lundi 29 juillet - par C’est Nabum

L’angoisse du piéton qui baguenaude

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Pauvre innocent.

Le piéton, le marcheur, le flâneur peuvent bien se donner la main ; depuis quelque temps ils se font rouler dans la farine et marcher sur les pieds par une foule de gens pressés qui ne peuvent faire le moindre pas sans user d’un engin électrique tout autant qu’éclectique. Pire même, à coup de sonnettes, ces empressés du bulbe exigent que ceux qui vont tranquillement leur train se poussent devant la fureur de leur agitation hystérique.

Naïvement, ils espéraient qu’avec Freluquet aux commandes et son inénarrable parti En Marche, ils allaient être les enfants chéris de sa majesté. Hélas, mille fois hélas, la seule incitation à la motricité pédestre que suggéra ce grand homme fut une traversée de rue pour aller chercher du travail. Le piéton ravalé au rang de quémandeur parasite, on ne pouvait donner pire image de cette noble façon de se mouvoir.

Le tout électrique a gagné les consciences. Une prétendue avancée pour sauver le climat qui comme les adeptes de cette terrible logique, court à sa perte tout autant qu’à la nôtre. Toujours plus vite grâce au nucléaire et pas un seul atome de bon sens dans cette course effrénée à la vitesse. Le piéton qui est un contemplatif a tout loisir d’admirer ces hystériques de la mobilité sans effort. Il y a de quoi faire…

La bicyclette n’a d’ailleurs pas le monopole de l’assistance désolante. On se bouscule au portillon pour proposer une gamme diversifiée de prothèses de toute nature pour permettre au futur cul de jatte de la sélection naturelle, de se mouvoir sans la moindre intervention de leurs pieds. Un grand pas vers la solution fatale pour une humanité qui marche sur la tête.

Je vous ferai grâce de la trop longue liste de ces engins à une, deux ou plusieurs roues qui se chevauchent ou bien sur lequel on se vautre afin de venir agresser les malheureux qui osent encore se déplacer à une vitesse inférieure à 6 km/h. Forts de leur supériorité économique (les chaussures, décidément ne rapportent pas assez d’’argent à l’état) ils foncent tête baissée, exigeant que les escargots du bitume, de la terre battue ou bien des trottoirs, se poussent pour les laisser aller !

Même nos chemins de halage, témoins historiques d’un usage pédestre, réservés jadis aux haleurs, ces galériens de la terre battue, sont soigneusement adaptés au triomphe du déplacement rapide. Malheur à celui qui se déplace le nez au vent, le regard attiré ici par un héron, là par un castor, plus loin par un fûtreau qui remonte la rivière à la voile. Qu’il dégage de ce chemin, dédié désormais à la grande vague de la modernité.

Nos chers responsables se gargarisent de développement durable. Ils inventent même des concepts qui ne pourront durer comme l’espace partagé pour tous ceux qui se meuvent en dehors de la chaussée. Paradoxalement du reste, sur la chaussée, point de chaussures mais des pneumatiques tout comme sur le trottoir ou nos sentiers de découverte. C’est le triomphe de la manufacture Michelin ou de ses homologues. Ils méprisent ainsi les recommandations du classement de la Loire au patrimoine de l’Humanité, modifiant sans les respecter les abords de notre rivière.

Le piéton insupporte les spécialistes de la mobilité assistée ou suppléée. Ils discutent, s’arrêtent, prennent leur temps, regardent ailleurs et deviennent ainsi des quilles qu’il convient d’abattre sans pitié. Tout ceci naturellement avec l’assentiment des responsables de cette mascarade qui ne songeront jamais à exiger une vitesse de déplacement maximum pour ces fous furieux du guidon sous toutes ses formes.

J’incite désormais les marcheurs, promeneurs, rêveurs, amoureux à se munir d’une tenue rembourrée quand leur prendra l’envie d’aller baguenauder près du canal ou de la Loire. Le risque est grand pour eux de revenir avec quelques bleus, des côtes fêlées sur cette rive défigurée. Nous vivons une époque résolument moderne qui marche totalement à côté de ses pompes.

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Pédestrement vôtre.

Photographies de Patrick Pommier



25 réactions


  • San Jose 29 juillet 09:29

    Avec de bonnes lunettes de réalité virtuelle, puis demain des électrodes plantées dans le cerveau, il sera bientôt possible de vivre du matin au soir dans le village gaulois, à la cour de Louix XIV, dans le Paris d’Eugène Sue ou sur les berges sans trottinettes d’un fleuve idéalisé, et tout cela sans sortir de sa chambre, afin de ne pas prétendre par ses exigences personnelles régenter la façon de vivre du reste du monde. 


