samedi 16 mai 2020 - par Laurent Herblay

Euro : la menace mortelle de Karlsruhe

Les échanges entre la cour de Karlsruhe et les institutions de l’UE peuvent être difficiles à comprendre, et ne pas sembler porter à conséquence. Mais, comme l’ont noté certains, c’est bien l’existence de la monnaie unique qui est en jeu. Parce que l’Allemagne refuse d’être engagée contre sa volonté et qu’elle n’apprécie pas les choix de la BCE, une faille vient de s’ouvrir qui fragilise l’euro.

Euro : la menace mortelle de Karlsruhe

 

L’union monétaire désunie
 
Publicité
Le jugement de la cour de Karlsruhe du 5 mai restera probablement dans les annales de la construction européenne. L’affaire concerne les mesures de rachat de titres prises par la BCE depuis 2015, portant sur 2000 milliards d’euros. Des allemands contestent le droit de la BCE à le faire. La cour, l’équivalent de notre Conseil Constitutionnel, a donné 3 mois à la BCE pour s’expliquer et affirme que la Bundesbank pourrait « ne plus participer à la mise en œuvre et à l’exécution des décisions de la BCE en cause  ». La tension a continué de monter depuis, la Cour de Justice de l’UE ayant déclaré trois jours plus tard qu’elle était la seule compétente pour juger de l’action de la BCE en arguant que « des divergences entre les juridictions des Etats membres quant à la validité de tels actes seraient en effet susceptibles de compromettre l’unité de l’ordre juridique de l’Union et de porter atteinte à la sécurité juridique  ».
 
Certains y verront essentiellement une nouvelle illustration de l’égoïsme allemand, pensant qu’il suffit alors de discuter avec notre voisin pour trouver un bon compromis. Mais le sujet est bien plus complexe. Répéré par Coralie Delaume, la note « Guerre du dernier mot  » d’Alain Supiot, remet en perspective l’arrêt de la cour allemande avec les épisodes juridiques majeurs européens, depuis l’arrêt Costa / Enel de 1964 qui avait introduit la notion de primauté du droit communauté. Mais c’est peut-être le papier de Philippe Prigent, sur le blog de Régis de Castelnau, qui synthétise le mieux l’ensemble des enjeux de ces échanges. Il pointe que ce que demandent les allemands est simplement le respect des traités signés, compromis par les décisions de la BCE. Il rappelle que la cour de Karlsruhe n’a pas abdiqué toute souveraineté devant les instances européennes et leur donne des leçons de démocratie.
 
Le conflit ouvert a pris une tournure assez extravagante dimanche 10 mai, quand la présidente, allemande, de la commission européenne a menacé l’Allemagne d’une possible procédure en justice suite au jugement de la cour de Karlsruhe. Ces débats peuvent sembler très techniques, et avoir une portée finalement limitée, mais, comme le note Philippe Prigent, ces échanges peuvent initier le processus de démantèlement de la zone euro. Les prises de parole de la patronne de la BCE, de la CJUE et de la présidente de la Commission ne doivent pas faire illusion sur le véritable rapport de force et ce qui est en jeu. Bien sûr, les institutions européennes peuvent faire acte d’autorité, ou même tenter un compromis, mais il n’est pas sûr qu’elles aient le dernier mot ici. En effet, la menace de non participation de la Bundesbank aux volets contestés de la politique de la BCE est loin d’être neutre dans cette architecture.
 
Publicité
En effet, dans le magma des négociations sur les programmes de rachat d’actifs, il avait été précisé que ce seraient les banques centrales de chaque pays qui procèderaient au rachat, et non directement la BCE. Ce choix, poussé alors par l’Allemagne, était un moyen de plus de résister à la tentation fédéraliste exprimée également par le projet avorté d’euro-obligations. Ce faisant, les Etats peuvent garder une part de contrôle sur ces programmes, ce qui apparaît plus clairement aujourd’hui. Car la Bundesbank pèse près de 30% de la BCE, et si, du jour au lendemain, elle cessait de suivre une partie de sa politique monétaire, nous assisterions alors à la création d’une sorte d’euro-mark, qui divergerait de l’euro standard par le bilan de la Bundesbank. Ce faisant, l’Allemagne ne prendrait plus en créances des titres de dette de l’Italie. L’euro pourrait continuer, mais l’union monétaire serait alors désunie. Pire, elle pourrait vendre les actifs qu’elle a déjà, ce qui ne serait pas neutre sur les marchés financiers…
 
