vendredi 14 février - par GÉOPOLITIQUE PROFONDE

Géopolitique de la Démographie : les enjeux derrière la PMA et la réforme des retraites



Introduction

Depuis que l’humanité existe, il y a toujours eu un quasi-équilibre entre les naissances et les décès. Les femmes mettaient au monde 6 enfants en moyenne chacune. Cet équilibre a été rompu il y a à peine deux siècles en Occident avec l’essor économique, les progrès de la médecine, de l’hygiène, la diminution de la mortalité infantile et la fin progressive des épidémies et autres famines. Les mentalités ont également changé avec le développement de l’idéologie des Lumières qui se diffuse en Europe et en Amérique du Nord et qui prône l’individualisme, une vision matérialiste de la vie et une critique des contraintes religieuses. Un nouveau comportement est donc adopté : la limitation des naissances. Les enfants échappant majoritairement à la mort sont de plus en plus assimilés en tant que charges économiques pour les parents, autrement dit, on y réfléchit à deux fois avant de procréer dans les pays développés. Nous allons essayer de comprendre quels sont les enjeux actuels et futurs autour de cette question démographique.
 

Visionnez le résumé vidéo de cet article (Première partie)


​La démographie européenne

L’Europe est le premier continent à expérimenter la transition démographique aux 18e et 19e siècles, c’est-à-dire un recul important de la mortalité due à l’amélioration globale des conditions d’existence. La transition démographique se diffuse ensuite au reste du monde durant le 20e siècle. En 1950, les 28 pays membres de l’Union européenne comptent 379 millions d’habitants, soit 15 % de la population mondiale. En 2018, la même population est de 512 millions, cette fois-ci pour 7 % de la population mondiale qui comprend 7,6 milliards d’individus. En 2050, les pays membres de l’Union européenne devraient regrouper à peine 5 % de la population mondiale. Il y avait 6,5 millions de naissance par an en 1980 contre 5 millions en 2017 et dans le même temps le nombre de décès est passé de 4,9 millions à 5,25 millions sur la même période. Il y a donc plus de décès que de naissances.

La première maternité d’une femme européenne est passée de moins de 25 ans en 1980 à plus de 29 ans en 2017 et la proportion de femmes qui restent sans enfant augmente. Les pays qui sortent de la transition démographique s’installent ensuite durablement dans des situations de fécondité inférieure au seuil de renouvellement des générations. Ce seuil de renouvellement des générations est une notion démographique qui indique le nombre moyen d’enfants par femme nécessaire pour qu’une population donnée conserve le même effectif. Les naissances sont insuffisantes et le seront de plus en plus ce qui est totalement inédit dans l’histoire de l’humanité.

Si les pays européens n’assurent plus le renouvellement des générations, la France reste le pays qui s’en sort le mieux avec une fécondité de 1,93 enfant par femme en moyenne sur les années 2015-2017, mais pour combien de temps encore  ? Sachant que l’on prend également dans ces statistiques les immigrés naturalisés qui font plus d’enfants que la moyenne autochtone. D’autres pays s’en sortent assez bien également, après la France vient la Suède, l’Irlande, le Royaume-Uni et le Danemark, notamment grâce à l’importance du soutien à la famille, la garde d’enfant subventionnée, les congés maternité, la flexibilité du temps de travail, les diverses allocations et fiscalités qui sont des éléments décisifs dans la natalité. Ce genre de politique coûte cher, mais les pays qui considèrent que la famille doit assurer elle-même ces charges sont ceux où la fécondité est la plus déprimée.

