samedi 25 juillet - par Laurent Herblay

Ces 750 milliards qui disqualifient l’UE et Macron

L’interprétation de l’accord de mardi n’a pas fini générer des débats entre partisans de l’UE, qui continuent à y voir un moment hamiltonien, et critiques qui y voient une forme de chant du cygne. Même s’il ne faut pas négliger la réelle, même si limitée, évolution fédéraliste, sur le fond l’UE persiste dans la même impasse. Et la France de Macron est bien le dindon de la farce pour reprendre Natacha Polony.

 

Une UE dérisoire et caricaturale, un Macron qui oublie la France
 
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Bien sûr, en affichant un montant de 750 milliards d’euros, les dirigeants de l’UE préservent les apparences. Le chiffre semble énorme et ils pourront claironner que l’UE a été à la hauteur des enjeux de la crise que nous traversons. Sauf que, quand on met en perspective ces chiffres, ce montant est en réalité dérisoire. Il faut d’abord rappeler que les États avaient déjà mobilisé 2000 milliards au premier semestre. En outre, les sommes dont on parle pour ce plan portent sur six années, ce qui relativise grandement leur importance. Enfin, sur les 750, seuls 390 sont inscrits en dur dans les budgets, 360 correspondant à des prêts que l’UE pourrait faire à ses membres s’ils le demandent. Pas sûr que l’expérience passée soit très motivante pour d’éventuels candidats au mécanisme, d’autant plus que le niveau extrêmement bas des taux rend le passage par ces prêts totalement inutile aujourd’hui…
 
En réalité, alors que l’UE s’est mise d’accord sur un budget d’environ 1100 milliards d’euros pour 2021-27, les 27 se sont accordés pour ajouter une rallonge de 390 milliards. Le budget de l’UE passerait donc de 1 à 1,4% du PIB sur la période… On a vu plus ambitieux qu’un plan de relance qui accroit les dépenses de 0,4% du PIB. Pire, dans le magma des plans divers et variés, il y a fort à parier qu’il y aura des effets de substitution, comme le révèlent déjà les coupes apportées à certains budgets, dénoncées au parlement européen. D’ailleurs, la France a annoncé que les 40 milliards du plan européen feront partie du plan de 100 milliards. En clair, en partant du principe que seulement la moitié viendra en additionnel, ce plan n’apportera sans doute qu’un supplément de budget de 0,2% du PIB sur la période, seulement à partir de 2021. Totalement dérisoire sachant que le PIB va reculer de 10%...
 
En outre, si un montant de dépenses a été fixé, le principe de rembourser avec de nouvelles ressources propres à l’UE est extravagant. Il faudra l’accord des 27 pour y arriver. La taxe plastique est anecdotique et une taxe sur les GAFA plus qu’hypothétique, entre une Irlande qui se fera leur avocat et une Allemagne soucieuse de ne pas fâcher Washington… Bref, dès 2027, il y a fort à parier que les Etats devront contribuer en plus pour rembourser les 390 milliards. Plus globalement, cette négociation montre que l’UE n’est pas le bon cénacle pour agir à l’échelle européenne. Devoir se mettre d’accord à 27 est trop complexe et impose trop de circonvolutions pour aboutir à des accords à la portée dérisoire. Au final, les « frugaux » ont cédé contre de l’argent, et une baisse de leur contribution nette.
 
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En somme, l’UE n’a pas évolué depuis quarante ans quand Margaret Thatcher voulait qu’on lui rende son argent. A ce titre, la position de Macron est profondément révoltante d’un point de vue de l’intérêt national. Il est sans doute le dirigeant européen qui a le moins défendu son pays. En acceptant un fond de 390 milliards, dont la France n’en récupèrera que 40, de facto, parce que notre pays représente environ 20% du PIB de l’UE, il a signé un chèque de 40 milliards à ses partenaires  ! Ce point est insuffisamment mis en avant dans notre pays. Et son satisfecit sur l’agriculture est aussi prématuré qu’excessif. Aujourd’hui, le budget de la PAC est seulement stabilisé, mais la condition agricole montre qu’il est insuffisant et les prochaines négociations risquent de le mettre en danger.
 
Au global, c’est tout le discours dominant autour de ce plan qui est révoltant. Outre l’oubli de la facture potentielle qu’il représente pour notre pays, qui semble le seul à se désintéresser du coût de l’UE pour lui, toute la présentation est biaisée. Parler de subventions ou de dons venus de l’europe est ridicule : ce n’est pas de l’argent magique et même si c’est l’UE qui emprunte, in fine, la France en garantit bien plus. C’est un simple transfert, où quand nous touchons 1, nous assumons le double… En outre, avec des marchés prêts à nous payer pour prêter à la France (les taux à dix ans sont à -0,2%), nous n’avons aucun besoin de l’UE. En outre, les négociations sont loin d’être finies dans cette construction extraordinairement complexe et baroque, qui nous fait faire peu, de manière compliquée.
 
