samedi 30 novembre - par Christelle Néant

La RPD reconnaît comme frontière nationale celle de la région de Donetsk

Le parlement de la République Populaire de Donetsk (RPD) a voté aujourd’hui une loi reconnaissant comme frontière nationale celle de la région de Donetsk telle qu’elle était définie en 2014. La ligne de front n’est considérée désormais que comme frontière temporaire en attendant que le conflit avec l’Ukraine soit réglé.

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Les députés du Conseil Populaire de la RPD ont adopté aujourd’hui à l’unanimité une loi établissant que la frontière officielle de la République est désormais celle de la région de Donetsk avant que ne débute le conflit en 2014. Le vote de la loi a été annoncé par le président du Conseil Populaire de la RPD, Vladimir Bidiovka.

« Cette loi [« Sur la frontière de la République Populaire de Donetsk » NDLR] n’oublie pas les personnes qui vivent sur le territoire temporairement contrôlé par l’Ukraine. Par conséquent, la frontière est fixée comme étant celle du territoire de la région de Donetsk en 2014  », a déclaré Bidiovka.

Le président du Conseil Populaire a ajouté que tant que le conflit avec l’Ukraine n’est pas résolu, le tracé de la frontière sera celui de la ligne de front, ce qui ne contrevient pas aux accords de Minsk. En plus de fixer le tracé de la frontière, cette loi détermine la procédure et les conditions de sa désignation ainsi que de sa protection.

Vitaly Kravets, président du comité de Sécurité et de Défense du Conseil Populaire de la RPD, a rappelé que jusqu’ici la RPD ne disposait pas d’un cadre juridique régissant les relations légales dans le domaine de l’établissement, la protection et la défense de la frontière nationale. L’objectif principal de cette loi est donc de créer un cadre réglementaire concernant la politique frontalière du pays.

Suite à la publication de cette information, une chaîne Telegram intitulée « Tchergoviy OOS » citant des sources au sein du Conseil National de Sécurité et de Défense de l’Ukraine, a rapporté que l’Ukraine pourrait annoncer lors de la réunion au Format Normandie le retour de ses troupes sur les positions précédemment abandonnées dans les zones de désengagement et la levée du moratoire sur l’utilisation des avions de combat dans la zone de l’Opération des Forces Interarmées si la Russie ne force pas la République à abandonner cette reconnaissance de frontière.

Cette loi de reconnaissance des frontières de la RPD comme étant celles de la région de Donetsk en 2014 semble être une façon pour la République d’acter officiellement la scission définitive d’avec l’Ukraine, après la fuite dans les médias du plan de déportation de la population du Donbass, et la confirmation que Kiev ne compte pas appliquer les accords de Minsk, mais procéder à une épuration ethnique, comme l’indiquent plusieurs nouvelles récentes.

Ainsi Alexeï Danilov, le secrétaire du Conseil National de Sécurité et de Défense Ukrainien a déclaré cette semaine que Kiev a préparé cinq plans de réintégration du Donbass, tous bénéfiques pour l’Ukraine, et que la victoire serait leur ! Or les officiels ukrainiens n’ont eu de cesse de dire que les accords de Minsk sont défavorables à l’Ukraine, et n’ont rien d’une « victoire » pour Kiev ! Ce qui signifie que ces cinq plans sont tous des violations des accords de Minsk.

Et le fait que Danilov refuse de divulguer les détails de ces plans indique clairement que leur contenu doit être plus proche du plan de déportation de la population du Donbass qui a fuité que de la charte de l’ONU et des accords de Minsk.

D’ailleurs Danilov déclare que lors de la réunion au Format Normandie les «  ennemis de l’Ukraine feront tout ce qui est en leur pouvoir pour qu’elle accepte une forme de relation [avec les républiques du Donbass – NDLR]  », présentant cela comme un pas que Zelensky ne franchira pas.

Or pour appliquer pleinement les accords de Minsk, Kiev doit discuter directement avec la RPD et la RPL. Il n’y a pas d’autre alternative. La déclaration de Danilov montre bien que l’Ukraine n’a aucunement l’intention d’appliquer les accords de Minsk pour « rétablir la paix dans le Donbass », et que tous leurs plans de réintégration de la région sont donc forcément des violations de ces mêmes accords, avec toutes les craintes d’épuration ethnique que cela peut susciter chez les habitants et les autorités des deux républiques.

Des craintes confirmées par le projet des autorités ukrainiennes de créer un organe de « justice de transition » chargé d’enquêter sur les crimes commis pendant le conflit du Donbass à la fin de ce dernier, ainsi que des « commissions de la vérité » (qui fleurent bon l’Inquisition) et des lois de lustration pour évincer de la fonction publique tous ceux qui auront participé à l’administration « d’occupation » (occupation imaginaire je le rappelle). En clair tous les policiers, juges, ou fonctionnaires qui sont restés faire leur travail en RPD et RPL au lieu de fuir vers l’Ukraine seront démis et remplacés par des pro-Kiev.

Et concernant les enquêtes sur les crimes de guerre, le projet a beau déclarer que la commission d’enquête sera indépendante du gouvernement ukrainien, c’est le cabinet des ministres qui décidera qui pourra être indemnisé ou pas. Autant dire que tous ceux qui sont restés en RPD et RPL pendant le conflit ne recevront pas un kopek.

Et d’autres réformes de la justice inquiètent les habitants des deux républiques, comme celle visant à créer des prisons privées où les détenus devront payer pour séjourner. Certains pensent que de telles prisons seront utilisées pour les habitants du Donbass, afin de les faire payer pendant qu’ils attendent leur jugement.