Les dix pays où la population diminue le plus rapidement sont tous en Europe de l’Est. Cela est dû à la baisse du taux de fécondité, à l’émigration massive provoquée par l’instabilité politique et sociale et à la mortalité encore élevée dans la région. L’Ukraine, par exemple, est actuellement un des pays les plus peuplés du continent européen, mais devrait perdre 18 % de sa population entre 2017 et 2050, passant de 44,2 millions à 36,4 millions de personnes. Mais c’est la Bulgarie qui remporte la palme des pays où la population diminue le plus rapidement dans le monde : elle va perdre 23 % de sa population sur la même période. On peut dire qu’en Europe la croissance de la population ne dépend plus qu’aujourd’hui que de l’excédent migratoire. En 2018, la population allemande a atteint le chiffre record de 83 millions d’habitants contre 82,8 l’année d’avant. L’immigration massive qu’a connue le pays a largement compensé la baisse de natalité du pays estimée entre 150 000 et 180 000 individus. Mais la population allemande devrait quand même tomber à 79 millions d’habitants d’ici 2030, dont 28 % de personnes âgées de 65 ans et plus selon le Bureau national des statistiques.

Au niveau de l’espérance de vie en Europe, elle a augmenté de 72,7 ans en moyenne en 1980 à 80,8 ans sur les années 2015-2017. L’écart d’espérance de vie entre homme et femme est de 5,5 ans aujourd’hui et cette inégalité fondamentale est structurelle, car commune dans la grande majorité des pays du monde. En Europe, ce sont les femmes espagnoles qui vivent le plus longtemps avec une moyenne d’espérance de vie de 83,4 ans en 2017, suivi par l’Italie (83,1 ans) et la France (82,7 ans).

On peut aussi noter que la composante démographique joue un rôle essentiel dans les relations internationales, particulièrement en Europe. Historiquement, la loi du nombre permettait de remporter la guerre face à ces voisins. De nos jours, elle permet par exemple dans les institutions européennes d’avoir un poids politique supplémentaire au Conseil européen et au Parlement européen. Avec le Brexit, la dépopulation de l’Union européenne sera encore plus intense c’est-à-dire que l’excédent de décès par rapport aux naissances se creusera. Si l’on postule une entrée de la Turquie dans l’Union européenne, elle aura un poids politique important dans les institutions grâce à sa démographie. En 2030, la Turquie devrait compter 93,3 millions d’habitants et serait donc le pays le plus peuplé de l’Union européenne si elle y rentrait. Ceci lui donnerait un certain pouvoir dans les institutions avec un nombre maximum de députés et 17,3 % des voix au Conseil européen. Vu que la Turquie est un membre important de l’OTAN, le projet de les intégrer dans l’Union est dans les cartons depuis longtemps  ; l’UE et l’OTAN étant les deux faces de la même médaille de l’oncle Sam. Mais cette question démographique bloque clairement la situation, sans parler de la non-soumission du président Erdogan aux États-Unis et de l’intensification des relations entre la Turquie et la Russie depuis 2015.


La démographie russe

En parlant de la Russie, il a souvent été dit que le rattachement de la Crimée a permis à Moscou l’accès aux mers chaudes, mais il ne faut pas oublier que cela a permis également d’ajouter 2,3 millions d’habitants à la population russe. En 2000, le président Vladimir Poutine avait déjà dit qu’un pays aussi vaste que la Russie devait avoir au moins 500 millions d’habitants, or le pays compte moins de 150 millions d’habitants. Le problème étant que les projections tablent au mieux sur une stabilité de la population et plus probablement à une diminution plus ou moins intense de celle-ci. Le pays est donc dans une situation démographique très défavorable avec un nombre de femmes en âge de procréer très faible et qui va continuer à baisser dans les prochaines années ce qui explique des projections de populations à un horizon de 15 ans en progressive décroissance. En revanche, la mortalité continue de baisser à un rythme rapide avec un processus de convergence avec les autres pays européens. 


