vendredi 23 décembre 2016 - par

Ancien ambassadeur UK en Syrie sur Alep : « Quand allons-nous nous réveiller ? »

Interview de Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie, le 21 décembre 2016 (BBC Radio 4)
 
Source : http://www.bbc.co.uk/programmes/b08558fk (33,34 à 39,54)
 
 
 
 


Transcription :
 
Journaliste  : Durant les dernières heures, l’évacuation d’Alep a repris sous de fortes neiges. L’ONU confirme que les bus ont recommencé à circuler, transportant les gens à l’extérieur de la partie Est d’Alep. Les forces gouvernementales syriennes sont à l’arrêt, dans l’attente d’avancer vers la dernière enclave rebelle, scellant ainsi la plus grande victoire du Président Assad à ce jour dans cette guerre. Cela signifie-t-il qu’il est temps pour le Royaume-Uni de reconsidérer son soutien continu pour la soi-disant « opposition armée modérée » au Président Assad ? Doit-il reconsidérer sa perspective selon laquelle le Président Assad ne doit jouer aucun rôle dans le futur de la Syrie ? Peter Ford fut l’ambassadeur britannique en Syrie de 2003 à 2006. Peter Ford, pensez-vous qu’il est temps de reconsidérer les choses ?
 
Peter Ford : Absolument, il serait grand temps. Nous nous sommes accrochés bien trop longtemps à l’illusion selon laquelle la soi-disant opposition modérée allait vaincre Assad. C’est maintenant évident avec la reconquête d’Alep par le gouvernement, il faut cesser de nous voiler la face et nous devrions regarder la réalité telle qu’elle est : Assad ne sera pas renversé par la force des armes ni à la table des négociations. Le Royaume-Uni doit à présent faire trois choses. 1/ Nous devons cesser de soutenir une opposition en déroute et divisée. 2/ Nous devons commencer à venir en aide au peuple syrien en levant les sanctions. 3/ Nous devons travailler avec les Russes sur un règlement politique de la situation qui aurait dû se produire il y a longtemps déjà. 
 
Journaliste  : Mais comme nous le savons, pour beaucoup de dirigeants occidentaux, le règlement politique de la situation ne laisse pas de place à Assad. Boris Johnson, le Secrétaire d’Etat des Affaires Etrangères, a déclaré au mois de septembre dernier qu’il ne peut jouer aucun rôle dans le futur gouvernement de la nouvelle Syrie car tant qu’Assad sera au pouvoir à Damas, il n’y aura pas de Syrie à gouverner. Downing Street [le cabinet du Premier Ministre] a déclaré plus tôt ce mois-ci que la cruauté barbare dont ont fait preuve les forces du régime syrien démontrent que le Président Bachar Assad (sic) n’a aucune place dans le futur du pays.
 
Peter Ford : Oui, mais c’est absurde. C’est vraiment absurde. Assad contrôle maintenant plus de 80% des zones habitées de Syrie. Il n’y a aucune raison pour que dans les mois à venir, lui et ses forces ne reprennent pas les 10, 15 voire 20% restants. Il sera alors le maître absolu du pays. Bien sûr, il y aura toujours des groupes mécontents de la situation. Mais dans toute l’histoire écrite de l’humanité, y a-t-il eu une seule guerre civile d’une telle durée après laquelle tout le monde ait été satisfait d’un dirigeant ? Il n’y a pas de [Nelson] Mandela syrien. Il n’y a aucun [autre] dirigeant. Pouvez-vous me nommer ne serait-ce qu’un chef de l’opposition qui pourrait assumer le rôle d’Assad ? C’est absurde. C’est grotesque. Boris Johnson et Theresa May ont perdu contact avec la réalité. Donald Trump va prendre la relève, et s’il fait ce qu’il a annoncé, il va normaliser les relations avec la Russie, donner la priorité à la lutte contre Daech en Syrie et cesser d’œuvrer au renversement d’Assad. Quand allons-nous nous réveiller ?
 
Journaliste  : Vous avez dit être très préoccupé par le soutien du Royaume-Uni pour la soi-disant opposition armée modérée, et il y a effectivement aussi eu des plaintes et allégations d’abus à leur encontre. Néanmoins, si vous laissez le Président Assad en place pour la diplomatie future de la Syrie, cela ne reviendrait-il pas à fermer les yeux sur tout ce qu’il a fait jusqu’à présent ? Comme l’usage d’armes chimiques contre son propre pays ?
 
Peter Ford : Ecoutez, ce soir, il y a un sapin de Noël et des festivités au centre d’Alep. Je pense que si Assad était renversé et que l’opposition était au pouvoir, vous ne verriez pas de sapin de Noël à Alep. La diabolisation du régime a pris des proportions grotesques. Même pour la fin de ce conflit avec les bus [d’évacuation] verts. Il n’y avait pas de bus verts à Gaza. Il n’y avait pas de bus verts lorsque l’OTAN bombardait la Yougoslavie sans merci. Cette campagne d’Alep est menée, dans ses dernières étapes, avec une certaine humanité. Ce n’est pas à la débâcle de l’humanité qu’on assiste, contrairement à ce que prétendent certains, mais à la débâcle de la rationalité. Où se trouvent les moindres preuves des prétendues atrocités, de Guernica, des massacres, du génocide, de l’Holocauste ? 
 