Le moment de publication de cet arrêt est peut-être trop parfait pour être accidentel, d’autant plus que la saisie date de 2017. En effet, elle survient pile quand reviennent les discussions sur les euro-obligations. Ne faut-il pas y voir une forme d’affirmation supplémentaire de l’Allemagne de son refus catégorique de tout partage des dettes à l’échelle européenne et sa volonté de contrôle de ce que fait la BCE, pas toujours en ligne avec les traités ? Ce faisant, Merkel reçoit un appui interne supplémentaire pour refuser toute avancée significative dans le partage des engagements financiers des pays européens avant un prochain sommet qui devait justement aborder ce sujet. En cédant sur des broutilles, elle pourrait alors jouer au bon flic, quand d’autres jouent le mauvais… Et elle pourra utiliser la menace de la fin de la participation de la Bundesbank aux rachats de titres, un pistolet sur la tempe de ses partenaires...
 
Parce que ce sont en réalité les banques centrales nationales qui portent les actifs rachetés par la BCE, le jugement de la cour de Karlsruhe est un évènement. Cela ne mènera probablement pas directement à une fin de l’euro, un compromis bancal étant l’issue la plus probable du prochain sommet. Mais cela renforce les différentes tensions du système en limitant la monétisation dont l’Italie a besoin, ouvrant la voie à une autre crise des dettes publiques, dont l’issue pourrait bien être une sortie de Rome de l’euro. Car l’Allemagne ne veut pas en prendre l’initiative, même si elle fait ce qu’il faut pour que cela arrive.


24 réactions


  • mmbbb 16 mai 2020 12:29

    Il est dommage que votre article ne soit pas lu . En effet C Delaume expose clairement dans l article du FIGAROVOX cette problématique ,Bien que celui soit technique , l Allemagne use de toutes les ficelles juridiques et notamment du vide juridique pour s approprier et asseoir son hégémonie en faisant prévaloir dans ce cas la prééminence du droit allemand sur le droit communautaire . Elle a aussi une ambition de reprendre le pouvoir de la BCE et ne tolère plus ses errements notamment sur le rachat de la dette souveraine des pays europeens 

    De surcroît , elle affiche son attention d évincer l Italie dont l endettement devient préoccupant .

    En résumé , c est P SEGUIN qui a eu le raisonnement juste, l Allemagne ne se soumettrait jamais ; l euro c est l euro mark

    En revanche , Miitterrand s est planté , il voulait clouer les mains de l Allemagne avec l Euro selon son expression officieuse, il apparaît de toute évidence que c est le contraire , Nous sommes devenus les vassaux de cette Allemagne qui acquiert de nouveau son  l influence passée au centre de l Europe .

    Une rétroaction historique , nous en revenons aux clivages anciens et l Europe est secouée de soubresauts violents . qui augurent mal de sa survie ,

    Et pendant ce temps, notre élite veut renforcer la «  souveraineté européenne » , Un décalage inquiétant entre la réalité et les discours , Cette mascarade ne pourra pas durer éternellement !



    • L'apostilleur L’apostilleur 16 mai 2020 15:54

      @mmbbb

      L’Allemagne n’ a-t-elle pas raison face à une BCE qui met la charrue avant les bœufs ?

      La féderalisation de l’Europe n’est pas encore faite.


    • mmbbb 16 mai 2020 16:45

      @L’apostilleur un de nos grands economistes jamais cite Maurice Allais avait demontre que l Euro etait une construction bancale L euro n a fait qu accentuer les faiblesses economiques de chaque pays et renforce l Allemagne , C est que demontre DELAUME ET CAYLA dans une de leur conference . C GAVE le demontre assez bien avec le taux de change en euro qui est une valeur artificielle puisque fixe en niant ces memes disparites economiques 
      Quoi qu il en soit depuis Seguin le noniste et les chantres du Traite de Maastrich , nous avons les resultats diametralement opposes de cette europe vendue si vertueuse .
      Il en est de même de ces auteurs qui nous clamaient la mondialisation heureuse A MINC en particulier , Un seul virus de quelques nanometres ayant beneficie de cette mondialisation a foutu un sacre bordel .


