mercredi 5 mai - par Christelle Néant

Denis Pouchiline : Le Donbass n’attend rien de bon de la visite de Blinken à Kiev

Le chef de la République Populaire de Donetsk (RPD), Denis Pouchiline, s’est exprimé dans une interview accordée à RIA Novosti sur la situation actuelle dans le Donbass, sur les raisons pour lesquelles la trêve de Pâques n’a pas été conclue, sur la question de savoir si Donetsk est prête à discuter avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et sur ce qui l’en empêchait. Il a également exprimé son opinion sur ce que pourrait donner une implication plus active des États-Unis dans la région. Il a également évalué les activités de la mission de l’OSCE, le rôle de la France et de l’Allemagne et les risques de déclenchement d’une troisième guerre mondiale en raison du conflit en Ukraine.

JPEG

Denis Vladimirovitch, quelle est la situation actuelle ? Depuis un mois, nous suivons avec anxiété la situation dans le Donbass. Est-ce que c’est plus calme maintenant, juste avant les vacances ? Ou, au contraire, est-ce pire ? Comment l’évaluez-vous ?

Malheureusement, ça ne se calme pas. Mais évaluons quand même de manière plus large la situation sur la ligne de contact, la tension sur la ligne de contact pendant ces sept années. Il y a eu des accalmies relatives et situationnelles dans le cadre du cessez-le-feu ou de certaines rotations des forces armées ukrainiennes. Mais on ne peut pas dire que pendant une période plus positive, c’était plus calme, parce que l’Ukraine tirait encore. Maintenant, pour la dernière période, nous voyons qu’après les accords de juillet sur les mesures additionnelles de contrôle du cessez-le-feu, ce dernier a tenu pendant plus ou moins un mois, mais depuis septembre l’aggravation a commencé. L’aggravation a probablement atteint son point culminant en décembre, décembre-janvier, et nous avons vu ensuite la situation dégénérer, à cause de la quantité d’équipements militaires et de soldats qui ont été amenés sur la ligne de front. Et maintenant, malgré toutes sortes de déclarations sur les tentatives de s’entendre pour respecter le cessez-le-feu, hélas, cela ne se calme pas. Sept violations du cessez-le-feu ont été enregistrées aujourd’hui dans les directions de Gorlovka et de Donetsk. Il s’agit de tirs de mortier, et d’artillerie.

Et pourquoi la trêve de Pâques n’a-t-elle pas été acceptée ? Après tout, c’était une bonne idée.

Il n’était pas question d’une trêve de Pâques. Il s’agit d’un coup de communication de la part de l’Ukraine. Nous avons un accord sur un cessez-le-feu indéfini. Pourquoi faut-il encore… Il y a eu, pour donner un chiffre exact, 22 cessez-le-feu. La trêve du Nouvel An, la trêve de Noël, la trêve du pain, la trêve scolaire n’ont rien donné. S’il n’y a aucun moyen de la contrôler, de faire cesser les tirs, de punir ceux qui violent le cessez-le-feu, alors tout cela est vain.

C’est pourquoi des accords assez sérieux ont été conclus en juillet dernier sur la nécessité de mesures additionnelles (de contrôle du cessez-le-feu – NDLR). Qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit d’un mécanisme de coordination permettant d’enregistrer les violations commises par l’une ou l’autre des parties au conflit. Et ce mécanisme de coordination devrait mener à des enquêtes. Les auteurs de ces actes doivent être punis. C’est pourquoi les décrets pertinents des forces armées, tant du côté ukrainien que du nôtre, auraient dû être publiés.

Nous avons tout fait pour notre part. L’Ukraine a retardé, puis elle a détruit le mécanisme de coordination. Si vous vous souvenez de la situation à Choumy (en périphérie de Gorlovka – NDLR), lorsqu’ils renforçaient leurs positions (en septembre 2020 – NDLR), c’était une violation. C’est-à-dire, toute avancée, installation de fortifications – cela contredit les accords. Il fallait corriger cela, punir les auteurs, éliminer ces violations et passer à autre chose. Mais l’Ukraine a refusé au tout dernier moment.

Par conséquent, nous constatons que la situation actuelle ne va pas dans le bon sens. Et maintenant, les derniers accords, que l’Ukraine a essayé de promouvoir comme une trêve de Pâques, d’une autre manière – il ne s’agissait pas d’une trêve, mais directement de la reprise du travail de ce mécanisme de coordination, avec l’implication du CCCC dans sa composition actuelle. Mais l’Ukraine a simplement essayé d’édulcorer la déclaration qui aurait dû être faite. Ce ne sont que des déclarations vides pour faire des coups de communication, ce qui n’a pas non plus fonctionné. Même là-dessus l’Ukraine n’a pas avancé. Et tout a été bloqué. C’est comme ça que ça se passe vraiment.

Peut-être qu’il y avait des paramètres dans cette trêve qui n’ont pas pu être acceptés ? Peut-être que l’Ukraine a exigé quelque chose dont vous n’étiez pas satisfait ?

C’est simple. Les accords sont signés, ils doivent être respectés. Nous devons revenir vers eux. C’est-à-dire s’il y a une violation, le CCCC et l’OSCE se rendent directement sur place, enregistrent les faits, le coupable est identifié, les violations sont éliminées et les auteurs sont punis. Tout est simple. Nous devons y revenir. Mais l’Ukraine ne revient pas à cette situation. Pour l’instant, elle s’obstine à vouloir changer de priorité. Qu’est-ce qui se passe ces derniers temps ? L’Ukraine prétend que le conflit n’est pas civil, que les parties au conflit ne sont pas l’Ukraine et le Donbass, mais que la confrontation est entre l’Ukraine et la Russie. C’est tout ce que l’Ukraine essaie de faire. Elle met l’accent sur cela. Et par conséquent, tout le reste est simplement bloqué. C’est tout.

