vendredi 10 juillet - par GÉOPOLITIQUE PROFONDE

Qu’est-ce que l’étalon-or selon Antal Fekete ? (2/2)

 


​Les avantages de l’or

Revenons un peu sur les avantages du métal jaune.

L’or éteint la dette, car il est le seul actif solide dans un bilan qui ne soit pas en même temps une responsabilité dans le bilan de quelqu’un d’autre. Pour cette raison, il est à l’abri d’un défaut de paiement, d’une dévaluation ou d’une dépréciation, contrairement au dollar qui dans un bilan représente une promesse de paiement avec un débiteur ayant des antécédents de dépréciation délibérée, voire de défaut.

L’argument majeur d’un retour à l’étalon-or est qu’il permet d’alerter automatiquement les mauvaises banques et les mauvaises politiques fiscales d’un gouvernement, car ils n’arrivent tout simplement pas à rembourser leurs dettes. Et en cas de doute sur la solidité de la monnaie du gouvernement ou du crédit émit par les banques, les citoyens peuvent immédiatement échanger leur papier-monnaie contre de l’or.

C’est un instrument essentiel de la liberté économique et de la protection de l’individu contre les mesures arbitraires de l’État, par exemple en lui offrant une protection contre les taxations confiscatoires, la dépréciation monétaire et la dévaluation. 

 


La prochaine crise économique et financière… sera une crise monétaire

Sur la crise à venir, elle sera en continuité de celle de 2008. Si toutes les banques ont fait faillite au même moment cette année-là, c’était à cause de l’érosion et de la destruction du capital. Et le Trésor américain n’a rien trouvé de mieux que de lancer une politique de recapitalisation du secteur bancaire en émettant encore plus de Bon du Trésor avec des crédits basés sur l’émission de dette du gouvernement américain. C’est une erreur. Le seul moyen de rendre une devise nationale plus abondante sans l’affaiblir consiste à acheter de l’or et c’est d’ailleurs ce que font les banques centrales du monde entier depuis quelques années déjà.

La prochaine grande crise consistera en une destruction des capitaux qui est la conséquence de la démonétisation de l’or faite il y a 50 ans comme l’explique Antal Fekete. Avant 1971, les dettes étaient des obligations et le privilège d’émettre de la dette allait avec l’obligation du remboursement. Tout a changé avec la théorie de Milton Friedman qui stipulait que le gouvernement américain avait le pouvoir de créer une dette infinie qui n’a jamais besoin d’être remboursée et qui ne perd pas de sa valeur, tant que le stock de dollars n’augmentait pas de plus de 3 % par an. Après les 3 % le chiffre est ensuite passé à 7 % et vu que cela ne fonctionnait pas les banquiers centraux ont essayé leur nouveau keynésianisme en baissant les taux d’intérêt à 0 % et même en négatif.

Je rappelle que la baisse des taux d’intérêt signifie certes une baisse des prix (dans un premier temps), mais également une baisse de l’emploi disponible ce qui est inévitablement suivi par de la déflation et in fine une dépression économique. Paradoxalement, les taux qui baissent en permanence augmentent la dette et découragent les entrepreneurs d’augmenter leur production ou d’investir dans de nouveaux projets. Les taux d’intérêt bas sont donc un corrosif pour le capital, pour l’emploi et cela finit par tuer la prospérité globale avec des faillites en série.


L’or reste l’arme la plus efficace contre ce genre de spirale déflationniste. Les taux zéro et les taux négatifs détruisent absolument tout et ils ne peuvent pas être remontés, car les Etats et les entreprises piliers du système économique mondiales sont insolvables. Donc une fois que les banques ont bien vampirisé le système économique et profité des taux bas, elles finissent par être vampirisées à leur tour. C’est exactement ce que l’on voit aujourd’hui avec toutes les banques internationales hyperendettées et qui devraient être déjà en faillite. Et quand l’auteur a écrit ce livre, on ne parlait pas autant de taux d’intérêt négatif généralisé, je n’imagine même pas ce qu’il en dirait aujourd’hui.

En fait, aucune relance ne marchera tant que l’argent créé n’est distribué que sur le marché obligataire. Les investisseurs sont prêts à acheter tous les titres, même à taux négatifs, parce que s’ils continuent de baisser, ils dégagent quand même leur plus-value. Les déficits n’apporteront aucun redressement et stimuleront juste l’économie du marché obligataire jusqu’à son retournement. Sous un régime de standard-or, les taux d’intérêt se stabiliseraient et il ne pourrait pas exister de spéculation obligataire, car aucun pari rentable ne peut être fait sur la variation de taux d’intérêt qui ne bougent pas ou peu. Donc avec l’étalon-or, pas de produits dérivés sur ce sujet et cette activité parasitaire pourrait être supprimée naturellement.
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Comment sortir de la dette ? 

