mardi 30 janvier - par Christelle Néant

Faites une frontière entre l’Ukraine et le Donbass, et vivez avec l’Europe, mais laissez nous en paix - Soldat « Foma » de Zaïtsevo

Les 26 et 27 janvier, nous étions à Zaïtsevo afin d’évaluer l’évolution de la situation, alors que la trêve du Nouvel An se fissure de plus en plus et que le vote de la loi de réintégration du Donbass par la Rada fait peser la menace d’une reprise du conflit à grande échelle sous peu.

Si la situation reste relativement calme pour le moment, l’armée ukrainienne vise de plus en plus délibérément les civils, pour provoquer l’armée de la RPD.

Ainsi, le 20 janvier, ils ont tiré à coup d'obus de mortier, sur l’étable de grand-mère Ksénia, une civile de Zaïtsevo, qui vit à moins de 300 mètres des positions ukrainiennes. Malgré le fait qu’à une telle distance, les soldats ukrainiens peuvent difficilement prétendre confondre cette petite grand-mère avec un soldat, Ksénia ne peut même pas aller dans son jardin sans se faire tirer dessus.

Et elle ne peut même pas compter sur l’OSCE pour enregistrer ces tirs erratiques et rappeler à l’Ukraine que tirer délibérément sur des civils est un crime de guerre, car à moins que sa maison ne soit rasée, les observateurs de l’OSCE ne se déplacent pas jusque chez elle. On se demande alors à quoi ils peuvent bien servir.

En sortant de chez Ksénia, on voit assez distinctement deux drapeaux flotter au loin sur le territoire sous contrôle de l’armée ukrainienne : le drapeau ukrainien, et celui de l’Union Européenne. Une UE qui sert de banque, de fournisseur d’armes, et de caution pour le régime de Kiev. En clair, l’Union Européenne s’est faite la complice des crimes de l’armée ukrainienne.

La nuit passée sur le front sera calme. Quelques tirs de kalachnikov erratiques, un peu de lance-grenades. Mais rien de nature à perturber le sommeil des habitants ou des soldats qui défendent le village.

Ces derniers nous ont indiqué l’arrivée récente côté ukrainien de snipers étrangers, très bien équipés (entre autre de lunettes thermiques). S’il n’y a pas de certitude quant à l’identité de ces snipers, certaines informations semblent indiquer qu’il s’agirait des fameuses « Sorcières », ces femmes snipers étrangères qui servent régulièrement côté ukrainien.

Suite au vote de la loi de réintégration du Donbass, les soldats, comme la population civile, sont assez pessimistes sur un règlement pacifique du conflit.

« Dieu le veuille que ce soit pacifiquement… Mais à juger par l’état d'esprit du côté ukrainien il est peu probable que ce soit résolu pacifiquement… On leur fournit des Javelins, les fournitures venant de l’UE, de l’Ouest, ça veut dire quoi ? Quelle paix peut exister si la fourniture d’armes étrangères venues d’Europe ne s’arrête pas, les injections financières perdurent… De quoi s’agit-il ?! Quelle voie pacifique ? Tout finira par la guerre, il me semble  », a ainsi déclaré le soldat surnommé « Foma ».

Ce dernier nous dit ce que beaucoup de gens ici nous ont déjà dit en presque deux ans de présence sur place, à savoir que la population du Donbass ne veulent pas réintégrer l’Ukraine, qu’ils veulent la paix, reprendre une vie normale, retrouver leurs familles. Qu’ils sont ici chez eux, qu’ils défendent leur terre, et que personne n’a à leur dire comment vivre, et surtout pas l’Ukraine.

« Finalement, qu’ils nous laissent en paix… Ils ont adopté la loi de réintégration, ils ont défini comme ils disent le statut du Donbass… De grâce ! Décidez et laissez nous en paix. Rendez-nous nos terres où nous devons vivre de plein droit, où l’homme est enregistré… C’est sa maison, c’est sa ville, c’est tout, il veut revenir chez lui, dans sa famille. Laissez, faites une frontière et vivez avec l’Europe, avec tout le monde, mais laissez nous en paix et c’est tout, et tout le monde sera content. Cette guerre peut finir en une heure, si tout va bien  », a-t-il ainsi déclaré.

Le fossé creusé entre l’Ukraine et le Donbass par le sang des victimes de cette guerre, est désormais trop grand pour être comblé. Il est temps que la communauté internationale comprenne, que personne ne pourra obliger le Donbass à retourner de force sous le giron ukrainien, qu’il y a eu trop de morts, trop de sang, trop de souffrances, et que le gouffre entre ce que veut la population du Donbass et celle d’une partie de l’Ukraine est devenu irréconciliable.

Le Donbass ne veut pas d’une intégration à l’Union Européenne, ne veut pas de Bandera (collaborateur des nazis) comme héros national et c’est son droit de le dire, et de faire valoir son droit à l’auto détermination, afin de pouvoir vivre selon les principes et les valeurs qui sont les siens.

C’est au Donbass de décider de son destin, et à personne d’autre. Et surtout pas à des pays qui soutiennent le régime de Kiev dans sa répression sanglante d’une population, qui a eu pour seul tort de ne pas vouloir du rêve européen (qui se transforme actuellement en cauchemar) vendu à la population ukrainienne lors du Maïdan.

Voir le reportage vidéo en entier :

Christelle Néant

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10 réactions


  • samy Levrai samy Levrai 30 janvier 22:22

    Merci Christelle pour la qualité de tes témoignages et l’exemple de ton infatigable et courageuse résistance. 


