samedi 23 mai - par Christelle Néant

Anti-science fiction, ou comment la Russie a été « enterrée » par Kiev

Une des activités favorites de la « communauté des experts » ukrainiens est l’invention de prévisions sur la mort imminente de la Russie et la distribution de diagnostics médicaux à ses dirigeants. Les politiciens ukrainiens, les « citoyens ordinaires » parmi les « experts de canapé », ainsi que de nombreuses « institutions d’analyse », qui sont un « spectacle solo » si on exclut le coursier et la femme de ménage, aiment ce passe-temps national.

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Cette fois, le coucher de soleil rapide et douloureux de la Russie est annoncé par le « Centre ukrainien pour la recherche sur l’armée, la reconversion et le désarmement » (CDAKR, où le « D » dans l’abréviation est pour le mot « recherche »).

Sur la base de sources publiques (publications dans les médias en ligne de RBK, Bloomberg et Finanz.ru), les titans des analystes militaires et politiques ukrainiens estiment que « Poutine a finalement perdu le contact avec la réalité, ou se prépare à la dernière guerre, ou détruit délibérément la Russie, en lançant une autre distribution illégale de richesses parmi ses proches  ». Sinon, disent-ils, il est difficile d’interpréter les nouvelles en provenance de Russie.

Le fait est que le président russe, « dans le contexte d’un déclin catastrophique de l’économie russe  », augmente les dépenses de défense, ce qui a provoqué une vive émotion chez les observateurs du CDAKR.

Les analystes ukrainiens tirent leurs conclusions de sources publiques, car ils n’ont pas d’autres sources d’information.

Ainsi, les observateurs du CDAKR tirent leur conclusion sur la «  situation catastrophique de l’économie russe » sur la base de la publication de RBK, qui mentionne une chute du PIB russe de 28 % en avril.

Puis, frissonnant de joyeuses nouvelles, l’équipe d’experts se tourne vers un article de Bloomberg qui promet que « la Russie sera confrontée à la pire crise économique de son histoire  ».

Et les experts ont mis la cerise sur le gâteau avec la publication du portail Finanz.ru, qui parle de l’augmentation des dépenses de la Russie en matière de défense.

De toute cette salade niçoise les sommités de la pensée ukrainienne tirent une conclusion peu réjouissante : «  La Russie devient de plus en plus une puissance imprévisible, instable, toxique et agressive aux mains des groupes criminels du KGB. Les menaces provenant de ce territoire s’accroissent et continueront à s’accroître  ».

«  Pour l’Ukraine, cela ne signifie qu’une chose – la guerre sur tous les plans avec la Russie va s’intensifier. C’est pourquoi le renforcement des forces armées ukrainiennes, la consolidation de l’économie, et l’accroissement du soutien international sont nos tâches urgentes depuis longtemps », affirment allègrement les « experts de renommée mondiale » depuis leur cave.

Il est bien évident que ce chef-d’œuvre « d’analyse militaire et politique » a été créé pour toucher le public cible du troupeau écervelé des « patriotes ukrainiens » derrière leur clavier, qui entendent à chaque éternuement du côté russe les cloches des funérailles et le craquement des piliers du Mordor du Nord qui s’effritent.

Commençons par le fait que l’indicateur de 28 % de perte du PIB russe en avril dans la source (RBK) présentée dans le texte est calculé en prix courants, et non en prix équivalents et ne diffère pas beaucoup des pertes d’avril des principales économies du monde suite aux mesures de quarantaine – 22-25%.

Les analystes de la publication notent également «  qu’il est encore impossible de séparer l’effet des prix du pétrole sur le PIB russe de celui du coronavirus » et citent les prévisions d’une baisse du PIB russe en 2020 causée par la pandémie et de la chute des prix du pétrole de 4-6 % (Banque centrale) ou 5,5 % (FMI).

Il est intéressant de noter que l’autorité budgétaire du Congrès américain s’attend à ce que son propre PIB chute de 38 % au cours des deuxième et troisième trimestres de 2020 et prévoit l’émergence de 60 millions de chômeurs, avec une absence totale de perspectives de retour aux indicateurs d’avant-crise non seulement d’ici la fin de cette année, mais même en 2021.