Quel est le mot qui décrit le mieux ce conflit ? Est-ce qu’il couve, est-ce qu’il est gelé, ou est-ce qu’il attend de s’intensifier ?

Je ne sais pas comment l’appeler correctement. Ce n’est que plus tard que les historiens pourront probablement dire ce qui s’est réellement passé. Nous ne faisons qu’enregistrer une image surréaliste. L’Ukraine déclare partout qu’elle est attachée aux accords de Minsk, qu’elle est attachée à la paix. Mais dans la réalité, nous voyons une énorme quantité d’équipements militaires, nous voyons une énorme quantité de soldats le long de la ligne de contact. Les partenaires occidentaux de l’Ukraine, les pays garants que sont la France et l’Allemagne, ne font pas tous les efforts qu’ils auraient pu et dû faire en tant que pays garants pour encourager l’Ukraine à mettre en œuvre ses engagements. Voici la situation actuelle. C’est-à-dire qu’il y a les accords de Minsk, ils sont déclarés inviolables, mais rien n’est mis en œuvre. Et c’est ainsi que nous vivons dans cette situation année après année.

Du côté ukrainien, les troupes que vous venez de mentionner restent au même niveau ?

Oui, il n’y a pas de changement du côté ukrainien le long de la ligne de contact. Le nombre de soldats et le nombre d’équipements militaires restent les mêmes. C’est ce que nous constatons.

Vous avez mentionné le rôle de la France et de l’Allemagne en tant que garants des accords de Minsk. Mais quelle est l’influence des États-Unis sur la politique de Kiev ?

M. Blinken est sur le point d’arriver. Victoria Nuland va probablement commencer à s’intéresser de plus près à ce qui se passe (en Ukraine – NDLR). Qu’en est-il des réformes dans ce pays, de l’exécution de tous les ordres du FMI, de l’évolution de la situation, de l’évolution de la lutte contre la corruption. L’Ukraine a pris une autre direction, c’est le plus gros problème. Comment peuvent-ils distraire les Américains ? Eh bien encore une fois avec l’aggravation de la situation dans le Donbass.

Qu’est-ce que le Donbass peut donc attendre de la visite de Blinken ?

Nous n’attendons rien de bon pour le Donbass. Victoria Nuland a déjà joué son rôle dans l’effondrement de l’Ukraine et nous n’attendons certainement pas de mesures positives en termes de mise en œuvre des accords de Minsk. Nous ne nous attendons pas non plus à un règlement pacifique du conflit avec la participation des Américains. Leurs (représentants du gouvernement ukrainien – NDLR) arguments ne sont pas seulement épuisés, ils le sont depuis longtemps. Tout ce qu’ils peuvent faire maintenant, c’est simplement bloquer (le processus de Minsk – NDLR), substituer des concepts, et essayer de changer les formats. Ou du moins ils font des déclarations très claires à ce sujet, ils essaient de changer l’une des parties au conflit, de remplacer le Donbass par la Russie. Ils essaient de nous forcer, nous et nos négociateurs, à sortir du processus de négociation – c’est ce qui se passe actuellement. Ainsi, avec encore plus d’attention de la part des États-Unis d’Amérique, la situation ne peut que s’aggraver.

Lorsque vous et le chef de la RPL avez suggéré que le président Volodymyr Zelensky vous rencontre quelque part dans le Donbass, cela a fait beaucoup de bruit. Avez-vous obtenu une réponse de sa part à ce sujet, examine-t-il cette proposition ?

Plusieurs intervenants ont déclaré que M. Zelensky n’allait en aucun cas entamer un dialogue avec Donetsk et Lougansk – et c’est là le plus gros problème. C’est le plus gros problème, car sans dialogue entre les parties en conflit, il est pratiquement impossible de parvenir à la paix. L’histoire des différents conflits à différentes époques en témoigne.

Pour notre part, nous avons fait du mieux que nous pouvions. Léonid Ivanovitch (Passetchnik – NDLR) et moi-même avons suggéré : si vous voulez une rencontre sur la ligne de contact, elle put avoir lieu en n’importe quel point. Nous comprenons que (Zelensky – NDLR) puisse avoir peur. Non pas parce que quelque chose va s’y passer de notre côté, mais Zelensky, très probablement, peut avoir peur de se faire tirer dans le dos. La situation a été amenée à un état tel que la société, et surtout ses éléments radicaux, sont très échauffés.

Pendant une très longue période, la politique de l’équipe initiale de Porochenko, puis de Zelensky, a consisté à déshumaniser le Donbass. Et maintenant, il serait plus approprié de parler au Donbass. Mais comment peuvent-ils nous parler maintenant, après avoir raconté tant d’horreurs sur le Donbass, et sur les Républiques Populaires de Donetsk, de Lougansk ? Et certainement, s’il allait jusqu’à cette étape, il devrait probablement craindre de recevoir, comme je l’ai dit, une balle dans le dos. Il n’y a pas de problème. Nous sommes compréhensifs ici. Si il a peur, utilisons un format différent. Organisons des vidéoconférences et des débats publics. Nous sommes prêts pour cela. Parlons de la manière dont nous serons voisins, dont nous coexisterons. Les républiques existent déjà, c’est un fait. Les accords de Minsk ont été signés. Comment allons-nous vivre après ? Comment vivre pour qu’il y ait vraiment la paix ? Comment vivre pour qu’il n’y ait pas de tirs, pour que les civils n’aient pas peur de rester sur la ligne de contact, de simplement vivre, que les enfants aillent à l’école ? Que faut-il faire pour cela ? Comment trouver les points de convergence ? Eh bien, tout est précisé dans les accords de Minsk. Mais Kiev ne fait rien. Et ensuite ? Continuer à tirer ? Mais ça ne peut pas continuer comme ça pour toujours. Sept ans, c’est très long. Un dialogue est nécessaire, une discussion est nécessaire. Zelensky ne vient pas.