 La démographie américaine

Aux États-Unis, la recension se fait avec des critères raciaux et ethniques. Nous avons 320 millions d’Américains en 2017 et le Bureau du recensement américain distingue les Blancs, les Noirs, les Hispaniques, les Amérindiens, les Asiatiques, les hawaïens ou originaires des îles du Pacifique et les autres races. Si la part des Noirs dans la population est en légère augmentation passant de 12,3 % en 2000 à 13,9 % en 2017, l’essor des minorités est essentiellement le fait des Hispaniques qui atteignent 17,6 % des Américains en 2017 soit 56,5 millions d’individus. On a plus récemment l’essor des Asiatiques également qui regroupent 4,1 millions de personnes. En moins de 20 ans, les États-Unis ont gagné 40 millions d’habitants dont plus de la moitié, 21 millions, sont Hispaniques (pour la plupart Mexicains).

Pour illustrer le phénomène avec un chiffre parlant, la communauté hispanique de Californie représentait 12 % de la population en 1970 et devrait en représenter 49 % en 2060. Selon des projections concordantes, les Blancs deviendraient minoritaires aux États-Unis dans les années 2040. Les Blancs sont la catégorie des Blancs non hispaniques, l’hispanicité n’est pas considéré comme une race aux États-Unis, mais comme une ethnie. En 2017, on trouve aux États-Unis 71 % de Blancs toutes ethnies confondues, mais seulement 61,5 % de Blancs non hispaniques. Nous pouvons donc penser que si les démocrates américains continuent de brosser dans le sens du poil les minorités ethniques, peut-être qu’ils auront une majorité relative ou permanente à moyen terme en 2050-2060. En tout cas pour l’instant, les Républicains gardent l’avantage au Sénat, dans les assemblées d’Etats et à la Maison Blanche.
 
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La démographie chinoise

La Chine est le pays le plus peuplé au monde. Elle est parvenue à utiliser le nombre élevé de sa population active pour atteindre une place majeure dans l’économie mondiale avec notamment un marché de consommateurs sur lequel toutes lesmultinationales occidentales sont prêtes à investir. Mais entre 2000 et 2050, la population chinoise devrait croître de seulement 6 % et dans la seconde moitié du 21e siècle, elle devrait diminuer de 25 %. En comparaison aux États-Unis, entre 2000 et 2050 la population doit croître de 38 %, puis de 15 % dans la seconde moitié du 21e siècle, ce qui relativise la potentialité de puissance de la Chine dans plus de 50 ans.

Actuellement, la population chinoise croît très peu et en 2020 la population stagnera probablement à 1,4 milliard d’habitants. Étrangement, l’essoufflement de l’économie chinoise coïncide avec la fin de son dividende démographique. Le dividende démographique est une notion économique qui survient durant la période suivant une baisse de la natalité d’un pays. Quand la baisse de natalité commence, il y a un nombre maximum de jeunes adultes par rapport à peu d’enfants et de personnes âgées ce qui peut entraîner une forte croissance économique. La Chine a bien profité de son dividende démographique dès la politique de l’enfant unique de 1979, mais se trouve depuis quelques années en phase de vieillissement démographique rapide, conséquence inévitable de la baisse de la fécondité.

La fin de la politique de l’enfant unique de 2015 n’y a rien changé, en fait c’était trop tard : la natalité a atteint 15,2 millions de naissance en 2018, son plus bas niveau depuis 50 ans. Le déficit de naissances de filles chinoises depuis les années 1980 a conduit mécaniquement à la réduction du nombre de naissances. Mais cette baisse de fécondité n’est en réalité pas uniquement due à la politique chinoise de limitation des naissances. Des pays tels que la Thaïlande ou l’Iran par exemple ont connu des diminutions tout aussi rapides sans aucune politique coercitive. En réalité, et c’est une notion fondamentale, les politiques publiques ne sont efficaces que si la volonté des familles d’avoir plus ou moins d’enfants correspond. Ce qui signifie que l’on ne peut pas mener une politique démographique sans l’accompagner d’une idéologie promotionnelle à long terme pour que les mentalités suivent. La faible fécondité en Chine et dans le reste du monde aujourd’hui reste tout de même due au coût que génère une naissance.

