mardi 8 octobre - par Christelle Néant

Donbass - Kiev sabote délibérément le retrait des troupes et bombarde lourdement la RPD

Malgré l’accord de retrait des troupes et des équipements militaires dans les deux zones pilotes de la ligne de front convenu lors de la réunion des groupes de contact à Minsk, Kiev continue son rétropédalage post-signature de la formule Steinmeier, et fait tout pour ne pas avoir à appliquer cet accord.

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Photo de Zolotoye : Max Fadeyev

Le 5 octobre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadim Pristaïko, a ainsi commencé le travail de sape de l’accord de retrait des troupes et des équipements, en déclarant qu’il était inacceptable de demander aux Forces Armées Ukrainiennes (FAU) de détruire les fortifications qu’elles ont construites dans les zones pilotes de retrait. La justification étant que les troupes pourraient devoir revenir sur leurs positions. Il a aussi exigé que le cessez-le-feu soit respecté pendant sept jours d’affilée avant de lancer la procédure de désengagement des forces, appliquant ainsi la même bonne vieille technique de sabotage utilisée par l’administration Porochenko pendant cinq ans.

La ministre des Affaires étrangères de la République Populaire de Donetsk (RPD), Natalia Nikonorova, lui a répondu via la chaîne Telegram de son ministère, en rappelant que cette procédure de correction des violations du désengagement visait à obtenir un retrait définitif des troupes et des équipements militaires, en empêchant les armées adverses de revenir sur leurs positions à l’avenir (ce que l’armée ukrainienne avait fait peu de temps après avoir mené le retrait de ses troupes à Petrovskoye).

Le fait que Kiev soit réticente à détruire ses fortifications, indique clairement que les autorités ukrainiennes prévoient de renvoyer leurs unités sur leurs anciennes positions dans la zone de retrait, une fois le show médiatique et diplomatique terminé.

L’autre point litigieux concerne l’application du cessez-le-feu. Encore une fois, Kiev impose des prérequis qu’elle viole allègrement elle-même pour justifier ensuite de ne pas appliquer ce qu’elle a signé.

Ainsi, rien que durant les dernières 24 h, l’armée ukrainienne a violé le cessez-le-feu à 39 reprises et tiré 886 munitions contre le territoire de la RPD, dont 47 obus de mortier de 120 mm, 19 obus de mortier de 82 mm, et 293 munitions de véhicule de combat d’infanterie et de véhicule de transport de troupes blindé. Ces tirs ont endommagé 13 habitations et bâtiments civils, ainsi que des lignes électriques, privant la moitié du village de Staromikhaïlovka de courant.

C’est d’ailleurs sur ce village que l’armée ukrainienne s’est acharnée, tirant à plusieurs reprises sur la localité encore aujourd’hui (principalement avec des véhicules de combat d’infanterie), endommageant ainsi 10 habitations supplémentaires.

Voir quelques-unes des photos prises sur place par la représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) :

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

Photo d'une annexe touchée à Staromikhaïlovka

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

Photo d'un cabinet de dentiste touché à Staromikhaïlovka

À l’heure où j’écris ces lignes, l’armée ukrainienne a violé le cessez-le-feu en RPD à 23 reprises et tiré 55 obus de mortier de 82 mm, 10 obus de mortier de 60 mm (mortier polonais), 50 munitions de véhicule de combat d’infanterie, auxquels il faut ajouter 24 tirs de lance-roquette et 29 de lance-grenades automatique.

Avec un bilan pareil le jour même où doit commencer la procédure de correction des violations du retrait des troupes, le moins que l’on puisse dire c’est que ce dernier est mal parti…

Surtout qu’aujourd’hui même, Pristaïko a déclaré à nouveau que les troupes ukrainiennes ne se retireraient pas de Zolotoye et de Petrovskoye tant que le cessez-le-feu n’aura pas été respecté pendant une semaine.

La République Populaire de Lougansk (RPL) a dénoncé ce sabotage manifeste de l’accord conclu le 1er octobre. Le ministre des Affaires étrangères de la RPL, Vladislav Deïnego, a souligné qu’une telle condition n’a pas prévue dans l’accord conclu, et que le retrait devait se faire peu importe les provocations de la partie ukrainienne.