    • Paul Leleu 29 juillet 21:53

      @San Jose

      c’est à peu près ce que préconnise Lao-Tseu par la méditation... « sans quitter sa chambre connaitre tout sous le ciel, sans regarder par la fenêtre connaitre la voie du ciel »...

      évidemment c’était dans une autre perspective... encore que, sur certains points... le pire de la modernité déouchera sur de curieuses choses positives...

      et puis avec cela, les chemins redeviendront libres pour les autres...

      et puis il faut dire aussi que les chemins ne sont guère encombrés, vu que la plupart des française de souche se cultive devant la télé


  • UnLorrain 29 juillet 10:34

    Je pressent un effet inattendu d’avoir a se tenir droit comme un I droit comme une quille ou droit comme au garde a vous ( n’y a t il pas « repos » après ce garde a vous ? Et de flechir un genoux pour profiter de ce repos..) Un mal de dos,pernicieux, cet effet.


  • gaijin gaijin 29 juillet 10:39

    le temps appartient a celui qui sait le prendre


  • Radix Radix 29 juillet 11:59

    Bonjour Nabum

    Le temps appartient à celui qui sait le prendre et comme disait Delacroix : « Ce qui n’a pas été fait avec le temps, le temps se charge de l’effacer ».

    Que restera-t-il à celui dont la vitesse à oblitéré les souvenirs ?

    Radix


  • Giordano Bruno 29 juillet 12:40

    En découvrant votre article, je me suis demandé, connaissant la richesse de votre vocabulaire, si vous alliez utiliser un verbe que j’affectionne : « piéter ». Il permet éventuellement des jeux de mots grâce à l’homophonie avec « piété », voire la proximité avec « pitié ».


    • UnLorrain 29 juillet 18:17

      @Giordano Bruno

      Cailles,perdrix,perdreaux,faisans et autres pietent,ils fuient en courant ou marchant très vite plutôt,se faufilant sous le couvert des herbes hautes.

      Un chasseur invertébré euuh invétéré 😉


  • Giordano Bruno 29 juillet 12:46

    Dire que vous plaigniez des personnes qui trollent !...


  • jymb 29 juillet 13:33

    Chacun veut la place pour lui tout seul

    le vivre ensemble s’arrête à ses revendications perso 

    Un cheval mais pas de vélo

    Un piéton mais pas de roller

    une trottinette mais pas de 2RM 

    Un scooter mais pas de voitures

    etc etc 

    Que d’égoïsmes sans fin ! 

    Les Anne Hidalgo en puissance ont encore le venttre fécond 


    • UnLorrain 29 juillet 18:29

      @jymb

      « veut la place pour lui seul »

      Aussi,il en veut pour son argent. Septembre ouverture de la chasse,certain passionné y sacrifie plusieurs milliers d’euros. ..


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 29 juillet 18:43

      @UnLorrain

      Y’a les bons chasseurs de trottinettes cendrées...et y’a les mauvais...


    • Fergus Fergus 29 juillet 19:13

      Bonsoir, jymb

      « Chacun veut la place pour lui tout seul »

      Ne tombons pas dans la caricature : il est de nombreux lieux où les modes de déplacement différents cohabitent sans problème !


    • UnLorrain 29 juillet 20:35

      @Aita Pea Pea

      Rire ! Joli !


    • Paul Leleu 29 juillet 21:56

      @jymb

      en même temps, ce sont les français qui sont comme cela... le système n’a rien imposé... c’est nous qui avons décidé d’adhérer à ce système... d’ailleurs ce sont les français qui élisent ces « annes hidalgo »...


  • BRémy BRémy 29 juillet 18:53

    bonjour Nabum,

    Le piéton, le marcheur, le flâneur a le droit de piétiner,

    marcher ou flâner. Chacun peut (doit ?) en même temps

    laisser le passage à un autre usager, qu’il soit plus rapide

    ou bien qu’il le croise et ce, qu’il soit à pied, à cheval

    ou à motricité électrique ou thermique.

    Il va de soit que ces derniers doivent ralentir, ne pas passer

    sans un minimum de respect (pourquoi pas dire « bonjour »*)

    et en même temps ne pas provoquer un accident.

    bien à vous.

    *le bonjour pourra avoir un léger écho de la part des pédestres.

    (un randonneur motorisé)


    • Fergus Fergus 29 juillet 19:16

      Bonsoir, BRémy

      En effet. Cet après-midi par exemple, nous avons, mon épouse et moi, parcouru les 15 km du chemin de halage de la Rance qui séparent Evran de Dinan, et la cohabitation entre randonneurs pédestres, cyclistes et même cavaliers s’y est parfaitement passé, comme à chaque fois !  