Le vieillissement de la population et la fin du dividende démographique constituent deux défis pour le Parti Communiste Chinois qui doit :

 
  1. offrir des conditions de vie décente à une population âgée qui s’accroit rapidement,
  2. tout en faisant face à une moindre disponibilité de main–d’œuvre à cause de la baisse des natalités et la hausse des salaires du pays.

Sachant que la Chine est un des pays les plus inégalitaires de la planète, 1 % de la population détient le tiers de la richesse nationale tandis que le quart des ménages les plus pauvres en détient 1 %, elle doit ni plus ni moins repenser son modèle économique. Il semble que la Chine mise sur les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle pour ce faire, mais ce ne sera probablement insuffisant à moyen terme. À partir de 2024, la Chine devrait laisser sa place de pays le plus peuplé à l’Inde, ces deux pays étant depuis toujours des géants démographiques. 

 
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​La démographie indienne

Depuis plusieurs décennies, l’Inde a essayé de freiner sa croissance démographique qui était trop rapide pour le bon développement du pays. Un programme de planification familiale a été établi avec des contraceptifs accessibles, avec la tentative d’essayer d’élever l’âge précoce du mariage des femmes, avec la promotion de la stérilisation et de l’avortement, mais rien n’a fonctionné. La croissance démographique a même augmenté. L’État d’urgence a été décrété en 1975 et des campagnes de stérilisation forcées ont été lancées ce qui a participé à la chute du gouvernement de l’époque. Ce n’est qu’en 2015 que 60 % des couples d’âge fertile étaient stérilisés ou pratiquaient une méthode contraceptive  ; les femmes mettaient 2,3 enfants au monde contre 6 par rapport à 1975. La population indienne jeune et dynamique est un atout économique, mais l’absence de système de sécurité sociale va amener le pays dans une mauvaise passe, alors que la famille élargie tient aujourd’hui le rôle de prendre en charge ses membres les plus vulnérables.

La démographie indienne est une bombe à retardement si rien n’est fait pour anticiper le retournement de la courbe démographique et le vieillissement de la population qui en découlera. Le déficit des femmes dans le pays est également problématique. En effet, la femme représente un coût dans la tradition indienne, car il faut payer son mariage. En plus de cette dot, qui est officiellement interdite dans le pays, la femme doit vivre avec la famille de son mari ce qui la rend indisponible dans le soutien des vieux jours de ses parents. Ainsi, pour des raisons économiques et de prestige, les filles détectées à l’échographie sont souvent avortées, alors que les échographies déterminant le sexe de l’enfant sont interdites depuis 1996 à cause de ce phénomène. Petite parenthèse : l’avortement sélectif des fœtus féminins a lieu dans de nombreux pays en Chine, en Inde, en Corée du Sud, dans le sud du Caucase et dans plusieurs pays autour de l’Albanie  ; les féministes devraient peut-être se pencher sur la question de lutter contre l’avortement dans ces pays.

Remarquons que l’Inde dispose d’une des diasporas les plus importantes au monde avec 30 millions d’Indiens à l’étranger et que d’ici 2050, le pays devrait devenir le premier pays musulman au monde. Le nombre de pratiquants représente actuellement 14 % de la population indienne et le chiffre doit doubler à 300 millions de musulmans dans 30 ans ce qui dépassera les plus grandes communautés musulmanes actuelles au Pakistan et en Indonésie.

 
La démographie en Asie du Sud-Est

Les pays d’Asie du Sud-est sont exactement dans la même situation. L’Indonésie, les Philippines et le Vietnam sont très peuplés, mais peu développés à cause d’une baisse importante et trop précoce de leur fécondité. En moyenne, la natalité est passée de 6 enfants par femme en 1960, à 2,3 en 2018 dans ces pays. Leur avenir ressemblera donc à une urbanisation accélérée, à une décélération rapide de la croissance démographique et à un vieillissement généralisé de la population.