Si la RPL a subi moins de violations du cessez-le-feu que la RPD durant les dernières 24 h, il semble d’après les informations du reporter Max Fadeyev, que l’armée ukrainienne tire sur les soldats de la RPL à Zolotoye, pour les pousser à répondre et pouvoir alors hurler à la violation du cessez-le-feu.

«  Nous avons des ordres stricts : ne pas tirer avec des armes lourdes quelque soit les circonstances, et malgré toutes les provocations. L’armée ukrainienne profite de la situation et nous impose le dilemme suivant : soit nous restons assis et nous subissons, soit nous ripostons et répondons, mais alors ce sera prétendument de notre faute si le désengagement des troupes a été interrompu. C’est pourquoi, pour l’instant, tout le monde attend patiemment dans les abris. Et dans le même temps la délégation d’Azov se rend sur le front et déclare qu’elle ne permettra pas le désengagement des troupes…  » a déclaré un des soldats de la RPL.

En effet, afin de s’assurer qu’il ne viendrait pas à l’esprit de Zelensky d’appliquer les accords de Minsk, le régiment Azov s’est installé à Zolotoye et a promis d’occuper les positions laissées vacantes par l’armée ukrainienne si celle-ci se retirait. La justification de cette violation flagrante des accords de Minsk est qu’il faut bien assurer la sécurité de la population du village contre les « méchants terroristes » de la RPL.

Ce qui est du délire absolu, quand on se souvient que l’ensemble du Donbass a voté lors du référendum de 2014 pour se séparer de l’Ukraine à une majorité écrasante (donc y compris la partie actuellement occupée par l’armée ukrainienne où se trouve Zolotoye), et que les habitants et les miliciens de la RPL ont presque tous des amis ou de la famille de l’autre côté de la ligne de front.

Pour ne pas se faire dépasser par sa droite, Zelensky a donc repris cet argument bidon, en promettant que des officiels de Kiev iraient bientôt à Zolotoye et Petrovskoye pour s’assurer que la population ne serait pas en danger.

Il faut dire que depuis la signature de la formule Steinmeier et la conclusion de l’accord concernant le retrait des troupes et des équipements militaires, l’agitation a gagné les ultra-nationalistes et néo-nazis ukrainiens, qui, fidèles à leur habitude, ont investi la place du Maïdan pour faire pression sur Zelensky. Du moins, c’est ce qu’ils semblent vouloir faire.

En effet, d’après Daniil Bezsonov, en réalité Zelensky aurait un plan B dans sa poche : ne pas appliquer les accords de Minsk en prétextant qu’il doit écouter son peuple qui hurle son opposition à la formule Steinmeier et aux accords de Minsk sur la place du Maïdan, et se contenter de geler le conflit pour développer économiquement l’Ukraine, à coup de dépénalisation des jeux d’argent et de vente massive des terres arables du pays.

Si cette idée peut sembler un peu folle de prime abord, elle ne l’est pas tant que cela. Comme le rappelle Bezsonov, la grande majorité des ultra-nationalistes et néo-nazis ukrainiens sont soit sous le contrôle d’Avakov, soit du SBU. Or Avakov a conclu un accord de loyauté avec Zelensky, après qu’ils ont convenu du découpage des sphères d’influence dans le pays et les régions.

Il semblerait donc étrange qu’Avakov lance ses néo-nazis attaquer les actions de Zelensky, sauf si c’est le but recherché par ce dernier : avoir une opposition visible à l’application de ce qu’il a signé, pour servir de prétexte à sa reculade. Car avec le score qu’il a fait au deuxième tour, Zelensky pourrait sans problème briser ce énième Maïdan en appelant ses électeurs à faire une contre-manifestation. S’il ne le fait pas, c’est que ce nouveau Maïdan l’arrange.

Certains pourront alors rétorquer que Zelensky ne semble pourtant pas vouloir prolonger le conflit, et que maintenant que Volker a démissionné, il a les mains libres pour faire la paix. Oui, mais non. Appliquer les accords de Minsk ne sera pas quelque chose de facile ni de rapide (sinon ça serait déjà fait), car les positions de l’Ukraine, de la RPD et de la RPL sont diamétralement opposées.

