mercredi 17 février - par Christelle Néant

Apothéose de la dignité en Ukraine – Des culottes pour femme vendues pour rembourser des dettes

À la veille de l’anniversaire de l’Euromaïdan (aussi appelé « Révolution de la dignité » en Ukraine), les Ukrainiens sont dépouillés de tout ce qu’il leur reste, y compris leurs sous-vêtements.

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Le service d’État ukrainien chargé de l’application des lois a saisi pour dette des culottes pour femmes, qui ont été mises en vente aux enchères électroniques au prix de 19 hryvnia 41 kopecks (0,57 euros).

L’ordre de saisie des sous-vêtements a été émis à Krivoy Rog – la patrie du président Zelensky – et ils peuvent être achetés dans le système d’enchères électroniques des biens saisis. À en juger par la photo, il s’agit d’une culotte en dentelle peinte aux couleurs du parti présidentiel. C’est la même culotte en dentelle dont rêvait une activiste de l’Euromaïdan il y a sept ans (voir photo illustrant l’article), ce qui en a fait un symbole marquant du choix européen de l’Ukraine.

Culotte mise aux enchères

Les résultats de ce choix sont assez évidents – y compris l’exemple de Krivoy Rog. La ville assiste actuellement à un procès très médiatisé des travailleurs de la mine de fer locale, qui ont passé plus de quarante jours sous terre, exigeant des salaires plus élevés et des mesures de sécurité minimum, sur lesquelles les patrons ont préféré économiser sans vergogne. Les oligarques propriétaires de l’entreprise préparent un simulacre de procès pour empêcher de nouvelles grèves parmi les mineurs. Et les habitants de Krivoy Rog soutiennent les mineurs, car ils ne peuvent pas vivre avec leur salaire actuel – ils peuvent à peine payer les factures de services publics qui augmentent sans cesse.

« Nous ne nous contentons pas de devoir enfreindre les procédures de sécurité pour respecter les objectifs qui nous ont été fixés. En raison du manque de bons équipements, nous devons commettre des violations, mettre en danger notre propre vie et celle de nos collègues, et balancer entre « chanceux ou malchanceux ». La mine n’a pas acheté de nouveaux équipements depuis longtemps. « Nouveau », c’est quand une vieille voiture rouillée est repeinte, dernièrement pour une raison quelconque en rose, une couleur manifestement très tolérante, et redescendue dans la mine. Il est impossible d’y travailler. Non content du salaire, qui n’a pas été indexé depuis 2013, et de la hausse des prix, il devient de moins en moins intéressant. Après la « Révolution de la dignité », tout a changé de manière très radicale – nous sommes simplement opprimés, nous ne sommes pas considérés comme des êtres humains. Beaucoup de gens partent, mais j’élève deux enfants seule et je ne peux pas partir. Et de toute façon, il faut bien que quelqu’un travaille dans la mine, pour extraire le minerai  », dit Maya Tchaban, une opératrice de machine à la mine d’Oktiabrskaya, qui est jugée au procès intenté par les oligarques.

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Ce sentiment a culminé lors du vote de protestation aux élections municipales de décembre, lorsque Krivoy Rog a voté unanimement pour un représentant de l’opposition, ne laissant aucune chance au candidat des « Serviteurs du peuple ». Zelensky lui-même a activement soutenu le candidat de son parti, mais cela n’a fait que contribuer à sa défaite, car la déception de ses compatriotes a maintenant atteint une limite critique. À la veille de l’élection, le Président s’est rendu personnellement à Krivoy Rog, en invitant le chef adjoint du Département d’État américain, Steven Bigan. Cependant, il a été accueilli lors d’un match de football avec une bannière éloquente « Zelensky déshonore Krivbass [le club de foot de Krivoy Rog – NDLR] ».

Les personnes désespérées ne se limitent pas toujours aux affiches. Ainsi, la police a arrêté aujourd’hui un homme de 59 ans de Krivoy Rog qui avait promis de faire sauter l’appartement des parents du Président ukrainien. Selon l’homme, il y a été poussé par le fait qu’il était insatisfait du montant de sa pension, qui est de 2 000 hryvnias (59 euros). Heureusement, la menace terroriste s’est avérée n’être qu’un bluff, et aucun explosif n’a été trouvé sur le retraité. Toutefois, cet incident est un autre marqueur de la tension sociale croissante.