Zelensky est jeune, moderne. A-t-il essayé de vous appeler sur une sorte de messagerie, sur WhatsApp, sur Telegram ?

Non, ça n’est jamais arrivé.

Ses assistants ne vous ont jamais contacté ? Juste pour parler ?

Non.

Vous lui parleriez ?

Non seulement cela, mais nous l’avons annoncé publiquement. Nous sommes prêts à parler, nous sommes prêts au dialogue, nous sommes prêts à un règlement pacifique du conflit. Les citoyens des républiques le veulent, ils en ont assez de cet état de fait, alors qu’à tout moment la situation peut évoluer de la manière la plus imprévisible. Comme l’ont montré les derniers mois, la situation peut revenir à une escalade totale.

Eh bien, pourquoi ne vous appelle-t-il pas réellement ? Je comprends, oui, il peut y avoir des provocations sur la ligne de contact, des surprises. Mais qu’est-ce qui l’empêche de vous appeler réellement sur WhatsApp depuis son bureau, depuis Kiev, qu’en pensez-vous ?

Qu’en pensez-vous ? C’est vraiment une question pour moi ?

J’aurais appelé.

Eh bien, oui, il serait probablement logique, peut-être raisonnable de commencer à communiquer. Parce que le dialogue est le seul moyen de résoudre les conflits. Mais ce n’est pas le cas.

Ils ne veulent pas négocier avec vous, ou bien il ne veut pas que le conflit en lui-même soit réglé ?

Vous savez, l’Ukraine a perdu sa souveraineté après 2014. C’est maintenant un objet. Elle peut être considérée comme un objet de l’intérieur, par ces clans, ces groupes oligarchiques, qui ont leurs propres intérêts économiques. L’Ukraine peut être considérée comme un objet par les forces extérieures, qui ont aussi leurs propres intérêts. Certains voient l’Ukraine comme un grand marché, et tous les accords qui ont été signés depuis 2014 portent sur ce point. C’est un grand marché. La désindustrialisation a été réalisée, combien d’entreprises ont été fermées. Il n’y a pas de concurrence, il s’agit juste d’une force de travail. En d’autres termes, ce ne sont que des intérêts.

Il y a d’autres parties intéressées qui ont des objectifs géopolitiques, elles voient l’Ukraine comme un outil pour créer des problèmes à la Russie.

Avez-vous essayé de les appeler personnellement à Kiev ?

Non, nous ne l’avons pas fait.

Lorsque Zelensky est devenu président et a obtenu un pourcentage de vote aussi élevé, beaucoup l’ont expliqué par le fait que l’est de l’Ukraine a également voté pour lui, précisément dans l’espoir qu’il soit le président de la paix. Et il s’est positionné de cette manière, par opposition à Petro Porochenko. Avez-vous encore l’espoir qu’il essaiera d’une manière ou d’une autre de mettre en œuvre ces promesses ?

Publicité

Depuis longtemps, je ne me fais pas d’illusions sur Zelensky. Au départ, c’était très incertain, étant donné que l’Ukraine n’est pas souveraine. Même s’il voulait vraiment, même s’il essayait de remplir ces promesses préélectorales qu’il a faites, il aurait beaucoup d’obstacles. Mais la situation est encore pire. Il n’a même pas essayé de le faire.

Si nous pouvions voir qu’il faisait un pas en avant et qu’il était gêné, mais non. Il n’y a pas de démarche, il n’y a rien qui suggère que Zelensky est d’humeur à une résolution pacifique du conflit.

En outre, il me semble très incompréhensible et illogique que Zelensky ait trahi son électorat. C’est une trahison, je ne peux pas l’appeler autrement. Ils ont voté pour lui en tant que président de la paix. Parce que Porochenko était l’incarnation du conflit en cours, de la guerre en cours. Et un nouveau visage est apparu, qui parle de paix. Il la décrivait de manière très colorée avec son talent d’acteur. Il a fait tout ce qu’il a pu pour convaincre qu’il allait devenir président, que la paix allait immédiatement s’installer, que l’Ukraine allait se développer, qu’il allait lutter contre les oligarques et que l’économie allait se développer à nouveau.

Mais non. Non seulement il a commis une trahison envers son propre électorat, mais il a aussi essayé de jouer sur l’électorat de quelqu’un d’autre, l’électorat de Petro Porochenko. Il a commencé à flirter avec les radicaux, ce qui est illogique. Il n’a aucune chance. Je ne vois pas quelles conditions préalables pourraient être réunies pour qu’il brigue un second mandat.

Il a perdu son électorat, il n’a rien obtenu et ne pourrait rien obtenir dans le camp d’un autre. Il essaie de flirter avec les pays occidentaux pour lesquels Petro Porochenko est beaucoup plus proche, plus clair et plus prévisible que le président Zelensky.

Si nous parlons du prochain mandat présidentiel en Ukraine, voyez-vous la probabilité que Petro Porochenko, par exemple, revienne au pouvoir ? Et comment cela affecterait-il le Donbass ? Peut-être souhaitez-vous que Zelensky reste, ou peut-être pensez-vous qu’il y a encore des personnalités qui sont meilleures pour le Donbass ?

Le Donbass ne participe pas aux élections en Ukraine. Dire qui est le pire, le meilleur – Porochenko, Zelensky… Pour nous, ce sont les personnes qui ont tué et continuent de tuer les citoyens de la république. Qui continuent à tuer des enfants, qui continuent à laisser la situation dans un état de guerre par leurs actions. Par conséquent, ni Zelensky, ni Porochenko ne sont acceptables pour nous. Mais on ne sait pas s’il y a quelqu’un d’autre qui pourrait venir.

