samedi 16 mai - par Christelle Néant

L’Ukraine refuse d’intégrer le statut spécial du Donbass dans sa constitution

Suite à la réunion des groupes de contact qui a eu lieu par vidéo-conférence hier, 14 mai 2020, l’Ukraine a officiellement refusé d’intégrer le statut spécial du Donbass dans sa constitution, comme le prévoient pourtant les accords de Minsk qu’elle a signés. Ce refus a été officialisé via un compte-rendu de la réunion, publié sur le site du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

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Les négociations au sein des groupes de contact n’avancent pas

Comme les premiers comptes-rendus publiés à l’issue de la dernière réunion des groupes de contact au format vidéo-conférence le laissaient craindre, ces négociations avec la délégation ukrainienne au format « élargi » n’ont rien donné de concret. Pire, la délégation ukrainienne a poursuivi le sabotage entamé lors des réunions précédentes, comme l’a souligné le ministère des Affaires étrangères de la RPD (République Populaire de Donetsk).

« La brutale escalade qui a fait des blessés parmi la population civile, dont cinq enfants, ainsi que les références nostalgiques de la part de l’Ukraine aux propositions de sécurité de 2018 suggèrent que Kiev souhaite poursuivre la politique de Porochenko. C’est cette « politique » qui a conduit aux pires bombardements du territoire de la République, ainsi qu’à la situation la plus tendue dans le processus de négociation. À un moment où il est extrêmement important de convenir le plus rapidement possible de mesures supplémentaires pour contrôler le cessez-le-feu, les représentants de Kiev poussent le processus de négociation jusqu’à l’absurde, en prétendant qu’ils n’ont pas reçu nos projets de propositions sur ces mesures. Nous voudrions rappeler que lors de précédentes réunions, la partie ukrainienne a non seulement vu ces projets, mais a également participé activement à leur discussion, en enlevant les dispositions les plus essentielles, en particulier l’interdiction de tout type de tir, d’opérations de reconnaissance et d’activités subversives, ainsi que la nécessité d’une communication opérationnelle  », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans son compte-rendu de la réunion du 14 mai 2020.

La RPD a rappelé que sa priorité dans les travaux du groupe de contact en charge des questions de sécurité était l’approbation des mesures additionnelles visant à renforcer la trêve indéfinie, et son contrôle. Mais pour l’instant, l’Ukraine refuse de signer tout engagement écrit qui l’obligerait à respecter le cessez-le-feu.

Le travail des sous-groupes en charge des questions économiques et humanitaires n’ont quant à eux rien donné non plus, les nouveaux représentants ukrainiens commençant tout juste à se familiariser avec les sujets à discuter.

L’Ukraine sabote les négociations en changeant ses représentants

Ce changement de représentants en cours de route a eu un résultat délétère sur le travail du sous-groupe de contact en charge des questions politiques. Car non seulement les nouveaux représentants ont été incapables de fournir une date à laquelle ils pourront soumettre leurs propositions écrites pour intégrer la formule Steinmeier dans la législation ukrainienne, mais leur refus de fournir leur position écrite oblige aussi à recommencer tout le travail depuis le début.

«  Malgré la vaste campagne médiatique lancée par les autorités ukrainiennes concernant l’efficacité de leur décision de remplacer partiellement et d’élargir la délégation de ses négociateurs à Minsk, cela n’a pas permis de progresser. Et c’était totalement prévisible – Kiev a déjà remplacé ses représentants à plusieurs reprises, mais cela ne fait qu’empêcher des négociations productives. Dans les conditions du refus de la partie ukrainienne de fournir ses positions écrites, les nouveaux représentants doivent reprendre les discussions pratiquement de zéro, en reconsidérant et en discutant ce qui a déjà été discuté auparavant  », a déclaré Natalia Nikonorova, la représentante et ministre des Affaires étrangères de la RPD.

Même la coordination des règles de travail des groupes de contact se transforme en épreuve de force par la faute des propositions de la délégation ukrainienne, qui sont contraires aux accords de Minsk.