    • Carburapeur Carburapeur 16 mai 2020 18:12

      @mmbbb
      Il est dommage que votre article ne soit pas lu



      Les financiers parlent aux financiers !

      Comprendre ce texte nécessite une culture de l’économie que nous n’avons pas forcément tous.
      Il y a des canards spécialisés qui parlent leur langue entre eux mais il y en a d’autres qui sont sensés parler à Mr Toutlemonde.
      Pas étonnant que comme moi, on zape au bout de dix lignes.

      On peut tout expliquer avec des mots simples et des phrases compréhensibles, sans franglais ni abréviations ; c’est juste une histoire de volonté et d’attention à autrui.


    • eau-du-robinet eau-du-robinet 16 mai 2020 22:17

      Bonjour mmbbb,
      .
      A tout ceux qui ne comprennent rien à ce article ... je vais y « résumer » en une phrase :
      .
      Il fait quitter l’Euro car c’est un boulet pour notre économie ainsi pour notre souveraineté monétaire !
      .
      Explication :
      La BCE n’a qu’un rôle celui de luter contre l’inflation.
      Comme dit Etienne Chouard :
      Quand on lute contre l’inflation on le paye en chômage !
      Quand on lute contre le chômage on le paye en inflation !
      .
      Donc en lutent seulement contre l’inflation et pas contre le chômage la BCE préservé les intérêts des riches, en protègent leur capitaux !
      .
      La BCE n’a de compte à rendre à personne, elle est totalement indépendante des autres instances de l’UE.
      .
      Un extrait du journal « Le Monde » :
      Le taux de change de l’euro est surveillé par les dirigeants français comme le lait sur le feu. Qu’il monte un peu trop vite et les langues se délient, fustigeant un frein inacceptable à la reprise économique. Son appréciation rapide depuis l’été 2012, qui l’a conduit début février jusqu’à 1,36 dollar, a provoqué une vague de commentaires alarmistes.
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/11/gagnants-et-perdants-de-l-euro-surevalue_1845962_3234.html
      .
      Un autre extrait :
      Ces dernières semaines, l’euro est redescendu autour de 1,30 dollar, notamment à la suite des élections en Italie et de l’impasse politique qu’elle dessine. Mais ce niveau reste trop élevé, selon certains membres du gouvernement. « Si l’on veut de la croissance, il faut faire baisser l’euro », martèle le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.

      .
      Ceci montre l’URGENCE de restaurer notre souveraineté monétaire et revenir / annuler la lois du 3 Janvier 1973 !
      .
      Pour pouvoir quitter l’Euro il faut d’abord quitter l’UE, et ceci permettra également de pouvoir restaurer notre souveraineté politique et juridique !
      .
      A tout façon dans l’UE c’est chacun pour soit et la solidarité n’existe pas !
      C’est ça lé réalité !
      .
      FREXIT


    • Areole 17 mai 2020 08:16

      @mmbbb
      «  Cette mascarade ne pourra pas durer éternellement !  » 
      Mouais...Mais je verrais plutôt la Deutsche Bank tenter de faire couler le navire européen avant de faire faillite (http://ottolilienthal.over-blog.com) ou le retour d’un gouvernement Salvini provoquer un Italixit...Ou rien du tout si le pillage de la classe moyenne se poursuit comme si de rien n’était.


  • Pic de la Mirandole Pic de la Mirandole 16 mai 2020 13:50

    Une traduction de l’interview du juge Huber, juge constitutionnel au tribunal de Karlsruhe, donnée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung permet de se faire une idée de première main des raisons invoquées par ledit Tribunal.

    https://www.upr.fr/actualite/nous-devions-faire-ce-jugement-sur-la-bce-le-tres-instructif-entretien-de-peter-huber-juge-au-tribunal-de-karlsruhe-dans-la-frankfurter-allgemeine-zeitung/


  • zygzornifle zygzornifle 16 mai 2020 13:51

    Les Allemands sont des conquérants ne l’oublions jamais ….