On peut même refinancer la dette publique avec des obligations or à long terme ! Par exemple pendant la crise de 2008, les États-Unis auraient pu sauver leur suprématie monétaire en raccrochant leur dette à l’or et en permettant à l’US Mint, l’agence qui produit et met en circulation les pièces de monnaie américaines, de frapper librement et de manière illimitée des pièces d’or et d’argent et de les mettre en circulation. L’argent métal accompagne souvent l’or dans les transactions du quotidien.

Il faut comprendre que le retour à l’étalon-or n’est pas quelque chose de caricatural, il n’est pas nécessaire de remplacer l’argent papier par un standard monétaire purement métallique. Il suffit simplement de déclarer officiellement que l’euro par exemple n’est plus la seule monnaie à cours légal pour payer ses dettes et ses taxes. À partir de là, aux citoyens de choisir en quoi ils veulent être payés et quelle monnaie ils souhaitent utiliser. Il n’y a pas à fixer un prix de l’or ou un taux de change entre les monnaie-or, monnaie-argent et monnaie-papier, il suffit d’autoriser l’institution en charge de frapper les pièces d’or et d’argent de le faire de manière illimitée et libre de droits de seigneuriage.

Ce droit de seigneuriage étant la marge ou la prime entre le coût de production d’une pièce et son prix de vente au public. Il ne doit pas y en avoir dans un système standard-or. Cette introduction des métaux or et argent permettrait d’aider les finances des gouvernements en tant qu’extincteur ultime de la dette. Seul l’or a la capacité d’éteindre la dette, mais pour cela il doit sortir des coffres des banques centrales et circuler librement dans l’économie.

Le gouvernement doit permettre à l’institution qui frappe les pièces actuelles de créer des pièces d’or et d’argent à cours légal et de manière illimitée à toute personne qui apporte son métal à la frappe. Cette institution devra d’ailleurs être indépendante de la banque centrale, car elle en sera de facto une concurrente. Si l’étalon-or n’est pas rétabli, le crédit va continuer sa croissance jusqu’à son retournement, ce qui fera exploser l’économie mondiale.

Le professeur Fekete donne un exemple concret avec la Grèce et l’Italie. Les gouvernements de ces deux pays pourraient échanger des Bons du Trésor côté en or sur 30 ans et des Bons du Trésor côté en Argent sur 10 ans en échange de leurs euro-obligations en cours. Ils pourront tout simplement refinancer leurs dettes publiques en l’adossant à l’or et à l’argent qui dorment dans leurs banques centrales. Le symbole serait fort, car ce serait la première émission obligataire en or depuis 1935 ce qui permettrait non seulement d’éviter la faillite et de garder suffisamment de réserves dans les caisses pour relancer l’économie.

C’est pour cela que toute solution de sortie de crise doit passer par l’abrogation du Cours légal de 1909 autrement dit la fin de la suprématie des billets de banque sur l’or. À l’international, l’étalon-or doit être réhabilité avec son système de compensation, le fameux marché des effets réels, pour payer les travailleurs sur la production en cours et non sur la production à venir. Grâce à la fameuse lettre de crédit payable en or, dont on a parlé précédemment.


Et enfin pour cimenter ce paradigme, un double système monétaire doit être mis en place toujours à l’international en utilisant l’or et l’argent sans un ratio bimétallique officiel fixe. Ceci évitera de renouveler l’échec de l’Union Latine de 1865 qui était une organisation monétaire commune entre la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie et la Grèce, fondée sur le régime de bimétallisme or-argent. Son principal échec a été de partir du principe que le ratio or/argent était constant, alors qu’il était en réalité variable ce qui a fini par avoir raison du bimétallisme à cause des fluctuations des cours relatifs des métaux et des fluctuations de changes. L’étalon-or doit donc idéalement être associé à l’argent métal dans le nouveau système économique.
 

 


Conclusion : De l'étalon-or à la cryptomonnaie-or

Nous pouvons résumer l’essence de cette thèse du Standard Or en relevant que les défaillances économiques des dernières décennies, la mauvaise gestion, la dette, la destruction des acquis sociaux… ont pour principale cause l’utilisation ou l’abus d’utilisation de la monnaie papier et du crédit. La situation actuelle présente le risque de paniques bancaires, de grande dépression et de taux de chômage toujours plus grandissant. Ce n’est pas une crise de liquidité, c’est une crise de solvabilité.