Si nous réfléchissons et prenons un peu de recul, lequel d’entre eux a le plus de chances. Mon opinion est qu’à l’heure actuelle, Petro Porochenko a plus de chances. Parce que Zelensky maintenant, tu sais, ressemble à un faux Porochenko. Il essaie de faire ce que Porochenko a fait. Seulement il le fait d’une manière moins professionnelle. Il essaie d’être comme Porochenko. Pour quoi faire ? On ne vote jamais pour un imposteur. Si un tel choix est fait, alors déjà, probablement, Petro Porochenko a plus de chances de devenir le prochain président. Ce qui n’est pas de bon augure pour le Donbass non plus.

Quelqu’un a-t-il conseillé à Zelensky de se tourner vers l’extrême-droite ou pense-t-il que c’est plus prometteur d’un point de vue électoral ?

Il m’est difficile d’en parler, car il s’agit d’actions et de mesures radicalement opposées à son programme électoral. Il s’agit d’actions diamétralement opposées à celles que son électorat attendait de lui, de ces personnes qui ont réellement voté pour lui et qui ont placé leurs espoirs en lui. Par conséquent, il s’agit peut-être de son opinion strictement personnelle ; de sa position mûrement réfléchie. Ou c’’est peut-être le résultat d’une sorte de travail d’équipe, mais c’est absolument insensé et stupide, même de mon point de vue.

Si nous parlons aussi de l’avenir, pendant ces sept années, en particulier pendant la phase chaude, l’idée de faire venir ici des casques bleus, par exemple de l’ONU, revenait sans cesse. Dans quelle mesure pensez-vous que cette idée est réaliste ?

De manière générale, cette question n’est plus à l’ordre du jour des plateformes de négociation depuis longtemps. Mais si nous revenons à notre position, lorsque cette question était vraiment à l’ordre du jour et que l’Ukraine a essayé de soulever et de discuter de cette situation à différents niveaux, nous sommes guidés par des principes simples. Nous considérons les casques bleus de l’ONU uniquement comme des personnes qui rempliraient une fonction de sécurité pour la MSS de l’OSCE. Pourquoi, en fait ? Parce que la MSS de l’OSCE est présente, mais lorsque nous en serons arrivés au moment de la séparation entre les parties, c’est-à-dire de mettre en œuvre les engagements qui sont prévus, alors la mission de l’OSCE se tiendra entre les parties. C’est-à-dire qu’ils ne seront pas à Donetsk, mais entre les parties au conflit, et on saura immédiatement qui tire. Et alors il n’y aurait pas de rapports non informatifs comme ceux que nous voyons maintenant. Cela pourrait être un pas efficace vers la paix.

Nous en avons discuté à l’époque, et la Russie a ensuite soumis une résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU, mais à ce jour, elle reste sans réponse.

Ce n’est donc probablement pas le bon moment pour parler des casques bleus. Et je ne vois pas où un compromis peut être trouvé ici, car l’Ukraine, lorsqu’elle a soulevé la question des casques bleus, a probablement envisagé une répétition de l’histoire de certains pays des Balkans, où les casques bleus de l’ONU devraient aider l’Ukraine à nettoyer le Donbass. Mais c’est le genre de langage, même approximatif, que l’on entendait aussi à la table des négociations à Minsk lorsque j’y participais encore.

Évidemment, cela ne nous convient pas. La Russie, ce qui est compréhensible, ne le permettra pas. Mais l’Ukraine a vu les choses exactement de cette façon. Quand ils ont compris que ça ne marcherait pas comme ça, ils ont laissé tomber. Maintenant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

Quant à la mission de l’OSCE. Travaillent-ils de manière efficace ?

La MSS de l’OSCE doit agir conformément à son mandat et son travail doit être guidé par le principe d’impartialité et d’objectivité. Si l’on tient compte des rapports que nous voyons ces derniers temps, depuis que la direction de la MSS de l’OSCE a changé, nous constatons une détérioration en termes de rapports. Les rapports étaient autrefois plus informatifs. Ces rapports permettaient de comprendre quelle partie au conflit était responsable d’une violation particulière du cessez-le-feu. Maintenant, si vous lisez les rapports, hélas, il est très difficile de leur donner un sens.

L’un des derniers cas, lorsqu’un homme âgé a été tué à Alexandrovka. Le sniper l’a tué alors qu’il se trouvait dans la cour de sa maison, dans le potager littéralement. Et le sniper a tiré, il a parfaitement vu sur qui il tirait, que ce n’était pas un militaire, pas un soldat, c’était vraiment un homme âgé. On peut absolument voir d’où vient la balle. Vous pouvez voir, je veux dire que vous pouvez calculer de quel côté, même de quelle distance approximativement. Si vous lisez le rapport sur l’incident, il n’est pas clair que c’était le côté ukrainien, on peut argumenter autrement. Quelqu’un est à blâmer. Donc ils ont enregistré que oui, quelqu’un a été tué, et que quelqu’un a tiré. Comment ça, « quelqu’un » ?

Peut-être que la mission essaie d’être plus objective ?

S’ils écrivent comme ça : « quelqu’un tire, quelqu’un enfreint ». À quoi servent-ils alors ? Ils ont une mission spéciale de surveillance, c’est-à-dire qu’ils doivent surveiller la violation des accords qui ont été conclus sur le régime de cessez-le-feu. Ils doivent enregistrer que tant d’obus ont été tirés du côté ukrainien et tant d’obus du côté de la RPD. Ces chiffres sont sur la table des négociations à la réunion de Minsk. Que faire avec ça ? Ces gens-là sont à blâmer, ces gens-là et ces gens-là. Si ces commandants ont donné des ordres, cela signifie qu’ils ont agi en violation du décret du ministère de la Défense sur le cessez-le-feu, sur l’interdiction de riposter, ils doivent être punis en conséquence. Dans ce cas, ça marche.

Cela se voit aussi sur la plate-forme de négociation, car l’OSCE y est également présente. Plus tôt, il y a 2 ou 3 ans, il y avait plus d’impartialité et d’objectivité. Nous n’avons jamais eu d’illusions, nous avons compris qu’ils soutenaient principalement l’Ukraine plutôt que nous, nous avons vu, nous avons compris, mais ce n’était pas aussi flagrant. Ils essayaient au moins de trouver un terrain d’entente et d’être impartiaux. Maintenant, nous constatons souvent qu’ils prennent la position d’une des parties au conflit, en l’occurrence l’Ukraine.