Comme l’a déclaré Svetlana Chavlaï, directrice du centre de service social de Krasnodon en République Populaire de Lougansk (RPL), «  plus les représentants du président ukrainien Volodymyr Zelensky suivent leurs plans criminels, plus les habitants de la RPL et de la RPD deviennent indifférents à ce pays [l’Ukraine NDLR]  ».

« Nous ne nous considérons plus comme faisant partie de l’Ukraine depuis longtemps, et avec une telle attitude, il ne peut être question de revenir  », a-t-elle ajouté.

Faute d’un miracle le 9 décembre lors de la réunion au Format Normandie qui aura lieu à Paris, le divorce entre l’Ukraine et les deux républiques populaires devra être reconnu et acté.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



12 réactions


  • Guy19550 Guy19550 30 novembre 17:18

    Y a pas beaucoup de réactions que je peux en trouver sur le net. A part une réaction russe qui a été faite de Vienne, je n’ai rien trouvé. Il n’est pas inhabituel d’arriver à un tel constat, c’est le même en fait depuis 2014.


  • Cyril22 30 novembre 19:12

    Pourquoi y a-t-il deux républiques séparatistes plutôt qu’une seule réunissant les deux régions, permettant une « taille critique » en cas de séparation effective ? séparation que Kiev pourrait admettre « provisoirement » comme l’indique un de vos précédents articles, mais qui pourrait une fois en place devenir durable, comme ce fut le cas du Kosovo.


    • Guy19550 Guy19550 30 novembre 22:02

      @Cyril22
      Christelle a déjà exprimé sa vue sur la chose, selon ce dont je me souviens et selon ce qu’elle a dit à l’époque, c’est que cela dépendait aussi des accords de Minsk. Je ne sais pas développer plus sur le sujet car j’en arriverais à reparder d’un assassinat ayant eu lieu en DPR. Je n’ai pas envie de faire remonter cela à la surface dans les circonstances présentes. Je rappelle quand même que également la Russie est intéressée par une seule république groupée. 
      Tenant compte des indications que l’on a pour ce qui est des terroristes de Kiev, les deux républiques sont cependant plus soudées qu’avant. Cela peut donc se faire encore après.

      Kiev n’admettera rien, ni une, ni deux.

      C’est quand même Christelle qui pourrait vous donner une explication plus nette de la chose et pas moi.


    • Christelle Néant Christelle Néant 30 novembre 23:55

      @Cyril22
      Alors comme l’a expliqué Guy si elles ne se regroupent pas actuellement c’est à cause des accords de Minsk dont les deux républiques sont signataires. Tant que Minsk2 est valable les deux républiques doivent exister.
      L’origine de la création de deux républiques vient de 2014. La RPD a été proclamée bien avant la RPL. Quand les protestataires à Donetsk ont proclamé la RPD, ils étaient encore tous seuls, et donc ils se sont centrés sur leur région et leur capitale si je puis m’exprimer ainsi. Lougansk a fait sa proclamation après, et pour x raisons (je pense entre autre au fait que certains dirigeants de la jeune RPL ne voulaient pas que Donetsk concentre tous les pouvoirs) au lieu de se rallier à la RPD c’est la RPL qui a été proclamée. Ensuite il y a eu les premiers accords de Minsk en septembre 2014, puis Minsk-2 et c’était trop tard pour annuler ça pour la raison indiquée ci-dessus.
      Après cela n’empêche pas les deux républiques de travailler main dans la main, y compris sur le plan militaire, comme on a pu le voir début 2015 avec le chaudron de Debaltsevo mené par les deux milices populaires de manière conjointe.


    • Cyril22 1er décembre 10:15

      @Christelle et Guy
      Merci de ces précisions. Dans la mesure où ce conflit a une répercussion majeure dans les relations occidentalo-russes, la réunion du 9 Décembre est un évènement important (sur ce dossier Macron souhaite jouer un rôle de conciliateur, pour un dégel des relations) mais nos médias n’en parlent quasiment pas (il est vrai que le mouvement social du 5 décembre focalise les projecteurs).


  • Guy19550 Guy19550 1er décembre 01:56

    https://tass.com/world/1094473

    Le climat sera tendu encore par la suite, cela doit être clair je pense pour tout le monde.


    • Cyril22 1er décembre 10:03

      @Guy19550
      Mais est-ce que les républiques séparatistes accepteraient un statut d’autonomie partielle du Dombass au sein de la république d’Ukraine ? Ces notions de territoires autonomes paraissent du reste assez floues, car le degré d’autonomie peut varier, on le voit par exemple en Espagne où les Communautés ont des statuts différents (ie : Eskadi avec autonomie fiscale).


    • Guy19550 Guy19550 1er décembre 11:53

      @Cyril22
      Donnez-moi une raison qui pourrait me faire croire que les républiques puissent accepter autre chose que ce qu’il a été prévu de faire. Faut voir cela comme un contrat, si Kiev ne veut plus, c’est bye bye.


  • Guy19550 Guy19550 2 décembre 08:12

    Va y avoir des râleurs : https://tass.com/economy/1094605


  • Guy19550 Guy19550 3 décembre 06:54

    Mardi 03/12/2019
    Après les fuites et les déclarations fracassantes des terroristes de Kiev, il y a eu quelques réflexions venant de Russie. Je n’ai strictement rien vu d’Europe. La déclaration la plus intéressante des russes vient de ma copine : https://tass.com/world/1094963.

    Cette réponse va droit au but. Il y en a eu d’autre, mais celle du lien est touchente.


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