mercredi 10 juin - par Christelle Néant

L’Ukraine placée sous tutelle du FMI pour un prêt de 5 milliards de dollars ?

Aujourd’hui 9 juin 2020, le FMI doit approuver (ou non) le plan d’aide de 5 milliards de dollars à l’Ukraine pour l’aider à faire face à la pandémie de coronavirus. S’il faut attendre la décision du Fonds pour avoir le détail exact des mesures que doit prendre l’Ukraine dans le cadre de cet accord, des informations ont déjà fuité et soulèvent des inquiétudes sur le fait que Kiev perdrait totalement sa souveraineté en échange du prêt du FMI.

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Les nouvelles exigences du FMI pour l’Ukraine

Après avoir voté la levée du moratoire sur la vente des terres agricoles et la loi dite « anti-Kolomoïski », pour se conformer aux exigences du FMI, il semble donc que l’institution soit prête à enfin débloquer de nouveaux fonds pour l’Ukraine.

Sauf qu’on est passé d’un programme de financement étendu de trois ans qui devait atteindre les 10 milliards de dollars d’après Zelensky, à un programme de secours de 18 mois de 5 milliards de dollars. Le type de programme d’aide normalement accordé aux pays qui sortent de la dictature, ou d’une économie socialiste planifiée ! Ce que l’Ukraine n’est plus, normalement, depuis longtemps. Résultat à Kiev ça commence à grincer des dents.

Car même pour obtenir cette « aumône », il semble que l’Ukraine va devoir se plier à des conditions que beaucoup jugent inacceptables.

D’après Rouslan Bortnik, politologue, et directeur de l’Institut ukrainien d’analyse et de gestion politique, voici 10 points du mémorandum entre l’Ukraine et le FMI qui auront un impact important sur le pays :

1. L’introduction de la gestion externe du système financier du pays (la Banque nationale, selon le mémorandum, est obligée de maintenir l’inflation à 5 %, ce qui stoppera la croissance du PIB).
2. Destruction du système de santé et du système éducatif, via la poursuite des réformes catastrophiques de l’ex-ministre de la Santé, madame Souproun (surnommée docteur « de la mort » à cause de ses réformes justement), et la réduction du nombre d’écoles dans le pays.
3. Augmentation de l’âge de la retraite et baisse généralisée des dépenses tant pour les retraites que pour toutes les allocations sociales. En clair il n’y aura pas de hausse des retraites, alors que ces dernières en Ukraine sont d’un montant dérisoire.
4. Poursuite des faillites de banques et mise en place d’une « renonciation de l’investisseur national ». Résultat ceux qui sont impliqués dans la fermeture d’une centaine de banques en 2014-2018, comme Porochenko et Gontareva ne seront pas considérés comme responsables pour leurs actions.
5. Mise en place d’un contrôle externe de la justice ukrainienne, via la nomination des juges qui devra être supervisée par des experts étrangers (sic). Là pour l’indépendance et la souveraineté nationale on repassera.


6. Nouvelle hausse des tarifs des logements et des services communaux. Or les Ukrainiens n’arrivent déjà plus à payer leurs factures après que les prix du gaz, de l’eau, de l’électricité et du chauffage ont été multipliés par un facteur allant jusqu’à 10 en quelques années !
7. Privatisation du port d’Odessa et de Centrenergo (une importante entreprise de production d’énergie électrique du centre et de l’est de l’Ukraine) et de toutes les autres grandes entreprises du pays.
8. Mise en place d’un contrôle externe sur le marché foncier. Pour faire simple c’est le FMI qui décidera du plafond de surface qui sera achetable (et je vous épargne le suspens ce sera plus que 1 000 hectares par personne), et de l’ouverture du marché foncier aux étrangers. Ceux qui ont cru les promesses de Zelensky sur le référendum visant à décider de ce dernier point vont vite déchanter. Cette loi a été votée pour se conformer aux exigences du FMI et c’est lui qui décidera de ses modalités. Pas le gouvernement ukrainien, et encore moins le peuple.
9. Augmentation de l’influence du Bureau national anti-corruption et de son chef Artiom Sytnik.
10. Interdiction pour l’État ukrainien de soutenir l’économie et l’industrie nationales. Et ce alors que l’aide du FMI est officiellement prévue pour aider à faire face aux conséquences du coronavirus, et que parmi ces conséquences, l’impact des mesures de quarantaine sur les entreprises et l’économie du pays nécessitent justement une aide de l’État pour éviter la faillite généralisée !