Ils ne désignent donc pas les coupables non pas pour être impartiaux, mais vous pensez qu’ils protègent précisément l’une des parties ?

Oui, exactement. Malheureusement, c’est vrai, mais en même temps, je veux dire que tout de même, ils ont leur utilité, s’il n’y avait pas la mission de l’OSCE, s’il n’y avait pas l’OSCE elle-même, dans l’ensemble, de ce côté de la ligne de contact, de notre côté, la situation aurait été pire, je peux vous le dire. Par conséquent, oui, ils sont nécessaires. Mais ils doivent agir dans le cadre de leur mandat, clairement et rigoureusement. Nous constatons aujourd’hui qu’ils reculent par rapport à ce mandat.

Précisément en faveur d’une seule partie ?

Exactement.

Par exemple, ils affirment que leurs drones font l’objet de tirs depuis un territoire qui n’est pas sous contrôle de Kiev, mais qui est à l’origine de ces tirs ? Il s’avère que si le territoire n’est pas sous le contrôle de Kiev, alors…

Cela signifie que ce serait nous. Mais il y a des cas où la partie ukrainienne ne permet même pas aux drones de décoller, et l’OSCE elle-même ne cherche pas toujours à le signaler. Nous disposons donc de ces informations, nous commençons à insister pour qu’elles soient incluses dans le rapport. Il est absolument clair que les drones essaient de décoller du côté ukrainien, mais l’OSCE n’indique pas que c’est l’Ukraine. Ils disent simplement qu’il y a eu une sorte d’interférence, le drone n’a pas pu décoller, accomplir ses tâches dans le cadre de la surveillance. C’est-à-dire qu’ils n’y indiquent pas l’Ukraine. Mais s’il y a des incidents de notre côté, cela est indiqué sans délai. Hélas, nous voyons de moins en moins d’impartialité et d’objectivité, c’est malheureusement vrai.

Dès 2014, les militants de la RPD ont déclaré qu’ils chercheraient à obtenir la vérité dans diverses instances internationales. Par exemple, qu’ils feraient appel à la Cour Pénale Internationale dans le cas de civils tués. Nous savons que tout est soigneusement enregistré, que les autorités d’enquête engagent des procédures pénales pour chaque bombardement… Avez-vous réussi à engager des poursuites auprès de la Cour Pénale Internationale ? Combien d’affaires pénales de ce type y a-t-il ?

Nous ne nous faisons pas d’illusions non plus. C’est une histoire de longue haleine, et c’est plutôt notre travail pour l’avenir. Lorsque, tôt ou tard, le conflit prendra fin et que le moment sera venu de s’occuper de ces crimes de guerre, c’est pourquoi nous documentons tout. Quant à la CEDH, depuis 2015, 5 500 affaires ont été déposées par les habitants de la République Populaire de Donetsk affectés par le conflit. Quant à la CPI, 2 600 affaires y ont été envoyées jusqu’à présent.

Tout est enregistré, par nos organes d’enquête, par notre organisation publique qui a été spécialement créée pour cela – tout est enregistré, nous allons partout, nous n’allons rien oublier. Lorsque le moment sera venu et lorsque cela sera examiné, aussi impartialement qu’il se doit, nous attendrons. Nous devons être patients.

Vous citez de gros chiffres, plusieurs milliers. Des affaires ont-elles été lancées ?

Une correspondance a été entamée, mais elle est très lente. Comme le conflit n’est pas encore terminé, ces institutions ne se précipitent pas pour s’en occuper. Elles ne sont pas pressées, nous pouvons le voir et en partie même le comprendre. Lorsque nous serons en mesure de traiter avec tous les criminels de guerre, ceux qui ont déclenché le conflit, ceux qui ont donné les ordres, ceux sous la signature desquels se trouve le sang de milliers et de milliers d’habitants du Donbass, le temps sera alors venu de lancer les actions en justice qui ont été déposées auprès de ces institutions.

Nous ne pouvons donc pas dire que sur ces milliers de dossiers, une telle quantité est déjà à l’étude ?

Non, on ne peut pas.

En 2014, les médias ukrainiens travaillaient encore ici, puis ont disparu. Y a-t-il une chance que vous autorisiez certains médias ukrainiens à venir ici afin que Kiev et le public sachent qu’il n’y a pas de méchants séparatistes ici ?

Récemment, une conférence de presse a eu lieu à laquelle les médias ukrainiens ont été invités et ont pu poser toutes les questions qu’ils souhaitaient. Ils n’ont pas profité de cette opportunité. Pourquoi ? Car, hélas, la liberté d’expression n’existe pas en Ukraine.

Les dernières chaînes de télévision qui étaient là-bas, non pas pro-russes, mais de l’opposition, oui, elles sont en désaccord avec les actions des autorités, mais elles sont probablement plus pro-ukrainiennes que les chaînes de Porochenko ou de Zelensky – néanmoins, ces chaînes ont été fermées sans procès, sans décision de justice, en violation de la Constitution, simplement par décision du CSND. Les journalistes sont persécutés, ceux qui ne suivent pas l’agenda des autorités actuelles. Ceux qui vont au-delà des appellations que les hauts dirigeants ukrainiens fixent maintenant en ce qui concerne la Russie comme « pays agresseur », nous, « terroristes », ce qui ne respecte même pas les lois de l’Ukraine. Mais néanmoins, ce sont les règles que les journalistes n’ont pas le droit de violer. Par conséquent, en l’absence de liberté d’expression, il n’y a pas lieu de s’attendre à ce qu’ils puissent en montrer une partie de manière objective.

Aimeriez-vous que des journalistes de Kiev viennent ici, des modérés, peut-être issus de ces chaînes TV fermées ?