Or Kolomoïsky, le « mécène » de Zelensky a un but : faire rentrer beaucoup d’argent dans le pays (pour s’en mettre une partie dans les poches le plus rapidement possible). D’où la loi libéralisant la vente des terres agricoles et la légalisation des jeux d’argent. Mais pour attirer des investisseurs dans le pays il faut mettre fin au conflit et vite. Or appliquer Minsk 2 sera un casse-tête infaisable et trop long.

Et si Zelensky avait un plan B, convenu avec les autres forces politiques du pays, voire avec d’autres pays ? L’idée peut sembler saugrenue, mais plusieurs éléments indiquent que cette possibilité existe. En effet, Gordon, le fameux propagandiste en chef des gouvernements post-Maïdan a suggéré à l’antenne d’installer une grande clôture à la frontière avec la Crimée et le Donbass, de les laisser de leur côté, de développer économiquement le reste de l’Ukraine, et que les deux régions demanderont elles-mêmes à revenir en Ukraine si ça marche.

Le dernier point est du délire à l’état pur et fait abstraction du fait que même si l’Ukraine devenait une deuxième Pologne, ni la Crimée ni le Donbass ne voudraient revenir dans un pays bannissant le russe de l’éducation et de la sphère publique, glorifiant les collaborateurs des Nazis, et dont les journalistes peuvent dire tout haut à l’antenne qu’il faudrait au choix déporter 90 % de la population de ces régions, soit les passer par des camps de filtration, les priver de retraites, etc, le tout sans subir de conséquences judiciaires. Pas très attirant comme perspective.

Non, ce qui est intéressant, c’est que Gordon a demandé à Kravtchouk, l’ancien président ukrainien, ce qu’il pensait de cette idée, et que ce dernier l’a trouvée bonne. Or Gordon est une bonne girouette indiquant dans quel sens souffle le vent. S’il sort un truc aussi énorme publiquement, c’est peut être pour sonder la réaction de la population ukrainienne à cette idée, qui ne vient pas de lui, mais du gouvernement ukrainien.

L’autre point semblant confirmer cela, c’est qu’en réponse aux manifestations qui ont lieu à Kiev, Pristaïko a sorti de but en blanc que Kiev a des plans de rechange si l’application de Minsk-2 n’est pas faisable ! Des plans que l’Ukraine ne veut pas dévoiler avant de les avoir discuté avec les autres dirigeants du Format Normandie.

Le problème c’est que tant que le retrait des troupes et des équipements n’est pas mené jusqu’au bout à Zolotoye et Petrovskoye, il n’y aura pas de réunion au Format Normandie.

Comme je l’ai dit, l’Ukraine s’est placée dans une impasse, dont il va lui être difficile de sortir à présent, car la Russie a bien compris à quel jeu joue Zelensky. Les conditions imposées par Moscou pour que la réunion au Format Normandie ait lieu n’ont pas été choisies à la légère.

De son côté la RPD et la RPL se sont préparées au désengagement et ont notifié à l’OSCE l’emplacement des positions qui vont être évacuées. Demain nous verrons si l’OSCE a reçu la notification ukrainienne équivalente ou pas. Si tel n’est pas le cas, il sera alors clair que Zelensky n’a pas l’intention d’appliquer les accords de Minsk.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



10 réactions


  • Guy19550 Guy19550 8 octobre 13:56

    Je partage votre vue des choses à 95% et pour les 5% qui restent, c’est pas utile du tout de faire du texte. Le mieux est d’attendre, mais les républiques doivent partir du principe que les bombardements vont continuer et poursuivre les activités commerciales comme prévues avec le reste du monde.

    Pour le reste, j’espère encore des choses des discussions et surtout l’élargissement des discussions à la totalité du Donbass car c’est ainsi que pourra se traiter la dette, la langue et les élections selon les lois ukrainiennes.


  • Guy19550 Guy19550 8 octobre 13:59

    Si pas possible, Grismatic pourra revenir avec l’idée de perdre les territoires occupés. Il y a encore un doute pour le Donbass, mais associer la Crimée au reste des choses est voué à l’échec.