Pour Rouslan Bortnik, ce mémorandum « ne peut pas être signé dans sa forme actuelle  », et il faut « poursuivre les négociations et chercher d’autres sources pour combler le déficit du budget  » de l’Ukraine.

L’Ukraine brade sa souveraineté

Le politologue Evgueny Boulavka, a souligné que la Russie pourrait être une alternative au FMI, mais que le problème est là plus d’ordre politique qu’économique. Les autres acteurs comme la BERD ou la Banque Mondiale auraient pu être une alternative aussi, si l’Ukraine n’était pas considérée comme peu fiable.

Une évaluation confirmée par l’effondrement du marché de l’énergie en Ukraine, qui a provoqué une fuite des investisseurs occidentaux dans ce secteur.

Pour certains, la faute de ce mémorandum inacceptable repose sur les négociateurs ukrainiens qui n’ont pas su défendre leur position. Une vue partagée par Alexeï Kouchtch, économiste et expert à l’Institut Growford.

« C’est le mémorandum le plus désastreux que l’Ukraine ait jamais signé. On peut en partie blâmer le FMI. Mais si les négociateurs du côté ukrainien se comportent de manière aussi inconsidérée, alors c’est un péché de ne pas profiter de la situation », a-t-il déclaré.

L’économiste a souligné que même décider de la structure d’entreprises comme Naftogaz n’est désormais plus du ressort du gouvernement ukrainien, qui doit obtenir le feu vert de l’étranger. Pour lui, l’Ukraine brade sa souveraineté pour des crédits de plus en plus petits.

« Plus nous perdrons notre souveraineté, moins ce qu’il en reste coûtera cher. C’est comme au marché, quand le vendeur vend toute sa viande et donne le dernier morceau pour la moitié du prix. Auparavant, notre souveraineté coûtait cher et on nous donnait des programmes pour 16-17 milliards de dollars, mais maintenant ce qui reste est à 5 milliards de dollars et les exigences sont énormes. Si cela va plus loin, le solde final de notre souveraineté et les actifs nationaux seront cédés pour un milliard de dollars  », a-t-il conclu.

Lorsque j’avais titré que Zelensky avait perdu le droit de parler de l’intégrité territoriale de l’Ukraine après la levée du moratoire sur la vente des terres agricoles, en disant qu’il avait bradé le pays pour un prêt du FMI, certains avaient trouvé que c’était exagéré. Mais en réalité, c’était parfaitement juste.

Ce mémorandum, s’il est approuvé tel quel n’est ni plus ni moins que l’officialisation de la mise sous tutelle de l’Ukraine par le FMI, et donc par les pays occidentaux, en échange de 5 malheureux milliards de dollars. Si ce mémorandum est validé en l’état, l’Ukraine n’est plus un pays souverain, mais une simple colonie, à qui on dicte qui seront ses juges, sa politique économique, sa politique en matière de santé et d’éducation, et même la structure de ses entreprises d’État avant qu’elles ne soient vendues pour une bouchée de pain, en échange de trois breloques qui éviteront juste au pays de couler totalement et de faire officiellement faillite !

La somalisation de l’Ukraine se poursuit à vitesse grand V, avec l’aide du FMI qui fait tout pour que le pays s’enfonce toujours plus, afin de le placer en position de faiblesse lorsqu’il viendra mendier les prochaines miettes que le Fonds voudra bien lui jeter, et pouvoir ainsi lui imposer des exigences de plus en plus lourdes.

Voilà où a mené la politique russophobe de l’Ukraine post-Maïdan. La ruine économique et financière, et la somalisation du pays qui se retrouve à devoir accepter toujours plus de sacrifices payés au prix fort par sa population, pour des miettes de plus en plus petites jetées par l’Occident.

Voilà ce que Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien de l’époque, avait refusé en 2013 ! Voilà pourquoi il s’était tourné vers la Russie. Parce qu’il avait compris vers quel bourbier l’accord avec l’UE allait mener le pays, et que l’aide de la Russie serait bien plus conséquente et moins contraignante pour l’Ukraine.

Sauf à revenir rapidement et brutalement sur les choix qui ont été fait en 2014, il ne reste désormais à l’Ukraine qu’à boire le calice du FMI jusqu’à la lie.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



15 réactions


  • JPCiron JPCiron 10 juin 10:13

    Voilà qui ressemble à une quasi-Annexion par une structure Financière. 

    Laquelle rend compte à qui ? 

    .