    • BRémy BRémy 9 août 11:12

      bonjour Fergus
      nous sommes presque voisins,
      j’espère un jour pouvoir discuter, échanger avec vous
      sur le bord d’un chemin ou ailleurs.
      Rémy


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 29 juillet 19:28

    Culte de la performance, de l’ordre, du marché à tout prix, de la maîtrise d’une nature que l’on méprise, rien ne change.

    On prend un quartier fait de petits pavillons avec leur jardins, on les rase, les remplace par du béton sans la moindre verdure et on nomme cette destruction « écoquartier ». Le « on » se compose souvent du maire associé au promoteur.

    On prend une berge bordée d’un petit chemin entouré d’arbustes, on bétonne le petit chemin, coupe les arbustes, met des grilles en acier, et baptise le tout « écopromenade ». Le « on » se compose souvent du conseil général et d’un paysagiste industriel.

    On prend une zone mixte agricole, de marais et de jachères, redessine la zone et la décrète zone d’aménagement déconcerté, l’assèche et construit un immense camp de consumérisme obligatoire, que l’on nomme « centre d’écoloisirs ». Le « on » est souvent constitué du conseil régional associé d’une palanquée d’associations économiques et de chambres de commerce.

    L’aménagement du territoire est l’occasion de détruire les zones naturelles, d’augmenter la surface de bâti, de créer des zones industriello-commerciales, ou d’étendre des zones de cultures phytosanitariées.

    Mais aujourd’hui, le « green watching », ou plutôt l’écopipeautage, consiste à faire de la communication verte sur les destructions biophobes.

    La trottinette électrique et le vélo électrovert participent de cette logique : comme l’oiseau sur sa branche, le piéton échappe au marché à tout prix et au culte de la performance. Il faut donc l’éliminer, mais « vertement ».


    • Paul Leleu 29 juillet 22:02

      @Jean-Paul Foscarvel

      tout à fait... mais d’un autre côté, le piéton est une espèce en voie de disparition... la plupart de nos concitoyens plébicitent massivement des « aménagements machins » que vous décrivez si bien...

      quand je me promène dans la campagne, la plupart du temps je ne rencontre absolument personne... d’ailleurs les berges du fleuve près de chez moi restent vides aussi... eh oui...

      les piétons sont des ringards attachés à des valeurs dépassées... il faut vivre avec son temps... écouter du rock n’ roll et rouler en patinette électrique... c’est un tout logique et cohérent...


  • INsoMnia INsoMnia 29 juillet 19:32

    @ C’est Nabum,

    Article très parlant, nous sommes à un tournant où ce monde n’a plus ni foi ni loi... Dirigé par des psychos qui non rien a cirer de nos « sécurités » ! 

    Et dire que certains de nos semblables semblent quelque peu, être atteint de ce syndrome cad « le, ma gueule avant ».

    Bien le bonsoir.


    • Paul Leleu 29 juillet 22:04

      @INsoMnia

      c’est à dire que les gens ont bien appris ce que la « culture » prétendument libérée enseigne... le tout pour ma gueule (avec du bla-bla écolo ou anar’ pour se justifier)... le rock, le cinéma, la bd, la télé... ils ont bien appris cet état d’esprit... il est logique qu’on le retrouve ensuite dans les comportements...


  • juluch juluch 29 juillet 21:39

    Le tout électrique, histoire de prendre du pognon supplémentaire sur un fond d’écologie non maitrisée !

    arnaque !


    • Paul Leleu 29 juillet 22:08

      @juluch

      oui... ben l’invention de la guitare « élecrique » fut aussi une grosse escroquerie qui permet à un morveux de l’âge de Greta Thunberg qui aligne en boucle 4 accords suramplifiés et trois gammes minables en solo compressées de se faire passer pour un génie...

      moi j’imagine qu’on coupe l’électricité (largement nucléaire) à tous les concerts de rap, de rock et d’électro... et aussi à la télé et au cinéma... et tu regardes ce qu’il reste de leur « talent »...

      alors, après on peut toujours tomber sur les zécolos en trotinette électrique... ils sont vraiment pas pire


    • juluch juluch 30 juillet 21:37

      @Paul Leleu

      ca concernait les transports essentiellement pas les grilles pains ou guitares électriques.  smiley


  • Cela vaut pour la Loire et donne pour la millième fois l’occasion de la placer dans le récit. D’autres endroits restent privilégiés. A force de ne voir que la Liger on passe le Niger.


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