Il n’y a pratiquement plus de journalistes modérés en Ukraine. En fait, l’espace d’information est aménagé de telle manière que les frontières n’interfèrent pas ici, il n’y a pas besoin d’invitation spéciale, il est possible de travailler. À la fois à distance et par communication vidéo, mais pour une raison quelconque, personne n’a envie de le faire.

Publicité

Et en ce qui concerne notre domaine de l’information et nos médias, ceux que nous avons en République Populaire de Donetsk, il y en a assez, ainsi que les médias fédéraux de Russie, que nous respectons et apprécions. Il n’y a pas de pénurie, nous ne connaissons pas de déficit.

Mais pour être vu en Ukraine.…

Écoutez, les réseaux sociaux russes y sont bloqués. Quel genre d’informations objectives sur le Donbass voulez-vous voir de la part des journalistes ukrainiens ? C’est pénalement punissable. Il n’y a pas besoin de se faire d’illusions. Quiconque tente de couvrir la situation de manière neutre devient immédiatement un hors-la-loi. Regardez ce qui arrive non seulement aux journalistes, mais aussi aux blogueurs. Tout est évident en Ukraine. La tyrannie, l’anarchie, une Constitution piétinée et la perte de souveraineté, c’est exactement cela. Voici l’Ukraine actuelle.

Il y a une semaine, le Président Zelensky a déclaré qu’il serait logique d’élargir le format Normandie, d’y inviter des représentants plus influents, peut-être voulait-il dire les États-Unis. Premièrement, seriez-vous d’accord avec une telle extension, et deuxièmement, quels objectifs pensez-vous que Zelensky poursuive ?

Le Format Normandie a été créé en tant qu’organe de suivi et de coordination des accords de Minsk. Par conséquent, la fonctionnalité intrinsèque du Format Normandie est absolument claire. Ce sont les pays qui ont signé la déclaration sur le paquet de mesures, et ensuite la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU a été adoptée, c’est une réalité existante. C’est un acte international qui doit être mis en œuvre. Qu’est-ce que Zelensky essaie de faire ? Étant donné qu’il ne veut pas et ne peut pas mettre en œuvre les accords de Minsk, et que tous les arguments, qui permettaient au moins à une des parties de se montrer de manière plus ou moins décente, se sont en fait taris, Zelensky essaie maintenant de changer les formats de manière générale. Ils essaient de sortir du format de Minsk car prétendument la Russie devrait devenir une partie au conflit.

Il souhaite également modifier le Format Normandie. Mais écoutez, ça ne marche pas comme ça. Les États-Unis ont déjà déclaré qu’ils soutenaient le Format Normandie et les accords de Minsk, et ce déjà après les tentatives de Zelensky de faire de telles déclarations pour faire des coups de communication. Je ne vois pas d’autre solution. Vous avez vu la réaction dans le domaine de l’information de la part de la France, de la part de l’Allemagne aussi. Ce sont ces insinuations faites pour faire des coups de communication qui réduisent la valeur des déclarations de M. Zelensky.

On voit beaucoup de ces déclarations. Il parle avec Israël pour en faire un médiateur, il parle de négociations au Vatican, avec la Turquie. En a-t-il parlé à quelqu’un ? Il y a une énorme quantité de travail préparatoire avant de faire de telles déclarations. Écoutez, Zelensky doit faire plus que de parler. Rien n’est fait, mais il y a beaucoup de déclarations qui ne correspondent en rien à la réalité.

Peut-être qu’il essaie de trouver un moyen de sortir de ce cul-de-sac d’une manière ou d’une autre.

Il tâtonne ? Il tâtonne très mal, il ne tâtonne même pas sur ce plan-là. Il faut un dialogue avec le Donbass, nous avons besoin d’un cadre clair et compréhensible, pour trouver des points de convergence dans le cadre des accords de Minsk. C’est tout, rien d’autre ne permettra le règlement du conflit, tant qu’il en est ainsi.

Pensez-vous qu’il est peu probable que le Format Normandie soit reformaté d’une quelconque manière ? Ce ne sont que des mots, des déclarations ?

Il s’agit de coups de communication.

Comment évaluer le travail de Berlin et de Paris dans ce format ? Quel rôle, constructif, jouent-ils dans ce domaine ? Est-ce qu’ils soutiennent un camp ?

Dans l’ensemble, nous sommes reconnaissants à l’Allemagne et à la France de leurs efforts pour résoudre le conflit, mais je suis sûr qu’elles auraient pu faire davantage. Ce sont des pays garants. En conséquence, ils ont été impliqués lorsque le paquet de mesures a été adopté, ils ont un intérêt direct à ce que le conflit soit résolu exactement comme le prévoient les accords de Minsk.

Mais je suis convaincu, qu’ils auraient pu exercer une plus grande pression sur l’Ukraine, pour que celle-ci respecte les engagements qu’elle a pris et essaie de faire moins de coups de communication, tout en bloquant le processus de négociation. Mais ils n’utilisent absolument pas leur potentiel. Ce n’est pas bon. De plus, si l’on dit qu’ils prennent un parti, position pour une des parties au conflit, oui c’est vrai. Nous le savons, nous le sentons. Le dernier exemple en date – vous savez, nos représentants ont participé à une réunion du Conseil de Cécurité de l’ONU, ont eu l’occasion de s’exprimer. Tout aurait été parfait, mais parmi les nations garantes, seule la Russie était présente. L’Allemagne et la France n’étaient manifestement pas présentes, alors qu’elles auraient pu écouter et voir ce qui se passait réellement de l’autre côté, car Natalia Nikonorova et Vladislav Deïnego ont eu une approche à la fois très détaillée et concise des raisons du conflit, de la façon dont il dure depuis sept ans et de la façon dont ils voient la résolution du conflit. Mais l’Allemagne et la France ne sont pas venues. Elle aurait dû simplement être là dans le cadre des engagements qu’elles avaient déjà pris lorsqu’elles ont signé la déclaration de soutien au paquet de mesures en 2015. Mais elles ne l’ont pas fait. L’Allemagne et la France serait en droit de mettre davantage de pression sur l’Ukraine. Qu’elles puissent le faire, j’en suis également convaincu. Mais elles ne le font pas.