Les citoyens respectueux de la loi et équilibrés préfèrent s’exprimer contre les autorités avec leurs pieds. La situation de crise dans la ville entraîne un exode de la population, qui s’intensifie chaque année. Et le rythme des migrations de masse étonne même les nationalistes ukrainiens, d’autant plus que les résidents les plus qualifiés, les plus expérimentés et les plus instruits, en âge de travailler et de procréer, quittent Krivoy Rog. Ceci prive fondamentalement le pays de tout avenir.

« Mon frère de Krivoy Rog m’a appelé et m’a raconté comment, après l’exemption de visa, les gens des centres industriels de l’Est ont afflué en masse en Pologne. En masse. Vous avez juste le temps de brandir un mouchoir. À tel point que les chaînes de télévision d’Akhmetov, Ukraine et Inter, ont commencé à diffuser constamment des histoires d’horreur sur le sort misérable de nos travailleurs invités en Europe, en disant qu’ils sont des esclaves, arnaqués et qu’ils vendent leurs organes. Ils diffusent tout cela pour nous faire peur, car les entreprises volées par les oligarques seront bientôt dépourvues de travailleurs car ils vont tous en Occident… La plupart d’entre eux prévoient d’y rester pour toujours. C’est comme ça », a écrit Dmitro Reznitchenko, militant d’extrême droite, sur Facebook.

« En tant que femme de Krivoy Rog, je confirme absolument l’exode massif des travailleurs. Sans concertation, plusieurs connaissances se sont plaintes qu’elles ne trouvaient pas de travailleurs pour faire le travail, même pour un salaire adéquat. On a l’impression que la ville est en train de s’éteindre  », a commenté la blogueuse Marina Katolitchenko.

«  La microsociété des villes industrielles du sud-est se désintègre. En fait, le dernier prolétariat industriel, qui a une histoire très ancienne ici, est en train de disparaître. C’est très triste. Est-ce déjà irréversible ?  », écrit le journaliste Alexandre Vassiliev sur la migration des travailleurs depuis Krivoy Rog.

Ces processus décourageants sont tout à fait logiques, car les Ukrainiens ne voient aucune perspective positive pour eux, et surtout, ils sont privés de la possibilité d’améliorer leur situation. La lutte pour le changement est dangereuse car toute dissidence politique est écrasée à la racine. Les autorités et les propriétaires persécutent les manifestants économiques, les partisans de gauche de Krivoy Rog sont marginalisés ou interdits. La décommunisation a atteint un tel degré qu’un résident local a été condamné par le président Zelensky pour avoir porté un T-shirt avec l’emblème de l’Union soviétique, et a reçu une peine d’un an avec sursis pour cela.

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En ce sens, l’histoire de la vente aux enchères de sous-vêtements est l’apothéose de la dignité post-Maïdan en Ukraine. Les Ukrainiens sont dépouillés de tout, même de leurs sous-vêtements, et les gens ne peuvent pas résister au vol flagrant et à l’arbitraire cynique des autorités. Bien qu’ils comprennent sûrement qu’après leurs sous-vêtements, leurs appartements pourront leur être retirés – en paiement de leurs dettes de services publics qui s’accumulent rapidement après la nouvelle hausse des tarifs.

C’est exactement comme cela que se présente l’avenir « européen » de l’Ukraine.

Andreï Mantchouk

Source : Ukraina.ru
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider



15 réactions


  • sophie 17 février 10:18

    C’est une blague ?


    • roman_garev 17 février 10:34

      @sophie
      Non, ce n’est guère une blague. C’est un fait divers parmi des milliers de faits pareils de la vie quotidienne du territoire qui était jadis une république florissante au sein de l’URSS mais qui, suite à sa recherche d’une souveraineté, de l’indépendance de la Russie (que l’Ukraine méprisait toujours), d’une soi-disant « dignité » (le sens de laquelle on n’arrive toujours pas à définir) est devenu un terrain vague dont les habitants, en nombre toujours décroissant, ne cherchent qu’à survivre.