  • simplesanstete 10 juin 13:33

    Bonjour Christelle, force & honneur à toi. Sans surprise, l’hélicoptère a billet magique encourage le conflit...& tous les autres. Je me rapproche de vous.....bientôt installé en Bulgarie....qui sait un jour nous nous rencontrerons dans le réel.....WW3 en marche.

    Georges


    • Christelle Néant Christelle Néant 12 juin 15:38

      @simplesanstete
      Oui, si l’Occident ne finançait pas l’Ukraine, cette guerre aurait pris fin depuis longtemps.
      Merci pour votre soutien, et j’espère qu’on aura l’occasion de se voir en vrai un jour.


  • skirlet 10 juin 13:58

    J’évite d’y penser trop souvent, mais quelle différence avec l’Ukraine que j’ai connue et son état actuel... Celle d’avant avait tout : agriculture, industrie, enseignement, science, nature... Quelle est ce pays maintenant, ça se voit.


  • Guy19550 Guy19550 10 juin 15:14

    Ce c’est n’est que la facture de la guerre civile, on refinance simplement le prêt initial par un prêt plus grand à échéance plus petite. Ce qui est donné immédiatement servira au remboursement de la dette antérieure :

    https://tass.com/economy/1166103

    C’est conforme à la volonté du FMI du temps de tonton chocolat, rien n’a changé à ce niveau. C’est toujours la même technique. Cela me rappelle la Grèce.

    L’argent sera mal utilisé et c’est carte blanche pour la poursuite de la guerre.

    Faut bien payer la folie du Maïdan par la population, c’était déjà tout tracé avant et cela ne changera plus. C’est aux ukrainiens de se soulever et de pendre ceux qui ont agit de la sorte pour en arriver là.


  • JP94 10 juin 17:51

    Le nationalisme est souvent le meilleur moyen et le meilleur alibi pour vendre son pays...il se prétend pour la Nation, mais s’impose par le crime contre la nation.

    Il faudrait que le peuple se soulève en masse, mais il est désarmé et désorganisé. Historiquement, le fascisme dure, car la société est détruite et ses forces de résistance éliminées dès le début par tous les moyens, même la trahison avec le sourire, comme Tsipras en Grèce. 

    Et même quand la dictature s’arrête, si elle n’est pas renversée, le pays reste démoli bien après : le Chili ne s’est pas remis de Pinochet...l’Espagne n’a pas rétabli la République et la Monarchie a été le meilleur moyen de protéger les franquistes...

    On peut aussi observer les pays sortis du colonialisme ...et toujours pillés.

    Donc Zélenski vendra son pays : les FAU tirent sur le Donbass au lieu de protéger leur Etat du traître au pouvoir : en un sens cette armée est putschiste, en tout cas, complice contre son peuple...


    • Guy19550 Guy19550 10 juin 23:19

      @JP94
      C’est bizarre pour moi de lire Pinochet car je dois constater que dans ma tête ce pays est mort après Allende et quand je dis mort, c’est simplement du fait que j’ai eu ma curiosité éveillée très brèvement à mes 15 ans et qu’avant d’atteindre la cinquantaine, je ne m’intéressais qu’à la politique nationale. J’ai maintenant 65 ans et je n’ai plus d’intérêt que pour le droit. Malheureusement pour l’occident, c’est le droit des hommes qui prime sur la territorialité. Depuis l’âge de 40 ans, j’ai envoyé promener la politique nationale, j’ai conservé la base du droit. Ce sont mes notions du droit qui me son actuellement le plus utiles, bien plus que mes études scientifiques.

      Pour l’Ukraine, j’ai encore des raisons de penser que le dialogue pourrait résoudre les problèmes, mais pas si les cowboys et l’Europe poursuivent ce qu’ils sont en train de faire. De l’autre côté, il y a des républiques qui ont au moins le mérite d’exister et qui veulent aller de l’avant... mais c’est dommage de louper le dialogue... tout en ayant à l’esprit qu’il n’y a pas vraiment matière pour faire un dialogue. 