Selon Fekete, l’or réapparaîtra irrémédiablement et triomphalement une fois que le régime mondial de monnaie papier mordra la poussière. Seuls ceux qui auront assez d’or dans leur banque centrale seront en mesure de fournir du capital pour redémarrer l’appareil productif après la grande crise et reconstruire le système financier nécessaire pour le soutenir. Vu le niveau de nos représentants politiques, la France est assez à côté de la plaque sur le sujet de l’or, il suffit de voir par exemple l’accord de 2018 entre la Banque de France et la banque américaine JP Morgan, qui peut être interprété de différentes façons il est vrai. Concernant la détention d’or par les particuliers, c’est pareil, clairement en ce moment il vaut mieux en avoir plutôt que d’en vendre pour une poignée de billets.

J’ai décidé de parler de ce livre, car la question du retour de l’or dans les transactions internationales revient sérieusement sur la table. De nombreux signaux l’attestent :
 

 
En somme, voilà une affaire à suivre de très près. J’ai actualisé cette thèse du Standard Or en la combinant avec les cryptomonnaies et la dématérialisation de la monnaie en général dans le livre « Géopolitique de l’Or ».

Franck Pengam
 

www.geopolitique-profonde.com

 


7 réactions


  • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 10 juillet 22:24

    Je ne comprend pas pourquoi, stratégiquement, on repasserait en étalon Or quand tous nos « alliés » ou nos « amis » occidentaux (USA, GB...) n’ont justement pas fait ce pari contrairement à nos nouveaux « ennemis » (Chine, Russie...)

    Vous le savez, la Chine et la Russie ont misé sur l’or pour se rendre leur monnaies crédibles à l’international. Ce sont justement les partisans des l’or comme vous qui le soulignent ad nauseam.

    Donc pourquoi, le jour où les monnaies merdoient, nous, l’occident passerions forcément à l’or ? Moi j’imagine plutôt un ersatz de bitcoin complètement étatique émis de concert par la BCE, le FMI et la FED...

    D’ailleurs vous n’avez pas répondu aux interrogations que je vous avais soumis il y a 6 mois

    Il est facile d’acheter de l’or, mais est-il facile de le revendre une fois le moment venu ?


    • Hugo Drax Hugo Drax 11 juillet 08:06

      @La Voix De Ton Maître

      « En l‘absence d‘un étalon-or, il n‘existe aucun moyen de protéger l‘épargne contre la confiscation par l‘inflation. Il n‘existe aucune réserve de valeur fiable. »

      Alan Greenspan. Très très gros communiste russo-chinois devant l’Éternel !

      Vous préférez quoi ? une once d’or, ou, une once de papier cul ?


    • GÉOPOLITIQUE PROFONDE GÉOPOLITIQUE PROFONDE 11 juillet 12:20

      Tout est dans mon livre. L’or peut jouer un rôle pour stabiliser les économies après une crise, assainir la dette, stabiliser sa monnaie, arrêter la planche à billet ex nihilo, etc. Du point de vue stratégique, l’or remplace petit à petit les Bons du Trésor américain, participe à une relative dédollarisation du monde, anticipe les crises, contourne le dollar et les sanctions internationales, sert de guerre économique, etc. bref c’est la thèse de mon livre qui s’articule autour d’une synthèse entre les cryptomonnaies et l’or.

      Vous pouvez revendre de l’or dans les commerces spécialisés et autres bijouteries présents partout si vous détenez vos biens en propre. Si vous détenez en coffre externe vous pouvez directement acheter et vendre sur chez votre fournisseur en deux clics sur internet. La revente n’a rien de compliqué, si vous avez les bons produits à l’achat et les bonnes méthodes. Tout est sur mon site.


    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 13 juillet 04:43

      « En l‘absence d‘un étalon-or, il n‘existe aucun moyen de protéger l‘épargne contre la confiscation par l‘inflation. Il n‘existe aucune réserve de valeur fiable. »

      Alan Greenspan.

      Ouais ziva fais moi peur avec l’évidence-historique-pondérée dont on connaît le succès. Et c’est marrant car Greenspan c’est le monstre préféré des bullionistes.

      Le gros détail que t’as raté dans ton magnifique étalage c’est l’étalon-quequchoze, c’est justement le quequchose : Dans ce monde rempli de surprises (des gens de gauche qui font de politiques de droite ? un épidémie qui remet en cause les fébriles liens de production sortie droit du moyen-age ? et j’en passe..) Pourquoi pas une analyse étalon-bitcoin ou étalon-imf ? Bref pour faire simple un étalon-qui-permet-au-pouvoir-de-rester-au-pouvoir ? Pouvoir que tu remet en question par le simple paradigme de la monnaie ?
      Blague à part il aurait été plus rentable d’investir dans l’once de PQ que dans l’once de l’or pendant un moment de la pandémie.