    • mmbbb 16 mai 2020 14:32

      @zygzornifle Nous ne fument point conquérant .Il me semble que l Allemagne ne souffre pas de ce mal francais , être accusé d avoir été un pays colonisateur .
      Quant a son industrie , l Allemagne a su garder son tissu puissant et performant .
      Giscard déplorait deja par le passe que nos PME PMI etaient trop faibles 
      Cela n a guere change 
      Quant a notre elite , elle ne voulait plus d industrie dans notre pays , ecole de pensée menee par Tchuruk notamment Mais il y a aussi d autre explication aussi purement economique , le faible taux de marge entre autre 
      Notre grande institution qu est l EDUC , une institution qui ne veut former que des cranes d oeuf bien remplis et n ont pas la culture de l entreprise .
      Lors de la publication du patrimoine des ministres sous Hollande , aucun mlinistre n avait a minima un CODEVI Du grand classique patrimoine et assurance vie 
      Donc aucunement tourné vers la vie economique
      Enfin notre chere administration mettant toute son energie a « emmerder » les personnes qui bossent 
      C GAVE n a pas tort en resumant ainsi l Espagne c est la speculation immobiliere , la France , les fonctionnaires et l Allemagne les entreprises .


    • Pic de la Mirandole Pic de la Mirandole 16 mai 2020 17:02

      @mmbbb

      Rien à voir avec le jugement de Karlsruhe...


  • BA 16 mai 2020 15:26

    Vendredi 15 mai 2020 :


    Allemagne : les analystes de Deutsche Bank prévoient une chute de – 14 % du PIB au deuxième trimestre, et une chute de – 9 % du PIB sur l’année.


    « Un déclin sans précédent de la conjoncture industrielle est à prévoir dans les prochains mois en raison de la pandémie de coronavirus », reconnaît le ministère de l’Economie piloté par Peter Altmaier.


    Les analystes de Deutsche Bank anticipent une chute de 14 % du PIB au deuxième trimestre. Etant désormais acquis que le virus continuera de brider la reprise tant qu’un vaccin n’aura pas été élaboré, ils prévoient une chute de 9 % du PIB sur l’année, soit bien plus que les 6,3 % prévus par le ministère de l’Economie .


    https://www.lesechos.fr/monde/europe/le-coronavirus-fait-officiellement-basculer-lallemagne-dans-une-recession-historique-1203320 ?



  • Redistribuer 16 mai 2020 16:13

    Les ultra-nationalistes qui se réjouissent déjà de l’arrêt de la cour de Karlsruhe n’ont pas lu et écouté les informations sur la réaction d’Angela Merkel au Bundestag

    Elle a d’abord réaffirmé face aux néo-nazi de l’Afd qui sont à l’origine de la saisie de la cour constitutionnelle qu’elle était décidée à défendre l’existence de l’euro coûte que coûte.

    Elle a déjà trouvé la parade ! Il s’agit ni plus ni moins que de contourner l’avis de la cour, en créant un fond de solidarité européen spécifique alimenté par le budget de l’ue pour que les états n’aient plus besoin de faire racheter leur dette.

    Cela contente la cour de Karlsruhe et ne priverait pas l’Espagne, l’Italie et la France des crédits dont ils ont besoin pour faire face aux conséquences de la crise du coronavirus.

    Naturellement, le budget européen devrait être augmenté parce qu’il n’est pas suffisant pour abonder ce fond. Angela Merkel a donc suggéré un collectif budgétaire au quel chacun des états participerait non pas à hauteur de leur importante respective mais de leur possibilité financière. Le tour est joué ainsi la BCE ne rachète pas la dette et l’interdiction constitutionnelle est caduque, car la constitution allemande ne limite pas la hauteur de la participation de l’Allemagne au budget européen. Par contre Angela Merkel a proposé une contre-partie qui consisterait à de nouveaux abandons de souveraineté pour ceux qui utiliserait ce fond !