Que se passe-t-il en Ukraine ? Comme le disait le Maestro dans un beau film soviétique sur les pilotes, «  Tout va bien, je tombe ! ».

Les analystes ukrainiens sont convaincus que toute la croissance économique associée à une base basse (c’est-à-dire qu’un bâton planté dans un champ vide donne une croissance explosive du développement comparé à zéro) sera rongée par la crise. Les pertes de l’économie s’élèveront à 50 milliards de dollars, et la baisse du PIB atteindra 7,7 %, ce dont conviennent les observateurs du FMI.

Les gens intelligents comprennent que les temps sont durs pour tout le monde, mais ne courent pas commander avec le peu d’argent qu’il leur reste le cercueil, les pantoufles blanches et l’orchestre avec une marche funèbre.

Quant à l’article de Bloomberg, la crise ne touchera pas seulement la Russie. L’économie mondiale et le monde du travail sont des vases communicants et on ne sait toujours pas qui sera le plus touché par la crise en 2020. Mais ceux qui devraient être stressés en attendant l’arrivée du gros renard polaire, ce sont les imbéciles ukrainiens, car leur État ne dispose certainement pas d’un « airbag » pour survivre avec des pertes minimales dans les mauvais moments, alors qu’ils n’ont rien vu de bon à court terme ces six dernières années.

Le fait que le président russe ait annoncé une augmentation des dotations militaires n’a rien de particulier non plus. Déjà parce qu’en novembre 2019, il a été annoncé une réduction des dépenses militaires.

Que pouvons-nous faire d’autre, si une nouvelle division blindée américaine est déployée en Pologne, que l’OTAN choie activement l’Azerbaïdjan et que les États-Unis s’empressent d’organiser la militarisation de l’Arctique.

La Russie doit répondre à ces défis : placer des missiles Kalibr en plus des Iskanders dans la région de Kaliningrad, aider l’Arménie à acquérir de nouvelles armes (après tout, les Pachinians vont et viennent, alors que l’Arménie alliée reste), déployer des divisions mécanisées et des unités de choc aux frontières ouest et sud-ouest du pays, construire des brise-glace à des fins militaires, moderniser les chars T-72, fournir aux troupes des chasseurs Su-57 de cinquième génération, mettre en service de nouveaux missiles Sarmat, des complexes S-500 et d’autres systèmes de combat.

L’argent investi dans le complexe militaro-industriel ne sera pas perdu. L’industrie permettra de maintenir des emplois, un ordre public garanti et des salaires stables. Il ne faut pas oublier non plus que le secteur « militaire » russe remplit le marché intérieur de produits civils à hauteur de 40 % et qu’il est le principal développeur et consommateur de hautes technologies.

À mon tour, je voudrais voir comment la pauvre Ukraine va renforcer sa défense. Les experts ont en quelque sorte oublié que le complexe militaro-industriel ukrainien sent déjà le sapin, et que les clients étrangers n’assiègent pas les fabricants d’armes ukrainiens. Tout le monde peut voir l’échec des contrats des chars irakiens et thaïlandais, la ruine de l’entreprise Antonov, les fissures dans les véhicules blindés et les mortiers qui explosent. Les forces armées ukrainiennes reçoivent de nouvelles armes par convention sur le principe du reliquat, et les étrangers ont perdu tout intérêt pour les armes ukrainiennes du fait qu’elles ne sont pas utilisées par les FAU.

En même temps, l’Ukraine se tient à tous les coins de rue la main tendue, demandant à ses « alliés stratégiques » de l’aider à « combattre l’agression russe » avec de vieux chars d’assaut, des Humvees qui se trouvent depuis 30 ans dans le désert, des munitions périmées, des Javelins problématiques, des équipements de communication, des drones, des radars de contrebatterie, des bateaux déclassés et autres déchets militaires pour pays pauvres du Tiers-Monde.

Une cécité d’expert étonnante – prévoir et attendre que toutes sortes de maux tombent sur la Russie, tout en ayant les narines dans un marais putride.

