au bénéfice du couple couverture minimale/priorité absolue au retour à l’emploi. Toutefois, cette évolution qui concerne tous les chômeurs au Royaume-Uni ne touche que les chômeurs de longue durée en Allemagne. D’autres différences sensibles subsistent entre les deux pays."

Comme les réformes allemandes Harz-Schröder restent la référence suprême je renvoie donc au très bon article de Wikipedia sur ce thème ou à celui du très libéral IREF qui en montre bien la finalité.

Conclusion

Le choix par Macron d'une ministre du travail, ancienne DRH d'un grand groupe, tout comme Hartz en son temps en Allemagne et les premières mesures des ordonnances font craindre le pire pour les réformes à venir de l'indemnisation du chômage et de la protection sociale.

Le pire en la matière est la politique de l'emploi aux USA ; c'est la jungle aggravée. La finalité est de réduire tellement les conditions d'allocation que les personnes les plus précaires sont obligés d'accepter souvent plusieurs emplois précaires ne donnant pas lieu à allocation pour arriver à survivre. Les entreprises dont les employés pourront avoir droit au chômage verront leurs cotisations patronales augmenter. Le documentaire "Le prix du rêve américain" diffusé dans le Monde en face sur la 5 avant l'élection de Trump était sans fard et permettait de comprendre les raisons profondes de l'élection de Trump.

On comprend mieux ainsi les chiffres surprenants des taux de travail partiel aux USA corrélés à un taux de pauvreté élevé et à de fortes inégalités.

Les fainéants, les cyniques et les extrêmes auront du pain sur la planche dans les jours à venir !



3 réactions


  • Mélusine7 Mélusine7 12 septembre 10:38

    Ecosystème qui fera passer cette crapuleuse Loi sur le Droit à la PMA. Décidemment, les enseignements de l’histoire ne servent à rien. En Hollande des femmes sont en procès parce que le sperme d’un donneur a servi pour un centaine de procréations alors qu’elles seraient limitées à dix femmes. Bonjour les mariages consanguins et les futurs procès en route. Parce que ce genre de situation est inévitable quand on fait joujou avec le gynécosystème.


  • zygzornifle zygzornifle 12 septembre 13:52

    Facile pour diminuer le nombre de chômeurs sans créer des emplois il suffit de repenser le calcul de ce chiffre , de diminuer la durée d’indemnisation pour sortir les gens plus rapidement et de radier a tour de bras et croyez moi Macron ne vas pas se gêner il a l’appui des plus puissants : l’EU le patronat les médias les finances etc.... 

    Le pauvre petit chômeur isolé dans son coin se retrouve comme une petite souris coincée par un chat , il sait qu’il va y passer .....

  • Chelou 12 septembre 22:25

    "Le grand homme à la pensée complexe a donc mis plus de cent jours pour nous expliquer in fine que son projet est de construire un écosystème
    - également complexe- lequel permettra enfin après une paire d’années de libérer les énergies et les initiatives, de créer les emplois de demain pourfendeurs du chômage et apporter en bonus toute une nouvelle cuvée de jeunes milliardaires."
     smiley 


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