    Autrement dit la répétition de ce qui s’est passé avec la Grèce, les débiteurs seraient tenus de faire valider leur politique sociale et économique par le gestionnaire du fond, c’est à dire le gouvernement allemand en filigrane puisqu’il en serait le principal contributeur !

    Trois observations :

    La mort de l’euro est impossible car il a été créé sur injonction de la finance monétaire occidentale, les états-unis en tête et le nouvel ordre économique mondial repose en partie sur son existence en déchargeant le dollar d’une partie de la charge lié à sa fonction de monnaie d’échange et de réserve

    L’Allemagne est pangermaniste, depuis la création de la confédération du Rhin par Napoléon et la construction européenne n’en ait que le prolongement, contrairement à l’Angleterre isolationniste, l’Allemagne est par nature annexionniste, jamais elle n’abandonnera son rêve millénaire qui a toujours été, celui de rassembler autour d’elle de grands empires ! A l’époque moderne elle le met en oeuvre d’une manière douce et pacifique mais il n’y renoncera jamais !

    A terme mémé si ce scénario aboutissait, le miracle économique allemand serait en danger car il renchérisserait d’une manière exorbitante toute ce qui serait vendu par les allemands et cela reviendrait pour l’Allemagne à scier la branche sur laquelle elle est assise !

    Effectivement dans la situation on ils se trouvent l’Italie, l’Espagne et la France n’ont guère le choix que d’accepter ce qu’on leur propose.

    Quoi qu’en disent les partisans de la sortie de l’euro, cette solution n’en est pas une. Croire qu’on peut créer de la monnaie indéfiniment est un leurre, on ne vit pas en vase clos, on achète des produits à l’étranger, cela est d’autant plus nécessaire maintenant qu’on a démantelé notre industrie. Avec quoi paie-t-on ?

    Avec des francs dont la valeur de change s’affaiblit ?

    Ou alors on emprunte sur les marchés financiers pour soutenir la monnaie ?

    Sans la garantie de l’Allemagne ? A quel taux ? Et y parvient-on même ?

    Se rajoute en plus une spéculation effrénée du franc sur le marché monétaire et en plus comme il s’agit d’une décision de sortie de l’euro unilatérale on ne peut même pas compter sur l’aide des banques centrales étrangères comme c’était le cas à l’époque du serpent monétaire européen, c’est impossible !

    Conclusion : Malgré la cour de Karlsruhe, l’Allemagne ne peut se permettre de ne laisser d’autres solutions aux pays du sud que de sortir de l’euros et elle ne peut non plus prendre la décision unilatérale d’en sortir ce qui revient au même !


    • Olivier 16 mai 2020 17:51

      @Redistribuer

      Le problème est qu’on est dans la fuite en avant. La situation des états du sud (Espagne, France et Italie) est condamnée mécaniquement à s’aggraver, ayant fait le choix semble-t-il définitif de la désindustrialisation et de la dette. Le délirant confinement instauré à l’occasion de la crise du COVID ne va faire qu’exacerber cela (était-ce voulu ?).
      Il n’y a donc aucune issue pour ces pays mis à part une décadence économique sans fin que l’appartenance à l’euro aggrave dans les faits.

      Un retour aux monnaies nationales déclencherai une crise grave mais aurait l’avantage de mettre ces pays face à leur responsabilité. La mutualisation des dettes et la création frénétique de monnaie par la BCE ne fait qu’occulter les choses.

      En attendant les Anglais ont quitté le Titanic avant qu’il ne coule et font acheter leurs bons du trésor par la banque d’Angleterre, cela même qui est interdit par le traité de Maastricht. Ma foi ils ne s’en portent pas plus mal...