 
Journaliste  : Eh bien, je pense que beaucoup de personnes ne seront pas d’accord avec cela car elles ont vu des personnes fuir Alep-Est, les allégations selon lesquelles des gens ont été attaqués, empêchés de quitter la ville... Vous savez, il y aura ces allégations et elles feront l’objet d’une enquête. En attendant, il y a certes des critiques contre les deux côtés, oui, mais vous vous opposez violemment à énormément de figures de premier plan dans les gouvernements du monde, selon lesquelles, et je terminerai là-dessus, qu’il n’y a pas de place pour le Président Assad dans la Syrie de demain. Concluez sur votre pensée, et nous allons terminer l’interview dans quelques secondes.
 
Peter Ford : C’est vraiment être aux antipodes de la réalité. Qui mettraient-ils donc à la place d’Assad ? Persister à vouloir renverser le régime en Syrie comme nous l’avons fait ailleurs, en Irak, en Libye, ne mène qu’à plus de souffrance chez les simples citoyens. 
 
Journaliste  : Peter Ford, ambassadeur britannique en Syrie dans les années 2000, merci beaucoup.


7 réactions


  • Victor 23 décembre 2016 20:28

    Des pourris corrompus qui n’ont pas de valeur ne se réveillent pas.
     
    Financement de l’Islam par la SNCF, ADP, l’état etc ...

     
    Tous les politiques à la babouche :
     

    Nos très chers émirs
    Chesnot/Malbrunot
    Alexandre Del Valle, Conesa tous le savent
     
    Ben Apparu, directeur de campagne salafiste de Farid Fillon :
     
    « L’ex-état souchien doit financer les mosquées coloniales du mondialisme capitaliste pour y former des ingénieurs. »
     
    Les armes pour tuer du paysan yéménite ça rapporte trop.


    • Doume65 24 décembre 2016 12:58

      @Victor
      Le financement de l’Islam n’est pas le financement du wahhabisme, salafisme ou de ce que tu voudras qui chapeaute le terrorisme. Au contraire, si la formation des imams est assuré par quelque entité autre que l’Arabie Saoudite ou le Qatar, cela va à l’encontre des « opposants à Bachar ». Et je te signale que par tes impôts, tu as soutenu (involontairement) des assistants du terrorisme comme par exemple les deux ministres des affaires extérieures du gouvernement Hollande.


  • JBL1960 JBL1960 23 décembre 2016 20:31

    C’est cela aussi, reconnaitre les faits, admettre qu’on a eu tort et quand on pense que Boris Johnson fait autorité en la matière et ben ça fout les j’tons... Et à mon sens, il faut se rappeler l’accord Sykes Picot et les mensonges d’États faussaires sur lequel se sont établis l’Amérique, mais aussi Israël : "Le document est intitulé « La méthode pour établir de Kiryat Arba. » Il contient le compte-rendu d’une réunion tenue en juillet 1970 dans le bureau de Dayan et décrit comment la terre sur laquelle la colonie devait être construite serait confisquée par décret militaire, en apparence pour des besoins de sécurité et comment les premiers bâtiments y seraient faussement présentés comme étant strictement à usage militaire." Tenez, c’est dans ce billet là ►https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/07/31/mensonges-detats-faussaires/
    Mais aussi, d’un certain projet Zhou ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/15/retour-en-arriere/


  • JBL1960 JBL1960 23 décembre 2016 20:41

    Cet article me remet en mémoire celui de Georges Stanechy de janvier 2016 intitulé ’Régime Saoudien Kleptocratie en décomposition" et le pacte de Quincy qui en fait prédisposait déjà que : le Pacte du Quincy s’articulait sur l’instauration d’un modèle de « Non Développement » au Moyen-Orient.
    Donc, c’était FOUPOUDAV ; Le pacte du Quincy a été scellé le 14 février 1945 sur le croiseur USS Quincy (CA-71) entre le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, et le président américain Franklin Roosevelt, de retour de la conférence de Yalta. La durée de cet accord était prévue pour être de 60 ans et ces accords ont été renouvelés pour une même période en 2005 par le président George W. Bush1. Tenez, je propose ma propre analyse tout autour et en lien avec Stanechy, Meyssan dans ce billet de blog ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/16/non-toujours-pas-en-mon-nom/


  • baldis30 23 décembre 2016 21:26

    Article qui a le mérite de reconnaître que les occidentaux ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis


  • fred.foyn 24 décembre 2016 07:09

    Encore un « Politicien-vendu » qui retourne sa veste ?


  • zygzornifle zygzornifle 24 décembre 2016 12:21

    il se réveiller au repas du Crif avec nos politiques LRPS..... ha non il est musulman ça va pas le faire .....


Réagir