D’un autre côté, s’ils sont du côté de l’Ukraine, pourquoi la pousseraient-ils ?

Il s’agit d’une question rhétorique.

Zelensky a récemment lâché une autre phrase intéressante, à savoir que les accords de Minsk – ici, ils sont bons de manière générale, mais nous devons changer la séquence de leur mise en œuvre. Peut-être savez-vous d’une manière ou d’une autre, à partir des négociations ou d’autre chose, ce qu’il voulait dire ? Quels points ?

Il n’y a rien de nouveau dans tout cela. Ce sont les inventions de Petro Porochenko et de son équipe. Mais Petro Porochenko l’a au moins fait plus habilement parce qu’il est plus avisé politiquement. Et Zelensky le fait parfois assez naïvement. Parfois, il déclare ouvertement qu’il est nécessaire de réécrire, de modifier les accords de Minsk. Et qu’est-ce qui est à modifier – à refuser de leur part ? C’est ainsi qu’on doit le percevoir, n’est-ce pas ? Et on le perçoit déjà ainsi, que Zelensky refuse [les accords de Minsk – NDLR]. Il affirme constamment qu’il est engagé, mais en fait, lorsqu’il déclare qu’il faut les modifier, ce qu’il fait – c’est, bien sûr, un refus. Que veut-il dire par là ? Comme Petro Porochenko, il se fait des illusions sur l’idée de modifier les clauses d’une manière qui convienne à l’Ukraine. Récupérer la frontière, et on s’occupe de tout à partir de là. Oui, nous savons, par exemple, nous connaissons des pays, nous connaissons Srebrenitsa, comment ils s’en sont occupés. Eh bien, non.

Il veut donc dire la clause des accords de Minsk sur les frontières ?

Bien sûr, bien sûr ! Reprenons la frontière, et ensuite nous organiserons des élections, et nous ferons tout là-bas, et de manière générale, tout ira bien. Mais tout ira bien pour qui ? Pour les citoyens du Donbass ? Ce sera un massacre, nous en sommes convaincus.

Écoutez, nous n’allons même pas spéculer, nous avons signé les accords de Minsk, ils ne sont pas très confortables pour nous non plus sur certains points. Néanmoins, ils ont été signés, ils ont été signés à un moment où l’Ukraine subissait des défaites militaires les unes après les autres. L’Ukraine ne pouvait pas dicter sa volonté, et seule le bon vouloir de la Russie, qui s’est jointe et a aidé, de l’Allemagne et de la France, qui ont contribué à mettre fin à cette situation, ont permis d’obtenir les accords de Minsk. Et maintenant l’Ukraine, pour une raison quelconque, dit : « nous devons les changer ». Pourquoi tout d’un coup ? Est-ce que vous vous sentez comme des gagnants ? Où, à quel endroit, quand ? Non, vous n’êtes pas les gagnants ? Alors ayez la gentillesse d’honorer les engagements que vous avez pris afin de ne pas avoir les conséquences qui se cachent derrière lorsque les accords de Minsk n’existaient pas. Nous le voyons de cette façon.

Mais apparemment, ils ne vont pas s’y conformer. Il s’avère que c’est une impasse. Les accords ne fonctionnent pas.

La situation actuelle ne peut être qualifiée d’impasse pour toujours, elle doit prendre fin à un moment donné. Nous allons voir comment. Je doute très sérieusement qu’une troisième guerre mondiale éclate à cause de l’Ukraine. J’ai de très sérieux doutes. L’Ukraine est une monnaie d’échange, elle sera utilisée tant qu’elle le sera, tant qu’il y aura une ressource. Après le coup d’État, c’est exactement ce à quoi cela ressemble.

L’armée ukrainienne est-elle différente maintenant ? Bien sûr, elle est différente. Des fonds énormes ont été alloués par les États-Unis d’Amérique, et des armes ont également été fournies par la République tchèque, et comme le montre la pratique, par l’Europe, bien qu’il y ait eu un embargo. C’était tout. Les instructeurs travaillent ouvertement, ils enseignent. Des instructeurs de l’OTAN, des instructeurs d’autres pays, je comprends tout. Et ils ont été modernisés directement et il n’y a pas de questions sur l’équipement technique.

Et comment est la situation économique ici maintenant ? Pour autant que l’on sache, les frontières avec l’Ukraine sont toujours fermées. Comment faites-vous pour survivre dans ces conditions ?

Nos entreprises sont en reconstruction depuis 2014. Après l’imposition de différents blocus – des transports, économiques et autres – nous sommes depuis longtemps coupés de l’Ukraine et avons appris à vivre sans elle. Toutes les chaînes logistiques, tous les approvisionnements en matières premières, toutes les chaînes de vente de produits – ont été entièrement changées.

C’est plus difficile pour les plus grandes entreprises, parce que dans de tels volumes, dans de telles quantités, c’est, bien sûr, toujours sous surveillance. Nos entreprises de base – métallurgie, industrie du charbon, construction de machines, elles doivent pratiquement faire des miracles pour que les matières premières arrivent aux grandes entreprises afin de vendre ensuite cette production une fois prête. Autrement dit, ces entreprises ne peuvent pas travailler uniquement au sein des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk. Elles ont un potentiel d’exportation très important.

C’est pourquoi, bien sûr, l’année et le semestre précédents ont été particulièrement difficiles, parce que la situation sur le marché international, les prix des métaux, et les prix des matières premières, ont rendu la situation encore plus difficile. Le prix des matières premières augmente et celui des produits finis diminue. Puis le COVID, la récession générale. Tout cela, bien sûr, ce sont des coups que notre économie a dû supporter. Nous continuons à endurer ces coups. Néanmoins, nous sommes optimistes.