La démographie japonaise

En 10 ans, de 2008 à 2019, la population japonaise est passée de 128,01 millions à 126,7 millions. Les Japonais vieillissent rapidement à un rythme parmi les plus élevés du monde. En 2018, près de 28 % de la population, soit 35,5 millions de personnes, avait 65 ans ou plus, contre 15 % en 2000. On prévoit que ce pourcentage atteindra 40 % en 2050. Déjà aujourd’hui, environ 20 % de la population a dépassé 70 ans et il y a près de 70 000 centenaires dans le pays. Depuis 2015, le nombre de personnes de plus de 65 ans représente plus de deux fois celui des enfants de moins de 15 ans. Le vieillissement des Japonais amènerait une hausse des coûts de santé et de sécurité sociale d’environ 60 % entre 2018 et 2040. Le taux de fertilité est quant à lui en baisse depuis 2008, il est de 1,25 enfant par femme donc bien en dessous du seuil de renouvellement de la population de 2,1 enfants par femme. À noter que les taux sont encore plus faibles à Hong-kong, Singapour, en Italie ou encore en Corée du Sud.

Depuis 2017, le nombre de décès dépasse d’ailleurs celui les naissances qui est en dessous d’un million. En raison de ce différentiel entre nombre de naissances et de décès, la population a connu sa plus forte baisse en 2018 avec 448 000 personnes en moins. Comme dans d’autres pays d’Asie de l’Est, il y a très peu de naissances hors mariage, alors que l’âge du mariage ne fait qu’augmenter à plus de 29,7 ans pour les femmes et 31,1 ans pour les hommes en 2017. L’espérance de vie à la naissance a également dépassé 87 ans pour les femmes et 82 ans pour les hommes pour une moyenne supérieure à 84 ans. C’est l’espérance de vie la plus élevée du monde et combinée à une faible natalité, elles expliquent le phénomène du vieillissement et au-delà de la diminution de la population japonaise. Avec le faible taux de natalité, le déséquilibre entre la population en âge de travailler et la population dépendante va poser problème, car les travailleurs qui paient les taxes et donc la sécurité sociale seront largement insuffisants en nombre. Les entreprises manquent déjà de main-d’œuvre et font pression pour ouvrir davantage le pays aux immigrants, mais les dirigeants politiques et la population y sont largement opposés. On reviendra sur ce sujet de l’immigration dans un prochain article.
 

En attendant l'article sur l'immigration, visionnez la vidéo


​La démographie coréenne

À la suite de la guerre de Corée de 1950 à 1953, un baby-boom a fait passer la fécondité de 5,4 à 6,3 enfants par femme en 1960 en Corée du Sud. Des mesures ont été prises dans les années 1970 pour limiter à deux le nombre d’enfants par couple ce qui a fait passer la fécondité à 2,1 enfants par femme en 1984, puis sous le seuil de renouvellement à 0,98 enfant par femme en 2018 : c’est le record mondial. La première maternité pour une Sud-Coréenne est en moyenne à 31 ans. Les politiques publiques et incitations financières pour relancer la natalité ont toutes échoué : 107 Md € ont été dépensés dans ce but depuis 2005.

À côté de cela, l’allongement de l’espérance de vie est de 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes. Les plus de 60 ans correspondront à 25 % de la population en 2020 contrairement aux précédents pronostics qui prévoyaient 19 %. Les seniors, c’est-à-dire les personnes de plus de 65 ans, seront aussi nombreux que les moins de 18 ans la même année. En 2050, les plus de 50 ans représenteront la moitié de la population en âge de travailler alors qu’ils représentaient le tiers en 2015 et les seniors représenteront 38 % de la population. Un senior sur deux aura alors plus de 80 ans et la Corée du Sud sera définitivement le pays le plus vieux du monde. La population en âge de travailler diminuera à partir de 2020 et se contractera de 27 % d’ici 2050 ce qui entraînera une hausse des coûts salariaux et des dépenses sociales, en plus d’une croissance ralentie. Déjà actuellement, la moitié des seniors vivent en dessous du seuil de pauvreté et c’est encore pire pour les femmes qui bénéficient d’encore moins de retraites. Les taux de suicide élevés des plus de 71 ans en témoignent : il y en a trois fois plus qu’en France.