    • Cyril22 16 mai 2020 18:37

      @Redistribuer
      "[l’euro] a été créé sur injonction de la finance monétaire occidentale, les états-unis en tête et le nouvel ordre économique mondial repose en partie sur son existence en déchargeant le dollar d’une partie de la charge lié à sa fonction de monnaie d’échange et de réserve"


      Les Etats Unis ne sont pas instigateurs de la création de l’euro, ils préféraient le monopole du dollar, et font tout pour que celui-ci reste la référence, par exemple pour le commerce pétrolier. Etre monnaie de référence n’est pas pour eux une « charge » mais au contraire une aubaine, ils contrôlent ainsi le commerce mondial pour leurs propres visées, on le voit vis à vis de l’Iran ou du Vénézuéla. La part de l’euro en tant que monnaie de réserve avait atteint 27,3% en 2009, mais a ensuite diminué et n’était plus que 20% en 2017. En fait, pour prendre de l’importance, il faudrait qu’il y ait des eurobonds, dont l’Allemagne ne veut pas (référence)


    • Redistribuer 16 mai 2020 18:55

      @Olivier
      Si on revient aux monnaies nationales, le mark s’envole et l’économie allemande pers sa compétitivité, ce qu’elle gagne d’un coté en cessant de rembourser les dettes des pays du sud, elle le perd en n’arrivant plus à vendre ses produits et en étant concurrencée sur son propre sol par les produits de ses anciens débiteurs.
      C’est exactement le même mécanisme de la Chine vis à vis des états-unis, la Chine vend des produits à bas prix parce que le cours de sa monnaie est maintenu artificiellement au niveau du dollar, ce qui permet aux américains d’acheter les produits qu’ils ne fabriquent plus chez eux, la chine détient la dette des états-unis.
      comme l’Allemagne détient celle des pays du sud de l’Europe, rompre l’équilibre, c’est désavantager les deux parties !
      Les américains pourront s’endetter indéfiniment tant que les chinois l’accepteront
      Trump vocifère mais la finance internationale qui est le véritable maître le fera taire et il se taira !

      Imaginez une seule monnaie utilisée par tous les pays, imaginez une seule banque mondiale, la banque peut alors créer de l’argent indéfiniment, même si elle ne correspond pas à la valeur réelle des richesses échangées par les états.
      Bien sur c’est une utopie, cela n’existera jamais, par contre plus l’ensemble qu’une banque centrale régule est vaste plus on se rapproche de ce modèle parce que plus l’ensemble est vaste plus il est autosuffisant et plus il peut se permettre d’éviter d’échanger avec des entités « extérieures », ce qui restreint mécaniquement la liberté du banquier central à cause du change ;

      Conclusion : Il n’y a pas trop à être inquiet, vu que tous les états de la planète vont être tous ruinés par cette crise, en même temps, les banques centrales pourront faire de la création monétaire à tour de bras sans que cela porte à conséquence à cause du taux de change.

      Les juristes de la cour de Karlsruhe ne sont pas contents, on trouvera un tour de passe-passe pour qu’ils ne puissent plus rien dire et voilà ! 


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 16 mai 2020 19:31

      @Redistribuer

      Intéressant et optimiste. En effet lorsque tout le monde est dans la merde .


  • V_Parlier V_Parlier 16 mai 2020 17:13

    Vous écrivez : "Croire qu’on peut créer de la monnaie indéfiniment est un leurre, on ne vit pas en vase clos, on achète des produits à l’étranger, cela est d’autant plus nécessaire maintenant qu’on a démantelé notre industrie« .

    Même si le lien de cause à effet existe il me semble que vous prenez le problème à l’envers. Mais sur un point je suis d’accord : Nous avons tellement démantelé notre industrie, du fait qu’on ne »vit pas en vase clos" (sic), que c’est déjà trop tard. Il ne reste qu’à attendre que tout cela s’écroule tout seul.


  • gerard JOURDAIN 16 mai 2020 17:34

    Je pense que l’Europe, s’est construite trop vite en taille.

    C’est comme le multiculturalisme..On met la charrue avant les bœufs.

    l’Allemagne amène, rigueur, maturité de décision collégiale.

    Ce n’est pas du tout dans la culture latine.

    Il faut faire des projets communs qui , vont nous rapprocher naturellement.

    Toutes autres solutions,  sont des « machins » pour postes politiques.


  • Cyril22 16 mai 2020 18:41

    L’euro a été « conçu » avant les élargissements de l’UE vers l’Est, on pouvait à l’époque viser à terme une certaine homogénéité entre les économies (on n’avait pas encore connaissance de l’artificialité de la situation grecque), mais les écarts se sont en fait creusés.