    • Christelle Néant Christelle Néant 17 février 15:51

      @sophie
      Malheureusement pour les Ukrainiens non. L’an passé c’est un chien qui avait ainsi été mis aux enchères pour rembourser les dettes de son propriétaire...


  • Passante Passante 17 février 10:38

    « you can keep your casque on... » smiley


  • roman_garev 17 février 11:00

    Bonjour Christelle,

    Merci pour cette traduction.

    La pancarte aux mains de la fille de l’illustration dit :

    « Je suis une fille ! Je ne veux pas l’UD* ! Je veux le slip en dentelle et l’UE ! »

    *L’UD, c’est l’Union douanière de l’Union eurasiatique (la Russie entre autres).

    À noter que cette fille de Kiev, Olga Znatchkova, un an après, cherchait l’emploi d’actrice... sur un site web russe. En vain. Ensuite son ami cherchait dans l’internet de l’argent pour la soigner (elle aurait des problèmes du cœur), disant que la médecine de Kiev n’y peut rien sans argent. En vain. Ensuite ses traces se perdent... On ne sait toujours pas si elle a réussi à effectuer son rêve de mettre un jour le slip en dentelle...


    • Christelle Néant Christelle Néant 17 février 15:53

      @roman_garev
      Quand j’ai vu le titre je me suis dit qu’il fallait que je traduise cet article. C’est tellement un symbole de l’état de l’Ukraine que je ne pouvais pas faire autrement


    • Xenozoid Résistance is futile 17 février 16:00

      @Christelle Néant

      humour...il s’en passe des choses avec les petites culottes en ce moment, il y en même qui les utilisent comme masque...lol,faut que je retrouve la vidéo)


  • Guy19550 Guy19550 17 février 12:56

    No comment, je ne m’aventure pas dans des histoires de culottes...


    • olivier cabanel olivier cabanel 17 février 13:36

      @Guy19550
      pourtant les culottes sont à l’origine de nombreux conflits
       smiley
      y compris pour ceux qui n’en portaient pas.
       smiley


    • Guy19550 Guy19550 17 février 15:25

      @olivier cabanel
      Sans doute, mais attendez un peu les plaintes dans le genre d’une tache non mentionnée dans la description de l’objet... J’en ai vu des vertes et des pas mures sur le sujet. 


  • JP94 17 février 17:09

    Ce qu’on voit, c’est que le Maïdan était possible, mais le retour en arrière est impossible et sortir de cet enfer, tout autant : c’est la liberté typique de l’UE, une liberté qui pourtant a été perdue lors du Maïdan...

    Plus de grande manif, plus d’espoir...les naïfs découvrent mais c’est trop tard.

    Et cette femme qui pavoise est une débile qui croit qu’en se vendant elle se sauvera.

    Vendre sa culotte, c’est se retrouver sans : et le sens est clair pour ce genre de femme. Etape suivante : le vente aux enchères des femmes, mais attention, uniquement aux amis de l’UE...

    Je ne saisis pas de quel mépris parla Garev : il y a le pseudo-mépris des pro-UE...le mépris des crétins ou des fachos. Mais les Ukrainiens que je connais sont avec les Russes, et évitent les précédents...pour eux, ils sont tous ex-Soviétiques. et m^mee si Gilels ou Richter sont nés en Ukraine (Odessa et Jitomir), c’est simplement comme lieu de confluence culturel, et leur art ne s’explique que par la politique culturelle de l’URSS et l’école du piano russe, car les profs sont à Moscou ...


  • JP94 17 février 19:22

    Et quand on pense que Krivoï Rog était synonyme d’une des grandes batailles stratégiques de l’offensive soviétique sur le Front d’Ukraine,de fin 43 à tout février 44...qui a permis de gagner ensuite Odessa et la Crimée...russe !

    Je me rappelle cette émission sur France Culture fin 70 ou début 80 ( une autre époque) ,avec des archives de la radio : le nom de Krivoï Rog y résonnait tragiquement .. celui d’un enjeu crucial, un espoir pour toute l’Europe qui voulait se libérer du fascisme...

    Zélenski est vraiment un pitre sinistre, dangereux et dérisoire...


  • zygzornifle zygzornifle 17 février 19:37

    Pour financer la campagne de LaREM en 2022 Brigitte va mettre ses culottes aux enchères ....


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