En Corée du Nord, c’est un peu différent. Le pays est deux fois moins peuplé que le sud et affiche un taux de fécondité égal au seuil de renouvellement. Dans un scénario de réunification des deux Corées, une impulsion des naissances interviendra, mais la natalité du nord convergera naturellement vers celle du sud, ce n’est donc pas une solution au problème démographique.

Pour faire une comparaison du vieillissement de la population entre les pays asiatiques et la France, la principale différence se situe dans la brutalité du changement. Il a fallu 100 ans à la France pour passer d’un pays vieillissant à un pays vieilli c’est-à-dire quand les 65 ans passent de 7 % à 14 % de la population (1860-1975). Ce doublement s’est fait en 20 ans à peine pour le Japon et la Chine et en 18 ans pour la Corée du Sud (2000-2018). L’Asie compte aujourd’hui le plus de personnes de 65 ans dans le monde avec 55 personnes sur 100, contre 21 en Europe et 9 en Amérique du Nord.

L’Asie devrait compter au total 4,8 milliards d’habitants en 2100.


​La démographie africaine

Le continent africain à une trajectoire démographique exceptionnelle par rapport aux autres zones géographiques mondiales. Actuellement, l’Afrique est peuplée de 1,3 milliard d’habitants dont la moitié a moins de 25 ans, c’est donc un continent très jeune. Le Niger est notamment le pays avec le taux de fécondité le plus élevé au monde à 7,2 enfants par femme. La population a un âge moyen de 15 ans et commence tout juste sa transition démographique. D’ici 2050, le pays pourrait tripler d’habitants pour atteindre 55 millions individus, contre 18,8 millions en 2017. Le Nigeria est un bon exemple également, il a une population estimée à 195,9 millions d’habitants en 2018 avec 5,5 enfants en moyenne par Nigérianes. La population devrait passer à 234 millions de personnes en 2030, puis à 411 millions en 2050.

En 2025, la totalité de la population africaine dépassera 1,5 milliard d’individus, chiffre qui devrait littéralement doubler d’ici 2050. À la fin du siècle, l’Afrique comptera entre trois et six fois plus d’habitants qu’aujourd’hui et représentera le tiers de l’humanité avec 4 ou 4,5 milliards d’habitants selon les estimations (soit 40 fois plus qu’en 1900). Il y a une possibilité de fort développement de ce continent avec le fameux dividende démographique qui, je le rappelle, est une puissante croissance économique qui intervient dans la période suivant une baisse de natalité. Mais on ne peut pas savoir si ce dividende fonctionnera.

Selon la Banque africaine de développement, 12 millions d’emplois doivent être créés en Afrique pour contenir l’augmentation du chômage des jeunes, véritable danger pour la stabilité politique du continent. Le développement économique et la diminution de la fécondité allant souvent de pair, il s’avère que la baisse de la natalité africaine est en tout cas bien plus lente que prévue. Le fait que les coûts d’éducation soient partagés joue également un rôle dans la fécondité. En effet les populations d’Afrique noire raisonnent en termes de famille élargie c’est-à-dire que si un adulte de la famille a plus de ressources que les autres, un oncle, une tante, un grand-parent, il peut élever n’importe quel enfant de la famille étendue et couvrira tous les frais pour le nourrir, l’habiller et l’envoyer à l’école. En fait, avoir un enfant de plus pour un couple n’entraîne que peu de frais supplémentaires ce qui n’incite pas à en faire moins, contrairement à d’autres régions du monde où le coût de la naissance est plus notable.