Il faut être Le Monde pour croire qu’en s’endettant ensemble pour 30 ans, les Etats membres disent leur volonté de rester ensemble. Bien sûr, il y a un petit pas fédéraliste, d’autant plus choquant que le peuple n’a pas son mot à dire, mais ce pas est petit et très prudent puisque tout est prévu si l’UE ne parvient pas à trouver de nouvelles ressources, bien hypothétiques.
 


7 réactions


  • Clocel Clocel 25 juillet 13:00

    Macron n’oublie pas la France...

    Il la conchie nuance.

    Il n’a raté aucune occasion de le faire depuis qu’il est là, ce n’est pas encore assez clair !?

    Qu’est-ce qu’il faut qu’il fasse pour que vous compreniez ?


  • amiaplacidus amiaplacidus 25 juillet 17:20

    Je lis : "... A ce titre, la position de Macron est profondément révoltante d’un point de vue de l’intérêt national. Il est sans doute le dirigeant européen qui a le moins défendu son pays. ...".

    Il n’est pas là pour défendre les intérêts français, mais pour défendre l’UE de la finance-casino.


  • jjwaDal jjwaDal 25 juillet 20:52

    La France est un des grands contributeurs nets au budget européen et par conséquent ne reçoit rien de l’Europe mais lui donne. Par contre, l’Europe a un coût, celui de sa bureaucratie.
    Cet emprunt « collectif » en trompe-l’oeil ne changera absolument rien à la spirale d’endettement qui frappe l’essentiel de l’Europe. Y tolérer des économies aussi dissemblables avec une même monnaie est simplement un scénario catastrophe. Y tolérer d’un côté des excédents commerciaux monstrueux et des déficits tout aussi importants au sein de la même zone, avec des mouvements de population freinés par la barrière des langues ne fait qu’empirer la situation. Quand l’Allemagne a besoin de main d’oeuvre elle va la chercher non en Grèce, Italie ou France mais bien en Afrique et sans consulter personne.
    Avoir une véritable politique d’aménagement du territoire européen impliquerait des transferts financiers bien plus importants des états les plus riches, refusés par eux, par endettement excessifs pour les uns et par principe pour l’Allemagne qui serait le pays le plus saigné par cette redistribution « fédéraliste ». Dans ces conditions parler de fédéralisme est un conte de fées, attesté par son fonctionnement basique.
    L’Europe est une chimère, une croyance, un zombie qui ne vit qu’en parasitant les seules véritables entités viables et construites que sont les Etats.
    Bien sûr que tout argent emprunté via l"Europe n’est qu’un impôt différé qui sera à la charge des citoyens européens, majoré du coût de maintien de la structure bureaucratique contrôlant les flux financiers vers les Etats.
    On sait d’ailleurs à quoi servira préférentiellement cet argent, à savoir sauver des secteurs entiers qui étaient déjà sous perfusion financière et qui le seront encore un peu plus.
    L’Europe est une médiocre machine de guerre économique et rien d’autre. Aucun projet pour les citoyens, aucune idée novatrice de réforme de la finance ou des mécanismes économiques qui nous ont mis dans l’ornière où elle se complait.
    Quand on tolère des déficits commerciaux gigantesques avec un partenaire commercial comme la Chine tout en ayant les frontières grandes ouvertes à l’immigration on construit une destruction des Etats nations mais sans rien derrière qu’une grande zone commerciale.
    Et c’est cette chimère qui voudrait nous sauver de nos inconséquences ? Allons donc...


  • Le421 Le421 26 juillet 13:57

    De toute façon, que ce soit 5, 10 ou 100 milliards qui soient introduits dans le marché français, cela n’a que peu d’importance pour le clampin de la rue. Il n’en verra jamais la couleur.

    Seuls les gros actionnaires verront leurs gains assurés.

    Donc, OSEF !!

    Et plus vite le bateau coulera, plus vite les gens réagiront.


  • zygzornifle zygzornifle 27 juillet 08:13

    Une UE dérisoire et caricaturale, un Macron qui oublie la France

    Pour oublier la France il faut déjà y avoir pensé …..


  • Sozenz 27 juillet 17:24

    je vois dans les bureaux , les petites s.... en train de se demander : « bien , il va falloir à tout prix faire passer nos reformes de merde ».qu’ allons nous inventer pour les contraindre à accepter ?et leur dire qu on ne pouvait pas faire autrement . "


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