«  En conséquence, le temps de négociation est consacré non pas à des activités constructives, mais à prouver aux représentants de l’Ukraine pourquoi telle ou telle proposition est inacceptable », a déclaré Natalia Nikonorova.

L’Ukraine refuse de modifier sa constitution pour y intégrer le statut spécial du Donbass

Alors que la ministre des Affaires étrangères de la RPD a appelé l’Ukraine à avancer sur le volet politique des accords de Minsk, et en particulier la consolidation du statut spécial du Donbass dans sa constitution, le compte-rendu officiel de la réunion, publié sur le site du président ukrainien ne laisse aucun doute sur l’impasse totale dans laquelle sont les accords de Minsk.

La première chose choquante de ce texte, c’est que les délégations de la RPD et de la RPL sont absentes de ce compte-rendu, qui ne parle que de la présence de la Russie, de l’Ukraine et de l’OSCE ! Déjà dès le départ on part donc très mal, puisque je rappelle que les accords de Minsk prévoient que l’Ukraine doit négocier directement avec les deux républiques !

Cet effacement des délégations des deux républiques populaires montre clairement que l’Ukraine n’a pas l’intention de négocier avec elles, confirmant ce qu’Andreï Yermak a déclaré début mai à ce sujet. Kiev n’ayant pas réussi à imposer son idée délirante de négocier avec elle-même via des représentants fantoches du Donbass, elle efface purement et simplement les représentants officiels de la RPD et de la RPL (République Populaire de Lougansk) qui étaient pourtant bien présents à la réunion des groupes de contact ! Là, on est dans le délire et le déni de réalité le plus total !

Le compte-rendu poursuit ensuite en enfonçant des portes ouvertes, pour demander un accès sans limite à a mission de l’OSCE, et l’accès de la Croix-Rouge aux prisonniers ukrainiens détenus en RPD et RPL. Sauf que c’est déjà le cas, comme on a pu le voir lors des précédents échanges de prisonniers !

Au lieu de demander de faire ce qui se fait déjà, l’Ukraine ferait mieux de s’appliquer à avancer sur les sujets sur lesquels elle ne fait pas ce qu’elle devrait. Or de ce point de vue-là, ce compte-rendu est très instructif sur les intentions réelles de Kiev d’appliquer ce qu’elle a signé.

En effet après des paragraphes de propagande lénifiante visant à faire croire que l’Ukraine pousse pour l’application des accords de Minsk, le compte-rendu dérape totalement et montre la réalité de la position ukrainienne.

Tout d’abord en exigeant une fois de plus de récupérer le contrôle de la frontière avec la Russie avant la tenue des élections locales. Or les accords de Minsk et la formule Steinmeier, signés tous deux par l’Ukraine sont très clairs sur l’ordre d’application de ces points : les élections ont lieu d’abord, et le contrôle de la frontière est transmis à l’Ukraine après !

Mais là où l’impasse des accords de Minsk devient flagrante, c’est dans la phrase d’après que je vous traduis in extenso.

« Une fois de plus, la partie ukrainienne a exclu la possibilité de faire figurer le statut spécial de l’ORDLO [c’est-à-dire la RPD et la RPL – note de la traductrice] dans la Constitution de l’Ukraine. »

En clair, l’Ukraine refuse officiellement d’intégrer le statut spécial du Donbass dans sa constitution, comme le prévoit pourtant le 11e point des accords de Minsk qu’elle a signés !

Au vu de ce compte-rendu, je pense qu’il est temps que la France et l’Allemagne arrêtent de fermer les yeux sur l’évidence que l’Ukraine n’appliquera jamais les accords de Minsk, et qu’on arrête cette mascarade diplomatique qui ne règle rien, et ne réglera rien, puisque Kiev refuse officiellement d’appliquer l’un des points centraux du volet politique de ces accords, à savoir l’intégration dans sa constitution du statut spécial du Donbass.