  • Tom France Tom France 8 octobre 20:15

    On voit bien à travers ce genre d’infos que les élections aux US approchent elles aussi, d’ou l’affaire epstein et maintenant l’Ukraine en tant que front qui se réchauffe.

    Il parait d’ailleurs que la Rand corporation, le think tank des cinglés du pentagone, a affirmé la nécessité d’envoyer des troupes en Mer Noire car c’est là que se joue l’avenir de la domination de l’Europe.

    Sans parler non plus de l’explosion très proche du système financier mondial etc...

    D’ailleurs, pourquoi les FAU n’ont toujours pas lancés leur offensive global comme promis depuis des lustres ??


    • Guy19550 Guy19550 8 octobre 21:04

      @Tom France

      Il n’y aura pas de percée à cause des élections américaines et en plus, le FMI (mais attention, ils sont peut-être assez fou pour le faire : dépend des démocrates enfin ceux qui se font appeler ainsi) veut insufler 5 milliards dans ce pays pourris (dont 4 cette année pour rembourser la dette déjà contractée avant). Cela dans un brouillard londonien de paix (ou de guerre).


    • Christelle Néant Christelle Néant 8 octobre 23:59

      @Tom France
      L’armée ukrainienne est en trop mauvais état pour lancer quoi que ce soit.


  • Guy19550 Guy19550 8 octobre 20:52

    Je cherche des fuites et quand cela me semble sérieux, j’essaie de m’accrocher

    http://khpg.org/en/index.php?id=1570460954

    Текст звернення підписали понад 50 людей (із загальної чисельності близько півтисячі), збір підписів триває, зазначає “УМП”.

    Cette connasse représente 0.1% de son milieu et je pense qu’elle a raison de craindre pour sa vie, mais qu’elle idée d’étaler « ses idées calamiteuses » quand on n’a que 0.1% derrière soi. Bref, un scoop trouvé par Google sur les dernières 24h et qui file droit dans ma poubelle. Vu le temps que je perds à essayer de chercher des messages qui proviennent réellement de gens qui ont des craintes, n’est pas à confondre avec ce que j’ai trouvé. Sa vie est en danger par sa propre faute et 49 autres signataires sont également exposés.

    PS. la nuit précédente a été active en Syrie (le nord avec les kurdes lâchés par les cowboys) ... c’est plus important en ce moment.


    • Guy19550 Guy19550 10 octobre 06:37

      @Guy19550
      La raison pour laquelle, j’ai fait la recherche, c’est parce que dans un autre lien posté avant de Tass, le zoulou parlait de craintes de la population en cas de retrait des troupes. J’ai voulu en savoir plus, mais ce qui a été trouvé n’est pas ce à quoi je m’attendais de voir. Il n’y a pas eu d’autre recherche, quand j’ai vu ce cas là, j’ai compris que le zoulou se servait de cela pour ne pas faire de retrait comme justificatif. Du coup, le zoulou a vu sa quote baissée à 2/10 et cela peut encore descendre et même devenir négatif. Quand cela devient négatif, je considère qu’il est recalé pour la suite des choses et il ne faut plus espérer voir remonter la quote. Bref, il lui reste 3 points à perdre encore ! C’est de sa propre faute, il n’a qu’à tenir des propos intéressants. 


  • Guy19550 Guy19550 9 octobre 04:14

    https://tass.com/world/1082135

    Encore des gamins de terroristes à l’oeuvre...


  • skirlet 9 octobre 14:04

    Je m’excuse sauvagement, comme on dit à Odessa, pour cette p’tite précision : maïdan = « place » en ukrainien, maïdan Nezalejnosti = place de l’Indépendance qu’on raccourcit en « maïdan » tout court (de l’autre côté, l’Ukraine est-elle indépendante ?..)

    Sinon Zélenski se trouve dans une situation très difficile à gérer, même pour un politicien aguerri et d’autant plus pour un gars qui n’est point un politicien...


    • Christelle Néant Christelle Néant 9 octobre 14:31

      @skirlet
      Pour ça que je met Maïdan avec un grand M, pour marquer que je parle de la place de l’Indépendance ou du processus de coup d’État smiley


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