  • franc tireur 16 mai 2020 19:58

    waf, l’euro ne mourra jamais , personne ne laissera faire puisque personne n’y a réellement interet. karlsruhe sera contourné , merkel a déja acté.

    il est evident que l’allemagne est le maitre du continent ,mais peut on la blamer ? la france commercait la banane avec ses outre mer pendant que bismarck inventait la machine outil . seule la guerre froide a pu permettre a notre pays de momentanèment recoller .


    • Redistribuer 16 mai 2020 22:26

      @franc tireur « la france commercait la banane avec ses outre mer pendant que bismarck inventait la machine outil  »

      Bien vu !

      Pendant que Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron intervenaient outremer pour jouer à la grande puissance et maintenir un empire néo-colonial dont la France n’a plus les moyens de s’occuper depuis longtemps, l’Allemagne investissait pour moderniser ses infrastructures, pour maintenir et améliorer son système de santé par exemple.

      Resultat ; Beaucoup moins de morts lors de l"épidémie et un système économique moins arreté !

      Nettement plus intelligent que d’aller faire la guerre au Mali ou au Sahel !

      Il est vrai que c’est une question de culture, les français ont toujours voulu concurrencer les anglais et construire eux aussi un empire sur le quel le soleil ne se couchait jamais !


  • Redistribuer 16 mai 2020 22:10

    La lecture de l’interview d’un des juges de la cour constitutionnelle allemande est extrêmement explicite.

    Il est clair que l’objectif n’est pas de sortir l’Allemagne de l’euro !

    Effectivement cette cour n’est ni compétente dans le domaine économique, ni politique. Elle statue du point de vue juridique.

    Normalement elle n’est pas compétente en domaine de droit européen puisque c’est une cours d’un état nation, alors pourquoi diable s’est elle adressée à la BCE, ses remontrances et ses demandes d’explications auraient du être adressées, au gouvernement de la RFA, au ministre des finances ou à la bundesbank.

    Le juge dans son interview répond, il s’agit pour lui d’intervenir dans le droit européen, le conflit est un conflit juridique et son interlocuteur est la cour européenne de justice à qui il reproche de n’avoir pas interdit à la BCE de racheter les titres en question, pour lui il s’agit d’un viol caractérisé des traités que la cour européenne n’ pas sanctionné. Il n’est pas dans son domaine de compétence par contre il estime qu’il est dans son domaine de métier. De surcroît, lui et ses collègues tentent ainsi d’ouvrir une nouvelle règle, celle de rendre indépendante des autorités politiques la situation juridique de l’ue.

    On peut fort bien imaginer, un nouvel organisme juridique de l’ue qui est composé de délégués des différentes cours de justice des états membres.

    Le problème est que c’est une compétence de la cour européenne de justice pas des juges des états membres !

    La cour de Karlsruhe s’est ainsi arrogée un droit qu’aucun traité européen ne lui donne cette fois.

    D’ou la réaction outragée des dirigeants de la BCE et de la cour européenne de justice dont elle piétine les droits !

    J’ai l’impression que les juges de Karlsruhe  se sont mis en porte à faux, je ne voudrais pas être à leur place, cela d’autant plus que l’indépendance de la BCE de toute autorité est une valeur forte défendue par l’Allemagne dès la création de cette institution !


  • Parrhesia Parrhesia 18 mai 2020 10:38

    Article intuitif qui pourrait amener les Français perspicaces (s’il en reste) à réfléchir sur une traduction allemande élaborée de l’expression « Brexit »  !!!

    « Deutches ausweichen » viellleicht …

    Réflexion qui risque évidemment d’être un peu compliquée pour nos gouvernants actuels !

    Confinés comme ils le sont dans le psittacisme mondialiste sarko-hollando-macroniste, nous craignons qu’ils ne soient guère plus aptes à solutionner les problèmes posés par un « Brexit » plus une « Deutches ausweichen » qu’à produire de petits masques en tissus à trois francs-six sous !!!


  • Parrhesia Parrhesia 19 mai 2020 06:39

    Pour mémoire : « ausweichen » signifie « esquiver », non pas « sortir »...


Réagir