  • Mychris Mychris 31 janvier 04:50

    Bonjour Christelle j’espère que vous allez bien.

    Tracer une frontière entre l’Ukraine et le Donbass pour être honnête pourquoi-pas, mais que fait-on des 1 654 845 déplacés ? Ils viennent en grande partie du Donbass (de Crimée pour les autres). Ils ont fait le choix de l’Ukraine, mais quelque part, ce sont aussi leurs terres...


    • Christelle Néant Christelle Néant 31 janvier 09:43

      @Mychris
      Attention, si 1,5 millions de personnes sont des déplacés internes il faut savoir que bon nombre sont en réalité ici en RPD et en RPL. Ils sont comptés comme étant toujours en Ukraine sur les rapports internationaux, mais ils sont bels et bien ici.
      Je connais ici bon nombre de familles et de gens qui sont dans ce cas, et vivent ici dans des foyers pour réfugiés internes ou dans des appartements mis à disposition par les autorités, ou des appartements privés (nous aidons une famille qui est dans ce cas, leur maison a été totalement détruite et ils vivent désormais ailleurs).
      Donc il faudrait regarder de plus près combien sont réellement en Ukraine hors RPD et RPL ! De une. Car les chiffres donnés sont incohérents avec la population avant guerre et celle qui est présente actuellement en RPD et RPL (il faut savoir qu’actuellement les deux républiques sont environ à 90% du taux de population d’avant guerre, et qu’à elles deux elles font presque 4 millions de personnes, et 1/9e de 4 millions ca fait pas 1,5 millions). Il ne faut pas oublier non plus ceux qui sont partis en Russie, et qui sont bien plus nombreux que ceux partis côté ukrainien.
      De deux, ces personnes sont libres de rentrer chez elles. Je signale que beaucoup d’entre elles sont déjà revenues après les accords de Minsk II. Je rappelle qu’en RPD et en RPL, l’Ukrainien est la deuxième langue officielle avec le Russe. Ces personnes pourront donc envoyer leurs enfants à l’école étudier en Ukrainien s’ils le souhaitent.
      Mais si ces personnes sont des bandéristes, oui effectivement leur place n’est pas ici. Car en RPD et en RPL les idéologies nazies et russophobes, appelant à tuer du Russe n’ont pas leur place.


  • Tom France Tom France 31 janvier 13:23

    Je crois que si vraiment l’armée ukrainienne et tout ceux qui sponsorisent ce conflit du côté OTAN/UE/Euro étaient vraiment prêt à reprendre cette guerre, ils l’auraient déjà faits depuis quelques temps ! Je crois que non seulement ils s’attendent à échouer malgré leur puissance de feu, mais en plus, la Russie et la Chine leur font encore trop peur !!


    • Christelle Néant Christelle Néant 31 janvier 13:38

      @Tom France
      Ils veulent la reprendre n’en doutez pas. Mais ils veulent essayer de faire porter la responsabilité de la reprise du conflit sur la RPD et la RPL et ça marche pas. Ils seront obligés d’y venir par la situation économique du pays, quand de toute façon ils n’auront pas d’autre choix. Une défaite leur permettant de justifier l’effondrement total du pays, en disant que ce n’est pas leur faute, mais celle du méchant agresseur russe.


    • JC_Lavau JC_Lavau 31 janvier 14:51

      @Christelle Néant. Tu prévoyais qu’ils attaqueraient sitôt finies les fêtes de fin d’années. On avait prédit le contraire, qu’ils sont incapables de coordonner une attaque en profondeur, celle qui ouvrirait la possibilité de réaliser leurs rêves génocidaires. Et qu’à la place, par frustration, ils bombardent tous les civils qui sont à leur portée. Parce que l’artillerie seule enjambe les champs de mines.


    • Christelle Néant Christelle Néant 31 janvier 15:12

      @JC_Lavau
      Ils sont en train d’unifier leur commandement des forces armées, et ils ont nettoyé plusieurs champs de mines près de Gorlovka récemment. C’est bien pour une bonne raison. Ils veulent la lancer cette offensive. Mais ils veulent que nous attaquions les premiers pour pouvoir dire ensuite que c’est de notre faute. Ils n’ont pas totalement oublié ce qui s’est passé en Géorgie en 2008, et que cette dernière n’a pas eu gain de cause auprès des instances de l’UE, justement parce que l’armée géorgienne avait attaqué la première.


  • JP94 31 janvier 17:45

    Reste le cas des Ukrainiens de l’Ouest - et j’en connais - qui ne veulent pas des bandéristes, de leur régime de terreur, ni des exactions fascistes. Pour eux aussi c’est dur, même sans bombardements. .Ils ont le fascisme chez eux.

    Certes l’UE et les Américains financent cette Ukraine bandériste, comme depuis toujours, mais ce régime est-il viable ? 
    L’Espagne de Franco a duré près de 40 ans...mais Franco s’est gardé de lancer des guerres ailleurs. Déjà les Occidentaux n’ont pas cherché du tout de poux dans la tête à Franco ni Salazar ... tout se déclarant déjà démocrates éternels.

    Si cet état s’effondre - à tout le moins économiquement - que deviendront tous ces criminels ? le fascisme est réellement la solution de choix pour le Capital, car même vaincu , il pourrit la société au moins pour des décennies...

    • Christelle Néant Christelle Néant 31 janvier 17:51

      @JP94
      L’état ukrainien n’est pas viable en l’état. Donc il va s’effondrer. la seule question c’est quand et sous quelle forme se fera cet effondrement. C’est cela qui déterminera le sort des criminels qui sont à la tête du pays.


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