Pour ceux qui avaient besoin d’une ultime preuve que l’Ukraine ne cherche pas réellement à appliquer les accords de Minsk, les voilà servis.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



19 réactions


  • roman_garev 16 mai 13:51

    L’Ukraine nazie ne cherche que mentir sur la Russie.

    Comparez cette photo originale du camps finnois de concentration pour les enfants avec celle publiée dans le manuel ukrainien d’histoire et légendée « Goulag soviétique, années 30 ».

    En Russie, sous cette dictature insupportable poutinienne, chacun est libre de reproduire ce mensonge ignoble, comme dans ce blog de la station radio « Écho de Moscou », le porte-parole du monde libre.


    • Christelle Néant Christelle Néant 16 mai 13:57

      @roman_garev
      Radio Svoboda aussi s’est illustré avec ce genre de fake, en mettant une photo venant d’Ukraine pour faire croire que c’était en Russie
      https://twitter.com/elenaevdokimov7/status/1261448555039846400


    • roman_garev 16 mai 14:11

      @Christelle Néant
      Bonjour Christelle,
      Mais Radio Svoboda est hors de la juridiction russe, c’est une créatute étasunienne, tandis que l’« Écho de Moscou » est non seulement toléré, mais financé par l’État russe via « Gazprom-Media » !
      Avez-vous jamais vu une dictature pareille ? Et avez-vous jamais vu une station radio « Écho de Paris » blâmant sans aucune crainte (et soutenu par) l’État français ?
      Enfin, où est-on vraiment libre ?


    • Christelle Néant Christelle Néant 16 mai 14:37

      @roman_garev
      Ah mais ca fait longtemps que je dis que les médias sont bien plus libres en Russie qu’en France. Mais on ne me croit pas quand je le dis. On en a la preuve là.


    • roman_garev 16 mai 14:42

      @Christelle Néant
      Et il faut continuer de porter cette vérité inébranlable. Je vois que certains me moissent dans le message basé exclusivement sur les faits. Ceux-là n’ont rien à objecter, ce sont les faits qui ne leur plaisent pas ! Des misérables...


    • JL JL 16 mai 14:57

      @Christelle Néant
       
       je vous crois : les médias russes sont bien plus libres de parler de la France que ne le sont les médias français.
       
       En revanche, quand il s’agit de parler de la Russie, j’ai la faiblesse de penser que les médias français sont plus libres que leurs homologues russes.


    • Christelle Néant Christelle Néant 16 mai 15:07

      @JL
      Et vous vous trompez comme le montre le commentaire de Roman.


    • JL JL 16 mai 15:24

      @Christelle Néant
       
      Je vous crois volontiers. Je ne suis pas le mieux placé pour en parler c’est sûr.


  • Guy19550 Guy19550 16 mai 16:43

    Je n’ai pas encore vu la réaction des russes à l’issue d’une telle publication :

    https://www.president.gov.ua/ru/news/vidbulosya-pershe-zasidannya-tkg-za-uchasti-onovlenoyi-ukray-61157

    Je doute très fort que cela reste sans réaction du reste.


    • roman_garev 16 mai 17:36

      @Guy19550
      Y voyez-vous qqch de neuf ? Moi non, donc je n’attends aucune réaction notable.
      Évidemment, Boris Gryzlov a noté, une fois de plus, l’absence habituelle de progrès quelconque. Et alors ?
      Sans une autre solution, radicale, ce marais continuera à ne produire que des bulles puantes.


    • Guy19550 Guy19550 16 mai 18:34

      @Guy19550
      Ce lien est venu à la suite de la seconde journée dans les discussions du groupe de contact. La DPR a réagi à celà le 15 mai dans l’après-midi, mais je n’ai encore rien vu pour ce qui est de la Russie. Ce que les russes évoquent le 16 est relatif aux sanctions et le banissement des sites russes. Rien vu pour le 15 du côté des russes.