    • JP94 11 juin 13:53

      @Guy19550
      j’ai une correspondante chilienne, de famille communiste ( le père prof, arrêté et torturé) et elle-même aussi et la famille osait écouter  le plus discrètement possible  les Choeurs de l’Armée rouge sous Pinochet ( on risquait sa peau et la torture pour ça). Elle me décrit une réalité qu’on n’imagine pas ici, et elle compare avec l’Argentine, qui a aussi subi une dictature militaire, mais donc le climat politique et même économique est beaucoup plus sain et respirable. 
      Au Chili, qui a connu une effervescence culturelle et sociale sous Allende, aujourd’hui, le lexique d’un Chilien moyen est de ... 600 mots, contre 2300 en Argentine : c’est-à-dire que le fascisme fabrique l’abrutissement du peuple durablement. Elle est à moitié mapuche, donc du sud du Chili. Or, dans cette région on trouve des villes résidentielles telles que Valvidia et Victoria, Puerto Montt aussi : ce sont des villes fascistes, peuplées d’anciens criminels de guerre nazis et de leur descendance, qui vivent là en toute impunité et tranquillité, faisant régner leur loi aryenne. 
      Au Chili ; l’accès aux études supérieures est excessivement cher  comme aux Etats-Unis, et si vous allez étudier en Argentine (on y accède facilement par le sud de la Cordillère), vous n’aurez pas de boulot en revenant. Sa fille a 10 ans, et d’ores-et-déjà, les parents doivent se priver pour payer plus tard des études supérieures à leur fille : donc cet argent partira là où l’Etat a failli, enfin, l’Etat capitaliste ne faillit pas à sa nature...
      Par certains côtés, on retrouve des éléments de la situation en Ukraine, mais avec les spécificités de chaque pays.
      En tout cas, oui, le Chili est mort, mais il existe encore des Chiliens qui luttent, sauf que l’idéologie fasciste a imprégné beaucoup d’esprits, et le peuple n’est pas uni.

      Et à ceux qui prétendent que le capitalisme est une réussite économique au contraire du socialisme, je dirais de comparer Cuba malgré le blocus états-unien et l’absence de ressources en matière première, et le Chili, très proche des Etats-Unis ( que ce soit Piñera, le néo-pinochetiste, ou Bachelet, la socialiste anti-Ma ;duro qui a gouverné le 2ème pays le plus inégalitaire du monde et n’y a rien changé)


    • Guy19550 Guy19550 12 juin 01:08

      @JP94
      Je te souhaite de bons contacts avec ta correspondante. Ces gens valent effectivement la peine d’être aidés. J’ai connu mon amie brésilienne dans les mêmes conditions plus ou moins. Elle a pu bénéficier d’études gratuites au Brésil jusque 35 ans. Mais c’était l’époque de Lula, personne pour laquelle j’ai toujours une grande estime malgré les reproches qui lui sont fait. Elle vit en UK pour le moment, mais je pense bien qu’elle retournera un jour à Evora au Portugal. 


    • Doume65 12 juin 16:31

      @JP94
      «  aujourd’hui, le lexique d’un Chilien moyen est de ... 600 mots, contre 2300 en Argentine  »
      600 mots, ce n’est pas si mal, c’est 300 fois plus que le vocabulaire de Trump qui se limite à « good », « bad », « fake news ».
      C’est aussi 300 fois plus que celui de Biden qui se limite à « good », « bad », « fake news ».


    • Christelle Néant Christelle Néant 12 juin 18:21

      @Doume65
      Biden a une phrase de plus « Russians did it »


  • Guy19550 Guy19550 11 juin 00:50

    https://dan-news.info/en/politics-en/kiev-reacts-to-donbass-propositions-on-special-status-first-time-ever.html

    Attendons de voir la suite avant de crier victoire, car les terroristes de Kiev n’ont pas le mérite de faire croire en la bonté divine.

    Ce sera long et de grâce, ne pas se laisser berner une fois de plus par l’échange des prisonniers. Tout doit avancer de pair et il y a donc un retard à combler en priorité absolue pour ce statut spécial, ensuite les zones de désengagement (à commencer par celles qui ne sont déjà plus respectées tout en y incluant les nouvelles zones). Seulement ensuite, on peut parler d’échanges de prisonniers, surtout pas maintenant.

    Je crois que tout le monde s’en rend bien compte, y a plus de temps à perdre avec des bêtises. Soit cela prend la bonne direction, soit les républiques deviennent indépendantes.

    Je vois hélas qu’il y a aussi encore des bombardements, ce qui en soit n’indique rien de bon pour la suite, alors pourquoi faire des efforts envers des terroristes ?

    Ils remontent cependant à plus de 24h.


  • Doume65 12 juin 16:19

    «  5. Mise en place d’un contrôle externe de la justice ukrainienne  »

    Rien de nouveau. C’est en place depuis que Joe Biden intronise les procureurs.


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