Des programmes de limitations des naissances existent, mais sont donc peu efficaces. On peut néanmoins remarquer des disparités entre villes et campagnes. L’indicateur synthétique de fécondité (ISF) est déjà proche de deux enfants par femme dans les milieux urbains au Ghana ou en Éthiopie, alors qu’en milieu rural au Niger, en Ouganda ou en Zambie, il est proche de 8 enfants par femme. L’instruction des femmes joue notamment un rôle, celles qui vont à l’école mettent moins d’enfants au monde que les autres qui n’y sont pas allées. C’est à peu près pareil dans le reste du monde. Le Maghreb est hors champ de cette analyse, car il a achevé sa transition démographique depuis une dizaine d’années déjà, sauf l’Égypte qui est le pays le plus peuplé du monde arabe et du bassin méditerranéen. L’Égypte est un cas démographique exceptionnel avec un taux de fécondité reparti à la hausse ces dernières années grâce ou à cause d’un marché de l’emploi fermé aux femmes entraînant des mariages et des naissances de plus en plus jeunes.
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La démographie de l’Amérique latine

L’Amérique du Sud suit grosso modo la même trajectoire que beaucoup de pays asiatiques notamment du sud-est avec une fécondité qui a baissé très rapidement pour le continent il y a 30-40 ans. Il y a 648 millions d’habitants sud-américains actuellement en 2019, leur nombre devrait atteindre 712 millions en 2100. En 1987, les estimations jugeaient que le continent sud-américain atteindrait 1 187 milliards d’habitants en 2100 soit 40 % de plus que les chiffres révisés aujourd’hui à 712 millions. 


La démographie israélienne

En 2018, il y avait 8 972 millions d’habitants en Israël, dont 1 878 millions d’Arabes israéliens qui représentent environ 20,9 % du total de la population. Les 6 668 millions de Juifs constituent le reste de la population représentant 74,3 % de l’ensemble du pays. Si l’on prend en compte les 4,3 millions d’Arabes supplémentaires qui vivent dans les territoires palestiniens, il y a presque autant d’Arabes que d’Israélien dans toute cette zone géographique.

Jusque dans les années 1970 les femmes Arabes israéliennes avaient 7 enfants en moyenne, mais depuis, comme dans tout le monde arabe, la transition démographique a ramené le taux de fécondité à un niveau bien plus bas, à 3,11 enfants par femme ce qui est inférieur à la fécondité des femmes juives qui est à 3,16 enfants par femme. La transition démographique est également à l’œuvre chez les Palestiniennes qui font grosso modo 4,25 enfants par femme ce qui reste un chiffre toujours inférieur à la natalité forte de la communauté orthodoxe juive avec 6 enfants par femme en moyenne. La possibilité d’une population arabe devenant majoritaire en Israël n’a donc plus lieu d’être.

Par contre, la natalité israélienne vient principalement de la communauté juive ultra-orthodoxe qui représente 11 à 12 % de la population israélienne. Le problème vient du fait que cette communauté est improductive économiquement pour des raisons religieuses. Elle constitue donc une charge économique pour l’État sans retour sur investissement et les nombreux enfants que cette communauté engendre sont prédestinés à la même voie religieuse, improductive du point de vue de la production économique. En 2039, 20 % des Israéliens appartiendront à cette communauté juive ultra-orthodoxe ce qui est un vrai défi pour l’État hébreu.
 
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Conclusion

Nous avons donc compris avec cet état des lieux que le vieillissement démographique est l’un des plus grands changements sociaux du XXIe siècle. Si la durée de vie s’allonge, l’état de santé en fonction de l’âge s’améliore aussi progressivement. Si la question de la prise en charge des aînés a subsisté à toutes les sociétés et à toutes les époques, elle était due à la solidarité entre générations qui s’effectuait autrefois à l’intérieur des familles avec la prise en charge des questions financières et de dépendance. C’est encore le cas en Inde et en Afrique comme on l’a vu. La société française a quant à elle pris en charge les aînés avec le développement des systèmes de retraites, de pensions et de sécurité sociale. La seule prise en charge des seniors en perte d’autonomie coûte déjà 30 Md €/an, soit 1,4 point de PIB.