  • roman_garev 16 mai 17:29

    Christelle, Guy19550 et tous ceux qui lisent en russe, qu’en pensez-vous ? En russe ici.


    • Guy19550 Guy19550 16 mai 18:19

      @roman_garev
      Je ne lis pas le russe mais j’utilise 360 browser (chinois en Anglais) comme navigateur et il me propose chaque fois de traduire en Anglais : Soldiers of the National Guard of Ukraine, who raped a journalist from the United States, are preparing to stage a mortar attack to kill a foreigner in order to hide the traces of the crime. This was announced by the official representative of the People’s Police of the LPR, Yakov Osadchy.
      He said that « on May 10, the photographer of the American news agency POLARIS, Jennifer Tuera Blatti, arrived in the » OOS « zone in order to increase the image of the military and the prestige of the Armed Forces of the Armed Forces in the eyes of the public of NATO countries. »
      « On May 15, having a colorful photo shoot in the forest of Stanichno-Lugansk region with reconnaissance servicemen of the 25th Armed Forces brigade of the Armed Forces, Jennifer noted a new acquaintance with the servicemen using a significant amount of local alcoholic beverages. In the evening, during the return to the hotel in the village of Novoaydar, a photojournalist’s car Hyundai Sonata with a state number of aircraft 8175 IA was stopped at a post in the area of ​​the village of Voitovo, where employees of the national guard convicted driver Andrei Katerenchuk of the transport control with a drunken substance, in addition, a PM pistol was found in the driver’s possession without his permission and a phone number +380963846263, ”continued Osadchy.
      He noted that »the driver was detained, and a sleeping US citizen could not explain her noble American origin and was transferred to clarify the circumstances of the point of temporary placement of the National Guard« .
      “Having treated the lady with the arrogant, the patrolmen managed to turn off the consciousness of the American correspondent and carried out sexual acts of violence with her. By the time Katerenchuk was able to explain to the security forces the presence of an American citizen in their area of ​​responsibility, the matter had already been done and the girl was resting peacefully in the room for temporarily detained, where the driver who accompanied her was also placed, »said Osadchy.
      « Realizing the full degree of responsibility for what was done, senior sergeant Yeremeyev decided to physically eliminate the unexpected guests, as the disclosure of the events endangered the future career and freedom of all participants in the crime. To this end, in the early morning of May 16, American photographer Jennifer Tueru Blatti and »The Ukrainian citizen Katerenchuk was taken to the area of ​​the village of Trekhizbenka, where it is planned to stage their death as a result of mortar shelling or detonation of a mine-explosive device,«  communicated the official representative of the defense department of the Republic.
      He specified that »at the moment it is not known whether the National Guard officers carried out their cruel plan.« 
       »In this regard, we urge interested parties to prevent the death of an American girl at the hands of Ukrainian criminals," Osadchy added.


    • Christelle Néant Christelle Néant 16 mai 19:41

      @roman_garev
      J’ai vu cette info ici https://donbasstoday.ru/v-nacgvardii-reshili-ubit-iznasilovannuju-zhurnalistku-iz-ssha-i-ejo-voditelja-v-trjohizbenke/
      Cela ne m’étonnerait même pas. J’ai discuté avec une journaliste qui est venue ici et qui a travaillé aussi côté ukrainien. Elle m’a raconté comment un commandant de Secteur Droit lui a proposé de rester pour la nuit sur les positions avec ses hommes, mais SANS pouvoir garantir sa sécurité. SIC. Elle a refusé bien sûr.


    • skirlet 16 mai 23:41

      @roman_garev
      Difficile de savoir si c’est vrai, mais beaucoup de violences de la part des « soldats » ukrainiens ont déjà été signalées. En ce qui concerne l’histoire elle-même... traiter ces gens d’animaux serait insulter les animaux, mais ils ne sont pas humains non plus.


  • Guy19550 Guy19550 16 mai 18:21

    Je n’ai pas d’avis du reste sur ce genre d’article, pour moi c’est poubelle.


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