      Sans aller même pousser aussi loin l’analyse, sans avoir à mettre la tête à l’envers de notre époque bouleversée : c’est quoi le graphe de l’or après 1931 ? Une baisse constante et régulière ! Une expression de la peur et non pas de la valeur.

      Pour la simple raison que l’or après le succès de l’achat c’est le succès de sa revente. L’or n’est qu’une assurance sur le patrimoine : une once d’or c’est historiquement le montant nécessaire pour vivre relativement confortablement une semaine pour une famille de 4 personnes pendant un mois. Ni plus ni moins C’est tout.

      @GEOPOLITIQUE PROFONDE

      Tout est dans mon livre

      J’ai posé quelques questions simples qui ne nécessitent pas la lecture et la compréhension d’un livre. Et vous n’y répondez pas.

      Qui plus est, je préfère ma propre démarche intellectuelle, par exemple j’aime bien suivre la démarche d’Edelweiss Investment Fund, qui a acheté de l’or à 400 dollar l’once. Je préfère cela à ceux qui disent de tout miser à près de 2000. A un moment où tout imbécile est disponible pour faire légèrement monter le cours d’un avoir facile à acheter et terriblement difficile à revendre.

      J’attends toujours vos réponses, sinon je vais penser que vous n’êtes qu’un autre de ces horribles revendeurs de livres.


    • Zolko Zolko 13 juillet 13:41

      @La Voix De Ton Maître :

      Je ne comprends pas votre raisonnement :
       

      1. les USA ne sont pas nos amis ni même nos alliés depuis bien longtemps, et le Royaume Uni depuis quelques mois : pourquoi prendre exemple sur eux ? Ils « nous » considèrent comme leur laquais, pas des amis. Par ailleurs, ce sont les plus grands pourvoyeurs de destruction capitaliste. En tout logique, si ils ne misent PAS sur l’or, c’est une bonne raison de la faire.
         
      2. Si nos « ennemis » misent sur un atout, il est très dangereux de l’ignorer, car si, au final, ce sont eux qui avaient raison sur l’affaire, on serait vraiment dans la panade. Une bonne stratégie d’investissement dans l’avenir est de diversifier les supports, donc l’or parait un très bon choix. Pas forcément choix unique, mais bon choix quand-même.
         
      3. « nous, l’occident » : ah oui, vraiment la voix de votre maître, impressionnant. Vous croyez aussi sans doute à « la communauté internationale » ?


  • Zolko Zolko 13 juillet 13:33

    Articles toujours aussi intéressants, merci.

     

    Mais à part l’analyse très juste, il me manque une ébauche de solution. Que penseriez-vous du scénario suivant : posons d’abord le postulat que le système actuel n’est pas viable, et que, d’une façon ou une autre, il s’effondrera/implosera/explosera. Mais, la nature ayant horreur du vide, quelque-chose d’autre en émergera. Il faut donc 2 choses :

    purger le système actuel

    en proposer un autre

    si je comprends bien, le système suivant que vous proposez se base sur l’or. Pourquoi-pas. Bien-que, selon la théorie Autrichienne (von Mises, Rothbard...) l’état n’a pas à choisir et imposer un système de monnaie, la société le fera elle-même. Et dans ce cas, crypto-monnaie, monnaies locales, ... peuvent exister et coexister. Se pose seulement la question des impôts : sur quelle base l’état réclamera-t-il les impôts ? C’est une question technique à laquelle on peut trouver pleines de réponses.

     

    Mais avant de construire un nouveau système, il faut purger l’actuel : et là-dessus, vous ne dites rien. Est-ce qu’on ne pourrait pas envisager de, tout-simplement, monétiser l’intégralité de la dette c.à.d. imprimer un billet de 20 000 000 000 000 ce qui annulera de-fait la valeur de toutes les créances et de toutes les dettes, et ensuite passer au système suivant ?

     

    Car si on ne fait rien pour purger le système actuel, les états iront vers la guerre, solution historiquement universelle, qui détruit tout y compris les dettes. Mais aussi les maisons, usines, écoles, les vies ...


    • GÉOPOLITIQUE PROFONDE GÉOPOLITIQUE PROFONDE 29 juillet 18:56

      @Zolko J’établis différents scénarios dans mon livre sur le futur du système économique avec l’or et des cryptomonnaies étatiques.

      Une guerre frontale est difficile à imaginer entre les grandes puissances, je pense que cette époque est révolue. Place aux financements opaques, révolutions colorées, propagandes médiatiques, cyberguerre, guerre économique, etc.


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