De manière générale, flambez, chers experts ! Publiez d’autres plans pour que l’Ukraine conquière le pouvoir galactique, la « dés-occupation » de la Crimée et d’autres anti-science fictions du même genre. Il y aura de quoi rire et divertir l’âme lors des périodes de crise.

Alexandre Rostovtsev

Source : Politnavigator
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider



9 réactions


  • Doume65 23 mai 16:56

    Merci Christelle.

    J’ai bien aimé la métaphore du « craquement des piliers du Mordor du Nord ». Ton style s’affirme, mes félicitations !


    • Doume65 23 mai 17:16

      @Doume65
      Ah, mince, c’est d’Alexandre Rostovtsev. Mais je suis sûr que Christelle aurait pu faire aussi bien.


    • Christelle Néant Christelle Néant 24 mai 12:59

      @Doume65
      J’aime beaucoup le style de cet auteur, même si à traduire c’est très difficile par moment. C’est effectivement le genre de métaphore que je pourrais faire smiley


  • Guy19550 Guy19550 24 mai 00:05

    J’ai bien ri avec la description.

    En ce qui concerne le virus, de manière tout à fait générale aussi bien en Europe que chez les cowboys, on estime que cela va se régler avec le temps, la chaleur, les saisons, les vaccins (surtout pas les traitements alternatifs). Bref tout est bien beau pour eux. Je constate cependant qu’à l’heure actuelle, le virus est répandu d’est en ouest sont discontinuité et cela implique que ce virus n’a plus de caractère saisonnier. 

    Certains parlent du fait qu’il peut devenir endémique et c’est ce que je crains le plus. Pour s’en débarrasser, je crains qu’il faudra pas moins de 4 vaccins par an (un par saison) et cela à la condition de ne plus avoir de transport de personnes de par le monde. Y a encore pire à en dire, il se transmet d’homme à homme, et donc de carbone à carbone. La pollution contient également du carbone et on peut donc imaginer que le virus peut subsister dans un milieu pollué, j’espère que non évidemment mais y a personne qui en parle et là cela devient inquiétant !

    En ce qui concerne la sécurité, les russes sont aux anges (n’en déplaise aux ukrainiens). La preuve en est que ceux qui veulent faire capoter les traités de paix, ce sont les amerlocs (des copains aux ukrainiens). Après le traité INF, ils en sont maintenant au traité Openskies, ils ne veulent plus que les russes prennent des infos chez eux et pour la partie comique, eux pourraient encore en prendre chez les russes, via l’OTAN. C’est prendre les russes pour des cons. Dès que le ricains sortiront du traité, les russes sortiront également et ce sera la joie en Europe car eux auraient souhaité que les ricains ne sortent pas du traité, ils craignent le pire à venir et avec raison. L’Ukraine est d’ailleurs contre cette sortie des cowboys, mais faudra s’y faire !


  • zygzornifle zygzornifle 24 mai 08:28

    déployer des divisions

    Y aurait t’il du Villani la derrière ?


  • assouline assouline 24 mai 16:13

    Puisqu’il est question ici de « déchets militaires », aurait-on des nouvelles du Kouznetsov ?


  • assouline assouline 24 mai 16:28

    prévoir et attendre que toutes sortes de maux tombent sur la Russie, tout en ayant les narines dans un marais putride.

    .

    C’est curieux... On a affaire à la même rhétorique en Europe...

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    « prévoir et attendre que toutes sortes de maux tombent sur l’Europe, tout en ayant les narines dans un marais putride... », c’est en général ce qu’on peut lire de la part d’auteurs tels que Rostovtsev...

    .

    Ainsi, les partisans des Rostovtsev de service nous expliquent, avec force calcul, que la pauvre Europe aura à souffir d’un plan d’aide européen de « seulement » 2350 Md€ alors que la Russie a la chance de bénéficier d’un plan d’aides publiques de... 17 Md€ !

    Forcément, en roubles, ça fait beaucoup plus...

    Les Russes ont-ils conscience de la chance qu’ils ont de ne pas être européens ?


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