Depuis l’année dernière, nous avons lancé un programme de développement et de restauration. De nombreux établissements nécessitent maintenant des réparations, des réparations majeures et des réparations de routine. Par exemple, nous lançons un programme de restauration des ascenseurs. Certains ascenseurs n’ont pas fonctionné pendant 20-30 ans, et maintenant ces ascenseurs sont relancés. La tâche consiste à s’assurer que tous les ascenseurs de la République Populaire de Donetsk fonctionnent à 100 % et qu’ils sont régulièrement entretenus et révisés. En outre, il faut tenir compte de la localisation des installations de production. En d’autres termes, toutes les pièces détachées, le maximum qui peut être produit ici, elles seront fabriquées ici, jusqu’à 80 % cette année. L’année dernière, nous avons produit environ 40 % de ce dont nous avions besoin, mais cette année, je pense que nous pouvons en produire 80 %.

Si nous regardons le tableau d’ensemble, l’année dernière, même en tenant compte de l’année difficile, à cause des restrictions dues au coronavirus, la collecte des taxes a augmenté de 12,4 %. Autrement dit, plus d’argent a été collecté. C’est-à-dire que les entreprises, et le volume des ventes, c’est-à-dire, les volumes de production, ont augmenté. C’est ainsi que nous pouvons évaluer.

Bien entendu, ce n’est pas le rythme auquel nous souhaitons nous développer. Mais, néanmoins, le gouvernement travaille et a fixé ces objectifs aux programmes pour les années à venir. Alors, sur quoi allons-nous nous concentrer, où allons-nous allouer des fonds supplémentaires, afin que l’économie se focalise sur le développement. Nous ne devons pas avoir un budget de dépenses, nous devons avoir un budget de développement. En d’autres termes, grâce à cela, nous allons faire évoluer la situation à partir du point où nous sommes maintenant, qui ne nous convient pas, qui ne convient pas aux citoyens de la République Populaire de Donetsk. Notre peuple mérite de vivre mieux.

Vous avez mentionné le COVID, bien sûr, comme étant un facteur si important dans la vie d’aujourd’hui. Recevez-vous des vaccins en provenance de Russie ?

La vaccination a été lancée en République Populaire de Donetsk depuis le 1er mars, grâce au soutien de la Russie. La Russie a apporté son soutien tout au long de cette période, ce dont nous lui sommes reconnaissants. En ce qui concerne la lutte contre le coronavirus, une aide très sérieuse a également été fournie l’année dernière, c’était lors de la deuxième vague, où le soutien de la Russie s’est avéré très significatif. Nous avons donc réussi à maîtriser la situation.

En ce qui concerne le vaccin également, depuis le 1er mars, nous avons commencé à vacciner la première catégorie, les personnes les plus importantes que nous avons identifiées, c’est-à-dire nos militaires qui sont vaccinés à 100 %. Étant donné que toutes sortes de situations sont possibles en raison de l’aggravation, le COVID ne doit pas interférer là-dedans. Les militaires sont donc vaccinés, les travailleurs médicaux, les travailleurs sociaux sont vaccinés. Nous avons aussi commencé à vacciner tous ceux qui le souhaitent, c’est-à-dire les civils qui s’inscrivent sur le site web du ministère de la santé ou dans leurs polycliniques et qui se font vacciner selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Pouvez-vous nous donner un chiffre sur le nombre de personnes vaccinées et sur le nombre total de personnes qui seront vaccinées ?

Nous voulons vraiment arriver à un chiffre qui nous permette de parler d’immunité collective. Et ce chiffre devrait être proche d’un million de personnes. Nous essaierons de le faire d’ici la fin de l’année. Le temps nous dira si nous réussirons ou non. Il est très difficile de faire des prévisions, mais, néanmoins, nous avons actuellement 39 sites de vaccination qui sont ouverts. L’ouverture de quatre autres centres de vaccination est prévue dans un avenir proche.

Cela continuera à se développer, bien sûr, parce qu’il est important pour nous, tout d’abord, d’être dans le même champ épidémiologique que la Russie, parce que nous n’avons pas l’intention de nous couper de la Russie. Car la frontière avec la fédération de Russie nous permet de survivre.

Source : RIA Novosti
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider



2 réactions


  • Guy19550 Guy19550 5 mai 16:41

    C’est fort long. J’oubliais quasi tout au fur et à mesure que je lisais, c’est de la fatigue.

    En ce qui concerne l’immunité collective pour le virus, les experts chez les amerlocs n’y croient plus, parce que la vitesse des vaccinations est trop lente par rapport à la vitesse à laquelle, les nouvelles mutations apparaissent. C’est récent pour les experts amerlocs et tout je pense dépend de l’état de la concentration du virus. Ce virus est déjà endémique en Europe et chez les cowboys, ce n’est plus chez eux qu’il faut prendre une référence. Il y a encore de l’espoir en Chine et en Australie. La Russie se situe entre les deux extrèmes.


  • Guy19550 Guy19550 13 mai 06:57

    Juste pour ajouter que suite à la suppression des chaînes, on cherche encore un peu plus à faire taire l’opposition. Le gars de l’opposition se sent avant tout ukrainien mais cela ne suffit plus au terroristes de Kiev. En fait, le gars est aussi un candidat gênant pour les prochaines élections présidentielles et quand on réalise cela, la machination s’explique beaucoup mieux. Si déjà lui est considéré comme « non grata » par l’Ukraine, faut vraiment rien espérer de bon pour ceux des républiques.

    https://tass.com/politics/1288769

    L’individu a aussi oeuvré pour avoir le Sputnik V et j’en passe. Tout cela déplaît non pas à l’Ukraine, mais bien aux terroristes au pouvoir et cela inclu le zoulou.


Réagir