En 2060, le chiffre devrait presque doubler selon le Ministère de la Santé, il n’est donc pas sûr que les jeunes générations, déjà impactées par un marché du travail de plus en plus contraint et un niveau de vie de moins en moins élevé, soient d’accord pour fournir de tels efforts. La question économique de l’équilibre financier des caisses de retraite est importante et restera réalisable avec l’avancée de la technologie, l’adaptation de la société, le travail des seniors, etc. Toutes les sociétés avancées s’y préparent.

En plus de ce phénomène s’ajoute un appauvrissement des ressources naturelles, une crise socio-économique qui s’aggrave et une immigration servant de palliatif temporaire aux déficits des naissances et à la main-d’œuvre. J’ai montré dans deux vidéos (ici et ici) que l’immigration est une solution de court terme qui ne règle pas le problème démographique. Sans parler de la question du changement de civilisation qui est plus épineuse. Les sociétés multiculturelles, multiconfessionnelles et multiraciales ne font pas l’unanimité, c’est le moins que l’on puisse dire. Comparer les situations allemandes et japonaises est intéressant. Ces deux pays ont les populations les plus vieilles du monde et ont des problèmes similaires : un manque de main-d’œuvre et une prise en charge de plus en plus coûteuse des personnes âgées. L’Allemagne s’est ouverte à l’immigration contrairement au Japon qui a un taux d’immigration parmi les plus faibles au monde. Les Japonais misent principalement sur la robotique pour pallier le manque de main-d’œuvre et pour s’occuper des personnes âgées, mais en réalité ils utilisent aussi une immigration discrète sur laquelle nous reviendrons dans un autre article.

Il est quasiment impossible de contrôler la démographie. Avec le développement économique, les femmes veulent de moins en moins faire d’enfants, voire plus du tout, et cela va s’intensifier. L’accroissement du statut des femmes, la PMA, la GPA et l’utérus artificiel (vidéo très importante sur ces sujets ici) ne vont rien arranger : la tendance semble irrémédiable. Ces nouvelles techniques de procréation médicalement assistée permettront à n’importe qui de faire un enfant tout seul, dans le sens où le contrôle et la planification des naissances directement par l’Etat ou par des multinationales sera forcément proposée subrepticement un jour ou l’autre. Quelques oligopoles étatiques et privés des pays les plus avancés pourraient prendre en main toute la question de la gestation et pourquoi pas de l’euthanasie tout simplement parce qu’il y aura un besoin de régulation et d’optimisation de ces phénomènes démographiques dans un cadre de performance économique sous contrainte de ressources disponibles. Dans tous les cas, les naissances ne seront plus laissées au hasard ou à des volontés individuelles : elles feront l’objet de quota et les embryons pourraient être à terme soigneusement sélectionnés, voire modifiés pour maximiser le futur individu à venir. Que les écologistes et les malthusiens se rassurent donc, après avoir atteint son maximum, la population mondiale à de grandes chances de diminuer drastiquement et le processus est déjà enclenché dans de nombreux pays.

Si je m’en tiens aux tendances évoquées, le monde que nous allons vivre dans 25-50 ans pourrait schématiquement être divisé entre de vieux blancs et de vieux Asiatiques des pays les plus développés qui effectueront les tâches intellectuelles, tandis que de jeunes Indiens et Africains subsahariens effectueront les tâches plus physiques.
 

Visionnez le résumé vidéo de cet article (Deuxième partie)


Cet article s’appuie principalement sur les sources de la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n° 51 de juin-juillet 2019.

 
Franck Pengam, le 13 février 2020.
 
 


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